«Le désespoir nous ronge»: les mieux qualifiés fuient la Turquie

Cette photo prise le 7 octobre 2022 montre la présidente de la Chambre médicale d'Istanbul, le professeur Nergis Erdogan, posant pour une photo lors d'une interview avec l'AFP à Istanbul. (Photo de Yasin Akgul / AFP
Cette photo prise le 7 octobre 2022 montre la présidente de la Chambre médicale d'Istanbul, le professeur Nergis Erdogan, posant pour une photo lors d'une interview avec l'AFP à Istanbul. (Photo de Yasin Akgul / AFP
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Publié le Dimanche 23 octobre 2022

«Le désespoir nous ronge»: les mieux qualifiés fuient la Turquie

  • Les médecins et autres professionnels de la santé, dont de nombreux pays européens manquent pour leur population vieillissante, sont parmi les premiers à faire leur valise
  • «Qu'ils s'en aillent s'ils le veulent. Nous continuerons avec des jeunes diplômés», a martelé le chef de l'Etat turc à la télévision

ISTANBUL : Anesthésiste à Istanbul, Mesut a pris la décision de quitter la Turquie en entendant au printemps le président Recep Tayyip Erdogan fustiger les médecins qui lâchent les hôpitaux publics pour gagner l'étranger.

«Qu'ils s'en aillent s'ils le veulent. Nous continuerons avec des jeunes diplômés», a martelé le chef de l'Etat turc à la télévision.

«On a déjà du mal à s'en sortir économiquement, on fait tellement de sacrifices. Ce genre de discours c'est la goutte qui fait déborder le vase. J'y pensais depuis un moment, mais les propos du président ont été décisifs», raconte le médecin de 38 ans, qui a souhaité ne donner que son prénom.

Mesut est l'un des milliers de Turcs hautement qualifiés qui, désespérés par la situation économique et politique, cherchent par tous les moyens à partir pour l'étranger.

Même la perspective en juin prochain des élections parlementaires et présidentielle - à laquelle M. Erdogan, au pouvoir depuis 2003, se représente - ne semble pas leur donner confiance.

Les médecins et autres professionnels de la santé, dont de nombreux pays européens manquent pour leur population vieillissante, sont parmi les premiers à faire leur valise.

Selon l'Ordre des médecins de Turquie, dans les neuf premiers mois de cette année, 1.938 médecins ont fait une demande d'attestation de «bonne conduite», nécessaire à l'exercice de leur métier à l'étranger.

Témoins du désir de partir de nombreux médecins, les demandes pour ce document ont triplé ces trois dernières années.

Le taux d'inflation a dépassé 83% sur un an le mois dernier et la livre turque a vu dans le même temps sa valeur fondre de plus de 50% face au dollar, rendant la vie quotidienne difficile.

- Espoir d'un meilleur avenir -

Mais l'économie en berne et les bas salaires ne suffisent pas à expliquer cette fuite des cerveaux les mieux formés, jeunes diplômés comme professionnels expérimentés.

De très longs horaires de travail, des gardes pouvant atteindre 36 heures sans repos, les violences exercées parfois par l'entourage des patients - généralement impunies -  s'ajoutent au tableau déjà sombre du quotidien des médecins turcs.

Selon un rapport du syndicat Saglik-Sen, 339 professionnels de la santé ont été victimes de violences sur leur lieu de travail dans les neuf premiers mois de 2022.

Après le meurtre d'un cardiologue par un proche d'un patient en juillet, les organisations de médecins ont reproché au gouvernement son inaction, même si les peines ont été récemment durcies.

«Lorsque je discute avec mes amis, le plus dur c'est le désespoir qui nous ronge. Tous sont malheureux et cherchent des alternatives», raconte Mesut qui a commencé à apprendre l'allemand et compte partir l'été prochain en Allemagne où il espère offrir «un meilleur avenir» à ses deux enfants.

Outre la médecine, de jeunes diplômés et même des étudiants sur lesquels Erdogan compte pour compenser les départs se préparent eux aussi à quitter la Turquie.

«La crise économique, mais aussi les restrictions aux libertés poussent les jeunes à partir à l'étranger. C'est tellement triste. Ces cerveaux devraient être une richesse pour le pays», se désole Tezcan Karakus Candan, présidente de la Chambre des architectes d'Ankara.

De plus en plus d'architectes sollicitent la chambre pour se renseigner sur les conditions d'installation dans un pays tiers, assure-t-elle.

- «Aspirations basses» -

Burcu Basmaci, architecte à Ankara, rêve ainsi de quitter la Turquie comme deux de ses amis qui ont récemment plié bagages pour les Etats-Unis.

«Ils ne sont plus architectes... ils travaillent comme serveurs. Mais ils sont plus heureux que moi. Ici, on est tellement désespéré qu'on n'a envie de rien faire», déplore-t-elle.

Le durcissement du pouvoir envers les opposants depuis 2016 et le coup d'état raté, avec de nombreuses restrictions à la liberté d'expression contribuent pour beaucoup à ce sentiment de «désespoir».

«Les jeunes ont l'impression que leur vie est confisquée. Leur demande principale est en fait la démocratie», estime Mme Candan.

Des critiques balayées comme «de basses aspirations» par le chef de l'Etat turc.

«Ceux qui frappent aux portes d'autres pays pour des aspirations aussi basses que monter dans de meilleures voitures, ou pouvoir assister à davantage de concerts nous font pitié», assénait M. Erdogan fin septembre.

«Nous les jeunes, nous voulons un environnement libre», confie Hale, étudiante en troisième année de médecine à Ankara et qui songe elle aussi au départ.

«Si les choses changent en Turquie, je resterai. Mais on n'arrive pas à envisager un changement à court terme» lâche-t-elle.


L'Iran et les Etats-Unis jugent un accord proche

Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
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  • L’Iran et les États-Unis se disent proches d’un accord pour mettre fin à plusieurs mois de tensions au Moyen-Orient
  • Des désaccords persistent sur le nucléaire iranien, les sanctions économiques et le dossier libanais

TEHERAN: L'Iran et le médiateur pakistanais ont affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis était proche pour mettre fin à trois mois et demi de conflit au Moyen-Orient, un haut responsable américain affichant également un ton optimiste.

Après des semaines de négociations laborieuses et d'espoirs déçus à plusieurs reprises, est-on dans la dernière ligne droite? Les principaux protagonistes se disent confiants même si la version du texte donnée par les médias iraniens diffère significativement de celle avancée par Washington.

"Dès que les dernières étapes de nos négociations seront achevées, cet accord sera signé et annoncé", a indiqué le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat.

"Cela pourrait arriver dans les prochains jours. J'ai bon espoir", a-t-il déclaré.

Le ministre a affirmé que le projet d'accord prévoyait la levée du blocus américain des ports iraniens et une nouvelle gestion du détroit d'Ormuz.

Il a cependant accusé Israël de chercher des "prétextes" pour faire "dérailler" un éventuel accord avec Washington.

Même tonalité positive du côté du Premier ministre du Pakistan, principal négociateur dans le conflit. "La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", selon Shehbaz Sharif.

- Signature "à distance" -

Et à Washington, un haut responsable a estimé à "80 à 85%" la probabilité d'un accord-cadre ouvrant une période de 60 jours de discussions techniques, mais "pas 100%". "La ligne d'arrivée n'est pas encore franchie", a-t-il averti, sous le couvert de l'anonymat.

La Suisse a déjà proposé d'accueillir une éventuelle signature, alors qu'un sommet du G7 en présence de Donald Trump doit commencer lundi dans la ville française d'Evian, près de Genève. Mais Téhéran a affirmé qu'une fois finalisé, le protocole d'accord serait signé "à distance".

Les marchés parient de leur côté sur une telle issue, avec un pétrole passé sous la barre des 90 dollars le baril.

Le président américain, qui a déjà annoncé 39 fois un accord imminent selon un décompte de CNN, peine à trouver une issue à cette guerre impopulaire, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre et en plein Mondial de football co-organisé par les Etats-Unis.

Il s'est fendu vendredi d'un message furieux sur son réseau Truth Social: "Les termes (d'accord) que l'Iran a fait fuiter aux médias menteurs n'ont RIEN à voir avec les termes dont nous sommes convenus par écrit".

"Ce sont des gens qui n'ont pas d'honneur. Avec eux, il est impossible de négocier de bonne foi", a-t-il écrit aussi.

- Dilution de l'uranium -

L'agence de presse iranienne Mehr avait publié plus tôt ce qu'elle a présenté comme une ébauche de protocole en 14 points, avec des conditions telles que le maintien du contrôle sur le détroit d'Ormuz, le droit à l'enrichissement d'uranium, le déblocage rapide de 24 milliards de dollars de fonds iraniens gelés à l'étranger.

Washington a livré de son côté une toute autre version du texte.

Le compromis doit, selon le responsable américain, mener à la réouverture d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures.

Il doit aussi aboutir au "démantèlement" du programme nucléaire iranien et permettre aux Etats-Unis de récupérer l'uranium hautement enrichi, qui serait "détruit sur place" puis "sorti" du pays.

Mais Abbas Araghchi a préconisé vendredi une dilution sur le sol iranien de ses stocks d'uranium enrichi à 60%.

Diluer l'uranium à un taux inférieur à 5%, loin des 90% requis pour fabriquer la bombe nucléaire, permettrait d'éloigner considérablement la menace d'un enrichissement à des fins militaires.

Téhéran dément vouloir se doter de l'arme atomique, comme l'en accusent les Etats-Unis et Israël.

- Liban -

Enfin, sur la question des avoirs, "les Iraniens ne recevront pas d'argent et les fonds ne seront pas libérés simplement par une signature d'accord ou la participation à une réunion", a insisté sur X le vice-président américain JD Vance.

Ce point est central pour l'Iran, après des décennies de sanctions qui asphyxient son économie.

Le conflit, déclenché par des frappes américano-israéliennes le 28 février avant l'entrée en vigueur d'une trêve le 8 avril, a embrasé le Moyen-Orient, fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

Autre point d'achoppement majeur, le front libanais.

Selon Washington, l'accord en discussion avec l'Iran inclut bien le Liban, comme réclamé par Téhéran, alors que les Etats-Unis avaient toujours dit vouloir traiter ce dossier séparément.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le territoire israélien en soutien à l'Iran. Depuis, Israël pilonne le pays voisin, disant vouloir "éliminer" le mouvement chiite. Des frappes qui ont fait plus de 3.700 morts.


Erdogan et Netanyahu s'écharpent sur le Proche-Orient

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
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  • Recep Tayyip Erdogan a vivement accusé Benjamin Netanyahu de “marcher sur les pas d’Hitler”, dénonçant la politique israélienne à Gaza comme une “usine à souffrance” et un “réseau génocidaire”
  • Les échanges verbaux se sont durcis : Israël a répliqué en qualifiant Erdogan de “dictateur antisémite”, tandis que les tensions s’intensifient autour de Gaza, du Liban et de la sécurité régionale

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "marcher sur les pas d'Hitler", les deux dirigeants se renvoyant le qualificatif de "génocidaire" par discours et communiqués interposés.

Affirmant qu'Israël s'est mué en une "usine à créer de la souffrance" se nourrissant "de sang et de larmes", le chef de l'Etat turc a à nouveau comparé M. Netanyahu à Adolf Hitler, lui prédisant "le même sort que celui des autres tyrans de l'histoire".

Mercredi, le président Erdogan, à couteaux tirés avec Benjamin Netanyahu depuis le déclenchement de la guerre à Gaza fin 2023, avait déjà déclaré que "la sécurité de la Turquie commence (...) à Alep, Damas et Beyrouth", estimant que le Premier ministre israélien et "sa clique criminelle" menacent également la Turquie.

"Nous ne tolérerons aucun fait accompli dans les pays frères et ne resterons pas les bras croisés face aux attaques", a-t-il ajouté face aux députés de son parti. En soulignant que l'armée israélienne "refuse de se retirer du Liban", où ses frappes ont fait quelque 3.700 morts depuis le déclenchement le 2 mars de sa nouvelle guerre contre le Hezbollah, selon les autorités locales.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a rétorqué mercredi soir dans un communiqué en accusant "le dictateur antisémite Erdogan, auteur d'un génocide contre les Kurdes", de soutenir le Hamas et d'emprisonner ses opposants, jugeant qu'"il est bien le dernier à pouvoir donner des leçons de morale à Israël".

Revenant à la charge, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi les méfaits à Gaza du "réseau génocidaire sioniste dirigé par Netanyahu".

"Ceux qui s'attaquent à notre région comme des requins assoiffés de sang devront un jour répondre de leurs actes", a-t-il conclu.


Médiation Etats-Unis/Iran : le Premier ministre du Pakistan affirme qu'un accord sur un texte de paix a été "atteint"

Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
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  • Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme qu’un accord sur le texte final d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran aurait été atteint, le Pakistan jouant un rôle de médiation entre les deux parties
  • Malgré des tensions et des accusations de désinformation, l’Iran estime que la conclusion d’un accord avec les États-Unis n’a jamais été aussi proche, tandis que Donald Trump conteste des fuites et nie qu’un texte corresponde à ce qui a été convenu

ISLAMABAD: Le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif a déclaré vendredi qu'un accord avait été "atteint" sur le texte d'un accord de paix entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer qu'un accord sur le texte final de l'accord de paix a été atteint et que le Pakistan maintenant travaille avec les deux parties pour finaliser les étapes suivantes", a écrit M. Sharif sur X.

"La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", a-t-il dit.

L'Iran a lui-même affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis n'avait "jamais été aussi proche", semblant vouloir calmer le jeu après un message furieux de Donald Trump accusant Téhéran de faire circuler un faux texte.

"Alors que le Pakistan déploie d'intenses efforts de médiation, nous avons pleinement conscience du fait qu'une campagne de désinformation incessante est menée par ceux qui veulent saboter l'accord de paix", a encore déclaré le ministre pakistanais.