La mort de Mahsa Amini, catalyseur de la colère du peuple iranien

La mort de Mahsa Amini, 22 ans, a allumé une étincelle dans un pays bouillonnant de colère (Photo, AFP).
La mort de Mahsa Amini, 22 ans, a allumé une étincelle dans un pays bouillonnant de colère (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 26 septembre 2022

La mort de Mahsa Amini, catalyseur de la colère du peuple iranien

  • Au moins 41 personnes ont trouvé la mort depuis que des manifestations ont éclaté à la suite du décès de la jeune femme de 22 ans
  • Amini a été arrêtée par la police des mœurs pour avoir prétendument enfreint le code vestimentaire strict du régime

DUBAÏ: Depuis la mort de Mahsa Amini, 22 ans, aux mains de la police des mœurs, des mouvements de protestation ont gagné la quasi-totalité des 31 provinces et villes d'Iran. Le 13 septembre, Mahsa Amini a été arrêtée par une patrouille de la police des mœurs (Gasht-e Ershad) dans une station de métro de Téhéran, pour avoir prétendument enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique.

Hospitalisée après son arrestation, elle est tombée dans le coma avant de décéder trois jours plus tard. Les autorités iraniennes affirment qu'elle a succombé à une crise cardiaque. Sa famille affirme qu'elle n'avait aucun problème cardiaque préexistant.

Sa mort a suscité l'indignation dans un pays bouillonnant de colère en raison d'une longue liste de revendications et de préoccupations socio-économiques diverses.

Les femmes iraniennes, lassées de la brutalité de la police des mœurs, ont publié des vidéos d'elles-mêmes se coupant des mèches de cheveux en soutien à Amini. Les manifestants qui sont descendus dans la rue ont scandé «Mort à la police des mœurs» et «Femmes, vie, liberté».

Dans un geste de défi, des manifestantes sont vues en train d’arracher leur foulard, le brûler et danser dans les rues. La police d'État a réprimé les manifestants à coups de gaz lacrymogènes, tandis que des volontaires du Corps des gardiens de la révolution islamique les battaient. Au moins 41 personnes ont perdu la vie à ce jour.

«Internet a été coupé à Téhéran. Je n'ai pas pu joindre les membres de ma famille, mais ils réussissent de temps en temps à faire passer un message», a déclaré à Arab News un Iranien réfugié aux États-Unis à l'époque de la révolution islamique.

Mehdi, qui n'a pas voulu donner son nom complet, a ajouté: «Nous espérons que le gouvernement fera des concessions cette fois-ci. C'est la plus grande manifestation depuis la révolution. Nous sommes fiers de ce qui se passe en Iran.»

Dans un geste de défi, des manifestantes sont vues en train d’arracher leur foulard, le brûler et danser dans les rues (Photo, AFP).

Dans le Washington Post, Karim Sajdadpour, chercheur principal au Carnegie Endowment for International Peace, a décrit les manifestations contre l'assassinat d'Amin comme «menées par les petites-filles de la nation contre les grands-pères qui ont dirigé leur pays pendant plus de quatre décennies».

Depuis la révolution islamique de 1979, les lois de la charia dans le pays exigent que les femmes portent un foulard et des vêtements amples en public. Celles qui ne respectent pas ce code sont condamnées à une amende ou à une peine de prison.

La campagne des autorités iraniennes visant à obliger les femmes à s'habiller modestement et à lutter contre le port «incorrect» des vêtements obligatoires a commencé peu après la révolution qui a mis fin à une ère de liberté vestimentaire sans entrave pour les femmes sous le régime du shah Mohammed Reza Pahlavi. Durant le règne du shah, son épouse Farah, qui portait souvent des vêtements occidentaux, était présentée comme un modèle de femme moderne.

En 1981, les femmes n'étaient pas autorisées à montrer leurs bras en public. En 1983, le Parlement iranien a décrété que les femmes qui ne se couvraient pas les cheveux en public pouvaient être punies de 74 coups de fouet. Plus récemment, il a ajouté une peine pouvant aller jusqu'à 60 jours de prison.

Les restrictions n'ont cessé d'évoluer et le degré d'application du code vestimentaire féminin a varié depuis 1979, en fonction du président en exercice. Le Gasht-e Ershad a été créé pour faire respecter le code vestimentaire après l'accession à la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, le maire ultraconservateur de Téhéran, en 2005.

Les restrictions ont été quelque peu assouplies sous la présidence d'Hassan Rouhani, considéré comme modéré. Lorsque Rouhani a reproché à la police des mœurs son agressivité, son chef a déclaré en 2017 que les femmes enfreignant le code de la pudeur ne seraient plus arrêtées.

«Nous espérons que le gouvernement fera des concessions cette fois-ci. C'est la plus grande manifestation depuis la révolution. Nous sommes fiers de ce qui se passe en Iran» (Photo, AFP).

Cependant, le règne du président Ebrahim Raisi semble avoir enhardi la police des mœurs une fois de plus. En août, Raisi a signé un décret prévoyant une application plus stricte des règles qui obligent les femmes à porter en permanence le hijab en public.

Dans son discours à l'Assemblée générale des Nations unies la semaine dernière, Raisi a tenté de détourner sa responsabilité dans les manifestations en Iran en évoquant le traitement que le Canada avait infligé aux populations autochtones et a accusé l'Occident de faire deux poids deux mesures en matière de droits de l'homme.

Le gouvernement de Raisi, quant à lui, cherche à obtenir une forme de garantie permettant que la levée des sanctions sévères et la reprise des activités commerciales des entreprises occidentales ne puisse être perturbée si un futur président américain annule l'accord nucléaire de 2015. Les responsables iraniens contestent également les préoccupations de l'Agence internationale de l'énergie atomique concernant le matériel nucléaire illicite découvert sur trois sites et souhaitent mettre un terme à l'enquête de l’agence.

Les protestations en Iran ne sont pas un fait nouveau. En 2009, le Mouvement vert a organisé des manifestations en raison de résultats électoraux jugés frauduleux. En 2019, des manifestations ont éclaté à la suite de la flambée des prix du carburant et de la détérioration des conditions de vie et des besoins fondamentaux.

Les protestations de cette année sont différentes dans la mesure où elles sont de nature féministe. Firuzeh Mahmoudi, directrice exécutive de United for Iran, une ONG de défense des droits de l'homme, a déclaré qu'il était sans précédent pour le pays de voir des femmes retirer leur hijab en masse, brûler des voitures de police et arracher des photos de l'ayatollah Ali Khamenei (le dirigeant suprême du pays).

Il est également inédit de voir des hommes scander «Nous soutiendrons nos sœurs et nos femmes, la vie, la liberté».

«À travers les réseaux sociaux, les applications mobiles, les blogs et les sites web, les femmes iraniennes participent activement au discours public et exercent leurs droits civils», a déclaré Mme Mahmoudi. «Heureusement pour les mouvements de défense des droits des femmes en pleine émergence, le gouvernement patriarcal et misogyne n'a pas encore réussi à complètement censurer et contrôler Internet.»

Le règne du président Ebrahim Raisi semble avoir enhardi la police des mœurs une fois de plus (Photo, AFP).

Masih Alinejad, une militante politique iranienne qui vit en exil aux États-Unis depuis 2009, a déclaré qu'elle recevait de nombreux messages de femmes en Iran. Elles lui font part de leurs frustrations, de vidéos des manifestations et de leurs adieux à leurs parents, qu'elles croient être les derniers.

Affirmant pouvoir ressentir leur colère à travers leurs messages, Mme Alinejad a déclaré que le hijab est un moyen pour le gouvernement de contrôler les femmes et donc la société, ajoutant que «leurs cheveux et leur identité ont été pris en otage».

De nombreuses célébrités masculines iraniennes ont également exprimé leur soutien aux protestations et aux femmes. Toomaj Salehi, un rappeur dissident qui a été arrêté au début de l'année en raison de ses paroles sur le changement de régime et les questions sociales et politiques, a posté une vidéo de lui marchant dans les rues déclarant: «Mes larmes ne sèchent pas, c'est du sang, c'est de la colère. La fin est proche, l'histoire se répète. Ayez peur de nous, retirez-vous, sachez que vous êtes finis.»

De son côté, l'industrie du cinéma a publié samedi un communiqué appelant les militaires à déposer les armes et à «retourner dans les bras de la nation».

Un certain nombre d'actrices célèbres ont retiré leur hijab en soutien au mouvement et aux protestations. Le ministre iranien de la Culture, Mohammed Mehdi Esmaili, a déclaré que les actrices qui ont exprimé leur soutien en ligne et retiré leur hijab ne pourront plus poursuivre leur carrière.

Dans un tweet publié samedi, Mme Sajdadpour a affirmé: «Pour comprendre les protestations iraniennes, il est frappant de juxtaposer les images des femmes jeunes et modernes tuées en Iran la semaine dernière (Mahsa Amini, Ghazale Chelavi, Hanane Kia, Mahsa Mogoi) avec les images de l'élite dirigeante du pays, pratiquement tous des hommes vieux profondément traditionnels.»

Les autorités iraniennes ont coupé les connexions Internet mobiles, perturbant les services WhatsApp et Instagram. Sur le média d'État iranien, ISNA, le ministre des Communications, Issa Zarepour, a justifié cet acte pour la «sécurité nationale» et a déclaré qu'on ne savait pas combien de temps durerait le blocage des plateformes de réseaux sociaux et de WhatsApp, car il a été instauré pour «des raisons de sécurité et des discussions liées aux événements récents».

Cependant, Mahsa Alimardani, une universitaire de l'Oxford Internet Institute qui étudie les coupures et les contrôles d'Internet en Iran, a déclaré que les autorités ciblaient ces plateformes parce qu'elles constituent «un lien vital pour l'information et la communication qui maintiennent les protestations en vie».

Sur Twitter, le hashtag #MahsaAmini en farsi a largement franchi le cap des 30 millions de publications.

«Tout le monde en Iran sait que les autorités vont sévèrement réprimer les manifestants et les tuer», a déclaré Mehdi, l'Iranien basé aux États-Unis, à Arab News.

«C'est presque un entraînement à la cible pour eux. Quand je vois comment les femmes là-bas tiennent tête à un régime impitoyable et vicieux qui n'a jamais reculé devant le génocide pour maintenir son pouvoir, j'en ai la chair de poule. Il faut un certain courage pour faire ce qu'elles font.»

Envisageant l'avenir avec espoir, il a déclaré: «La flamme a été allumée et nous ne sommes pas du genre à reculer.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: le Hezbollah dit mener des combats directs avec des forces israéliennes dans le sud

Des soldats israéliens se mettent à l'abri près de la frontière israélo-libanaise, à la suite d'une attaque par drone du Hezbollah qui a frappé la frontière nord. (AFP)
Des soldats israéliens se mettent à l'abri près de la frontière israélo-libanaise, à la suite d'une attaque par drone du Hezbollah qui a frappé la frontière nord. (AFP)
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  • Des combattants "se sont livrés à des affrontements directs avec les forces ennemies" à Zawtar el-Charqiyé, au nord du fleuve Litani, a écrit mercredi le groupe pro-iranien dans un communiqué
  • Le Hezbollah avait revendiqué depuis la veille à l'aube des tirs et attaques au drone contre des forces israéliennes qui tentaient de s'infiltrer dans la localité

BEYROUTH: Le Hezbollah a indiqué mercredi mener des combats avec des forces israéliennes dans une localité située à la lisière de la "ligne jaune" établie dans le sud du Liban par Israël, qui étend ses opérations terrestres dans le pays.

L'armée israélienne avait élargi et intensifié ses frappes mardi sur des villes et villages dans le sud du Liban et dans des zones de l'est du pays limitrophes du sud, faisant au moins 31 morts selon les autorités.

Des combattants "se sont livrés à des affrontements directs avec les forces ennemies" à Zawtar el-Charqiyé, au nord du fleuve Litani, a écrit mercredi le groupe pro-iranien dans un communiqué.

Le Hezbollah avait revendiqué depuis la veille à l'aube des tirs et attaques au drone contre des forces israéliennes qui tentaient de s'infiltrer dans la localité.

Ce village, situé au nord du fleuve Litani, revêt une importance stratégique pour sa proximité avec la ville de Nabatiyé, grande ville du sud visée par un nouvel appel à évacuation israélien avant des frappes, le deuxième depuis mardi.

Israël dit cibler le Hezbollah, qu'il accuse de violer le cessez-le-feu.

Zawtar el-Charqiyé se situe à la lisière de la "ligne jaune" que l'armée israélienne a établie dans le sud du Liban à une dizaine de kilomètres de la frontière, zone qu'elle interdit d'accès aux habitants et où elle mène de larges opérations de démolition.

Parallèlement à cette avancée, Israël a annoncé mardi étendre ses opérations terrestres contre le Hezbollah au-delà de la "ligne jaune", malgré la trêve en vigueur depuis le 17 avril.

"Nous intensifions notre action au Liban" et "nous renforçons la zone de sécurité afin de protéger les localités du nord" d'Israël, a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu.


L'Iran juge peu probable la reprise de la guerre avec les Etats-Unis

L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, malgré les récentes frappes américaines, et sur fond de laborieuses tractations diplomatiques pour mettre fin durablement à la guerre. (AFP)
L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, malgré les récentes frappes américaines, et sur fond de laborieuses tractations diplomatiques pour mettre fin durablement à la guerre. (AFP)
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  • Si les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts, les négociations piétinent depuis
  • Et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran continue, faisant flamber les prix du pétrole, tout comme les échanges de menaces

TEHERAN: L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, malgré les récentes frappes américaines, et sur fond de laborieuses tractations diplomatiques pour mettre fin durablement à la guerre.

Dans le même temps, comme une étape de plus vers un retour à la normale, l'accès à internet a été partiellement rétabli en Iran, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks. Et dans le ciel, le trafic a désormais pleinement repris dans 10 aéroports du pays.

Si les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts, les négociations piétinent depuis. Et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran continue, faisant flamber les prix du pétrole, tout comme les échanges de menaces.

"La probabilité d'une guerre est faible en raison de la faiblesse de l'ennemi", a lancé mercredi Mohammad Akbarzadeh, un haut responsable des forces navales des Gardiens, cité par l'agence de presse Tasnim. Mais "les forces armées se tiennent en alerte, leurs chargeurs pleins", a-t-il ajouté, jurant de "transformer la zone" allant de l'est à l'ouest du Golfe en "un cimetière pour les agresseurs".

La veille, la République islamique avait déjà menacé de riposter à tout "acte malveillant", accusant Washington d'avoir violé le cessez-le-feu dans le sud du pays.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) avait annoncé plus tôt avoir frappé dans la nuit de lundi à mardi des sites de lancement de missiles.

L'Iran n'a pas officiellement confirmé l'information, mais les médias d'Etat ont rapporté des explosions dans la ville portuaire de Bandar Abbas.

Alors que les pays musulmans célèbrent l'Aïd al-Adha, fête majeure de l'islam, le président iranien Massoud Pezeshkian a délivré à cette occasion un message contre "les tyrans de notre époque".

 "Globalement positives"

Mercredi, les cours du pétrole fléchissaient de nouveau et les Bourses européennes ont ouvert en petite hausse.

Si l'enthousiasme des marchés est retombé après les signaux positifs du weekend, "il subsiste un air d'optimisme prudent quant à la signature et aux détails d'un protocole d'accord (MoU) entre les Etats-Unis et l'Iran", commente Chris Weston, responsable de la recherche chez le courtier Pepperstone.

Car le dialogue n'est pas rompu: l'agence iranienne Isna a fait état de "négociations globalement positives" après la visite de hauts responsables au Qatar, une première depuis le début des hostilités.

Ce déplacement avait pour but de discuter des "modalités d'accès" aux fonds gelés à l'étranger, dont une partie au Qatar, en raison des sanctions américaines. Téhéran exige le déblocage de 24 milliards d'avoirs, "avec mise à disposition de la moitié dès l'annonce du protocole d'accord", selon Isna.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps. Washington, qui soupçonne Téhéran de vouloir se doter de la bombe atomique, réclame la destruction du stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain depuis de précédentes frappes, en juin 2025.

Au-delà de la "ligne jaune" 

Donald Trump, qui doit réunir mercredi son gouvernement, cherche de son côté une issue à cette guerre impopulaire qui a gravement perturbé l'économie mondiale en raison du quasi blocage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

"Si le mémorandum est signé (...), Trump revendiquera un succès diplomatique, les prix du carburant devraient baisser et l'Iran aura obtenu ce qu'il recherchait depuis le début: la fin des hostilités actives et un répit économique, avant d'être contraint de faire des concessions sur la question nucléaire", écrit sur son site le groupe de réflexion International Crisis Group.

A condition que son allié israélien, désireux de renverser la République islamique, ne fasse pas dérailler les discussions.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé une intensification de l'offensive de l'armée israélienne au Liban contre le Hezbollah pro-iranien, malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril.

De nouvelles frappes mardi ont fait 31 morts, selon le gouvernement libanais. Et Israël a dit étendre ses opérations terrestres au-delà de la "ligne jaune" qu'elle a établie dans le sud du pays.


Les pèlerins lapident Satan près de La Mecque, au premier jour de l'Aïd

Le hajj, qui consiste en une série de rites menés sur plusieurs jours, souvent en extérieur, s'est encore déroulé cette année sous une chaleur écrasante. (AFP)
Le hajj, qui consiste en une série de rites menés sur plusieurs jours, souvent en extérieur, s'est encore déroulé cette année sous une chaleur écrasante. (AFP)
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  • Après avoir jeté les cailloux, les hommes se rasent ou se coupent les cheveux et les femmes se taillent une mèche, marquant la sortie de l'état de pureté
  • Ils peuvent dès lors revêtir leurs habits habituels

MINA: Adnan Hamad "n'arrive pas à y croire": il a accompli mercredi le dernier grand rituel du hajj, comme 1,7 million de pèlerins venus à La Mecque malgré la guerre qui a ébranlé la région du Golfe.

Au premier jour de l'Aïd al-Adha, fête majeure de l'islam, des foules réunies dans l'ouest de l'Arabie saoudite se sont relayées sur un site de la vallée de Mina, à quelques kilomètres de la Grande mosquée, pour jeter des cailloux sur des stèles en béton symbolisant le diable.

Ce rituel reproduit symboliquement la lapidation du diable par Abraham aux trois endroits où Satan aurait tenté de le dissuader d'obéir à l'ordre de Dieu de sacrifier son fils Ismaël.

Après avoir jeté les cailloux, les hommes se rasent ou se coupent les cheveux et les femmes se taillent une mèche, marquant la sortie de l'état de pureté, appelé ihram, qui exige notamment le port d'une tenue blanche formée de deux pièces d'étoffe non cousues. Ils peuvent dès lors revêtir leurs habits habituels.

"Difficultés extrêmes" 

"Je n'arrive pas à croire que j'ai terminé les rites du hajj", témoigne Adnan Hamad, un Irakien de 58 ans accompagné de ses filles. "Chaque étape a été agréable malgré les difficultés extrêmes", dit-il à l'AFP en référence à la chaleur écrasante de cette région désertique parmi les plus arides au monde.

Marwa Dahchouri évoque "un sentiment vraiment unique". "C'est comme si vous étiez au paradis, ou comme si vous en étiez devenu une petite partie", raconte cette Egyptienne.

La guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre l'Iran, n'a pas dissuadé les croyants de faire le déplacement.

Jusqu'à l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril, Téhéran avait riposté en visant des bases militaires et infrastructures énergétiques chez ses voisins du Golfe, notamment en Arabie saoudite.

Malgré les incertitudes quant à une reprise du conflit, le pèlerinage a attiré plus de fidèles que l'an passé, d'après les autorités saoudiennes.

"Menace aérienne" 

Si les pèlerins sur place se réjouissent d'avoir pu observer l'un des cinq piliers de l'islam, le royaume se tient sur le qui-vive.

Le ministère de la Défense s'est déclaré prêt à "faire face à toute menace aérienne", et a diffusé une vidéo, largement reprise sur la télévision d'Etat saoudienne, montrant des batteries anti-aériennes déployées sur des collines en périphérie de La Mecque.

Le hajj, qui consiste en une série de rites menés sur plusieurs jours, souvent en extérieur, s'est encore déroulé cette année sous une chaleur écrasante.

Mardi, les fidèles ont prié sur le mont Arafat, étape phare du hajj, sous des températures culminant à 45 degrés.

Ils ont ensuite passé la nuit à la belle étoile à Muzdalifah, à mi-chemin entre Arafat et Mina, où ils ont ramassé des cailloux afin de procéder à la "lapidation du diable".

Ultime étape de ce grand pèlerinage, le retour à La Mecque, la ville la plus sacrée de l'islam, pour un dernier tour de la Kaaba - structure cubique noire au cœur de la Grande mosquée vers laquelle les musulmans du monde entier se tournent pour prier.

Ce jour coïncide avec l'Aïd al-Adha, une fête célébrée en souvenir du sacrifice qu'avait failli accomplir Abraham en voulant immoler son fils Ismaël, avant que l'ange Gabriel ne lui propose in extremis de tuer un mouton à sa place, selon la tradition musulmane.

A cette occasion, les musulmans égorgent une bête, en général un mouton, et offrent une partie de la viande aux nécessiteux.