Un siècle après Toutankhamon, les Égyptiens veulent sortir de l'ombre

Sur cette photo d'archive prise le 26 juillet 2022, un artisan travaille dans un bazar d'albâtre dans le village d'al-Qurna (Gurna) sur la rive ouest du Nil, en face de la ville de Louxor, dans le sud de l'Égypte. (Photo par Khaled Desouki / AFP)
Sur cette photo d'archive prise le 26 juillet 2022, un artisan travaille dans un bazar d'albâtre dans le village d'al-Qurna (Gurna) sur la rive ouest du Nil, en face de la ville de Louxor, dans le sud de l'Égypte. (Photo par Khaled Desouki / AFP)
Short Url
Publié le Dimanche 06 novembre 2022

Un siècle après Toutankhamon, les Égyptiens veulent sortir de l'ombre

  • «Les Égyptiens ont été effacés du récit historique à cause de l'occupation culturelle de l'Égypte des 200 dernières années», affirme Monica Hanna, doyenne du Collège d'archéologie d'Assouan
  • Christina Riggs rappelle que dans les rares cas où une découverte a été portée au crédit d'Égyptiens, il s'agissait d'«enfants» et de «pilleurs de tombes» quand ce n'étaient pas leurs «animaux»

QURNA : Sur la photo iconique, le Britannique Howard Carter inspecte le sarcophage de Toutankhamon et, dans l'ombre, se tient un Egyptien.

Ce cliché du début du XXe siècle illustre bien ce que furent deux siècles d'égyptologie selon les experts: d'un côté, le savant occidental qui découvre seul des trésors; de l'autre, des petites mains égyptiennes absentes de l'histoire de la révélation des secrets des pharaons.

L'égyptologie, née à l'époque coloniale, a créé «des inégalités structurelles» qui «résonnent aujourd'hui» encore, souligne la Britannique Christina Riggs, égyptologue à l'université de Durham.

Mais, alors que le monde célèbre le bicentenaire du déchiffrement de la pierre de Rosette par le Français Jean-François Champollion et le centenaire de la découverte du tombeau de l'enfant-pharaon Toutankhamon par Carter, en Égypte des voix s'élèvent pour mettre en lumière la contribution des Égyptiens dans ces explorations.

Manière de se réapproprier leur histoire, au même titre que la préservation du patrimoine dans leur pays ou la restitution réclamée de trésors estimés «volés» par les Occidentaux.

Les Égyptiens qui ont fouillé «ont fait tout le travail» mais ils «ont été oubliés», déplore Abdel Hamid Daramalli, chef de fouille à Qurna (sud) où il dit être né sur la tombe d'un scribe.

«C'est comme si personne n'avait cherché à comprendre l'Égypte antique avant» Champollion, qui le 27 septembre 1822 annonça avoir déchiffré la pierre de Rosette, abonde la chercheuse Heba Abdel Gawad, spécialiste de l'héritage égyptien.

«Anonymes»

Sur le fameux cliché, «l'Égyptien, pas nommé, pourrait être Hussein Abou Awad ou Hussein Ahmed Saïd», explique Mme Riggs.

Ces deux hommes ont été, avec Ahmed Gerigar et Gad Hassan, des piliers de l'équipe de Carter pendant près d'une décennie mais aucun expert ne peut aujourd'hui mettre un nom sur les visages photographiés.

«Les Égyptiens sont restés dans l'ombre, anonymes et transparents dans le récit de leur histoire», résume l'historienne.

Un nom cependant a émergé, celui des Abdel Rassoul.

Hussein d'abord qui alors enfant passe pour être celui qui a découvert involontairement la tombe de Toutankhamon, le 4 novembre 1922, sur la rive ouest du Nil dans la nécropole de Thèbes (aujourd'hui Louxor), à Qurna.

Les versions varient: il a trébuché dessus, son âne a trébuché dessus ou il a renversé un broc d'eau qui a mis au jour une pierre.

La mythologie locale dit aussi que ses ancêtres Ahmed et Mohammed ont découvert en

1871 les 50 momies de Deir el-Bahari, dont celle de Ramsès II.

Le petit-neveu de Hussein, Sayed Abdel Rassoul, que l'AFP a retrouvé à Qurna, éclate de rire à l'évocation de ces récits.

Est-ce «vraiment sensé» de croire qu'un gosse avec une jarre d'eau a pu faire une telle découverte ?, demande-t-il. De toutes façons, «certains ont gardé des archives mais pas nous», dit-il.

Christina Riggs rappelle pourtant que dans les rares cas où une découverte a été portée au crédit d'Égyptiens, il s'agissait d'«enfants» et de «pilleurs de tombes» quand ce n'étaient pas leurs «animaux».

«L'archéologie, c'est surtout de la géographie», explique Mme Abdel Gawad. Et dans ce domaine, dit-elle, les agriculteurs locaux ont un atout en main: «Ils connaissent le terrain et ses reliefs» et peuvent dire «en fonction des couches sédimentaires s'il y a des objets enterrés».

C'est ainsi que de génération en génération, le travail de fouille s'est transmis à Qurna, où vivent les Abdel Rassoul, et à Qift, au nord de Louxor où dans les années 1880 les habitants ont été formés à l'archéologie par le Britannique William Flinders Petrie.

L'arrière-grand-père de Mostafa Abdo Sadek fut l'un d'eux. Au début du XXe siècle, il s'est installé à 600 kilomètres au nord de Qift pour fouiller la nécropole de Saqqara, près des pyramides de Guizeh.

Lui, ses enfants et ses petits-enfants ont, durant un siècle, aidé à percer les mystères de dizaines de tombes, raconte à Saqqara l'arrière-petit-fils, lui-même archéologue réputé.

Mais eux «ont été lésés», poursuit Mostafa Abdo Sadek en brandissant des photos de ses ancêtres dont aucun nom n'apparaît aujourd'hui dans les livres d'histoire.

«Enfants de Toutankhamon»

«Les Égyptiens ont été effacés du récit historique à cause de l'occupation culturelle de l'Égypte des 200 dernières années», affirme Monica Hanna, doyenne du Collège d'archéologie d'Assouan.

Il faut prendre en compte «le contexte historique et social de l'Égypte sous occupation britannique», nuance Fatma Keshk, conférencière à l'Institut d'archéologie orientale du Caire.

Au début du XXe siècle, sur fond d'anticolonialisme grandissant, l'héritage pharaonique sert à faire vibrer la corde nationaliste. La bataille culturelle devient politique.

«Nous sommes les enfants de Toutankhamon», chante la diva Mounira al-Mahdiyya en 1922 - année de la découverte de la tombe de l'enfant-pharaon dans la Vallée des Rois et de l'indépendance de l'Égypte.

A coups de campagnes brocardant la mainmise des étrangers sur le patrimoine national, Le Caire parvient la même année à mettre fin au système de partage colonial qui garantissait aux Occidentaux la moitié des pièces mises au jour en échange du financement des fouilles.

Mais alors, l'Égypte antique a été dissociée de l'Égypte moderne et à partir de là «considérée comme une civilisation universelle» dans un monde qui à l'époque «se résumait à l'Occident», analyse Mme Abdel Gawad.

Toutankhamon reste en Égypte mais le pays «perd les archives des fouilles», outil essentiel pour toute publication universitaire, au profit de la collection privée Carter, relate Mme Hanna. «Nous étions encore colonisés. Ils nous ont laissé les objets mais ont pris notre capacité à produire de la connaissance sur Toutankhamon.»

Et quand la nièce d'Howard Carter décide de faire don de ces archives peu après la mort de l'archéologue britannique en 1939, elle choisit l'université d'Oxford plutôt que l'Égypte.

Oxford qui justement propose actuellement l'exposition «Toutankhamon: fouille dans les archives» pour mettre en lumière «les Egyptiens souvent oubliés des équipes archéologiques».

Une momie dans la maison

A Qurna, Ahmed Abdel Rady, 73 ans, se rappelle avoir trouvé, enfant, une tête de momie dans un renfoncement de la maison installée dans un des tombeaux de la nécropole de Thèbes où il a grandi.

Ma mère, raconte-t-il à l'AFP, a éclaté en sanglots en me suppliant de traiter «cette reine» avec respect. Pour autant, poursuit-il, elle stockait oignons et têtes d'ail dans un sarcophage de granit.

Aujourd'hui, le village, n'est plus que ruines où, entre tombeaux et temples, les colosses de Memnon, construits il y a plus de 3 400 ans, semblent veiller sur les morts et les vivants.

En 1998, des bulldozers ont débarqué pour détruire les petites maisons de terre et de brique des 10 000 habitants, sous lesquelles reposaient des tombes datant pour la plupart de 1 500 à 1 200 avant JC.

Dans des affrontements avec la police, quatre habitants refusant d'être expulsés sont tués. C'est parce qu'ils sont profondément liés à l'héritage pharaonique que les habitants de Qurna ont tant protesté contre la démolition de leur village, assure Abdel Hamid Daramalli.

Mais la bataille pour l'histoire se fait aussi aux dépens des Egyptiens, en dépit même des critiques alors de l'Unesco. «Il fallait le faire» pour protéger le patrimoine, martèle le ministre des Antiquités de l'époque, Zahi Hawass.

En 2008, la quasi-totalité des maisons encore debout étaient rasées et leurs habitants relogés loin de leur gagne-pain autour des sites archéologiques et des terres de leur bétail.

Selon Monica Hanna, c'est leur réputation de «pilleurs de tombes» qui a mené les autorités à faire de Louxor un «musée à ciel ouvert».

Sayed Abdel Rassoul en souffre depuis qu'il y a longtemps des membres de la famille ont été pris vendant des pièces archéologiques sous le manteau.

«Les Français, les Britanniques, tous volaient», dit son neveu Ahmed. «Et qui, au départ, a dit aux habitants de Qurna qu'ils pouvaient gagner de l'argent en vendant des pièces pharaoniques ?

Cinq choses à savoir sur Toutankhamon et son fabuleux trésor

L'ouverture, il y a 100 ans, du tombeau du pharaon égyptien Toutankhamon, l'une des plus grandes découvertes archéologiques de tous les temps, reste nimbée de mystères.

Voici cinq choses à savoir sur l'enfant-roi, ses énigmes et ses trésors:

Un trésor inviolé

En novembre 1922, après six saisons de fouilles infructueuses, l'archéologue britannique Howard Carter, son équipe égyptienne et le riche mécène Lord Carnarvon découvrent une sépulture inviolée dans la Vallée des Rois, près de Louxor en Haute-Egypte.

Le trésor funéraire, réparti dans les cinq pièces du tombeau, est intact, avec 4 500 objets (mobilier, bijoux, statuettes), dont bon nombre en or massif.

Le tombeau du jeune pharaon, mort à 19 ans aux environ de 1324 avant Jésus-Christ, est le seul mausolée de l'Egypte antique à avoir livré un tel trésor.

Les innombrables autres tombeaux de pharaons et notables mis au jour jusqu'alors avaient été pillés au fil des millénaires.

Cercueil en or massif

Parmi les objets découverts: un lit en bois plaqué or orné d'une tête de lion, un char ou encore un poignard au manche d'or, forgé à partir du fer de météorites selon des chercheurs.

Le spectaculaire sarcophage en quartzite rouge hébergeait trois cercueils emboîtés les uns dans les autres, dont le dernier (110 kg) en or massif abritait la momie de Toutankhamon.

Mais la pièce maîtresse du trésor, devenue l'un des objets égyptiens les plus reconnaissables au monde, est un masque funéraire en or de plus de 10 kg incrusté de lapis-lazuli et d'autres pierres semi-précieuses.

Un arbre généalogique énigmatique

Des tests ont permis d'établir que le père de Toutankhamon était le pharaon Akhenaton, qui a régné entre 1351 et 1334 avant Jésus-Christ.

Akhenaton était l'époux de la légendaire reine Néfertiti.

Pour autant, celle-ci n'est pas la mère de Toutankhamon. La mère du jeune pharaon, dont la momie a été retrouvée, serait la soeur de son père. L'analyse génétique montre en effet une consanguinité entre les parents.

Toutankhamon aurait épousé sa demi-soeur, Ankhsenpaamon. Le mariage entre frère et soeur était commun dans l'Egypte des pharaons.

Le couple n'a pas de descendance connue mais deux momies d'enfants mort-nés ont toutefois été découvertes dans la tombe du jeune roi.

Un règne troublé, une mort mystérieuse

C'est à neuf ans, vers 1333 avant Jésus-Christ, que Toutankhamon serait monté sur le trône de Haute et Basse Egypte, mais les âges et les dates varient d'un spécialiste à l'autre.

Le pays sort alors d'une période troublée, marquée par la volonté d'Akhenaton d'instaurer une forme de monothéisme dédiée au dieu du soleil Aton.

L'arrivée au pouvoir du jeune prince permet aux tenants du culte d'Amon de reprendre le dessus et de rétablir les divinités traditionnelles.

Plusieurs théories ont circulé sur les causes de son décès: maladie, accident de char ou meurtre.

En 2010, des tests génétiques et des études radiologiques ont révélé que l'adolescent serait en fait mort de paludisme combiné à une affection osseuse. Le jeune roi boitait d'un pied en raison d'une nécrose osseuse et son système immunitaire était déficient.

Un trésor maudit ?

Quelques mois après la fabuleuse découverte, le mythe de la malédiction du pharaon, qui frapperait ceux qui ont ouvert le tombeau, prend corps lorsque Lord Carnavon meurt en avril 1923 de septicémie, après une coupure infectée.

La légende se nourrit aussi d'une série de décès, comme celui de Carter qui meurt d'un cancer en 1939 à l'âge de 64 ans sans avoir achevé la publication de son ouvrage sur la sépulture, alors qu'il avait consacré dix ans à répertorier le trésor.

Agatha Christie s'inspirera de la malédiction de Toutankhamon pour une de ses célèbres nouvelles: "L'aventure du tombeau égyptien".

«Butin de guerre»

Au cours des siècles, un nombre inquantifiable d'antiquités sont sorties d'Égypte.

Certaines, comme l'Obélisque de Louxor à Paris ou le Temple de Debod à Madrid, ont été offertes par le gouvernement égyptien à des pays amis.

D'autres ont été envoyées dans les musées européens dans le cadre du système de partage colonial.

Et des centaines de milliers sont passées en contrebande vers «des collections privées à travers le monde», affirme Mme Abdel Gawad.

C'est la nouvelle croisade de l'ancien ministre Hawass, qui a lancé en octobre une pétition pour la restitution de la pierre de Rosette et du zodiaque de Dendérah. Il a déjà recueilli 78 000 signatures et promet une nouvelle pétition pour le buste de Néfertiti. Car ces trois pièces sont sujettes à controverses depuis des décennies.

La pierre de Rosette, stèle gravée en 196 avant JC en grec ancien, égyptien démotique et hiéroglyphes, est exposée depuis 1802 au British Museum de Londres avec en cartel «prise en Égypte en 1801 par l'armée britannique».

Un porte-parole du British Museum assure à l'AFP que c'est «un cadeau diplomatique». Pour Mme Abdel Gawad, c'est «un butin de guerre».

Le buste de Néfertiti a atterri au Neues Museum de Berlin en vertu du partage colonial, affirme l'Allemagne. Pour M. Hawass, cette sculpture, peinte en 1340 avant JC et ramenée par des archéologues allemands en 1912, «a été sortie illégalement d'Égypte».

Le zodiaque de Dendérah, enfin, a rejoint Paris quand en 1820 le préfet Sébastien Louis Saulnier envoie une équipe desceller à l'explosif ce bas-relief d'un temple du sud de l'Égypte.

Cette représentation de la voûte céleste de plus de 2,5 mètres de largeur et de hauteur est accrochée à un plafond du Louvre depuis 1922, alors qu'une copie de plâtre la remplace à Dendérah. «C'est un crime», accuse Mme Hanna.

Ce qui était acceptable à l'époque, ajoute-t-elle, n'est plus «compatible avec l'éthique du XXIe siècle».


Des pourparlers entre Israël et le Liban prévus la semaine prochaine à Washington

Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
Short Url
  • Des négociations inédites entre le Liban et Israël sont prévues à Washington, mais restent fragiles en raison des désaccords (cessez-le-feu exigé par le Liban, rejet du Hezbollah)
  • La situation demeure tendue avec la poursuite des frappes israéliennes au Liban malgré les appels internationaux à la retenue, menaçant la trêve régionale

JERUSALEM: Des pourparlers entre le Liban et Israël sont prévus la semaine prochaine à Washington, a dit un responsable américain jeudi, après des frappes meurtrières de l'armée israélienne sur le pays voisin qui font peser un risque sur la trêve précaire conclue entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer que le département d'Etat accueillera une réunion la semaine prochaine pour discuter des négociations de cessez-le-feu avec Israël et le Liban", a dit ce responsable à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Après un appel à la retenue de Donald Trump, Benjamin Netanyahu a annoncé jeudi avoir ordonné à son cabinet d'engager des "négociations directes" avec le Liban.

Selon le Premier ministre israélien, ces négociations, inédites depuis des décennies, "porteront sur le désarmement du Hezbollah" et sur "l'établissement de relations de paix" entre les deux pays, toujours techniquement en état de guerre.

Le Liban veut cependant "un cessez-le-feu avant tout début de négociations", a déclaré à l'AFP un responsable libanais requérant l'anonymat.

De son côté le Hezbollah pro-iranien a rejeté toute négociation directe entre le Liban et Israël, appelant au "retrait israélien" du sud du pays.

- Retenue -

Benjamin Netanyahu a toutefois averti auparavant que les frappes contre le Hezbollah se poursuivraient pour rétablir la "sécurité pour les habitants du nord" d'Israël.

Dans la soirée, l'armée israélienne a annoncé ainsi avoir commencé à frapper des "sites de tir" du Hezbollah au Liban.

Après deux jours de cessez-le-feu, la communauté internationale redoute que celui-ci ne soit compromis par la poursuite de la campagne israélienne au Liban.

A Beyrouth, l'heure était encore à la recherche de victimes après les frappes menées simultanément par Israël sur plusieurs régions mercredi, qui ont fait plus de 300 morts et un millier de blessés.

Dans le quartier résidentiel d'Ain el Mreisseh, proche de la mer, des corps gisent encore sous l'amas de pierres et de métal d'où émergent, ici un bulletin de notes, là une peluche.

"Regardez, ce sont des cahiers, des cours, des livres! Où est le Hezbollah ici?" s'est insurgé Khaled Salam, sur place.

Donald Trump a confirmé jeudi à NBC News avoir plaidé la retenue auprès de Benjamin Netanyahu, après que le site d'information Axios a fait part d'échanges téléphoniques mercredi entre les deux hommes et l'émissaire américain Steve Witkoff.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a lui jugé "inacceptable" la poursuite des attaques d'Israël contre le Liban lors d'une tournée dans le Golfe.

- Obstacles -

Le Pakistan, médiateur dans le conflit, avait relevé en annonçant le cessez-le-feu que celui-ci s'appliquait "partout, y compris au Liban" -- ce que démentent Israël et Washington.

Le pays doit accueillir à partir de vendredi des négociations entre Iraniens et Américains, ces dernières étant menées par le vice-président JD Vance.

Mais avant même le début des négociations, les obstacles s'amoncellent, d'autant plus après le message sur X du ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, qui a qualifié Israël de "diabolique" et de "malédiction sur l'humanité", l'accusant de commettre un génocide au Liban.

Un message que les services du Premier ministre israélien ont qualifié de "honteux".

"Ce ne sont pas des déclarations qui peuvent être tolérées de la part de n'importe quel gouvernement, particulièrement d'un qui se revendique comme médiateur neutre pour la paix", ont-ils répondu sur X.

Auprès de NBC News, Donald Trump s'est dit "très optimiste" sur la possibilité de conclure un accord de paix, malgré l'écart entre les positions des deux pays.

- "Mauvais boulot" -

Le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique a lui exclu d'emblée toute restriction du programme d'enrichissement d'uranium de son pays, une demande fondamentale des Etats-Unis et d'Israël qui accusent l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique - ce que Téhéran nie.

Un pétrolier non-iranien, le premier depuis le cessez-le-feu, a franchi jeudi le détroit d'Ormuz, dont la réouverture était une condition du cessez-le-feu.

Mais le trafic via cette voie maritime essentielle au commerce mondial est encore loin d'un retour à la normale, et Donald Trump a mis en garde l'Iran jeudi contre toute volonté de mettre en place un péage.

Le président américain a fait état dans un message sur sa plateforme Truth Social "d'informations selon lesquelles l'Iran fait payer des frais aux pétroliers traversant le détroit d'Ormuz".

"Ils ont intérêt à ne pas le faire, et si c'est le cas, ils feraient mieux d'arrêter maintenant!", a-t-il ajouté, accusant l'Iran de faire "vraiment du mauvais boulot, indigne certains diraient, pour permettre au pétrole de traverser le détroit d'Ormuz".


« Le Hezbollah doit choisir entre le Liban et l’Iran », affirme Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
Short Url
  • Les frappes massives sur Beyrouth marquent une escalade majeure malgré une trêve censée s’appliquer à toute la région
  • Jean-Yves Le Drian met en avant la coopération étroite entre la France et l’Arabie saoudite en matière de sécurité régionale, illustrée par des échanges réguliers au plus haut niveau entre le président français et le prince héritier saoudien

DUBAÏ : Au lendemain de frappes israéliennes inédite sur Beyrouth, la communauté internationale s’inquiète d’une nouvelle phase d’escalade au Proche-Orient. En dix minutes, une centaine de frappes ont visé la capitale libanaise, sans avertissement, causant des centaines de morts et de blessés.

Pour Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, la violence de l’attaque marque un seuil critique, lors d’un entretien accordé à Arab News en français.

Il évoque « un carnage effrayant » et juge ces frappes « intolérable[s] », rappelant qu’elles interviennent alors même qu’une trêve venait d’être acceptée par les principales parties, notamment les États-Unis et l’Iran.

Au cœur de la crise, la trêve apparaît à la fois essentielle et déjà compromise. Selon l’ancien ministre, celle-ci est « claire dans ses principes, sans ambiguïté, et devait s’appliquer à l’ensemble de la région, incluant le Liban ».

Mais la poursuite des opérations militaires en vide largement la portée. En frappant Beyrouth, Israël agit, selon lui, à rebours de la dynamique diplomatique qui avait permis l’instauration de ce cessez-le-feu. Une contradiction qui rend la situation « extrêmement grave » et alimente une méfiance généralisée entre les acteurs.

Dans ce contexte, le Liban apparaît comme un théâtre secondaire d’un affrontement régional qui le dépasse. Jean-Yves Le Drian insiste sur ce point : les combats se poursuivent sur le sol libanais alors même que les protagonistes principaux ne sont pas directement liés au pays.

Cette situation met en péril des éléments fondamentaux de l’État libanais. « Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'intégrité et la souveraineté du Liban », souligne-t-il, décrivant un pays pris au piège d’une confrontation extérieure.

Malgré ses failles, la trêve reste, selon lui, une nécessité stratégique. Elle devait permettre de stopper une spirale jugée « inacceptable », tant pour la stabilité régionale que pour l’économie mondiale.

Mais sa fragilité est évidente. « Chacun suspecte l'autre de mensonge, de mauvaise interprétation ou de cacher son jeu », explique M. Le Drian, ajoutant que la poursuite des frappes sur le Liban empêche toute stabilisation réelle.

Dans cette crise, Jean-Yves Le Drian désigne clairement le rôle du Hezbollah, qu’il considère comme à l’origine de l’engrenage initial des frappes contre Israël, en lien avec l’Iran. Mais il dénonce simultanément la riposte israélienne, qu’il juge « complètement disproportionnée ».

Cette dynamique crée une situation paradoxale : loin d’affaiblir le Hezbollah, l’intensification des frappes pourrait renforcer son influence.

« L'aggravation des tensions aujourd'hui et l'aggravation du conflit renforcent indirectement le rôle du Hezbollah qui est en train de s'ériger en protecteur de la nation », ajoute M. Le Drian.

C’est dans ce contexte qu’il formule une mise en garde centrale : « Il faut que le Hezbollah choisisse ou c'est le Liban, ou c'est l'Iran. Il n'y a pas d'alternative. » Un choix qu’il espère voir tranché en faveur de l’État libanais, notamment par une partie de la population chiite.

Il souligne toutefois que le Liban dispose aujourd’hui d’un « gouvernement de qualité », qu’il décrit comme responsable et engagé dans le renforcement de l’État. Celui-ci a notamment affirmé que « seul l'État a le monopole des armes ».

Mais « ce gouvernement est aujourd'hui en difficulté face à l'aggravation de la crise », explique M. Le Drian, insistant sur la nécessité de le soutenir, notamment par les partenaires internationaux et les pays du Golfe.

Malgré l’intensité des combats, une voie politique demeure envisageable. Le gouvernement libanais a récemment proposé l’ouverture de discussions directes avec Israël, une initiative que Jean-Yves Le Drian qualifie d’effort « considérable ».

Il y voit une opportunité rare, estimant que cette initiative pourrait constituer un tournant si elle était saisie. Dans un contexte où la guerre ne produit pas de solution durable, il insiste sur la nécessité de redonner toute sa place à la négociation.

Les pays du Golfe apparaissent également comme des acteurs clés dans cette tentative de désescalade. Indirectement affectés par le conflit, ils ont soutenu les efforts de médiation.

« Il y a eu une offre de négociation […] avec le soutien de plusieurs pays du Golfe, en particulier avec le soutien de l'Arabie saoudite », explique M. Le Drian. 

Depuis le début de la crise, la France continue à soutenir l’Arabie saoudite dans sa défense, souligne M. le Drian. « Nous aidons les Saoudiens à assurer leur propre sécurité et le président français parle très souvent avec Son Altesse le prince héritier pour travailler dans cette direction-là », ajoute-t-il, insistant sur la continuité du dialogue franco-saoudien sur les questions de sécurité régionale. 

Pour Jean-Yves Le Drian, cette implication ouvre la voie à une redéfinition plus large de la sécurité régionale, fondée sur « une sécurité collective ».

Concernant les opérations israéliennes dans le sud du Liban, M. Le Drian met en garde : « toute intervention d'occupation de la part d'Israël sur le Liban est contraire au droit international. »

Il rappelle que les précédentes opérations de ce type ont favorisé le renforcement du Hezbollah, une dynamique qu’il estime à ne pas reproduire.

Au-delà des enjeux stratégiques, la situation humanitaire se dégrade rapidement. « L'intervention israélienne a mis sur la rue quasiment un million de déplacés qui aujourd'hui survivent », explique M. Le Drian.

Jean-Yves Le Drian alerte sur le risque d’une aggravation rapide, avec des conséquences potentiellement graves pour la cohésion interne du pays.

Face à cette crise, la France maintient son engagement. Elle soutient les forces armées libanaises, notamment par la livraison récente de véhicules blindés, et poursuit son action humanitaire.

L’objectif est clair : renforcer l’État libanais dans ses fonctions régaliennes, en particulier sa capacité à assurer le monopole de la force.

Pour Jean-Yves Le Drian, la poursuite du conflit ne peut mener qu’à une impasse. Tous les acteurs en sont conscients, estime-t-il, ce qui rend d’autant plus urgente la reprise des discussions.

Il réaffirme la nécessité d’une solution diplomatique : « La France a toujours considéré qu'il fallait régler les conflits par la voie de la négociation. »

Les paramètres d’un accord existent déjà : « C'est sur la table, il faut en discuter. »

Dans ce contexte, il élargit la réflexion aux enjeux régionaux et internationaux, en particulier la liberté de circulation maritime. « La libre circulation maritime dans le détroit d'Ormuz est essentielle », explique-t-il, avertissant que toute perturbation engendre « des difficultés considérables pour l'économie mondiale ».

Il souligne enfin que des initiatives sont déjà envisagées pour sécuriser cette zone stratégique, notamment par des dispositifs d’escorte maritime, une fois la désescalade suffisamment engagée. À cet égard, le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, ont permis de mobiliser un ensemble de pays volontaires pour accompagner la sécurisation du trafic maritime dans le Golfe.

Dans une région sous tension, le Liban apparaît ainsi à un moment décisif de son histoire — entre effondrement et sortie de crise par la diplomatie, sur fond d’équilibres régionaux et économiques encore fragiles.


Le prince héritier saoudien et le Premier ministre britannique discutent des développements régionaux

Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
Short Url
  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre britannique Keir Starmer pour renforcer la coopération stratégique entre leurs deux pays
  • Les discussions ont porté sur les enjeux régionaux, avec un soutien commun à la stabilité et à un cessez-le-feu durable, notamment concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz

RIYAD : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu mercredi à Djeddah le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Au cours de la rencontre, ils ont passé en revue les relations entre leurs deux pays et examiné les moyens de renforcer davantage leur partenariat stratégique dans divers domaines.

Ils ont également abordé les derniers développements régionaux et internationaux, notamment les évolutions dans la région ainsi que leurs implications en matière de sécurité et d’économie.

Les deux parties ont affirmé leur soutien à tous les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité de la région. Plusieurs questions d’intérêt commun ont également été discutées.

Keir Starmer est arrivé dans le Royaume plus tôt dans la journée, où il a été accueilli à l’aéroport de Djeddah par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, selon des photos diffusées par l’Agence de presse saoudienne.

Lors de sa visite, Starmer a salué le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, tout en soulignant qu’il restait « beaucoup de travail à faire » pour garantir sa pérennité.

« Il reste également beaucoup à faire concernant le détroit d’Ormuz, qui a un impact à l’échelle mondiale », a-t-il ajouté. 

À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, a rapporté l’Agence de presse saoudienne. Les ambassadeurs respectifs des deux pays étaient également présents.

*Avec SPA, Reuters 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com