«Don't Worry Darling» domine le box office nord-américain sans se faire de bile

 Olivia Wilde à la première de «Don't Worry Darling» au AMC Lincoln Square Theatre (Photo, AFP).
Olivia Wilde à la première de «Don't Worry Darling» au AMC Lincoln Square Theatre (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Lundi 26 septembre 2022

«Don't Worry Darling» domine le box office nord-américain sans se faire de bile

  • Thriller dystopique d'Olivia Wilde dont la production a été entachée de rumeurs et la sortie pas franchement applaudie par la critique, a pris un bon départ
  • Le film a engrangé 19,2 millions de dollars, selon des chiffres provisoires du cabinet Exhibitor Relations publiés dimanche

LOS ANGELES: Il n'y avait donc pas de quoi s'inquiéter: "Don't Worry Darling", thriller dystopique d'Olivia Wilde dont la production a été entachée de rumeurs et la sortie pas franchement applaudie par la critique, a pris un bon départ dans les salles obscures nord-américaines, arrivant en première position ce week-end.

Le film a engrangé 19,2 millions de dollars, selon des chiffres provisoires du cabinet Exhibitor Relations publiés dimanche.

Avant même sa sortie, il avait fait beaucoup jaser, suscitant moult spéculations sur des tensions, rivalités et incidents entre les principaux protagonistes. Le film n'a par ailleurs pas vraiment séduit les critiques, affichant un score de seulement 38% sur le site "Rotten Tomatoes", qui compile les avis de journalistes spécialisés.

Dans "Don't Worry Darling", sorte de "Truman Show" angoissant dans l'Amérique des années 50, Florence Pugh ("Black widow") incarne Alice, une jeune femme bien sous tous rapports vivant à Victory, une petite ville modèle construite en plein désert par un mystérieux homme d'affaires, joué par Chris Pine.

Comme toutes ses voisines, Alice a une vie réglée comme du papier musique, et, a priori, tout pour être heureuse aux côtés de Jack (Harry Styles), son compagnon, qui part chaque matin pour un travail dont elle ignore tout.

En échange de ce bien-être matériel, Victory n'a qu'une seule règle: ses habitants ne doivent jamais sortir des limites de la ville. Un tabou qu'Alice ne va pas tarder à briser...

Sorti la semaine passée en pole position, "The Woman King", épopée historique de guerrières d'un royaume ouest-africain, glisse ce week-end à la deuxième place, avec 11,1 millions.

Dans ce film, qui dépeint la vie réelle des combattantes du royaume du Dahomey au XIXème siècle -- situé dans l'actuel Bénin --, l'actrice oscarisée Viola Davis incarne Nanisca, une guerrière chevronnée qui forme la prochaine génération de recrues chargées de lutter contre un royaume rival africain plus important et des marchands d'esclaves européens.

Le long métrage installé sur la troisième marche du podium n'est autre qu'"Avatar", re-diffusé en prévision de la sortie de sa suite "Avatar 2: la voie de l'eau", en décembre.

Le film de James Cameron, qui avait fait un tabac en 2009, a réussi à engranger quelque 10 millions, surtout dans des salles Imax.

"Barbarian", un film d'horreur de 20th Century avec Georgina Campbell et Bill Skarsgard, arrive à la quatrième place, avec 4,8 millions.

En cinquième position arrive l'étrange et sanglant "Pearl", de Ti West, avec 1,9 million. Il y est question de séjour à la ferme, d'ambitions cinématographiques, de haches, de fourches et d'alligators...

Voici le reste du top 10:

6 - "Coup de théâtre" (1,9 million de dollars)

7 - "Bullet Train" (1,8 million)

8 - "Krypto et les Super-Animaux" (1,8 million)

9 - "Top Gun : Maverick" (1,6 million)

10 - "Les Minions 2: Il était une fois Gru" (1 million)


Il y a 100 ans, Montparnasse devenait le centre du monde de l'art

Son tableau "Nu couché à la toile de Jouy", qui représente le modèle Kiki de Montparnasse, dans une pose rappelant la scandaleuse Olympia d'Édouard Manet, triomphe au Salon d'automne, soit ce qui reste de l'ancien monde de l'art académique. (Photo : site officiel de montparnassedekiki)
Son tableau "Nu couché à la toile de Jouy", qui représente le modèle Kiki de Montparnasse, dans une pose rappelant la scandaleuse Olympia d'Édouard Manet, triomphe au Salon d'automne, soit ce qui reste de l'ancien monde de l'art académique. (Photo : site officiel de montparnassedekiki)
Short Url
  • Autour de la gare et de la tour du même nom, Montparnasse est devenu depuis la fin du XXe siècle un centre d'affaires et de commerce, garni de cinémas et de restaurants
  • Plus grand-chose n'y rappelle aujourd'hui la bohème qui attira Foujita et d'autres grands noms passés à la postérité, dont Pablo Picasso

PARIS : Il y a 100 ans, le quartier de Montparnasse à Paris devenait le point d'attraction universel des artistes, une concentration inédite de talents qui se retrouvent dans un beau livre consacré à ce moment particulier de l'histoire de l'art.

La fin 1922, c'est l'apogée peut-être de ce qu'on appellera "l'École de Paris" et la consécration d'un des grands peintres qui ont fait la légende de ce quartier, le Japonais Léonard Foujita.

Son tableau "Nu couché à la toile de Jouy", qui représente le modèle Kiki de Montparnasse, dans une pose rappelant la scandaleuse Olympia d'Édouard Manet, triomphe au Salon d'automne, soit ce qui reste de l'ancien monde de l'art académique.

C'est l'une des nombreuses œuvres rassemblées dans "Montparnasse: quand Paris éclairait le monde", paru début novembre aux éditions Albin Michel. "Un éditeur du quartier", plaisante l'auteur, Mathyeu Le Bal, fondateur de la galerie d'art moderne et contemporain Les Montparnos.

Cette galerie constitue l'un des rares vestiges du bouillonnement des années 1910 à 1930, dans ces quelques kilomètres carrés du sud de la capitale française.

"Quand j'ai ouvert dans le quartier en 2008, 2009, il ne restait plus rien, un désert culturel", se souvient ce grand amateur d'art moderne et contemporain, interrogé par l'AFP.

Bohème

Le lieu est petit, dans une rue peu passante d'un coin de Paris qui l'est beaucoup. Autour de la gare et de la tour du même nom, Montparnasse est devenu depuis la fin du XXe siècle un centre d'affaires et de commerce, garni de cinémas et de restaurants.

Plus grand-chose n'y rappelle aujourd'hui la bohème qui attira Foujita et d'autres grands noms passés à la postérité: Pablo Picasso, Amedeo Modigliani, Marc Chagall, Chaïm Soutine, Alberto Giacometti, pour ne citer qu'eux.

"Des touristes cherchent encore les traces de ce passé. Il est caché, dans des ateliers, des académies d'art où tout le monde n'entre pas. Il reste les brasseries comme la Coupole ou la Rotonde, dont la clientèle a changé", selon Mathyeu Le Bal.

Reste aussi une mémoire vivante, Jeanine Warnod, 100 ans, fille d'un critique d'art qui reçut chez lui nombre de célébrités du quartier.

Comme elle le raconte dans la préface, "les artistes ne faisaient pas d'enfants, j'étais leur poupée, tous me choyaient". Et pour cause: ils avaient à peine de quoi manger eux-mêmes.

Hydre à mille têtes

D'autres livres avaient déjà retracé cette épopée, comme celui d'un Américain passionné de cette histoire, Billy Klüver ("Kiki's Paris", 1989), ou ceux des écrivains français Jean-Paul Caracalla ("Montparnasse, l'âge d'or", 1997) ou Dan Franck ("Bohèmes", 1998). Ils dataient.

Mathyeu Le Bal prévoyait d'abord de ressusciter simplement des "oubliés" du quartier, comme le peintre breton Maurice Le Scouëzec, qu'il affectionne et dont il connaît la famille.

"C'est ce qui m'intéresse dans mon travail de galeriste: retrouver des œuvres de ces artistes mal connus. Mais quand on parle d'eux, on tombe forcément sur les plus célèbres. La généalogie et les influences croisées des Montparnos, c'est une hydre à mille têtes", dit-il.

Le quartier, qui tire son nom d'une butte artificielle où des étudiants déclamaient de la poésie, commence par être celui des peintres académiques du XIXe, puis d'impressionnistes des années 1860.

Il attire toute l'attention le jour de 1912 où, quittant la butte Montmartre, Picasso vient s'y installer.

La crise économique des années 30 et l'invasion allemande en 1940 disperseront ces communautés d'étrangers, venus de tous les coins de l'Amérique et de l'Europe. La fête est finie et elle reprendra, après-guerre, à New York.


Fabien Gabel, la musique de père en fils

Le chef d'orchestre et musicien français Fabien Gabel pose lors d'une séance photo à Paris, le 21 novembre 2022. (AFP).
Le chef d'orchestre et musicien français Fabien Gabel pose lors d'une séance photo à Paris, le 21 novembre 2022. (AFP).
Short Url
  • «J'avais trois ou quatre ans et c'était Noël. L'orchestre de l'Opéra jouait comme tous les ans l'ouverture de Carmen; je me souviens aussi d'un sapin immense et du père Noël au Palais Garnier», se remémore en souriant le chef d'orchestre de 47 ans
  • «Enfant, j'allais plus dans la fosse que dans la salle elle-même. J'ai connu l'envers du décor avant le lieu du décor», explique le maestro qui a grandi dans les Yvelines

PARIS : A huit ans, son père trompettiste l'avait emmené dans la fosse d'orchestre de l'Opéra de Paris, où son grand-père maternel était violoncelliste. Quatre décennies plus tard, le chef d'orchestre français Fabien Gabel fait ses débuts au pupitre de la prestigieuse maison.

Des débuts d'autant plus émouvants qu'il dirige à l'Opéra Bastille une longue série de "Carmen" de Bizet (jusqu'au 25 février), son premier souvenir à l'Opéra.

"J'avais trois ou quatre ans et c'était Noël. L'orchestre de l'Opéra jouait comme tous les ans l'ouverture de Carmen; je me souviens aussi d'un sapin immense et du père Noël au Palais Garnier", se remémore en souriant le chef d'orchestre de 47 ans.

Biberonné à la musique classique dès son plus jeune âge, avec également une mère harpiste et un frère aîné violoniste, il a été en immersion dans la fosse avant même d'apprendre un instrument - la trompette -, avant de se convertir plus tard à la direction d'orchestre.

"Enfant, j'allais plus dans la fosse que dans la salle elle-même. J'ai connu l'envers du décor avant le lieu du décor", explique le maestro qui a grandi dans les Yvelines.

Désir latent

"La première fois, c'était un soir où l'orchestre jouait Norma (de Bellini). Mon père m'a dit: 'Tu ne bouges pas'. J'étais tiré à quatre épingles, je me mettais au bord de la fosse pour que personne ne me voie", se souvient-il.

Il est alors fasciné par les musiciens, par le son enveloppant de l'orchestre mais aussi "les voix du public au-dessus de la fosse, les applaudissements et les coulisses".

"Il m'a même entraîné dans la fosse des Folies Bergère et, là, c'était des plumes qui tombaient", rit-il, en référence aux heures de gloire cet ancien cabaret.

A 16 ans, il est admis au Conservatoire de Paris pour étudier la trompette et, la même année, l'Opéra de Paris fait appel à lui pour jouer lors d'une soirée consacrée à l'opéra "Elektra" de Richard Strauss.

Mais la direction d'orchestre a toujours été un "désir latent". Alors qu'il a 14 ans, en 1989, il se souvient avoir vu le légendaire Carlos Kleiber diriger le concert du Nouvel An à Vienne.

Fasciné, cet amoureux du répertoire français entame cette nouvelle carrière à 27 ans; un long processus durant lequel il se forme aux côtés d'éminents maestros comme Sir Colin Davis, avant de se lancer à l'international. Il deviendra pendant de longues années directeur musical de l'Orchestre symphonique de Québec.

Avant lui, son père et son grand-père avaient côtoyé les plus grands.

Son grand-père, qui a également joué avec l'Orchestre Lamoureux, a travaillé avec les compositeurs Igor Stravinski, Wilhelm Furtwängler, Igor Markevitch ou Bruno Walter. Son père a connu l'ère de Rolf Liebermann, administrateur de l'Opéra entre 1973 et 1980 qui a attiré de grands noms.

"Un soir, Lorin Maazel dirigeait 'Pelléas et Mélisande', le lendemain, Georg Solti dirigeait "L'Or du Rhin" et la semaine d'après, Karl Böhm était là pour 'Elektra', en sachant que ces deux derniers avaient travaillé eux-mêmes avec Richard Strauss. C'était des légendes vivantes", précise Fabien Gabel.

Son expérience comme instrumentiste lui a appris l'humilité et surtout à être sensible aux états d'âme des musiciens qui lui font face.

"L'orchestre est une micro-société. (...) Il y a des musiciens nerveux, qui ont besoin d'aide, d'autres à qui on peut parler ouvertement", souligne-t-il.

Dans sa carrière, il dit avoir vu "des chefs très durs envers les musiciens, avec des comportements qui n'avaient pas lieu d'être, mais cela a changé".

Après, nuance-t-il, "cela n'empêche pas la rigueur et l'autorité car il faut bien que quelqu'un régule les choses".


Nour Cadour, une «porte-parole poétique»

Couverture de L'âme du luthier,  de Nour Cadour (fournie)
Couverture de L'âme du luthier, de Nour Cadour (fournie)
Short Url
  • Nour Cadour exerce le métier de docteur en médecine nucléaire à Montpellier, en Occitanie, non loin de la Méditerranée. Sa passion pour la littérature remonte à son enfance
  • «J'ai ce besoin d'écrire parce que, pour moi, la poésie est comme une arme, mais une arme pacifique»

PARIS: «Fait-il toujours aussi froid en Syrie?» Nour Cadour a pris du temps avant de comprendre le sens de cette question. Son malheureux interlocuteur français avait confondu la Syrie avec la Sibérie. Pays longtemps méconnu avant d’être au cœur de l'actualité internationale à partir de 2011, la Syrie mérite d'être vue autrement, selon la romancière, poétesse et peintre Nour Cadour. Arab News en français s'est entretenu avec celle qui se considère comme étant une «porte-parole poétique».

Nour Cadour (fournie)
Nour Cadour (fournie)

De l'importance de la poésie

Nour Cadour exerce le métier de docteur en médecine nucléaire à Montpellier, en Occitanie, non loin de la Méditerranée. Sa passion pour la littérature remonte à son enfance. Déjà, elle notait dans son carnet les critiques des livres qu'elle avait lus. Son goût pour la poésie naît après une remarque de sa professeure de français en seconde qui lui confie que son style est «poétique».

L’enseignante a vu juste. Nour Cadour remporte la mention spéciale du jury du concours international Poésie en liberté en 2014 dans la catégorie «Étudiants de France». Dès lors, celle qui défend la poésie contemporaine et la liberté qu'elle procure fait de belles rencontres et, surtout, rencontre le succès. Son recueil de poèmes Larmes de lune a reçu en 2021 le prix Jacques Raphaël-Leygues de la Société des poètes français et, en novembre 2022, le prix de poésie de la Fondation Saint-John Perse.

La force de la poésie est de dénoncer des choses en quelques vers tout en transmettant un message de beauté et d'espoir.

Elle est guidée par ce qu'elle appelle un «besoin d'écrire»: «J'ai ce besoin d'écrire parce que, pour moi, la poésie est comme une arme, mais une arme pacifique. Il y a des choses dans le monde dans lequel on vit qui me rendent triste et me mettent en colère. Ma poésie est engagée, elle pousse les gens non à adhérer à ce que j'écris, mais au moins à réfléchir sur certaines idées sur lesquelles ils ont des préjugés.»

La poésie est selon elle la forme artistique la mieux adaptée à son engagement: «La force de la poésie est de dénoncer des choses en quelques vers tout en transmettant un message de beauté et d'espoir. Cela apaise ce que l'on veut dénoncer, qui est parfois violent.»

La Syrie, un thème majeur de son œuvre

À travers son engagement, Nour Cadour souhaite changer les regards et les représentations qui pèsent sur son pays d'origine. La moitié de l'intrigue de son premier roman, L’Âme du luthier, publié chez Hello Éditions en février 2022, se déroule en Syrie. «J'ai publié ce roman parce que j'avais envie de montrer que la Syrie n'est pas seulement le pays que l'on est en train de découvrir aujourd’hui avec la guerre. Je voulais montrer, avec mes personnages et leur vie quotidienne, que c'est une terre de culture.» Ce roman possède une part autobiographique: «Je me suis inspirée de mes beaux souvenirs de vacances avec mes grands-parents.»

Sa démarche ne consiste pas simplement à changer les regards des gens, mais aussi à transmettre et à partager, dans la bienveillance. C’est dans ce but qu’elle a cofondé l’association de poésie montpelliéraine intitulée «L’Appeau’Strophe», qui organise une fois par mois une soirée de poésie en musique.

Logo de L'Appeau Strophe (fourni)
Logo de L'Appeau Strophe (fourni)

Son prochain projet littéraire est consacré à ce désir de partage et de transmission: «Je vais publier en janvier 2023 un recueil qui se partage en différents poèmes et chacun d’eux sera la voix d'une femme d'un pays ou d'une ville du monde. Ce sont des femmes que je connais ou que j'ai rencontrées lors de mes voyages. Il s'agit pour moi d'être leur “porte-parole poétique”, de parler des difficultés qu'elles rencontrent au quotidien. Les mêmes problématiques reviennent, quelles que soient les cultures ou les religions.»

Nour Cadour continue ainsi à faire passer un message universel de convivialité et de bienveillance, tout en exposant l’âpreté de la réalité. Un travail de poète et, surtout, d’alchimiste!