L'ouvrage de Jason Greenblatt intitulé In the Path of Abraham offre un aperçu du processus de paix au Moyen-Orient

Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, pose pour une photo avec les ministres des Affaires étrangères de Bahreïn, d'Égypte, d'Israël, du Maroc et des Émirats arabes unis après leur réunion dans le Néguev, en Israël, le 28 mars 2022. (Fichier AFP)
Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, pose pour une photo avec les ministres des Affaires étrangères de Bahreïn, d'Égypte, d'Israël, du Maroc et des Émirats arabes unis après leur réunion dans le Néguev, en Israël, le 28 mars 2022. (Fichier AFP)
(De gauche à droite) Abdellatif al-Zayani, ministre des Affaires étrangères de Bahreïn; Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien; Donald Trump, président des États-Unis, et Abdallah ben Zayed al-Nahyane, ministre des Affaires étrangères des EAU, lors de la signature des accords d'Abraham. (AFP)
(De gauche à droite) Abdellatif al-Zayani, ministre des Affaires étrangères de Bahreïn; Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien; Donald Trump, président des États-Unis, et Abdallah ben Zayed al-Nahyane, ministre des Affaires étrangères des EAU, lors de la signature des accords d'Abraham. (AFP)
Les drapeaux des EAU et d'Israël flottent à l'Expo 2020 de Dubaï le 31 janvier 2022. (AFP)
Les drapeaux des EAU et d'Israël flottent à l'Expo 2020 de Dubaï le 31 janvier 2022. (AFP)
Le rabbin Levi Duchman allume une grande menora au pavillon israélien de l'Expo 2020 à Dubaï, le 28 novembre 2021, pour marquer la fête juive de Hanoukka. (AFP)
Le rabbin Levi Duchman allume une grande menora au pavillon israélien de l'Expo 2020 à Dubaï, le 28 novembre 2021, pour marquer la fête juive de Hanoukka. (AFP)
Jared Kushner, gendre de l'ancien président américain, Donald Trump, est considéré comme ayant joué un rôle crucial dans la signature des accords d'Abraham. (Getty Images via AFP)
Jared Kushner, gendre de l'ancien président américain, Donald Trump, est considéré comme ayant joué un rôle crucial dans la signature des accords d'Abraham. (Getty Images via AFP)
Un avion d'Emirates reçoit un jet d'eau de bienvenue lors de son atterrissage à l'aéroport israélien Ben-Gourion de Lod, le 23 juin 2022, qui marque le premier vol de passagers de la compagnie aérienne des EAU vers Israël. (Fichier AFP)
Un avion d'Emirates reçoit un jet d'eau de bienvenue lors de son atterrissage à l'aéroport israélien Ben-Gourion de Lod, le 23 juin 2022, qui marque le premier vol de passagers de la compagnie aérienne des EAU vers Israël. (Fichier AFP)
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Publié le Jeudi 06 octobre 2022

L'ouvrage de Jason Greenblatt intitulé In the Path of Abraham offre un aperçu du processus de paix au Moyen-Orient

  • Les accords d'Abraham ont normalisé les liens entre Israël et quatre pays arabes: Émirats arabes unis, Bahreïn, Soudan et Maroc
  • Jason Greenblatt: «La normalisation conduit à un règlement raisonnable et pacifique du conflit au Moyen-Orient»

MISSOURI, USA: À l'approche du deuxième anniversaire des accords historiques d'Abraham, le moment semble bien choisi pour réfléchir aux changements qu'ils annonçaient pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

Jusqu'à présent, l'accord a normalisé les relations entre Israël et quatre pays arabes: les Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn, le Maroc et le Soudan.

L'ouvrage de Jason Greenblatt intitulé In the Path of Abraham offre aux lecteurs un compte rendu de la réflexion et du processus qui ont rendu les accords possibles. Nommé par le président, Donald Trump, en 2016, comme représentant pour les négociations internationales, Jason Greenblatt, ainsi que Jared Kushner, l'ambassadeur David Friedman et le conseiller de M. Kushner, Avi Berkowitz, ont mené l’initiative américaine pour négocier la paix entre Israël, les Palestiniens et leurs voisins.

Le livre offre un aperçu très accessible, clair et direct de la façon dont ils ont abordé cette tâche colossale. Au cours de ce processus, M. Greenblatt et ses collègues ont dû se débarrasser d'une grande partie des idées reçues sur le conflit israélo-arabe, accumulées au fil des ans et propagées par une vaste armée d’ «experts » en la matière.

L'opinion consensuelle de longue date sur ce conflit avançait qu'il n'était pas possible d’atteindre la paix et la normalisation entre Israël et les différents États arabes tant qu'un accord de paix définitif n'avait pas été conclu avec les Palestiniens.

Cet accord de paix avec les Palestiniens s'est toutefois révélé difficile à définir, même à ce jour, donnant effectivement aux partis politiques palestiniens un droit de veto sur tout ce qui concerne Israël dans la région.

La région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (Mena) a toutefois changé au fil du temps, même si le conflit israélo-palestinien semble figé.

Les experts chevronnés, qu'il s'agisse d'universitaires, de groupes de réflexion, d'agents du renseignement ou de personnes travaillant dans les bureaux du département d'État ou de divers ministères des Affaires étrangères, n'ont pas su évaluer ces changements.

Le panarabisme n'exerce plus la même emprise sur le monde arabe qu'auparavant et, si la plupart des dirigeants arabes et leur opinion publique restent très favorables aux Palestiniens, ils doivent également veiller à leurs propres intérêts nationaux.

L'Iran, en particulier, occupe une place très importante dans l'évaluation des risques de divers États arabes, qui peuvent trouver en Israël un ennemi militairement et technologiquement puissant – et déterminé – de l'Iran avec lequel faire cause commune. 

Partie intégrante de la région Mena, que cela plaise ou non à certains, Israël ne va pas non plus disparaître. En effet, dans les circonstances actuelles, Israël ne perdra pas de vue la menace que représente Téhéran et ne manquera pas de saisir l'importance géopolitique d'un Iran doté de l'arme nucléaire.

Les intérêts communs entre de nombreux États arabes et Israël vont également au-delà de l'Iran, comme l'a si bien compris Jason Greenblatt, et l'intransigeance des dirigeants palestiniens face aux diverses offres de paix israéliennes au fil des ans ne peut plus être autorisée à entraver une telle confluence d'intérêts

en bref

Les accords d'Abraham, signés en septembre 2020, ont normalisé les relations entre Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc.

M. Greenblatt écrit : «En continuant à faire du parfait l'ennemi du bien, l'Autorité palestinienne a, lentement mais sûrement, érodé une grande partie de ce qui était autrefois un soutien politique et financier solide comme le roc de la part de ses voisins.»

«Pour de plus en plus de pays arabes, c'était une chose de soutenir le désir des Palestiniens d'avoir un État pacifique, mais de plus en plus intenable de continuer à faire de cette cause une priorité plus importante que les besoins de leurs citoyens qui souhaitaient et méritaient également un avenir plus prospère.»

Cet intérêt commun ne réside pas seulement dans les alignements et les menaces géopolitiques, mais aussi dans les domaines social et économique, notamment l'énergie, l’alimentaire, l'eau, la santé et d'autres questions.

Jason Greenblatt donne l'exemple d'une étude récente de la Rand Corporation qui «prévoit près de 70 milliards de dollars (1 dollar = 1,01 euro) de nouveaux avantages globaux directs pour Israël et ses quatre partenaires dans ces accords de libre-échange au cours de la prochaine décennie et la création de près de soixante-cinq mille nouveaux emplois.

Si les cinq partenaires, à leur tour, commercent entre eux dans le cadre d'un accord de libre-échange plurilatéral, Rand calcule que les avantages globaux supplémentaires dépasseront 148 milliards de dollars et que les emplois créés seront supérieurs à cent quatre-vingt mille.»

Les dirigeants arabes des EAU, de Bahreïn, du Maroc et du Soudan se sont montrés suffisamment clairvoyants et courageux pour prévoir tout cela également et prendre les mesures nécessaires. 

Les partisans du modèle des accords d'Abraham affirment, à tort ou à raison, que le fait d'inverser l'équation «la paix avec les Palestiniens d'abord, la normalisation avec le monde arabe ensuite» augmente les chances de parvenir à une paix israélo-palestinienne. Pour preuve, ils affirment que les quelque soixante-dix années où Israël a été boycotté par la Ligue arabe n'ont certainement pas contribué à la paix.

Pour le meilleur ou pour le pire, le front arabe uni contre Israël a convaincu les Israéliens de la nécessité de rester militairement forts et vigilants, diminuant ainsi leur capacité à imaginer tout scénario dans lequel le monde arabe les accepterait réellement et conclurait une véritable paix.

Pourtant, puisque tout le monde est à peu près d'accord pour dire qu'une paix négociée israélo-palestinienne reste l'objectif le plus difficile et le plus insaisissable, pourquoi ne pas mobiliser l'aide de tous ceux qui partagent cet objectif? 

La plupart des États arabes de la région Mena souhaitent assurément un règlement pacifique raisonnable du conflit israélo-palestinien, et ceux qui ont normalisé leurs relations avec Israël peuvent désormais y contribuer. 

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Jason Greenblatt (G) avec le dirigeant palestinien, Mahmoud Abbas, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 25 mai 2017. (Fichier AFP)

Ils peuvent aider à négocier, à persuader les Israéliens et les Palestiniens de trouver un terrain d'entente et, surtout, ils peuvent devenir des forces plus influentes pour une politique modérée dans la région.

M. Greenblatt et son équipe ont compris tout cela. Mais ils n'ont pas seulement senti que la région arabe était prête pour un changement de politique.

Ils ont travaillé sans relâche pour contribuer à une évolution positive et, ainsi, ils ont probablement amélioré la vie de millions de personnes dans la région.

Nous leur devons tous des remerciements. 

Malheureusement, les personnes qui pourraient tirer le plus grand profit de la lecture de ce récit sur les accords d'Abraham ne le feront probablement jamais. Les gens n'aiment pas, en règle générale, lire qu'ils ont eu tort. Il y a aussi des choses mineures dans ce livre qui peuvent contrarier certains lecteurs.

De nombreux Américains (y compris le présent auteur) ne partageront pas du tout l'estime extrêmement élevée que l'auteur porte à l'ancien président Trump, à titre d’exemple. Pour ces lecteurs, on ne peut pas faire confiance au même président qui a sanctionné les alliés kurdes de Washington en 2017 et 2019 – les mêmes alliés qui ont vaincu Daech avec une coalition soutenue par les États-Unis – pour comprendre la région ni pour toujours faire le bon choix.

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Des colons israéliens jettent des pierres sur des Palestiniens lors d'une manifestation contre l'expansion des colonies à Al-Mughayer, en Cisjordanie occupée, le 29 juillet 2022. (Fichier AFP)

Je m'attendrais également à ce que les décideurs politiques israéliens fassent au moins l’objet de quelques critiques quelque part dans le livre. La question des colonies illégales pourrait en être un exemple – je ne comprends toujours pas comment Israël peut revendiquer davantage de terres en Cisjordanie occupée (Judée et Samarie) sans accepter d’accorder la citoyenneté aux personnes qui s'y trouvent.

Le calcul simple et inévitable en faveur d'une solution à deux États semble toujours être que vous ne pouvez pas avoir l'un sans l'autre – si vous prenez toutes les terres, vous devez aussi prendre toutes les personnes qui s'y trouvent et leur offrir une citoyenneté égale. Si leur octroyer une citoyenneté égale est trop dangereux pour Israël, alors les colonies doivent cesser afin que les Palestiniens conservent suffisamment de terres pour créer leur propre État viable et digne – quand ils seront prêts.

Enfin, la question des accords sur le nucléaire iranien reste épineuse. La vérité dérangeante est que l'Iran a fait plus de progrès vers la fabrication d'armes nucléaires depuis que M. Trump a retiré les États-Unis de l'accord nucléaire que dans les années qui ont suivi sa signature. Il n'y aura peut-être pas de bonnes réponses à cette question tant que les États-Unis n'auront pas envie d'un conflit militaire avec l'Iran, un manque de volonté que les administrations Obama, Trump et Biden ont toutes partagé.

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(De gauche à droite) Abdellatif al-Zayani, ministre des Affaires étrangères de Bahreïn; Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien; Donald Trump, président des États-Unis, et Abdallah ben Zayed al-Nahyane, ministre des Affaires étrangères des EAU, lors de la signature des accords d'Abraham. (AFP)

Dans la version de Jason Greenblatt, les choses sont beaucoup plus simples: l'accord nucléaire avec l'Iran était une escroquerie dans laquelle MM. Obama et Kerry se sont engouffrés, et M. Trump y a mis fin. Le contre-argument est qu'à part l'assassinat ciblé de Qassem Soleimani en janvier 2020, l'administration Trump n'a pas obtenu beaucoup de résultats pour ce qui est de défaire l'Iran.

Le régime reste solidement en place, l'enrichissement d'uranium s'est développé au lieu de reculer, et l'influence iranienne dans des endroits comme l'Irak et la Syrie est plus forte que jamais (surtout après que Donald Trump a laissé les forces iraniennes et irakiennes attaquer les alliés kurdes de Washington en octobre 2017).

Malgré ces réserves, le livre de Jason Greenblatt vaut la peine d'être lu. Le récit concernant la paix et le progrès dans la région Mena, notamment un optimisme presque contagieux à cet égard, vaut le détour.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

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- In the Path of Abraham, Jason D. Greenblatt (New York : Wicked Son Publishing, couverture rigide, 325 pages). 

- Critique : David Romano, Thomas G. Strong professeur de politiques du Moyen-Orient, Université d'État du Missouri.


L'unité de recherche et d'études d'Arab News lance une nouvelle étude approfondie sur Jérusalem

La riche Fondation de la Cité de David, également connue sous le nom «Elad», a bénéficié d’une carte blanche de divers ministères gouvernementaux pour développer des parcs nationaux à thème biblique autour de la vieille ville de Jérusalem. (AFP).
La riche Fondation de la Cité de David, également connue sous le nom «Elad», a bénéficié d’une carte blanche de divers ministères gouvernementaux pour développer des parcs nationaux à thème biblique autour de la vieille ville de Jérusalem. (AFP).
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  • Analyse des confiscations de terres par Israël au profit des organisations de colons, ainsi que marginalisation des chrétiens et des musulmans
  • Arab News expose en détails le processus de «judaïsation» de Jérusalem-Est, territoire palestinien

LONDRES: Pendant les vingt dernières années, le gouvernement israélien s’est associé au principal mouvement de colonisation du pays dans un plan visant à s'approprier des terres à Jérusalem-Est, dans le but de rétablir la «Cité de David» biblique, et ce, au détriment des musulmans et des chrétiens, risquant ainsi de compromettre tout espoir de solution à deux États au conflit israélo-palestinien.

La riche Fondation de la Cité de David, également connue sous le nom «Elad», a bénéficié d’une carte blanche de divers ministères gouvernementaux pour développer des parcs nationaux à thème biblique autour de la vieille ville de Jérusalem.

Elle a également lancé une série de projets archéologiques controversés visant à prouver que Jérusalem-Est est le site de la Cité de David, tel que mentionné dans la Bible hébraïque.

«Ce que nous observons, c'est l'instauration d'un récit biblique spécifique, exclusif et absolutiste dans et autour de la vieille ville, et la matérialisation de ce récit dans le paysage à travers l'archéologie, les parcs, et autres», a déclaré Daniel Seidemann, un avocat israélien et fondateur de Terrestrial Jerusalem. Il s'agit d'une ONG israélienne qui surveille les développements à Jérusalem susceptibles d’influencer le processus politique ou les options de statut permanent.

L'objectif est de «marginaliser Jérusalem-Est sur les plans politique, géographique et économique, tout en réduisant la présence chrétienne dans la ville».

Normalement, la présence chrétienne à Jérusalem n'est jamais aussi apparente que pendant la Semaine sainte, qui a débuté ce 24 mars avec le dimanche des Rameaux dans le calendrier chrétien et qui culminera le dimanche de Pâques, le 31 mars. Aujourd'hui, c'est le Vendredi saint, jour où les chrétiens commémorent la crucifixion du Christ, un événement qui, pensent-ils, s’est déroulé sur le site de l'église du Saint-Sépulcre, située dans le quartier chrétien de la vieille ville de Jérusalem.

Mais en présidant les célébrations du dimanche des Rameaux, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, a exprimé son désarroi face à l’incapacité de nombreux paroissiens et pèlerins de participer aux célébrations cette année en raison de la guerre à Gaza, «une situation terrible et apparemment sans fin... et de tout ce qui se passe autour de nous cette année».

Les détails de ce que Terrestrial Jerusalem décrit comme «l'encerclement stratégique de la vieille ville de Jérusalem» sont révélés aujourd'hui dans une analyse approfondie spéciale menée par l'unité de recherche et d'études d'Arab News.

Ce plan a été longtemps en gestation. En juin 1998, après que des colons juifs se sont emparés de quatre maisons à Silwan, le porte-parole d'Elad, Ygal Kaufman, déclarait: «Notre objectif est de judaïser Jérusalem-Est. La Cité de David est le noyau le plus ancien de Jérusalem, et nous voulons en faire un quartier juif.»

La semaine dernière, Israël a porté un nouveau coup aux espoirs d'un État palestinien en annonçant la saisie de 800 hectares de terres palestiniennes occupées dans la vallée du Jourdain, une mesure condamnée comme illégale par de nombreux États et institutions, de l'Union européenne au Parlement de la Ligue arabe.

Cette annonce, faite par le ministre des Finances d'extrême droite d'Israël, Bezalel Smotrich, est intervenue vendredi dernier alors que le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, arrivait à Tel Aviv pour des entretiens sur Gaza avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou.


La Première ministre italienne rend visite au personnel de la Finul au Liban

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  • Najib Mikati et Giorgia Meloni ont échangé sur les efforts déployés pour réduire les tensions dans la région, alors que le bilan des victimes des frappes israéliennes continue d’augmenter
  • Les sirènes ont retenti à deux reprises au quartier général de la Finul à Naqoura durant la visite de la Première ministre italienne dans le sud

BEYROUTH: Le Premier ministre sortant, Najib Mikati, réaffirme l'engagement du Liban à mettre pleinement en œuvre toutes les résolutions internationales, notamment la résolution 1701 du Conseil de sécurité des nations unies, adoptée en 2006 pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah cette même année.

Il souligne également la nécessité pour Israël de respecter pleinement ces résolutions et de cesser ses violations de la souveraineté du Liban.

M. Mikati a fait ces remarques lors de la réception de la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, à Beyrouth.

Jeudi, Mme Meloni a rendu visite au contingent italien au quartier général de la Force intérimaire des nations unies au Liban (Finul), dans le village de Chamaa, et elle a exprimé sa gratitude aux troupes pour leurs services.

Le contingent italien est l'une des plus importantes unités militaires de la Finul dans le sud du Liban.

La visite de Giorgia Meloni a duré vingt-quatre heures, pendant lesquelles les tensions se sont considérablement accrues dans le sud du Liban en raison des derniers développements militaires.

Les sirènes ont retenti à deux reprises au quartier général de la Finul à Naqoura alors que la Première ministre italienne était dans le sud.

Le maire de Chamaa, Abdel Kader Safieddine, a déclaré que la visite se limitait à «une réunion militaire interne avec le chef de l'unité italienne et le général de la brigade alpine de Taurinense».

Il a informé Arab News que «compte tenu de la situation actuelle, aucune réception n'a été organisée».

Les entretiens entre Mme Meloni et M. Mikati ont eu lieu mercredi soir. Selon un communiqué publié par son bureau, Najib Mikati «a réitéré l'engagement du Liban à la pleine mise en œuvre de toutes les résolutions internationales relatives à la région et au Liban, en particulier la résolution 1701 du Conseil de sécurité des nations unies».

M. Mikati a rappelé qu'Israël devait également s'engager à respecter pleinement les résolutions de l'ONU et à cesser ses attaques terrestres, maritimes et aériennes contre la souveraineté du Liban.

Les deux parties «ont exprimé leur satisfaction concernant la résolution 2728 du Conseil de sécurité des nations unies, qui appelle à un cessez-le-feu dans la bande de Gaza pendant le mois sacré du ramadan, espérant qu'il se transformera en un cessez-le-feu durable».

L'arrivée de Giorgia Meloni à Beyrouth mercredi soir a coïncidé avec une escalade sanglante de la part d'Israël.

La Maison-Blanche a appelé Israël et le Liban à accorder une priorité absolue au rétablissement du calme, alors que le bilan des frappes aériennes israéliennes mercredi dans le sud du Liban s'élevait à seize morts, dont plusieurs militants et membres de groupes paramédicaux.

«Le rétablissement du calme le long de cette frontière reste une priorité absolue pour le président Biden et pour son administration et nous pensons qu'il doit également être d'une importance primordiale pour le Liban et Israël», a déclaré le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, John Kirby, à Washington.

Le sous-secrétaire d'État adjoint américain, Ethan Goldrich, est arrivé à Beyrouth et il a rencontré le ministre sortant des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, accompagné de l'ambassadrice Lisa Jones.

M. Goldrich a souligné «la nécessité de soutenir les initiatives diplomatiques visant à rétablir la stabilité dans le sud et dans la région».

M. Bou Habib a assuré à Joanna Wronecka, la Coordinatrice spéciale des nations unies pour le Liban, que «le Liban continuera à œuvrer pour la pleine mise en œuvre de la résolution 1701, car il s’agit du meilleur moyen pour parvenir à la stabilité souhaitée».

Cette résolution appelle notamment au retrait des forces israéliennes du Liban et au désarmement des groupes armés, y compris le Hezbollah.

Après le massacre d'Al-Habbaryeh le matin même, l'armée israélienne a perpétré deux autres massacres à Naqoura et à Tayr Harfa.

Le Hezbollah et le mouvement Amal ont présenté leurs condoléances aux familles des victimes dans des déclarations publiées jeudi.

Plusieurs blessés, dont une femme, ont été transportés vers des hôpitaux de la ville de Tyr pour recevoir des soins, tandis que les cours étaient bondées de résidents et de donneurs de sang.

Le Hezbollah a riposté aux attaques israéliennes jeudi matin en prenant pour cible les colonies de Goren et de Shlomi avec des missiles et des tirs d'artillerie.

Le groupe a déclaré avoir visé le quartier général nouvellement établi du bataillon Liman avec des obus d'artillerie.

Dans le même temps, la Société de radiodiffusion publique israélienne a cité un responsable israélien affirmant que «l'armée israélienne entrera au Liban après l'achèvement de l'opération de Rafah».

De son côté, le chef du commandement nord israélien, Uri Gordin, a annoncé mercredi que «les forces israéliennes étaient prêtes à agir à la frontière libanaise».


Guerre au Soudan: l'arrêt d'un oléoduc menace d'ébranler le fragile Soudan du Sud

Des combattants du Mouvement de libération du Soudan, un groupe rebelle soudanais actif dans l'État du Darfour, qui soutient le chef de l'armée Abdel Fattah al-Burhan, assistent à une cérémonie de remise de diplômes dans l'État de Gedaref, dans le sud-est du pays, le 28 mars 2024. (AFP).
Des combattants du Mouvement de libération du Soudan, un groupe rebelle soudanais actif dans l'État du Darfour, qui soutient le chef de l'armée Abdel Fattah al-Burhan, assistent à une cérémonie de remise de diplômes dans l'État de Gedaref, dans le sud-est du pays, le 28 mars 2024. (AFP).
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  • L'arrêt d'un oléoduc stratégique dans le Soudan en guerre menace de déstabiliser son voisin sud-soudanais, privé de revenus pétroliers cruciaux pour la gestion du pays
  • La nouvelle a filtré avec la révélation d'un courrier daté du 16 mars adressé par le ministre soudanais de l'Energie et du Pétrole à ses partenaires chinois et malaisien

JUBA: L'arrêt d'un oléoduc stratégique dans le Soudan en guerre menace de déstabiliser son voisin sud-soudanais, privé de revenus pétroliers cruciaux pour la gestion du pays, l'un des plus pauvres au monde en proie à l'instabilité et aux violences politico-ethniques chroniques, estiment des experts.

La nouvelle a filtré avec la révélation d'un courrier daté du 16 mars adressé par le ministre soudanais de l'Energie et du Pétrole à ses partenaires chinois et malaisien, annonçant qu'"une rupture majeure" avait été constatée dans l'oléoduc transportant du pétrole brut depuis le Soudan du Sud jusqu'à la ville soudanaise de Port-Soudan.

Cette "rupture", qui remonte à février, a eu lieu dans une "zone d'opérations militaires" du conflit qui oppose depuis le 15 avril 2023 l'armée du général Abdel Fattah al-Burhane aux Forces de soutien rapide (FSR, paramilitaires) du général Mohammed Hamdane Daglo, précise la lettre consultée par l'AFP.

"La résolution de ces problèmes est compliquée par les conditions de guerre actuelles" et "en tant que tel, le gouvernement du Soudan déclare un cas de force majeure qui nous empêche de remplir notre obligation de livrer du pétrole brut dans et via" l'oléoduc, concluait le ministre.

La "force majeure" consiste en une circonstance exceptionnelle, étrangère à la personne touchée, qui l'empêche d'honorer un contrat.

Le gouvernement sud-soudanais est jusqu'à présent resté silencieux sur cet épisode, qui vient pourtant ébranler le fragile équilibre du pays.

Le secteur pétrolier contribue à 90% de ses revenus et représente quasiment l'intégralité de ses exportations, selon la Banque mondiale.

« Crise économique imminente »

Mardi, le député Boutros Magaya, chef de la sous-commission parlementaire sur le pétrole, a sonné l'alarme.

"Nous sommes confrontés à une crise économique imminente à la suite de la récente déclaration de force majeure et l'arrêt de l'oléoduc par le gouvernement soudanais", a-t-il alerté dans un communiqué, faisant état d'informations indiquant que "cette fermeture pourrait s'étendre sur une période d'un an".

"Avec la perte de la majorité de notre revenu national, nous sommes confrontés à la sombre perspective d'un désastre humanitaire, d'une instabilité politique et de troubles de la sécurité dans notre État déjà fragile", ajoute-t-il.

Selon M. Magaya, la perte pourrait s'élever à au moins 100 millions de dollars par mois (92 millions d'euros).

"Cela entraînera d'importantes pertes de revenus, une augmentation des prix du marché, des pénuries de carburant, des pannes d'électricité prolongées, des perturbations dans les transports et d'autres services essentiels vitaux pour le bien-être de nos citoyens", insiste-t-il.

Cela pourrait également mener à une dépréciation de la monnaie, la livre sud-soudanaise, souligne le directeur du département d'économie de l'Université de Juba, Akol Maduok: "La situation va s'aggraver dans les deux ou trois prochains mois parce que la banque centrale pourrait manquer de réserves de change et ne pas être en mesure d'approvisionner le marché en devises fortes".

Cet épisode est une nouvelle conséquence du conflit chez le voisin soudanais, qui a fait des milliers de morts et contraint huit millions de personnes à fuir depuis un an.

Plus de 500.000 d'entre eux ont trouvé refuge au Soudan du Sud, venant aggraver une situation humanitaire déjà dramatique.

Environ 9 millions de personnes ont besoin d'assistance dans le pays, selon l'agence humanitaire de l'ONU.

Elections menacées 

Plus largement, c'est la stabilité du pays qui est menacée, prévient Boboya James Edimond, directeur exécutif de l'Institut pour la politique et la recherche sociale (ISPR), centre de réflexion basé à Juba, la capitale sud-soudanaise.

"Le gouvernement n'a pas été en mesure de payer les salaires des fonctionnaires depuis près de neuf mois quand le pétrole circulait", souligne-t-il, évoquant un scénario alarmiste: "Si le pétrole ne circule pas, il y aura un effondrement du gouvernement qui pourrait amener les citoyens à manifester et les militaires (qui n'ont pas non plus été payés depuis des mois, ndlr) sont susceptibles de les rejoindre".

La manne pétrolière est aussi très largement détournée à des fins politiques et d'enrichissement dans ce pays classé parmi les plus touchés par la corruption par l'ONG Transparency International (177e sur 180).

Alors que le pays doit tenir en décembre des élections déjà repoussées à plusieurs reprises, l'absence de ressources pour les organiser rend "très probable" l'hypothèse d'un nouveau report, estime Andrew Smith, analyste pour l'Afrique au cabinet de conseil en évaluation des risques Verisk Maplecroft.

"Tous les fonds qu'il (le gouvernement) recevra pour combler le déficit des revenus pétroliers seront désormais probablement destinés à apaiser l'élite politique, et non aux préparatifs électoraux qui manquaient déjà de ressources", estime-t-il.