Quand le Lincoln Center, prestigieux centre d'arts new-yorkais, explore le quartier qu'il a effacé

Une vue générale montre la façade philharmonique du Lincoln Center à New York le 4 octobre 2022 (Photo, AFP).
Une vue générale montre la façade philharmonique du Lincoln Center à New York le 4 octobre 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 08 octobre 2022

Quand le Lincoln Center, prestigieux centre d'arts new-yorkais, explore le quartier qu'il a effacé

  • Situé près de Central Park, San Juan Hill abritait des milliers de familles d'Afro-Américains et de Portoricains
  • Dix-huit pâtés d'immeubles avaient été rasés et des milliers de personnes déplacées alors que naissait le projet du Lincoln Center

NEW YORK: À Manhattan, le chic quartier de l'Upper West Side est connu pour ses aria d'opéra et son ballet de New York: mais il y a plus d'un demi-siècle, il abritait un quartier bouillonnant d'artistes et d'immigrés, où a grandi le jazzman Thelonious Monk.

C'est pour raviver ce souvenir que l'orchestre philharmonique de New York inaugure samedi la nouvelle vie de son David Geffen Hall, une salle de concert de 2 200 places, clinquante et à l'acoustique rénovée, avec "San Juan Hill: une histoire de New York".

Une mise en abyme délicate, parce que ce quartier de San Juan Hill a justement été rasé au milieu du 20e siècle pour y construire le Lincoln Center, le gigantesque complexe artistique où se produisent notamment les fameux opéra, ballet et orchestre philharmonique de la capitale culturelle américaine.

Situé près de Central Park, San Juan Hill abritait des milliers de familles d'Afro-Américains et de Portoricains, et fourmillait de petits commerces, clubs de jazz et de danse. C'est au Jungle Cafe que le pianiste James P. Johnson a rendu populaire le charleston. C'est aussi à San Juan Hill qu'a grandi le compositeur de jazz Thelonious Monk, à qui l'on doit la notoriété du bebop.

Mais en 1947, le célèbre urbaniste Robert Moses décrète que le quartier est un bidonville, ouvrant la voie à sa destruction dans le cadre d'un grand programme de "rénovation urbaine" qui a transformé New York et fait toujours débat aujourd'hui.

«Ville future»

"Ce qui arrive à ce quartier, c'est ce qui arrive à beaucoup d'autres quartiers: il fait obstacle à une certaine vision de la ville future", explique l'historienne Julia Foulkes, qui a travaillé avec Etienne Charles, compositeur et trompettiste à la tête du groupe Creole Soul, pour écrire le nouveau spectacle du philharmonique.

Dix-huit pâtés d'immeubles avaient été rasés et des milliers de personnes déplacées alors que naissait le projet du Lincoln Center.

"Ce qui a été perdu, ce ne sont pas seulement des immeubles et des résidences spécifiques, mais la substance même de tout un quartier", explique Julia Foulkes, professeure à la New School.

L'oeuvre d'Etienne Charles se nourrit de ragtime, jazz, calypso, funk et hip-hop, mais le spectacle multimédia présente aussi des textes parlés, des projections visuelles et des témoignages qui documentent l'histoire du quartier et rendent hommage à sa musique et à sa culture, apportées par les migrants du sud du pays et des Caraïbes.

"Nous devons commencer à valoriser les gens pour autre chose que l'endroit où ils vivent et la qualité de la propriété qu'ils possèdent, et commencer à regarder leur culture, leur lignée, leur patrimoine et l'histoire qu'ils construisent", explique le musicien originaire de Trinité-et-Tobago et qui a lui-même étudié à la Juilliard School, un conservatoire du Lincoln Center.

«Récit dominant»

Pour la directrice artistique du Lincoln Center, Shanta Thake, la commande s'inscrit dans une réflexion sur "ce que cela signifie de détenir les histoires de la ville – et ce que cela signifie aussi d'avoir interrompu les histoires de la ville".

"Pendant longtemps, il y a eu un récit dominant selon lequel le Lincoln Center était la meilleure chose qui aurait pu arriver à ce quartier", poursuit-elle, affirmant que le spectacle permet de "décortiquer cette histoire".

"San Juan Hill: une histoire de New York" permet aussi au Lincoln Center de faire face aux critiques sur une offre destinée principalement à un public de personnes blanches issues de la classe supérieure.

La billetterie démarre à 5 dollars et certaines entrées seront gratuites.


« Libye, patrimoine révélé » : l’IMA  célèbre 50 ans de coopération  archéologique  

Fouilles terrestres et sous-marines, recherches sur les premiers  peuplements néolithiques, étude des villes antiques et des sites  islamiques : l’exposition restitue la diversité chronologique et  géographique du patrimoine libyen. (AFP)
Fouilles terrestres et sous-marines, recherches sur les premiers  peuplements néolithiques, étude des villes antiques et des sites  islamiques : l’exposition restitue la diversité chronologique et  géographique du patrimoine libyen. (AFP)
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  • Depuis la fin des années 1960, la MAFL explore l’ensemble  du territoire libyen
  • Ses travaux ont profondément renouvelé les connaissances sur l’histoire du pays, révélant des occupations humaines continues, des échanges méditerranéens anciens et des paysages façonnés par les sociétés du passé

PARIS: Le musée de l’Institut du monde arabe présente  Libye, patrimoine révélé, une exposition consacrée au  travail scientifique mené depuis près de cinquante ans  par la Mission archéologique française en Libye (MAFL),  en étroite collaboration avec les autorités libyennes. 

À travers une sélection de photographies, films et documents  scientifiques, l’exposition donne à voir la richesse exceptionnelle  du patrimoine libyen, de la préhistoire à l’époque médiévale, tout  en mettant en lumière les enjeux contemporains de recherche, de  préservation et de restauration dans un contexte particulièrement  fragile. 

Un demi-siècle de recherches archéologiques en  Libye 

Depuis la fin des années 1960, la MAFL explore l’ensemble  du territoire libyen. Ses travaux ont profondément renouvelé les connaissances sur l’histoire du pays, révélant des occupations humaines continues, des échanges méditerranéens anciens et des paysages façonnés par les sociétés du passé. 

L’exposition documente ce travail scientifique de terrain et rend  visibles des missions souvent menées dans des contextes  géographiques et politiques complexes.
Du Sahara à la Méditerranée : des sites majeurs Le parcours présente plusieurs zones emblématiques étudiées par les équipes franco-libyennes : le Sahara du Măsak et  ses milliers de vestiges préhistoriques, les fortifications romaines  de Bu Njem, les grandes cités antiques comme Leptis Magna,  ou encore Apollonia, dont une partie est aujourd’hui engloutie. 

Fouilles terrestres et sous-marines, recherches sur les premiers  peuplements néolithiques, étude des villes antiques et des sites  islamiques : l’exposition restitue la diversité chronologique et  géographique du patrimoine libyen. 

Préserver un patrimoine menacé 

Depuis 2011, le patrimoine archéologique libyen fait face à une  intensification du pillage et du trafic illicite. L’exposition revient  sur les actions menées par la MAFL aux côtés des autorités et des  forces de l’ordre internationales pour identifier les œuvres dispersées,  documenter les sites menacés et favoriser leur restitution. 

Libye, patrimoine révélé met en lumière l’archéologie comme outil de  connaissance, de coopération internationale et de sauvegarde d’un  patrimoine universel encore largement méconnu.

 


Louvre: le nouveau président du musée confirme le projet de grands travaux

Des visiteurs font la queue pour entrer au musée du Musée du Louvre à Paris, le 9 août 2023. (AFP)
Des visiteurs font la queue pour entrer au musée du Musée du Louvre à Paris, le 9 août 2023. (AFP)
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  • Le nouveau président du Musée du Louvre, Christophe Leribault, confirme le vaste plan de rénovation « Louvre Nouvelle Renaissance », estimé à plus d’un milliard d’euros et jugé indispensable
  • Après le cambriolage d’octobre, le projet inclut un renforcement de la sécurité, la réorganisation des espaces et la création d’une nouvelle présentation pour la Joconde

PARIS: Le nouveau président du Louvre, Christophe Leribault, arrivé dans le sillage du spectaculaire vol survenu en octobre dans ce musée, a confirmé mardi le vaste plan de rénovation de l'établissement annoncé en 2025 par Emmanuel Macron, jugeant par ailleurs son coût "incompressible".

Evalué à plus d'un milliard d'euros, le plan "Louvre Nouvelle Renaissance", qui prévoit notamment la rénovation du bâtiment existant et l'aménagement d'un nouvel espace pour la Joconde, a été mis entre parenthèses depuis le cambriolage du 19 octobre.

"C'est un projet capital et nécessaire pour le Louvre. On ne peut pas continuer d'accueillir 9 millions de visiteurs par la Pyramide. Et il faut impérativement revoir les infrastructures, refaire les couvertures et les installations techniques dans le périmètre de la Cour carrée", a déclaré Christophe Leribault au journal Le Monde.

"Le coût est incompressible", a ajouté celui qui a succédé le 25 février à Laurence Des Cars, mise en difficulté par une série de rapports ayant pointé l'obsolescence des dispositifs de sûreté dans le plus grand musée du monde.

Il a toutefois concédé "envisager de réduire certains aménagements (...), mais cela restera marginal en matière d'économie".

Il a aussi indiqué chercher "330 millions d'euros" supplémentaires auprès des mécènes pour financer les travaux de rénovation.

Alors que le cambriolage a mis au jour des failles au sein de la sûreté du bâtiment, M. Leribault a souligné que "les grilles d'accès au domaine ont été restaurées" et qu'"un poste mobile de police est désormais actif près de la Pyramide".

Il a par ailleurs annoncé que la galerie Apollon, où s'est déroulé le vol des joyaux de la couronne de France, "rouvrira dans le courant du mois de juillet, sans vitrine au centre, telle qu'elle avait été conçue au XVIIe siècle, c'est-à-dire comme une galerie d'apparat".

"Les objets précieux qui s'y trouvaient seront exposés dans l'aile Richelieu" et les joyaux non dérobés, dont la couronne de l'impératrice Eugénie, retrouvée endommagée, "vont rester en lieu sûr, en attendant de disposer d'un espace sécurisé ailleurs dans le musée", a-t-il poursuivi.

La part des recettes de billetterie affectée à la politique d'acquisition d'oeuvres doit pour sa part passer de 20% à 12%, a-t-il indiqué, suivant une préconisation de la Cour des comptes.


Art Jameel présente une double exposition aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite

“Study of History III” (2017) de Subas Tamang (avec l'autorisation de l’artiste)
“Study of History III” (2017) de Subas Tamang (avec l'autorisation de l’artiste)
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  • Une exposition majeure reliant Djeddah et Dubaï, explorant l’impact des systèmes de navigation sur la vie contemporaine
  • Plus de 40 artistes internationaux interrogent cartographie, mobilité et infrastructures à travers des œuvres variées

DUBAÏ : Art Jameel s’apprête à présenter une exposition transrégionale s’étendant sur l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Intitulée « Global Positioning System », cette exposition collective en deux volets ouvrira en mai à Hayy Jameel à Djeddah, parallèlement à une présentation au Jameel Arts Centre à Dubaï.

L’exposition, qui se tiendra à Djeddah du 20 mai au 17 octobre et à Dubaï du 9 mai au 4 octobre, réunit plus de 40 artistes issus de plus de 20 pays, explorant la manière dont les systèmes de navigation façonnent la vie contemporaine.

À travers une large diversité d’œuvres, l’exposition examine la cartographie, la mobilité et les infrastructures qui régissent les déplacements, tout en questionnant leurs limites et leurs défaillances.

Commissariée par Indranjan Banerjee et Lucas Morin, « Global Positioning System » rassemble des installations de grande envergure, des œuvres conceptuelles et des projets axés sur la recherche.

Nora Razian, directrice adjointe d’Art Jameel et responsable des expositions et des programmes, a déclaré :
« Pour la première fois, nous présentons une exposition qui se déploie sur nos deux sites à Dubaï et Djeddah.

« “Global Positioning System” interroge les outils et les systèmes que nous utilisons pour nous orienter, mettant en lumière les tensions entre représentation cartographique et réalités vécues.

« Cette exposition s’inscrit dans l’engagement d’Art Jameel à favoriser un dialogue transrégional, où mobilité et échanges sont essentiels pour soutenir l’interconnexion dans notre monde partagé. »

Le volet de Djeddah réunit une sélection variée d’artistes internationaux et régionaux, dont Bani Abidi, Mahmoud Alhaj, Mona Hatoum et Nalini Malani. Abidi, Ana Amorim et Cinthia Marcelle présenteront des œuvres dans les deux éditions, à Dubaï et à Djeddah.

À Dubaï, la présentation au Jameel Arts Centre comprend de nouvelles commandes d’artistes tels que Vishwa Shroff, Seher Naveed et Fatma Al-Ali, ainsi que des prêts internationaux, dont l’installation vidéo monumentale « Parallel I-IV (2012-2014) » du cinéaste Harun Farocki. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com