Les post-fascistes au seuil du pouvoir en Italie, un «espoir» prudent pour Le Pen en France

Giorgia Meloni, présidente du parti Fratelli d'Italia (FDI), s'adresse à ses partisans lors d'un rassemblement dans le cadre de la campagne pour les élections générales, sur la Piazza Duomo à Milan, Italie, le 11 septembre 2022. (Photo de Piero CRUCIATTI / AFP)
Giorgia Meloni, présidente du parti Fratelli d'Italia (FDI), s'adresse à ses partisans lors d'un rassemblement dans le cadre de la campagne pour les élections générales, sur la Piazza Duomo à Milan, Italie, le 11 septembre 2022. (Photo de Piero CRUCIATTI / AFP)
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Publié le Mercredi 21 septembre 2022

Les post-fascistes au seuil du pouvoir en Italie, un «espoir» prudent pour Le Pen en France

  • Dimanche, Le Pen s'est félicitée lors d'un discours de rentrée d'«une vague patriote qui prépare le retour prochain des nations d'Europe: hier la Suède, demain l'Italie»
  • Quels fruits pourrait alors tirer le Rassemblement national? «Une victoire psychologique, car ça montrerait la faiblesse de la droite traditionnelle», dit l'expert

PARIS: Le Rassemblement national concentre ses regards sur les élections législatives italiennes de dimanche, lors desquelles la victoire des post-fascistes, favoris, représenterait un "espoir", selon les lepénistes, même si les deux partis entretiennent une distance méfiante.

Dimanche, une semaine après la victoire de l'extrême droite aux législatives suédoises et une semaine avant les élections générales transalpines, Marine Le Pen s'est félicitée lors d'un discours de rentrée d'"une vague patriote qui prépare le retour prochain des nations d'Europe: hier la Suède, demain l'Italie".

Favorite dans les sondages, la coalition entre le parti de Silvio Berlusconi (dont les troupes siègent avec LR au Parlement européen), la Ligue de Matteo Salvini et Fratelli d'Italia, héritiers du parti néofasciste Mouvement social italien, bénéficie du "soutien" et des "encouragements" du RN, avait déjà affirmé Jordan Bardella, candidat à la présidence du parti en novembre.

Giorgia Meloni, une ex-fan de Mussolini au seuil du pouvoir en Italie

Favorite pour devenir la première femme chef de gouvernement de l'histoire de l'Italie, Giorgia Meloni, présidente du parti Fratelli d'Italia (FDI), incarne un mouvement à l'ADN post-fasciste qu'elle s'efforce de "dédiaboliser" pour accéder enfin au pouvoir.

Cette Romaine de 45 ans caracole en tête dans les enquêtes de popularité et sa formation est créditée d'environ 24% des intentions de vote aux législatives du 25 septembre, devant le Parti démocrate (PD, centre-gauche).

Aux législatives de 2018, FDI avait dû se contenter d'un peu plus de 4% des voix, mais Mme Meloni est parvenue depuis à catalyser sur son nom les mécontentements et frustrations des nombreux Italiens se disant excédés par les "diktat" de Bruxelles, la vie chère et l'avenir précaire de leurs enfants.

Sa devise? "Dieu, patrie, famille". Ses priorités? Fermer les frontières pour protéger l'Italie de "l'islamisation", renégocier les traités européens pour que Rome reprenne le contrôle de son destin, lutter contre "l'hiver démographique" du pays, dont la moyenne d'âge est la plus élevée du monde industrialisé juste derrière le Japon.

Le 6 octobre 2016 sur Facebook, elle dénonce "le remplacement ethnique en cours en Italie", à l'unisson des autres formations d'extrême droite européennes. "Meloni représente un point de référence pour la contestation, la protestation, la désaffection", relève Sofia Ventura, professeur de sciences politiques à l'université de Bologne.

Mussolini? «Un bon politicien»

Meloni et son parti sont les héritiers du Mouvement social italien (MSI), parti néofasciste créé après la Seconde Guerre mondiale.

A 19 ans, elle affirme à la chaîne française France 3 que le dictateur Benito Mussolini était "un bon politicien".

Si elle doit ménager une frange de sa base qui se réclame de ce passé-là, elle sait aussi que pour gagner, elle doit rassurer l'aile modérée de sa famille politique. "Si j'étais fasciste, je dirais que suis fasciste", s'est-elle défendue dans un récent entretien au magazine britannique The Spectator.

Son récit est "contredit par les faits", estime le quotidien de centre gauche La Repubblica, qui pointe du doigt une partie de l'entourage et de la base du parti restée sensible à ses racines.

Dans un exercice consommé d'équilibriste, elle reconnaît encore aujourd'hui à Mussolini d'avoir "beaucoup accompli", sans l'exonérer de ses "erreurs" : les lois antijuives, l'entrée en guerre, l'autoritarisme. Et de clarifier: dans ses rangs, "il n'y a pas de place pour les nostalgiques du fascisme, ni pour le racisme et l'antisémitisme".

«Je suis chrétienne»

Née à Rome le 15 janvier 1977, Giorgia Meloni entre en militance à 15 ans dans les associations étudiantes classées très à droite, tout en travaillant comme babysitter ou serveuse.

En 1996, elle prend la tête d'une association lycéenne, Azione Studentesca, dont l'emblème est la Croix celtique.

En 2006, elle devient députée et vice-présidente de la chambre. Deux ans plus tard, elle est nommée ministre de la Jeunesse dans le gouvernement de Silvio Berlusconi.

Elle fréquente alors assidûment les plateaux de télé. Sa jeunesse, sa témérité, ses formules font d'elle un bon personnage médiatique. Jusqu'ici jalouse de sa vie privée, elle comprend que, au moins autant que les idées, la personnalité d'une jeune et jolie femme blonde dans une Italie encore très machiste séduit.

"Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne, je suis chrétienne", lance-t-elle à ses supporteurs en 2019 à Rome lors d'un fervent discours devenu célèbre. Giorgia Meloni, qui vit en concubinage avec un journaliste TV, a une fille née en 2006.

Fin 2012, lasse des dissensions qui rongent la droite, elle fonde Fratelli d'Italia avec d'autres dissidents du berlusconisme, et choisit de camper dans l'opposition.

Lorsque Mario Draghi, ancien gouverneur de la Banque centrale européenne forme en février 2021 un cabinet d'unité nationale pour sortir l'Italie de la crise sanitaire et économique, elle refuse d'y participer.

"L'Italie a besoin d'une opposition libre", affirme-t-elle alors. C'est au nom de cette liberté, synonyme de souveraineté, que cette Atlantiste dénonce dès le premier jour l'agression de l'Ukraine par Moscou.

"Il n'y a pas de raison qu'on ne se réjouisse pas de leur victoire", renchérit son adversaire dans la compétition interne Louis Aliot; "une très bonne nouvelle", qui "démontre que nos idées sont inexorablement appelées à être au pouvoir partout", assurent respectivement les députés Alexandre Loubet et Bruno Bilde.

Sauf que l'attelage italien n'est plus dominé par l'allié historique du Rassemblement national, la Ligue, en grande perte de vitesse, mais par Fratelli d'Italia (FDI), autrefois petit parti d'appoint situé à la droite de la formation de M. Salvini, et dont la fulgurante ascension sondagière pourrait désormais faire de sa patronne Giorgia Meloni la future cheffe du gouvernement.

Or, les eurodéputés de Fratelli d'Italia ne siègent pas au Parlement européen sur les mêmes bancs que ceux du Rassemblement national, en restant sourds aux appels à un rapprochement. "Ce serait plus simple si Matteo Salvini était leader de la coalition italienne...", soupire Jean-Paul Garraud, élu RN au Parlement de Strasbourg.

Meloni, dont la devise "Dieu, patrie, famille" et son amour de jeunesse plus ou moins abjuré pour Mussolini font écho aux saluts fascistes affichés par certains de ses partisans, "est plus conservatrice (sur les moeurs) et plus libérale (économiquement) que nous: si ça n'est pas notre alliée traditionnelle, c'est pour une bonne raison", fait pour sa part valoir le député lepéniste Sébastien Chenu.

Un autre parlementaire RN, Kevin Pfeffer, appelle dès lors "à ne pas trop en faire" en cas de victoire de Fratelli d'Italia dimanche prochain et "s'abstenir de tout commenter".

D'autant que Giorgia Meloni désignée cheffe du gouvernement n'aurait "aucun intérêt à se précipiter dans les bras de Marine Le Pen, auquel cas ce serait une faute politique qui la marginaliserait", note le politologue Jean-Yves Camus.

«Victoire psychologique»

Quels fruits pourrait alors tirer le Rassemblement national? "Une victoire psychologique, car ça montrerait la faiblesse de la droite traditionnelle", poursuit l'expert.

"Meloni, comme le RN, a essayé de se dédiaboliser: cela peut fournir des pistes de stratégie pour le RN", complète le directeur d'études chez Ipsos Mathieu Gallard, qui rappelle néanmoins "que les scrutins à l'étranger ont rarement un impact en France" et que "si, au bout de quelques mois, Meloni fait face à une situation économique et sociale très difficile, cela confirmera que les droites radicales n'ont pas les épaules assez solides pour diriger un grand pays".

Prudent, le RN rejette également l'idée du modèle italien d'"union des droites", en estimant qu'il n'est pas transposable dans le système électoral français.

"Au contraire, c'est ce que nous appelons de nos vœux en France", lui répond Marion Maréchal, ex-députée RN devenue vice-présidente du parti d'Eric Zemmour, Reconquête!, et dont l'époux, l'eurodéputé italien Vincenzo Sofo, a quitté la Ligue pour Fratelli.

Chez les zemmouristes, Nicolas Bay (également ex-RN) estime lui-aussi croire que Giorgia Meloni "est bien davantage sur la ligne de Reconquête! que sur celle du RN", "avec des positions très claires sans compromission". Et rêve que le mouvement identitaire français connaisse la même trajectoire électorale.


Le détroit d'Ormuz «complètement ouvert» vendredi, annonce Trump après l'accord avec l'Iran

Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Des médias iraniens ont annoncé dans la soirée que trois pétroliers et deux cargos transportant des marchandises avaient traversé la zone jusque-là soumise au blocus naval américain
  • "Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit", s'est réjoui lundi le président américain sur son réseau Truth Social. "Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots!"

TEHERAN: Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

"Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit", s'est réjoui lundi le président américain sur son réseau Truth Social. "Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots!"

Des médias iraniens ont annoncé dans la soirée que trois pétroliers et deux cargos transportant des marchandises avaient traversé la zone jusque-là soumise au blocus naval américain.

Selon un haut responsable américain, le cadre d'accord a déjà été signé de manière électronique par Donald Trump, son vice-président JD Vance, et le président du Parlement iranien et principal négociateur de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le texte n'a pas été rendu public, laissant planer des doutes sur des points de divergence entre les deux parties après de laborieuses négociations.

Ce document "apportera la paix dans la région", a promis lundi Donald Trump. Il a laissé entendre que le texte pourrait être publié vendredi, après sa signature à Genève, qui marquera l'ouverture d'une période de soixante jours pour conclure un accord final.

"Nous avons un passif d'engagements non tenus, non appliqués, abandonnés, tout cela est présent dans notre esprit", dans le processus de négociation et de mise en place de l'accord, a déclaré, plus circonspect, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat.

"En même temps, nous faisons tout ce qui est possible pour créer à travers ce processus des opportunités économiques pour notre pays", a-t-il ajouté.

Fin "définitive" de la guerre 

Les premières informations sur le contenu de l'accord sont principalement venues d'Iran. Selon sa diplomatie, il prévoit "la fin immédiate et définitive de la guerre et des opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban".

Dans le très stratégique détroit d'Ormuz, l'Iran devrait facturer des frais liés aux services aux navires, plutôt qu'instaurer un péage dont les Etats-Unis ne voulaient pas, selon la même source.

"Nous nous attendons à ce que le détroit soit rouvert sans péage à long terme", a dit le vice-président américain JD Vance à CNBC lundi.

La diplomatie iranienne a aussi assuré que "la partie américaine s'était engagée" à débloquer des fonds iraniens gelés à l'étranger et à verser des réparations pour les dégâts provoqués par la guerre.

"Ils ne recevront jamais le moindre dollar du contribuable américain. Jamais", a toutefois insisté JD Vance sur Fox News.

Aucun avoir sous sanction américaine n'a été débloqué pour l'instant, selon un haut responsable américain.

Les Etats-Unis doivent également garantir qu'Israël mette fin à la guerre au Liban, a affirmé le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï.

Les affrontements entre Israël et le Hezbollah pro-iranien au Liban semblaient avoir cessé, mais une frappe israélienne a tué une personne dans le sud lundi à la mi-journée. Puis le Hezbollah a annoncé y avoir "repoussé", au moyen de roquettes et de drones, une force israélienne qui tentait d'avancer.

L'armée israélienne restera au Liban "aussi longtemps que nécessaire", comme en Syrie et à Gaza, a déclaré lundi soir le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Alors que l'accord irano-américain est largement perçu comme un échec pour Israël par la société et une grande partie de la classe politique, le Premier ministre israélien a affirmé que la guerre avait sauvé son pays de la menace d'une "destruction nucléaire".

Et annoncé qu'il comptait se présenter aux élections législatives d'ici la fin de l'année, malgré les critiques et son procès pour corruption. Âgé de 76 ans, il a gouverné le pays plus longtemps qu'aucun autre Premier ministre: plus de 18 années cumulées depuis 1996.

Négociations sur l'uranium iranien 

L'annonce d'un accord pour mettre fin à la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes et qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, a fait chuter les prix du pétrole de près de 5% lundi. Ils se stabilisent mardi.

Les habitants de la région semblaient eux mitigés. "Le peuple iranien n'a rien gagné avec cet accord", réagit Arya, 38 ans, professeur d'anglais à Téhéran. "Les gens ne vont pas revenir à leur vie d'avant."

Au Liban, certains déplacés envisageaient timidement un retour vers le sud dans des zones non occupées par Israël. "Même s'il ne reste que des ruines, nous y planterons une tente et nous y resterons", assure Hana al-Jamma.

Les 60 jours de négociations qui doivent s'ouvrir porteront sur quatre sujets, selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères: la levée des sanctions contre l'Iran, le nucléaire, la "reconstruction" et "le développement économique" du pays, ainsi que "la mise en place d'un mécanisme de suivi" des engagements pris.

L'Iran cherchera "à ce que l'accord final soit soutenu par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies", a précisé sa diplomatie.

Dans des déclarations au New York Times, Donald Trump a indiqué qu'un volet des négociations concernerait l'acceptation par l'Iran d'un moratoire de vingt ans sur l'enrichissement d'uranium, laissant entendre qu'il pourrait transiger sur quinze ans.

En vertu du protocole d'accord, des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) seront par ailleurs autorisés à se rendre en Iran pour aider Téhéran à "détruire son stock d'uranium hautement enrichi", a annoncé JD Vance sur NBC News.

 


Frankly Speaking: Quelle sera la prochaine étape des relations entre l'Arabie saoudite et l'Inde?

L’ambassadeur sortant de l’Inde en Arabie saoudite, Suhel Ajaz Khan, a souligné la résilience d’un partenariat qui, selon lui, continue de se développer malgré les turbulences régionales. (Photo AN)
L’ambassadeur sortant de l’Inde en Arabie saoudite, Suhel Ajaz Khan, a souligné la résilience d’un partenariat qui, selon lui, continue de se développer malgré les turbulences régionales. (Photo AN)
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  • L'ambassadeur indien sortant affirme que les conflits régionaux ont renforcé la coordination en matière de sécurité, de routes maritimes et d'approvisionnement énergétique
  • Suhel Ajaz Khan souligne le développement des échanges commerciaux, des investissements et des liens entre les peuples alors que le partenariat entre l'Arabie saoudite et l'Inde entre dans une nouvelle phase

RIYAD : Alors que la guerre américano-israélienne contre l’Iran se répercute à travers le Moyen-Orient et le monde, peu de pays ont autant d’enjeux que l’Inde. Fortement dépendante des approvisionnements énergétiques régionaux, de plus en plus investie dans les routes commerciales maritimes et comptant des millions de citoyens vivant dans les États du Golfe, New Delhi a observé le conflit avec inquiétude.

Cependant, la crise a également mis en évidence l’importance du renforcement des relations entre l’Inde et l’Arabie saoudite — un partenariat qui a considérablement évolué au cours de la dernière décennie, passant d’une relation centrée principalement sur le pétrole à une relation stratégique globale englobant la sécurité, l’investissement, la culture et la diplomatie.

Invité de l’émission d’actualité « Frankly Speaking » sur Arab News, l’ambassadeur sortant de l’Inde en Arabie saoudite, Suhel Ajaz Khan, a expliqué comment le conflit a intensifié le dialogue entre New Delhi et Riyad.
Dans le même temps, cela a mis en évidence la résilience d’un partenariat qui continue de se développer malgré les turbulences régionales. Pour l’Inde, a-t-il déclaré à Katie Jensen, animatrice de « Frankly Speaking », les développements dans le Golfe restent impossibles à ignorer.

« Le conflit dans la région est certainement une source de grande préoccupation pour nous », a déclaré M. Khan. « Cette région fait partie de notre voisinage élargi. »

Avec près de 10 millions d’Indiens vivant à travers le Moyen-Orient, dont quelque 2,7 millions rien qu’en Arabie saoudite, l’ambassadeur a déclaré que la sécurité de la région était directement liée aux intérêts nationaux de l’Inde.

« C’est l’un de nos plus grands partenaires commerciaux. C’est l’un de nos plus grands partenaires pour l’énergie et les engrais. Il est donc évident que tout ce qui se passe dans cette région revêt une grande importance pour nous. »

M. Khan a indiqué que la communication entre les dirigeants indiens et saoudiens s’était intensifiée tout au long de la crise. Le Premier ministre Narendra Modi et le prince héritier Mohammed ben Salmane se sont entretenus à deux reprises pendant le conflit, tandis que les ministres et les hauts responsables restent en contact fréquent.

« Nos dirigeants se sont consultés et ont entretenu des échanges très intenses », a-t-il déclaré.

L’Inde a condamné à plusieurs reprises les attaques iraniennes contre l’Arabie saoudite et les pays du Conseil de coopération du Golfe, tout en réitérant son appel de longue date au dialogue et à la désescalade. « Notre position sur le conflit lui-même est très claire », a déclaré M. Khan.

Il a ajouté que New Delhi restait profondément préoccupée par la sécurité des voies maritimes et la fluidité du commerce à travers l’une des voies navigables les plus stratégiques au monde.

« Nous pensons également que le détroit d’Ormuz doit rester ouvert », a-t-il déclaré. « La navigation, la navigation libre et sans entrave, ainsi que les routes commerciales libres sont très importantes pour nos pays, pour l’ensemble de la région et pour le monde entier. »

Cette préoccupation est devenue de plus en plus pressante face aux attaques contre des navires marchands opérant dans les eaux du Golfe. Le conflit a déjà coûté la vie à des marins indiens servant à bord de navires commerciaux près d’Oman, suscitant des protestations de la part de New Delhi et soulevant de nouvelles questions sur la sécurité maritime.
L’Inde a convoqué vendredi le chef de mission adjoint américain Jason Meeks pour la deuxième fois en deux jours, à la suite des frappes américaines contre trois navires marchands dont l’équipage était majoritairement indien. M. Meeks avait déjà été convoqué au ministère des Affaires étrangères mercredi, à la suite d’une frappe américaine contre le MT Settebello, battant pavillon des Palaos, au large des côtes d’Oman, au cours de laquelle trois marins indiens ont été tués.

Cette frappe faisait suite à celle du 8 juin contre le MT Marivex, un autre pétrolier battant pavillon des Palaos. Les autorités omanaises ont évacué par avion 24 marins indiens du navire touché. Jeudi, un pétrolier battant pavillon de Guinée-Bissau a été touché lors d’une frappe américaine. New Delhi a déclaré que son équipage, qui comprenait 20 marins indiens, avait été secouru.

M. Khan a qualifié ces attaques de profondément préoccupantes et a réitéré l’appel de l’Inde à la retenue. « Il est très regrettable que les attaques contre les infrastructures civiles, y compris les compagnies maritimes, se poursuivent », a-t-il déclaré.

Qualifiant les récents développements de « regrettables », il a souligné que la diplomatie restait la seule voie viable pour aller de l’avant : « Nous avons constamment appelé au dialogue et à la diplomatie. Nous pensons que c’est la seule façon de résoudre ces problèmes. »

Il a ajouté : « Nous appelons toutes les parties concernées à respecter le cessez-le-feu, à ne pas attaquer les infrastructures civiles, y compris les lignes maritimes, et à conclure au plus vite les négociations diplomatiques en cours. »

La menace maritime a été l’un des nombreux sujets abordés lors des récents échanges de haut niveau entre l’Inde et l’Arabie saoudite.

M. Khan a révélé que le conseiller indien à la sécurité nationale, Ajit Doval, avait mené de vastes consultations à Riyad lors d’une visite en avril, s’appuyant sur les contacts réguliers entre les deux pays en matière de sécurité. « Notre conseiller à la sécurité nationale est en contact permanent avec son homologue saoudien », a-t-il déclaré.

Au cours de sa visite, M. Doval a rencontré de hauts responsables saoudiens, notamment le ministre d’État Musaad Al-Aiban, le ministre de l’Énergie, le prince Abdulaziz bin Salman, et le ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan.

« Ils ont passé en revue l’ensemble des relations bilatérales ainsi que l’évolution de la dynamique dans la région, la sécurité de la région et les implications du conflit », a déclaré M. Khan. Les discussions ont également porté sur des questions vitales pour l’économie indienne, notamment l’approvisionnement en énergie et en engrais.

Ces discussions ont pris une importance croissante, l’incertitude entourant le détroit d’Ormuz ayant suscité des inquiétudes quant aux marchés énergétiques mondiaux. L’Inde importe une part importante de son pétrole brut auprès des producteurs du Golfe, ce qui fait des perturbations d’approvisionnement une préoccupation stratégique majeure.

Selon M. Khan, la mise en service par l’Arabie saoudite d’installations d’exportation sur la côte de la mer Rouge a contribué à atténuer l’impact de l’instabilité régionale. « L’Arabie saoudite a pu nous fournir du pétrole brut via le port de Yanbu », a-t-il déclaré.

L’ambassadeur s’est récemment rendu lui-même à Yanbu, où il a pu constater que les exportations de pétrole brut et les expéditions d’engrais sont désormais acheminées via des installations moins exposées aux perturbations dans le Golfe.

L’Arabie saoudite reste l’un des partenaires énergétiques les plus importants de l’Inde, fournissant environ 15 % des besoins en pétrole brut du pays. « L’Arabie saoudite a toujours été un fournisseur très fiable et constant pour nos besoins en pétrole brut », a déclaré M. Khan.

Il a noté que l’utilisation de Yanbu a contribué à réduire la dépendance vis-à-vis des routes liées à Ormuz. « Après la mise en service du port de Yanbu, cela a atténué l’impact sur les approvisionnements transitant par Ormuz », a-t-il ajouté.

Tout en reconnaissant la persistance de perturbations ailleurs dans la région, M. Khan a déclaré que l’Inde et l’Arabie saoudite partageaient un intérêt commun à maintenir ouvertes les routes commerciales maritimes.

« Notre position est très similaire à celle de l’Arabie saoudite, très similaire à celle des autres pays du Golfe », a-t-il déclaré. « Le détroit d’Ormuz et les routes commerciales doivent rester ouverts, ils ne doivent en aucun cas être entravés. »

Le conflit a également mis à l’épreuve la capacité du Golfe à soutenir les communautés d’expatriés prises dans l’instabilité régionale. À cet égard, M. Khan a particulièrement salué le rôle joué par l’Arabie saoudite pour aider les citoyens indiens à rentrer chez eux pendant la crise. « Ce fut un immense soulagement que l’espace aérien saoudien soit resté ouvert tout au long du conflit », a-t-il déclaré.

Selon l’ambassadeur, les autorités saoudiennes ont délivré près de 15 000 visas de transit à des ressortissants indiens bloqués dans les pays voisins. « L’Arabie saoudite a aidé nos compatriotes, non seulement ceux qui se trouvaient en Arabie saoudite mais aussi ceux de toute la région, à rentrer au pays si tel était leur souhait », a-t-il déclaré.

La décision du Royaume de maintenir les aéroports en activité et de faciliter le trafic aérien régional s’est avérée cruciale pour les milliers de personnes cherchant à quitter les zones touchées par le conflit. « Nous remercions sincèrement l’Arabie saoudite et saluons ses efforts pour maintenir la connectivité aérienne et fournir des facilités de transit à notre peuple », a ajouté M. Khan.

Cette coopération en temps de guerre reflète une transformation plus large des relations saoudo-indiennes qui, selon M. Khan, s’est considérablement accélérée au cours de la dernière décennie. « Nos relations se sont véritablement épanouies au cours des 10 à 12 dernières années », a-t-il déclaré.

Au cœur de cette évolution se trouve la relation personnelle entre le Premier ministre Modi et le prince héritier Mohammed ben Salmane. Selon M. Khan, ces deux dirigeants ont donné l’élan politique nécessaire pour renforcer les liens bilatéraux.

« Je pense que cela a été vraiment important et que les deux dirigeants entretiennent d’excellentes relations, fondées sur la confiance et le respect mutuels », a déclaré l’ambassadeur, qualifiant leur engagement direct de « véritable moteur de nos relations au cours de la dernière décennie ».

M. Khan a pu observer de près le leadership du prince héritier lors de plusieurs réunions et a déclaré qu’un aspect ressortait systématiquement. « Ce que je constate, c’est qu’il a une grande vision pour son pays et qu’il a un grand respect pour l’Inde », a-t-il déclaré.

Ce respect s’étend à la communauté indienne elle-même. M. Khan a rappelé les propos tenus par le prince héritier lors d’une visite en Inde en 2023. « Il a déclaré que la communauté indienne faisait partie intégrante de la société saoudienne. »

L’ambassadeur estime que de tels sentiments ont contribué à renforcer les liens entre les deux pays tout en renforçant le sentiment d’appartenance des Indiens vivant dans le Royaume. « Ce genre d’affection, de respect et d’attention envers la communauté indienne fait également une grande différence. »


Sur le plan institutionnel, l’un des développements les plus significatifs a été la création et l’expansion du Conseil de partenariat stratégique. Créé en 2019, ce conseil est devenu le principal cadre guidant la coopération entre les deux pays. « C’est une manière très systématique de renforcer notre engagement », a déclaré M. Khan.

Ce qui a commencé avec des comités politiques et économiques s’est depuis élargi pour inclure la défense, la culture et le tourisme. « C’est un dispositif très complet dont nous disposons et qui guide notre engagement. »

L’intensité de cet engagement s’est considérablement accrue. Au cours des trois années de son mandat, a indiqué M. Khan, il y a eu environ 30 visites au niveau ministériel dans chaque sens.

La coopération économique s’est développée parallèlement aux liens politiques. Les échanges bilatéraux dépassent désormais les 42 milliards de dollars, tandis que les exportations indiennes vers l’Arabie saoudite ont connu une croissance rapide. « Nos échanges commerciaux progressent dans les deux sens », a déclaré M. Khan.

Le nombre d’entreprises indiennes opérant en Arabie saoudite a également bondi : « En 2019, on comptait environ 490 entreprises. Aujourd’hui, plus de 5 000 entreprises sont enregistrées ici. »

Pourtant, M. Khan estime que les plus grandes opportunités restent à venir, notamment en matière d’investissement : « Je pense que c’est un domaine où nous pouvons certainement faire davantage. »

Parmi les initiatives les plus importantes actuellement à l’étude figurent des projets de création de deux raffineries de pétrole en joint-venture en Inde, impliquant le géant saoudien de l’énergie Aramco et des partenaires indiens.

Au-delà des industries traditionnelles, les deux pays se tournent de plus en plus vers la technologie et l’intelligence artificielle. « Il existe d’énormes opportunités dans les nouveaux secteurs, l’IA et tous les nouveaux secteurs informatiques », a déclaré M. Khan.

Des entreprises indiennes participent déjà à d’importants projets numériques saoudiens et collaborent à des initiatives émergentes en matière d’IA : « Nos entreprises travaillent, par exemple, avec des sociétés comme HUMAIN et ALLAM, qui sont les moteurs de la révolution de l’IA en Arabie saoudite. »

L’ambassadeur a également mis en avant l’écosystème croissant des start-ups en Inde, qui compte désormais plus de 100 entreprises « licornes ».

Malgré l’accent mis sur le commerce et la technologie, les personnes restent au cœur de cette relation. La communauté indienne en Arabie saoudite s’est développée de manière constante pendant le mandat de M. Khan, reflétant à la fois les opportunités économiques et un sentiment d’intégration sociale.

« Nos communautés se sentent à l’aise ici, elles se sentent respectées ici, elles sont bien intégrées dans la société saoudienne », a-t-il déclaré.

Il a décrit les expatriés indiens comme « le pont vivant entre nos deux pays », contribuant à renforcer la compréhension culturelle à travers la cuisine, le cinéma, les affaires et les interactions quotidiennes.

Alors que son mandat en Arabie saoudite touche à sa fin, M. Khan a également évoqué une expérience plus personnelle : avoir accompli le hadj cette année tout en exerçant ses fonctions d’ambassadeur.

Pour quelqu’un qui a passé des décennies à s’occuper de l’administration du hadj, ce pèlerinage revêtait une importance à la fois professionnelle et spirituelle.

« Le hadj est toujours une expérience spirituelle très, très profonde », a-t-il déclaré.

En même temps, cela lui a donné l’occasion de soutenir les pèlerins indiens et de constater les améliorations apportées par l’Arabie saoudite pour gérer l’un des plus grands rassemblements annuels au monde.

« C’est donc assurément une source de grande satisfaction spirituelle, mais cela me procure également la satisfaction de servir notre communauté », a-t-il déclaré.

Cette expérience, a-t-il ajouté, a couronné un mandat marqué par la chaleur humaine, la coopération et l’optimisme quant à l’avenir. « Je vois un grand potentiel entre l’Inde et l’Arabie saoudite », a déclaré M. Khan.

Résumant cette relation en trois mots, il a ajouté : « Paix, progrès et prospérité. » Pour les deux pays, dans un contexte régional turbulent, ces aspirations pourraient s’avérer plus importantes que jamais.


L'Iran affirme que les discussions sur un accord final avec les Etats-Unis devraient débuter vendredi

Donald Trump a assuré lundi, peu après son arrivée à Evian (France) pour le sommet du G7, que le détroit d'Ormuz, artère essentielle pour le commerce mondial de brut, serait "complètement ouvert" vendredi. (AFP)
Donald Trump a assuré lundi, peu après son arrivée à Evian (France) pour le sommet du G7, que le détroit d'Ormuz, artère essentielle pour le commerce mondial de brut, serait "complètement ouvert" vendredi. (AFP)
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  • Le cadre d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran a été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf
  • Donald Trump a assuré lundi, peu après son arrivée à Evian (France) pour le sommet du G7, que le détroit d'Ormuz, artère essentielle pour le commerce mondial de brut, serait "complètement ouvert" vendredi

WASHINGTON: Le cadre d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran a été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf, a annoncé lundi un haut responsable américain.

"Le président voulait le signer personnellement, car il voulait montrer son (...) abnégation à trouver une issue favorable", a déclaré ce haut responsable à la presse, sous couvert d'anonymat.

Les discussions sur un accord final avec les Etats-Unis devraient débuter vendredi

Pour sa part, le chef de la diplomatie iranienne a annoncé le probable début de discussions approfondies avec les Etats-Unis vendredi, jour prévu de la cérémonie de signature du protocole d'accord trouvé entre les deux pays après plus de trois mois de guerre.

"Vraisemblablement vendredi, dans un lieu qui reste à déterminer (...) un nouveau cycle de négociations entre l'Iran et les Etats-Unis visant à parvenir à un accord final va débuter", a déclaré le ministre Abbas Araghchi lors d'une réunion avec des diplomates étrangers diffusée à la télévision d'Etat.