Prochain sommet arabe d’Alger: entre espoir et réalités

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune assiste à une cérémonie officielle à l'aéroport d'Alger, à Alger, le 27 août 2022. (Ludovic MARIN/AFP)
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune assiste à une cérémonie officielle à l'aéroport d'Alger, à Alger, le 27 août 2022. (Ludovic MARIN/AFP)
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Publié le Vendredi 30 septembre 2022

Prochain sommet arabe d’Alger: entre espoir et réalités

  • «L’Algérie est la clé de voûte du prochain sommet de la Ligue des États arabes»
  • «Une réforme institutionnelle au sein de la Ligue arabe s’impose»

ALGER: Les envoyés spéciaux du président algérien multiplient les visites et les séjours dans les capitales arabes, pour donner «des lettres d’invitation officielles» adressées par l'Algérie aux chefs d'État, rois et souverains arabes pour le prochain sommet arabe prévu le 1 et 2 novembre. Tout un déploiement politico-médiatique. L’enjeu pour l'Algérie est que le sommet soit couronné de succès.
«L’Algérie est la clé de voûte du prochain sommet de la Ligue des États arabes», déclare l'enseignant-chercheur en sciences politiques à l'université de Sétif, Ilas Touazi. Pour lui, «l'importance du prochain sommet arabe en Algérie réside dans son opportunité unique et historique de régler les différends et de résoudre les conflits arabes ainsi que de promouvoir la paix». En témoigne, entre autres, la rencontre, tenue en juillet dernier, à Alger, entre les dirigeants des principales factions palestiniennes, après des mois de lassitude et d'apathie politique.

La symbolique du sommet arabe d'Alger

Le Dr Ilas Touazi estime que «les Arabes seront unis autour d'une aspiration et d'une action communes basées sur la solidarité, la coopération entre les pays, la réunification et l'affrontement des défis actuels d'une manière qui sert les intérêts arabes communs, mais il y a cependant une grande différence entre la réalité et l'espoir».

En d'autres termes plus réalistes, le politologue analyse la tenue du prochain sommet arabe, en revenant sur le choix de la date d'organisation du sommet qui coïncide avec la célébration du 68e anniversaire du déclenchement de la lutte armée pour l'indépendance qui, selon lui, «donne beaucoup d'espoir sur fond de symbolisme», soit «la libération du joug du colonialisme, l'indépendance, la souveraineté nationale, et la non-soumission aux impérialistes». Autrement dit, «l'autodétermination et le soutien inconditionnel aux mouvements d'indépendance, en particulier à la cause palestinienne qui deviendra une question centrale dans ce prochain sommet arabe où l'Algérie rétablira le véritable agenda qui représente les peuples arabes et non les agendas imposés de l'extérieur», souligne-t-il.
Mais le monde arabe a été fortement secoué depuis 2011 par un mouvement d'une nature inédite issu de ce que les médias et certains observateurs ont surnommé «le printemps arabe». Des révoltes contre les gouvernements autoritaires auxquels les populations de la région étaient soumises depuis des décennies. «Ce processus de révoltes a commencé en Tunisie, pour gagner rapidement l'Égypte, puis plusieurs pays du Maghreb et du Moyen-Orient avec des conséquences graves pour la sécurité arabe et un chaos durable». Cette situation a provoqué l'émergence, de ce que le chercheur qualifie «d'hiver islamiste» laissant place à un djihadisme mondial avec la propagation de l'État islamique qui a sévèrement touché les pays arabes et mis en difficulté l'Algérie à l'intérieur de ses frontières et dans son voisinage immédiat, dans une forme d’effet domino.
La recherche d'un repositionnement diplomatique
Multipliant les entités analytiques, Dr Touazi parle déjà d'une «Algérie post-Hirak, entre repositionnement géopolitique et une nouvelle voie diplomatique sur la scène arabe». Pour le chercheur, le réveil diplomatique de l'Algérie «s’impose sur la scène arabe», alors que la dynamique interne s’est orientée vers la révision constitutionnelle de 2020 qui a réussi à définir «les priorités de la politique étrangère à l’échelle régionale arabe» par le renforcement de coopération en matière de lutte antiterroriste.

Mais le plus important et le plus significatif est cette nouvelle approche pleinement et entièrement assumée «d’une stratégie militaro-diplomatique» qui implique «la participation de l'Algérie aux opérations de maintien de la paix sous l'égide des Nations unies et le rétablissement de la paix régionale dans le cadre d'accords bilatéraux entre les pays concernés», indique-t-il. D’ailleurs, en marge du dernier sommet Europe-Afrique, le G4 a été créé, en tant que nouveau groupement diplomatique qui réunira l’Algérie, le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Éthiopie. Ainsi, l’Algérie ne peut plus masquer ses réelles ambitions; Alger veut faire entendre sa voix à l’échelle africaine et arabe, et sa diplomatie se fait désormais à visage découvert, notamment dans le cadre de médiation entre l’Égypte et l’Éthiopie.
En outre, le chercheur n'omet pas de situer la tenue du prochain sommet dans un contexte plus global en parlant de «l’émergence de l’Algérie au centre de la diplomatie multilatérale» sur fond de postpandémie de Covid-19 et de guerre russo-ukrainienne.
Dr Touazi explique que «le sommet arabe, précédemment prévu pour le 30 mars, a été reporté en raison de la crise sanitaire mondiale de la pandémie de coronavirus». Et d'ajouter que l’actuelle guerre russo-ukrainienne «vient aggraver la situation arabe en accélérant la dépendance en matière de sécurité alimentaire avec une forte probabilité de propagation d’une vague de famine à l’échelle régionale, ce qui va conduire certainement à une insécurité politique».  
Dans une situation qui pourrait ressembler à un duel à fleurets mouchetés, le chercheur souligne que l’Algérie «devient le centre de toutes les convoitises avec le défilé incessant des responsables occidentaux en escale à Alger et soucieux d’assurer l’approvisionnement en énergie». Avec l’embargo russe, «Alger est le nouveau garant de la sécurité énergétique pour l’Occident». Ainsi, l’Algérie veut «profiter pleinement de ce contexte géopolitique international pour servir son propre agenda diplomatique, lors du prochain sommet, afin de rehausser sa cote de crédibilité».

Tableau sombre
Le chercheur se démarque de ce qu'il estime être des «visions pessimistes» concernant les résultats du prochain sommet avant même sa tenue. Il est cependant nécessaire, selon lui, de «préciser que le monde arabe restera loin derrière les pays développés tant que les modes de gouvernance n'auront pas changé». Il pense par ailleurs «qu'une réforme institutionnelle au sein de la Ligue arabe s’impose».

Aussi, dans le même ordre d'idées, le chercheur n'omet pas de souligner qu'il «existe des divergences d’ordre politique majeures avec des conflits frontaliers entre l’Algérie et le Maroc, et la rupture des relations diplomatiques» en plus de «divergences idéologiques entre les tendances laïques et conservatrices, pro et antidémocratiques, et des situations extrêmement chaotiques avec l'effondrement de la Libye et l’aggravation de la situation en Syrie, au Yémen, en Irak et au Liban».

Le tableau que décrit le chercheur est tout aussi sombre avec «les derniers développements dans le conflit israélo-palestinien». Une situation qui a, selon lui, laissé les Arabes confus entre les impératifs sécuritaires et le mouvement de normalisation des relations diplomatiques entre Israël et plusieurs pays arabes tels que les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc.


L'armée israélienne dit frapper des cibles du Hezbollah à Beyrouth

Les images retransmises en direct montrent un épais panache de fumée s'élever du site touché par la frappe sur cette vaste zone, bastion du Hezbollah pro-iranien pilonné par Israël et vidé d'une grande partie de ses habitants depuis le 2 mars. (AFP)
Les images retransmises en direct montrent un épais panache de fumée s'élever du site touché par la frappe sur cette vaste zone, bastion du Hezbollah pro-iranien pilonné par Israël et vidé d'une grande partie de ses habitants depuis le 2 mars. (AFP)
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  • Une frappe a visé lundi la banlieue sud de Beyrouth après un avertissement lancé par l'armée israélienne aux habitants de sept quartiers, selon des images de l'AFPTV
  • Les images retransmises en direct montrent un épais panache de fumée s'élever du site touché par la frappe sur cette vaste zone, bastion du Hezbollah pro-iranien pilonné par Israël et vidé d'une grande partie de ses habitants depuis le 2 mars

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé lundi mener des frappes à Beyrouth contre des infrastructures du mouvement islamiste libanais Hezbollah, un allié de Téhéran, plus d'un mois après le début de la guerre au Moyen-Orient.

L'armée "a commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah terroriste à Beyrouth", indique un court communiqué militaire.

Une frappe a visé lundi la banlieue sud de Beyrouth après un avertissement lancé par l'armée israélienne aux habitants de sept quartiers, selon des images de l'AFPTV.

Les images retransmises en direct montrent un épais panache de fumée s'élever du site touché par la frappe sur cette vaste zone, bastion du Hezbollah pro-iranien pilonné par Israël et vidé d'une grande partie de ses habitants depuis le 2 mars.

 

 

 


L'Iran confirme la mort du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution

L'Iran a confirmé lundi la mort du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, Alireza Tangsiri, qu'Israël avait dit avoir tué la semaine dernière. (AFP)
L'Iran a confirmé lundi la mort du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, Alireza Tangsiri, qu'Israël avait dit avoir tué la semaine dernière. (AFP)
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  • L'Iran a confirmé lundi la mort du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, Alireza Tangsiri, qu'Israël avait dit avoir tué la semaine dernière
  • Tangsiri, l'un des visages des forces armées les plus connus du grand public, "a succombé à des blessures graves", ont indiqué les Gardiens, l'armée idéologique iranienne, sur leur site Sepah News

TEHERAN: L'Iran a confirmé lundi la mort du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, Alireza Tangsiri, qu'Israël avait dit avoir tué la semaine dernière.

Tangsiri, l'un des visages des forces armées les plus connus du grand public, "a succombé à des blessures graves", ont indiqué les Gardiens, l'armée idéologique iranienne, sur leur site Sepah News.

 

 


Les Houthis du Yémen visent à nouveau Israël et entrent dans la guerre au Moyen-Orient

Les Houthis du Yémen ont revendiqué samedi deux attaques en quelques heures contre Israël, marquant l'entrée de ces rebelles alliés de Téhéran dans le conflit au Moyen-Orient, commencé il y a un mois. (AFP)
Les Houthis du Yémen ont revendiqué samedi deux attaques en quelques heures contre Israël, marquant l'entrée de ces rebelles alliés de Téhéran dans le conflit au Moyen-Orient, commencé il y a un mois. (AFP)
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  • Le groupe rebelle a ainsi ciblé Israël pour la première fois depuis le début de la guerre le 28 février, déclenchée par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran
  • Alors que le trafic maritime mondial est largement perturbé par le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, l'entrée des Houthis dans le conflit pourrait encore aggraver la situation

TEHERAN: Les Houthis du Yémen ont revendiqué samedi deux attaques en quelques heures contre Israël, marquant l'entrée de ces rebelles alliés de Téhéran dans le conflit au Moyen-Orient, commencé il y a un mois.

Leur porte-parole a affirmé dans un communiqué sur X que les Houthis avaient lancé "des missiles de croisière et des drones" en direction de "plusieurs objectifs vitaux et militaires" en Israël.

Le groupe rebelle a ainsi ciblé Israël pour la première fois depuis le début de la guerre le 28 février, déclenchée par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Alors que le trafic maritime mondial est largement perturbé par le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, l'entrée des Houthis dans le conflit pourrait encore aggraver la situation: le groupe avait mené de nombreuses attaques contre les navires commerciaux en mer Rouge entre 2023 et 2025, pendant la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza.

En parallèle, l'Iran poursuit ses frappes de riposte, en Israël et à travers le Golfe.

Le port omanais de Salalah, situé à l'extérieur du détroit d'Ormuz sur la mer d'Arabie, a été évacué après une attaque de drones. Ses opérations ont été suspendues pour 48 heures, d'après l'armateur danois Maersk.

Universités américaines menacées 

Les Gardiens de la révolution, armée idéologique de la République islamique, ont menacé tôt dimanche de frapper les universités américaines dans la région, après avoir fait état de deux universités en Iran endommagées par des frappes américano-israéliennes.

"Si le gouvernement américain veut que ses universités dans la région ne subissent pas de représailles (...), il doit condamner le bombardement des universités dans un communiqué officiel avant lundi 30 mars à midi", ont déclaré les Gardiens de la Révolution dans un communiqué publié par des médias iraniens.

De nombreuses universités américaines possèdent des campus dans les pays du Golfe, comme l'université Texas A&M, implantée au Qatar, ou encore la New York University, aux Emirats arabes unis.

Les Etats-Unis avaient condamné avant cela "avec la plus grande fermeté" les attaques "perpétrées en Irak par les milices terroristes agissant pour le compte de l'Iran", et notamment celle "contre la résidence privée du président de la région du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani".

Des attaques qui ont notamment pris pour cible l'ambassade américaine à Bagdad.

A Téhéran, de nouvelles explosions ont été entendues dans la soirée de samedi par des journalistes de l'AFP, dans la partie est de la capitale, déjà lourdement bombardée la nuit d'avant.

Préparatifs du Pentagone 

Les efforts diplomatiques se multiplient ces derniers jours pour tenter de mettre fin à la guerre, et des responsables turcs, pakistanais, égyptiens et saoudiens doivent se réunir dimanche et lundi à Islamabad pour des "discussions approfondies".

Les spéculations vont bon train cependant sur le déploiement de troupes américaines sur le territoire iranien.

Selon le Washington Post, qui cite samedi soir des responsables américains, le Pentagone se prépare à des opérations de plusieurs semaines sur le terrain en Iran.

De telles opérations n'iraient pas jusqu'à une invasion à grande échelle de l'Iran, ont souligné les responsables américains sous couvert de l'anonymat, mais impliqueraient plutôt des raids en territoire iranien à la fois par des membres des forces spéciales et d'autres soldats.

Selon le Washington Post, il n'était pas clair samedi si Donald Trump comptait approuver tout ou partie, voire aucun des plans du Pentagone.

L'armée américaine a annoncé samedi l'arrivée au Moyen-Orient du Tripoli, un navire d'assaut amphibie à la tête d'un groupe naval comprenant "quelque 3.500" marins et soldats du corps des Marines.

Et ces derniers jours, plusieurs médias américains ont rapporté que Donald Trump envisageait d'envoyer prochainement au moins 10.000 militaires au Moyen-Orient.

Lourd tribut des civils 

Un mois après le début de la guerre, les civils continuent de payer un lourd tribut.

En Iran, d'après les médias samedi, au moins 12 personnes ont été tuées par des frappes américano-israéliennes dans la nuit dans différentes régions d'Iran.

Onze personnes ont été blessées samedi par des éclats lors de l'impact d'un missile iranien dans le centre d'Israël, ont annoncé les secours et l'armée.

La situation empire aussi au Liban, entraîné dans la guerre dès le 2 mars lorsque le mouvement chiite Hezbollah, soutenu par Téhéran, a commencé à tirer des roquettes sur Israël.

Trois journalistes libanais ont été tués samedi par une frappe sur leur véhicule dans le sud du Liban, Israël affirmant avoir visé un membre d'une unité d'élite du Hezbollah.

Depuis début mars, les frappes israéliennes ont fait un millier de morts selon des sources officielles et un million de déplacés dans ce pays.