Meurtre de Lola: le maire de Lyon appelle à dissoudre «Remparts», une structure d'extrême-droite

Le maire EELV de Lyon Grégory Doucet. (Photo, AFP)
Le maire EELV de Lyon Grégory Doucet. (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 24 octobre 2022

Meurtre de Lola: le maire de Lyon appelle à dissoudre «Remparts», une structure d'extrême-droite

Le maire EELV de Lyon Grégory Doucet. (Photo, AFP)
  • L'élu dénonce notamment la «récupération politique» du meurtre de Lola, avec une manifestation qui a rassemblé 100 à 150 personnes vendredi soir au centre de Lyon, selon la préfecture
  • Des vidéos sur les réseaux sociaux, notamment sur le compte Twitter de «Remparts», montrent des personnes cagoulées crier «immigrés assassins», avec une banderole «Justice pour Lola, l'immigration tue»

LYON: Le maire EELV de Lyon Grégory Doucet a écrit lundi au président Macron pour demander la "dissolution immédiate" des "Remparts", une structure héritière de l'association d'extrême-droite dissoute "Génération identitaire" après un rassemblement à la mémoire de Lola marqué par des slogans xénophobes. 

Dans ce courrier, le maire déplore "une recrudescence inacceptable" de faits de violences revendiqués par l'extrême droite depuis septembre et affirme sa "ferme volonté d'agir" contre "celles et ceux qui incitent à la haine et font preuve de comportements violents et antirépublicains". 

L'élu dénonce notamment la "récupération politique" du meurtre de Lola, avec une manifestation qui a rassemblé 100 à 150 personnes vendredi soir au centre de Lyon, selon la préfecture. 

Selon M. Doucet, cette manifestation a été revendiquée par un militant s'identifiant sur les réseaux sociaux comme cadre de "Remparts Lyon". Son courrier souligne les liens de cette structure avec Génération identitaire, un mouvement d'ultra-droite plaidant pour la "défense" de l'identité européenne dissous en mars 2021. 

Des vidéos sur les réseaux sociaux, notamment sur le compte Twitter de "Remparts", montrent des personnes cagoulées crier "immigrés assassins", avec une banderole  "Justice pour Lola, l'immigration tue". 

Expliquant avoir déjà alerté les ministres de l'Intérieur Gérald Darmanin et de la Justice Éric Dupond-Moretti, Grégory Doucet demande "la dissolution immédiate des +Remparts+". Il appelle aussi à  "fermer définitivement" le bar associatif "La Traboule" connu comme un fief des nostalgiques de Génération identitaire et la salle de sport "L'Agogé" qui se présente comme "la première salle de sport identitaire de France". 

Contacté par l'AFP, la préfecture du Rhône a affirmé être "extrêmement vigilante sur les activités des groupuscules" d'extrême droite. Le préfet du Rhône a par ailleurs fait un signalement au procureur de Lyon concernant "les propos xénophobes et de haine tenus lors de la "manifestation non-déclarée" de vendredi, selon la même source. 

Génération Z Lyon, la section lyonnaise du mouvement d'Eric Zemmour, a également tweeté, avec le hashtag #francocide, une photo de cette manifestation, avec une pancarte "L'Etat ne protège plus nos enfants, réveillez-vous!" 


Retraites: les syndicats espèrent frapper encore plus fort

Dans les écoles, 50% des enseignants des maternelles et primaires seront grévistes (Photo, AFP).
Dans les écoles, 50% des enseignants des maternelles et primaires seront grévistes (Photo, AFP).
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  • La grève est très suivie dans les transports avec une circulation des métros et RER «très perturbée» en région parisienne, de même que celle des TGV
  • La situation est encore plus difficile pour les trains régionaux et le trafic des Intercités est quasiment à l'arrêt

PARIS : Un 2e round encore plus "massif" ? Des centaines de milliers de Français devraient à nouveau manifester et faire grève mardi contre la réforme des retraites, les syndicats espérant une mobilisation au moins équivalente à celle du 19 pour faire plier le gouvernement sur son projet phare.

La grève est très suivie dans les transports avec une circulation des métros et RER "très perturbée" en région parisienne, de même que celle des TGV. La situation est encore plus difficile pour les trains régionaux et le trafic des Intercités est quasiment à l'arrêt.

«Encore plus fort»

A la gare routière de Bobigny, Marie-Hélène Plautin, retraitée, est partie avec une heure et demie d'avance pour son rendez-vous médical, un trajet qui ne nécessite en temps normal qu'une demi-heure en tramway: "J'ai rendez-vous avec un médecin pour la première fois à Saint-Denis. Depuis que je sais que cette grève va avoir lieu, je me demande si je vais pouvoir y aller", explique-t-elle.

A Bordeaux, Josselin et Alicia Frigier, 40 ans, reviennent de Madrid et après avoir passé plusieurs heures en bus, ont vu leur train pour La Rochelle annulé. "On nous propose à la place une heure de train et 3 heures de bus", détaille la voyageuse. Son mari, malgré la fatigue, concède que s'il y a grève, "c'est sûrement pour une bonne raison"

Dans les cortèges, dont les premiers s'élanceront dès 10H00, "je pense qu'il y aura largement autant de monde" que lors de la journée du 19, "en tout cas je le souhaite", a déclaré lundi le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. "On espère faire encore plus fort le 31", avait affirmé la semaine dernière son homologue de la CGT, Philippe Martinez.

En retrait sur ce dossier, le président de la République Emmanuel Macron, qui joue en partie son quinquennat sur cette réforme, l'a jugée lundi "indispensable" lors d'une conférence de presse à La Haye.

La journée du 19, à l'appel des huit principaux syndicats français, avait réuni selon les autorités 1,12 million de manifestants, plus de deux millions selon la CGT, opposés au recul de l'âge légal de départ à 64 ans.

Cette fois-ci, 1,2 million de manifestants sont attendus en fourchette haute dont 100.000 à Paris, selon une source policière. Les cortèges devraient à nouveau être fournis dans les petites villes.

Onze mille policiers et gendarmes sont mobilisés, dont 4.000 à Paris, a annoncé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, souhaitant que les marches se déroulent comme il y a 12 jours "sans incident grave". Mille à deux mille "gilets jaunes" sont attendus dans la capitale.

«L'adhésion recule»

Une intersyndicale doit se réunir à partir de 18H00 au siège de FO pour décider des suites du mouvement, et probablement annoncer au moins une nouvelle journée de mobilisation. La CGT, FO et Solidaires souhaitent des grèves reconductibles, comme en ont déjà décidé certains syndicats, par exemple dans l'énergie et l'éducation.

Mardi, les syndicats enseignants prévoient 50% de grévistes parmi les professeurs, de la maternelle au lycée.

La CGT a annoncé mardi 75 à 100% de grévistes dans les raffineries et dépôts de TotalEnergies. Quant aux grévistes d'EDF, ils ont occasionné dans la nuit de lundi à mardi des baisses de charges dans les centrales électriques de "près de 3 000 MWH", sans toutefois causer de coupures, selon la CGT et EDF.

Pris en étau entre la mobilisation de la rue et la virulence des oppositions à l'Assemblée, où le projet est débattu depuis lundi, le gouvernement a durci le ton ce week-end, M. Darmanin dénonçant "le profond mépris de la valeur travail" d'une partie de la gauche, et la volonté de la France insoumise de "bordéliser" le débat.

Elisabeth Borne a elle joué la carte de la fermeté, affirmant que le recul de l'âge n'était "plus négociable", même si des mesures en faveur des femmes, plus impactées par la réforme que les hommes, sont envisagées.

Pour l'exécutif, la bataille de l'opinion "est très mal engagée", selon Frédéric Dabi, de l'institut de sondages Ifop. "Au fur et à mesure que les Français entrent dans la connaissance de la réforme, l'adhésion recule" dans les sondages, a-t-il souligné dimanche.


Un audit accable Le Graët et les dysfonctionnements de la FFF

Le président français de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graet et la directrice marketing de la FFF Florence Hardouin (Photo, AFP).
Le président français de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graet et la directrice marketing de la FFF Florence Hardouin (Photo, AFP).
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  • «M. Le Graët ne dispose plus de la légitimité nécessaire pour administrer et représenter le football français»
  • Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour harcèlement moral et sexuel à l'encontre de Le Graët

PARIS: Un comportement "au minimum sexiste", une "légitimité" perdue au sommet du football français et des dysfonctionnements majeurs dans la gouvernance: le rapport provisoire de la mission d'audit sur la Fédération française (FFF) accable son président Noël Le Graët, toujours plus proche de la sortie.

Transmis lundi aux dirigeants de la première fédération sportive de France, un pré-rapport de l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR), diligenté par le ministère des Sports à l'automne dernier, n'épargne personne.

Ni Le Graët, mis en retrait depuis le 11 janvier, ni sa directrice générale Florence Hardouin, mise à pied depuis la même date, ni même le comité directeur de l'instance ou son comité exécutif, ne résistent aux conclusions de ce document, provisoire et encore incomplet, dont l'AFP a obtenu une copie.

"La mission considère que, compte tenu de son comportement envers les femmes, ses déclarations publiques et les défaillances de la gouvernance de la FFF, M. Le Graët ne dispose plus de la légitimité nécessaire pour administrer et représenter le football français", peut-on lire au sujet du dirigeant de 81 ans, qui vit la période la plus délicate de son mandat démarré en 2011.

Son attitude vis-à-vis des femmes "peut être qualifié au minimum de sexiste", estiment les inspecteurs. La mission a par ailleurs recueilli des témoignages relatifs à des agissements du dirigeant breton "susceptibles de recevoir une qualification pénale".

Le Graët dans la tempête 

Les inspecteurs, qui ont effectué le 13 janvier un signalement auprès de la procureure de la République de Paris, ont indiqué qu'ils transmettraient des éléments d'information supplémentaires à la justice.

C'est sur la base de ce signalement que le parquet de Paris a ouvert une enquête pour harcèlement moral et sexuel à l'encontre de Le Graët, mi-janvier.

Après un automne marqué par les accusations de comportements inappropriés ou sexistes et un début d'année au rythme des polémiques (propos sur Zidane, enquêtes journalistiques...), Le Graët pourra-t-il résister à cette nouvelle tempête ?

Sollicitée, l'une de ses avocates n'a pas souhaité faire de commentaire dans la soirée de lundi. Mais jusque-là, celui que l'on surnomme le "Menhir" a démenti toutes les accusations de harcèlement, fustigeant ces derniers jours une "enquête administrative manifestement à charge".

La FFF, gérée par intérim par le vice-président Philippe Diallo, a pour le moment choisi de temporiser. Elle "communiquera ses propres conclusions et décisions après la remise de l'audit définitif diligenté par le ministère des Sports", a réagi l'instance dans un communiqué.

Ce rapport définitif et contradictoire est attendu mi-février, car les dirigeants (Le Graët, Hardouin, Diallo) ont jusqu'au 13 pour formuler des observations.

Hardouin «conteste tout manquement»

Ils auront du travail, car au-delà des reproches faits à Le Graët, c'est toute l'instance qui est épinglée sur sa politique de prévention et de lutte contre les violences sexuelles et sexistes, "ni efficace ni efficiente" selon les inspecteurs de l'IGESR.

La mission, qui propose 18 recommandations à la FFF, assure que ce sujet "n'est pas une priorité déployée rationnellement par la FFF dans les territoires".

Elle n'épargne pas non plus Florence Hardouin, la directrice générale depuis 2013, dont le management "peut être qualifié de brutal", mais pas de "harcelant".

Ses relations avec Le Graët sont définies comme "toxiques": "Le couple président - directrice générale a atteint ses limites", estiment les auditeurs de l'IGESR, évoquant des "logiques claniques" de management et une "vision très auto-centrée du pouvoir".

Sollicité, l'entourage de Florence Hardouin a affirmé que la directrice générale "contestait tout manquement dans le cadre de ses fonctions" et qu'elle "rétablira la vérité après la publication de l'audit définitif". La DG, qui avait été hospitalisée pour un infarctus peu après sa mise à pied, est convoquée à la FFF le 21 février pour un entretien préalable à un licenciement.

Les auditeurs de l'IGESR épinglent aussi le "Comex" de la FFF, essentiellement "un lieu de constats et de consensus" ne laissant "aucune place aux oppositions"... Quant au comité directeur (Codir), baigné dans une "ambiance sexiste et violente (...) jusqu'en 2020", il "joue davantage un rôle d'échanges d'informations que de pilotage stratégique".

La "Fédé" des vice-champions du monde connaît désormais ses axes de travail. Et les débats lors du prochain "Comex", prévu le 9 février, promettent d'être animés...


Strasbourg abroge sa décision sur le financement des cultes

Le chantier de la mosquée Eyyub Sultan à Strasbourg (Photo, AFP).
Le chantier de la mosquée Eyyub Sultan à Strasbourg (Photo, AFP).
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  • Le conseil a abrogé la délibération adoptée quatre mois plus tôt
  • La municipalité a suscité une polémique en 2021 avec un projet de subvention d'une mosquée d'obédience turque

STRASBOURG: La ville de Strasbourg a renoncé lundi à sa délibération sur le financement des cultes, objet d'un rappel à l'ordre de l'État après une controverse sur un projet de subvention d'une mosquée, lors d'un conseil municipal houleux, écourté après le départ de l'opposition.

Le conseil a abrogé la délibération adoptée quatre mois plus tôt. La maire écologiste Jeanne Barseghian a dit espérer pouvoir présenter un nouveau texte lors d'une prochaine réunion du conseil en mars.

Conformément au droit local en Alsace-Moselle, les pouvoirs publics peuvent subventionner les religions, cette partie du pays n'ayant pas connu la séparation de l'Église et de l'État en 1905 du fait de l'annexion allemande (1870-1918).

Mais la municipalité a suscité une polémique en 2021 avec un projet de subvention d'une mosquée d'obédience turque, finalement annulé. Dans l'espoir de fixer de nouvelles règles, la maire avait ensuite fait adopter en septembre par son conseil municipal une délibération sur le sujet du financement des associations et des projets cultuels.

La maire entendait ainsi adopter "un cadre clair, transparent, partagé", permettant de "garantir des principes de neutralité, de transparence et d'équité" entre les religions.

Mais début décembre, la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier, avait demandé au conseil municipal de revoir sa copie : elle y avait décelé plusieurs irrégularités et demandé à la municipalité de la rectifier sous deux mois "pour en renforcer la sécurité juridique".

La délibération autorisait la ville à soutenir les associations religieuses pour un maximum d'un million d'euros. Pour les nouveaux lieux de culte ou projets importants, il était proposé que le préfet "soit saisi pour avis concernant le projet", notamment pour permettre "d'informer la municipalité sur les liens éventuels de l'association avec des puissances étrangères" ou sur "toute alerte relative à la sécurité nationale et/ou aux dérives intégristes ou sectaires".

La municipalité avait été au cœur d'une controverse en mars 2021 après le vote d'une délibération sur le principe d'une subvention de 2,5 millions d'euros pour la construction, toujours en cours, de la mosquée Eyyub Sultan, portée par l'association turque Millî Görüs.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait accusé la ville de financer une "ingérence étrangère". Millî Görüs avait finalement renoncé à demander cette subvention, évitant à la ville d'avoir à se prononcer définitivement sur son octroi.

En novembre, la délibération, qui n'avait pas été retirée par la municipalité, a été annulée par le tribunal administratif de Strasbourg, saisi par des conseillers municipaux d'opposition et par la préfecture du Bas-Rhin.

La fin de cette séance déjà houleuse a été marquée par le départ des élus d'opposition, alors que plusieurs motions ou interpellations devaient encore être examinées.

Syamak Agha Babaei, le 1er adjoint qui présidait momentanément la séance en l'absence de Mme Barseghian, a indiqué que l'une d'elle, déposée par un élu d'opposition et portant sur la réouverture des musées strasbourgeois, fermés depuis plusieurs mois deux jours par semaine au lieu d'un, ne serait pas soumise au vote.

Une réflexion est en cours en vue de rendre prochainement des arbitrages sur ce point, a argué M. Agha Babaei.

"La Maire de Strasbourg a refusé au dernier moment de soumettre au vote deux résolutions (...) pourtant déposées dans le strict respect du règlement intérieur et validées par elle le matin même", se sont offusqués les élus d'opposition dans un communiqué commun.

La décision de quitter la séance est "inédite" et "fait suite à une nouvelle violation du règlement intérieur", ont-ils encore estimé.

"J'ai pris la décision de clore la séance" car "les conditions d'un débat démocratique contradictoire n'étant plus réunies", a réagi Mme Barseghian dans un communiqué, en appelant "à la responsabilité (...) des conseillers municipaux pour que les débats démocratiques s'apaisent".