Migrants en détresse en Méditerranée: La crise ressurgit entre Paris et Rome

Des migrants se préparent à embarquer à bord du navire Ocean Viking naviguant dans les eaux internationales au large de la Libye en mer Méditerranée, le 25 octobre 2022 (Photo, AFP).
Des migrants se préparent à embarquer à bord du navire Ocean Viking naviguant dans les eaux internationales au large de la Libye en mer Méditerranée, le 25 octobre 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 10 novembre 2022

Migrants en détresse en Méditerranée: La crise ressurgit entre Paris et Rome

  • La crise de l'Ocean Viking «concerne d'abord les équilibres internes au gouvernement Meloni»
  • Côté français, la crise donne l'occasion à Paris de se positionner dans un registre «humaniste»

PARIS: Quatre ans après la crise de l'Aquarius, un bateau de migrants en détresse dont le sort avait enflammé les relations entre l'Italie et la France, Paris et Rome s'écharpent de nouveau sur la question migratoire sur fond d'arrière-pensées politiques.

Le bras de fer s'est noué autour de l'Ocean Viking, navire humanitaire de l'ONG SOS Méditerranée bloqué en mer avec 234 migrants à bord et que Rome refuse de laisser accoster, une attitude jugée "inacceptable" par Paris.

Si le scénario ressemble trait pour trait à l'affaire de l'Aquarius, ancien navire de SOS Méditerranée, qui avait fini par accoster en Espagne après une épopée de plusieurs jours et une crise diplomatique entre l'Italie et la France, le contexte est cette fois différent.

La crise intervient à peine trois semaines après la formation du gouvernement italien le plus à droite de l'après-guerre, dominé par le parti post-fasciste de Giorgia Meloni, Fratelli d'Italia, qui a mis de facto fin à une période d'âge d'or marquée par l'amitié entre le président français Emmanuel Macron et l'ancien président du Conseil Mario Draghi.

La coalition de Mme Meloni comprend notamment la Ligue de Matteo Salvini, parti principalement construit sur une rhétorique antimigrants. Actuel ministre des Transports, M. Salvini fait l'objet de poursuites pour avoir bloqué des migrants en mer en 2019 quand il était ministre de l'Intérieur.

La crise de l'Ocean Viking "concerne d'abord les équilibres internes au gouvernement Meloni", analyse Gilles Gressani, directeur de la revue Le Grand Continent, estimant que la Ligue de Salvini veut "survivre aux tentations hégémoniques de Meloni et donner des signes à son électorat".

Côté français, la crise donne l'occasion à Paris de se positionner dans un registre "humaniste", en accueillant éventuellement le navire - une hypothèse présentée comme acquise par l'Italie mais non confirmée par la France - et en fustigeant le "comportement inacceptable" de Rome, "contraire au droit de la mer et à l'esprit de solidarité européenne".

"L'Italie veut apparaître comme dure et inflexible, la France comme humaniste. Ca sert les intérêts de chacun", analyse M. Gressani, relevant que la présidente du Conseil italien ne s'est pas exprimée en personne jusqu'à présent et "laisse les durs parler".

Jean-Pierre Darnis, professeur à l'université de Nice (France) et à Rome, envisage la possibilité d'un "accord pragmatique": l'accueil en France du navire, "ce qui serait apprécié et démonterait une partie du sentiment anti-français en Italie".

Solidarité européenne

L'Italie, depuis longtemps en première ligne face aux arrivées de migrants, accueille chaque année des dizaines de milliers de personnes ayant entrepris la traversée méditerranéenne, route migratoire la plus meurtrière du monde.

Elle fustige régulièrement le manque de solidarité européenne. Le chef de la diplomatie italienne Antonio Tajani a clairement fait savoir mercredi que la crise actuelle était un message envoyé à l'Europe et que son gouvernement soulèverait la question lors d'un Conseil des ministres de l'UE, la semaine prochaine.

"La France est consciente des difficultés pour les pays de premier accueil. On comprend les Italiens, c’est un sujet qu’on a avec eux depuis plusieurs années, mais nous ne sommes plus en 2018, les choses ont changé", insiste une source française proche du dossier.

"Il y a aujourd'hui plus de pays en situation de premier accueil", dit-elle, citant la Lettonie pour les réfugiés bélarusses et la Pologne pour les Ukrainiens. "Et au niveau institutionnel, la situation n’est pas bloquée comme en 2018, nous avons le pacte sur les migrations", ajoute cette source.

Sous la présidence française de l’UE, les ministres chargés des Migrations ont créé un mécanisme volontaire de relocalisation à partir des pays de première réception vers les autres pays européens. Mais en septembre, la Grèce, autre pays en première ligne, a déploré le "manque de volonté" de ses partenaires.

"C’est un mécanisme qu’on peut améliorer, mais il existe et prévoit des engagements de solidarité les uns envers les autres", insiste la source française.

Qui tend également à minimiser la crise franco-italienne: le gouvernement Meloni "vient d’arriver, les équipes ne sont pas encore toutes constituées (...) Cela devrait se mettre en route, l'important est de continuer à se parler".

"Il n'y a pas un intérêt véritable à un divorce", renchérit le professeur Darnis.

Mercredi, la Commission européenne a appelé au "débarquement immédiat au port sûr le plus proche" de tous les migrants de l'Ocean Viking, "pour éviter une tragédie humanitaire".

"#Italie/UE : La politique ne doit pas se faire au détriment des personnes en détresse", a averti le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Volker Türk dans un communiqué.


Macron se rendra au Vatican les 9 et 10 avril pour rencontrer Léon XIV

Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une conférence de presse avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi au palais d'Akasaka à Tokyo, le 1er avril 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une conférence de presse avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi au palais d'Akasaka à Tokyo, le 1er avril 2026. (AFP)
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  • Les discussions porteront sur les défis liés à l’actualité internationale, en présence de Brigitte Macron

PARIS: Emmanuel Macron se rendra les 9 et 10 avril au Vatican où il rencontrera pour la première fois le pape Léon XIV, a annoncé mercredi la présidence française.

Le chef de l'Etat, accompagné de son épouse Brigitte, abordera notamment "les défis soulevés par l'actualité internationale", a souligné la présidence française.


Carburants: Lecornu veut utiliser le "surplus" de recettes fiscales pour décarboner l'économie

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 31 mars 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 31 mars 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement français privilégie une stratégie à long terme : utiliser les surplus fiscaux liés à la hausse des carburants pour accélérer l’électrification, plutôt que baisser immédiatement les taxes
  • La flambée des prix de l’énergie alimente un fort débat politique : l’opposition réclame baisses de taxes, plafonnement ou aides ciblées, tandis que l’exécutif maintient une ligne de rigueur budgétaire et d’aides limitées

PARIS: Les carburants sont le gros morceau d'une réunion mercredi du gouvernement de Sébastien Lecornu, qui promet d'utiliser certaines des recettes fiscales supplémentaires liées à la flambée des prix pour électrifier l'économie et maintient sa prudence sur des mesures massives d'allègement à court terme de la facture des usagers.

L'envolée des prix de l'énergie devient un thème politique de plus en plus brûlant après plus d'un mois de guerre au Moyen-Orient et dans un climat de pré-campagne présidentielle.

Avant cette réunion au parfum de Conseil des ministres qui a débuté à Matignon à 10H30, le chef du gouvernement a donné "instruction" à ses ministres d'identifier les actions prioritaires pour électrifier l'économie et moins dépendre des hydrocarbures importés. Il a suggéré de les financer par les "surplus" des recettes fiscales générées par la hausse des prix des carburants.

Le ministre de l'Economie Roland Lescure est ainsi chargé de mettre en place, dans les prochaines semaines, une offre de location de véhicules électriques "dédiée à certaines professions" qui utilisent beaucoup leur voiture pour aller travailler, comme les infirmiers libéraux ou les aides-soignants.

De son côté, la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon s'est défendue de l'idée d'un Etat "profiteur" de crise, ce dont l'accuse le Rassemblement national.

"L'Etat ne s'enrichit jamais sur le dos d'une crise, parce qu'entre la perte de croissance, la perte de consommation, les aides que vous déployez (...), vous n'êtes jamais gagnant" mais s'il existe des surplus ponctuels, "ils doivent aller sur ces réponses structurelles", a-t-elle expliqué sur TF1.

- "Long terme" -

Il s'agit d'une réponse de "long terme", a-t-elle assumé, en indiquant que "moins de 10%" des stations-service rencontraient actuellement des problèmes d'approvisionnement.

Le gouvernement peine à répondre à la flambée des prix à la pompe qui grimpent au fur et à mesure que la guerre au Moyen-Orient se prolonge.

Il a jusqu'ici refusé de réduire la fiscalité sur les carburants, mesure demandée par le RN.

A droite, le chef des députés LR Laurent Wauquiez a réclamé sur France 2 que le surplus de recettes fiscales, qu'il évalue "entre deux et trois milliards" d'euros depuis le début de la crise soit "redonné aux automobilistes sous forme de baisse de taxes".

Marine Le Pen pour le RN a manié l'ironie sur X. "Je croyais qu’il n’y avait pas de +surplus+ fiscal ?" et "qu’il n’existait aucun risque de pénurie ?".

A gauche, La France insoumise réclame le blocage des prix, comme le Parti communiste. "On doit plafonner les prix à 1,60 euros le temps que la crise passe", a plaidé sur France Inter son secrétaire national Fabien Roussel.

Le Parti socialiste demande de son côté "des mesures ciblées sur les ménages les plus vulnérables".

Le prix du litre de gazole a battu un record absolu la semaine dernière. Et le SP95-110, l'essence la plus consommée, a atteint mercredi la barre symbolique des 2 euros le litre.

- "Sur-profits" -

Contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5% du Produit intérieur brut cette année, l'exécutif refuse de baisser les taxes sur les carburants, une mesure réclamée par le RN jugée trop onéreuse.

Afin de pallier les difficultés de trésorerie des secteurs les plus touchés - pêche, agriculture, transports -, il a seulement concédé des aides "ciblées", éventuellement reconductibles, représentant au total près de 70 millions d'euros mensuels.

Sans pour autant calmer les transporteurs, décidés à se mobiliser toute la semaine, ni les agriculteurs dont le premier syndicat, la FNSEA, a été reçu lundi par Sébastien Lecornu, qui a promis de nouvelles aides si le conflit s'éternisait.

Malgré une baisse plus forte qu'attendue du déficit en 2025, à 5,1% au lieu de 5,4%, Sébastien Lecornu a prévenu qu'il voulait tenir l'effort de maîtrise des finances publiques en 2026 "quoi qu'il arrive", laissant peu d'espoir à ceux qui réclament davantage de soutien, à l'instar des syndicats qui ont remis de la pression mardi.

L'ONG Greepeace a accusé dans une étude publiée mercredi, les compagnies pétrolières de réaliser plus de 80 millions d'euros de "sur-profits" par jour, dans les pays de l'UE depuis le début de la guerre, grâce à une augmentation de leurs marges.

Outre les carburants, les ministres discuteront du calendrier parlementaire, très restreint pour cause d'élections sénatoriales en septembre, et de mesures de simplification visant à rendre l'Etat plus efficace.

Avant d'être rattrapé par l'énergie, le chef du gouvernement avait prévu, à la sortie des municipales, d'axer son discours sur le régalien: l'effort militaire, la sécurité et la justice.


Immigration clandestine: Londres et Paris prolongent un accord, le temps de finaliser leurs négociations

Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
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  • "Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises en matière de maintien de l'ordre"
  • Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros)

LONDRES: Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat.

Le traité de Sandhurst, signé en 2018 entre Londres et Paris, prévoit que le Royaume-Uni finance une partie des actions menées par la France pour sécuriser la frontière, car c'est sur le sol français que se déroulent les contrôles des personnes en partance pour le Royaume-Uni.

Il avait été prolongé de trois ans en 2023, et devait expirer ce mardi à minuit.

Depuis des mois, les deux gouvernements négocient âprement une nouvelle prolongation, mais sont en désaccord sur les objectifs la future contribution financière du Royaume-Uni.

"Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises essentielles en matière de maintien de l'ordre et de surveillance", a indiqué mardi le ministère britannique de l'Intérieur dans un communiqué.

Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros), a-t-il précisé.

Depuis 2023, le Royaume-Uni a versé 540 millions d'euros à la France dans le cadre du traité, selon Paris.

L'an passé, 41.472 migrants ont entrepris la traversée périlleuse de la Manche depuis la France, soit le deuxième nombre le plus élevé après le record de 45.774 enregistré en 2022, selon les données du Home Office. Au moins 29 migrants ont péri en mer en 2025, selon un comptage effectué par l'AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques.

Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est sous pression pour réduire ces traversées, dans un contexte de montée du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage.

"Notre collaboration avec la France a permis d'empêcher 42.000 tentatives de traversées de la Manche par des migrants illégaux", a rappelé mardi la ministre britannique de l'Intérieur Shabana Mahmood, citée dans le communiqué.

Selon plusieurs médias britanniques, Londres souhaiterait conditionner le versement d'une contribution financière à l'atteinte d'un objectif d'interception d'embarcations supérieur à celui constaté actuellement.

La France s'y oppose, mettant en avant le droit international de la mer qui donne la priorité à la sécurité des embarcations et de leurs passagers.