"Une équipe" : un duo de handicapés s'entraide dans une Syrie dévastée

Handicapé, un Syrien regarde la maison détruite de son voisin dans la ville de Maaret al-Numan (Omar Haj Kadour / AFP)
Handicapé, un Syrien regarde la maison détruite de son voisin dans la ville de Maaret al-Numan (Omar Haj Kadour / AFP)
Short Url
Publié le Vendredi 13 novembre 2020

"Une équipe" : un duo de handicapés s'entraide dans une Syrie dévastée

  • "Mes oreilles sont les siennes et ses jambes sont les miennes
  • Ahmad pousse Badr sur une chaise roulante lors d'une promenade que les deux hommes ont l'habitude de faire quasiment tous les jours. Ils disent ne pas pouvoir vivre l'un sans l'autre

DAMAS : L'un est sourd et muet, l'autre est paralysé, mais ensemble, Ahmed et Badr ont formé un duo bien équipé pour surmonter leur handicap en Syrie, ravagée par la guerre.

Dans une ancienne ruelle de Damas, Ahmad pousse Badr sur une chaise roulante lors d'une promenade que les deux hommes ont l'habitude de faire quasiment tous les jours. Ils disent ne pas pouvoir vivre l'un sans l'autre.

"Mes oreilles sont les siennes et ses jambes sont les miennes", raconte Badr, 28 ans.

En 2012, la moelle épinière de Badr al-Hajjami a été touchée par un éclat d'obus, lui paralysant la jambe, le clouant sur un fauteuil roulant. Cinq ans plus tard, sa rencontre avec Ahmad Moussa le sort de sa solitude.

Ce nouveau compagnon, âgé de 24 ans, avait perdu son audition et sa capacité à parler alors qu'il n'avait que deux ans. Désormais, les deux amis sont inséparables.

Badr est devenu l'interlocuteur privilégié d'Ahmad après avoir appris le langage des signes pendant trois ans. Il lui traduit les conversations, dans un café ou dans un taxi, et l'informe des derniers événements qui se déroulent autour d'eux.

Les deux jeunes hommes sont connus et appréciés des habitants et commerçants du vieux Damas.

"Nous passons le plus clair de notre temps ensemble, à manger et à jouer", affirme Badr, un sourire au visage.

"Monde isolé"

Les deux compagnons font partie des 3,7 millions de personnes handicapées en Syrie -- soit 27% de la population syrienne, le nombre d'invalides ayant sensiblement augmenté depuis le début du conflit en 2011 qui a tué plus de 380.000 personnes.

Selon l'ONU, 62% des personnes invalides sont au chômage.

Dans le quartier de Baramkeh, Ahmad aide Badr à monter dans un taxi qui les emmène à leur séance de basket hebdomadaire.

À l'intérieur du stade, il lui tient un fauteuil roulant de sport pendant qu'il s'y installe. Les deux hommes se passent le ballon en faisant le tour du terrain. A proximité du panier, Badr lance plusieurs fois le ballon avant que celui-ci ne passe à travers le filet.

"Les personnes sourdes vivent dans un monde isolé. Il en va de même pour les malvoyants et les personnes en fauteuil roulant", affirme Ahmad, s'exprimant en langage des signes et traduit par Badr.

"Chaque handicap est un monde séparé en soi, ils ne fusionnent jamais", ajoute-t-il, affirmant avoir besoin d'une personne pour l'aider.

"Quand nous faisons équipe, la situation s'améliore", poursuit-il. Sa relation avec Badr lui a d'ailleurs sauvé la vie.

"Je ne peux pas oublier le jour où un obus a explosé sur la place de Bab Touma" dans l'est de Damas, se souvient Ahmad. "Je n'aurais pas su ce qui s'est passé si Badr ne m'avait pas dit que nous devions fuir rapidement. Je l'ai alors porté et nous avons fui", dit-il.

"La guerre a alourdi le fardeau"

Badr et Ahmad bénéficient du soutien d'un programme d'inclusion des personnes handicapées créé par les Nations Unies.

Outre une allocation financière temporaire, une formation professionnelle ainsi que des appareils photo leur ont été offerts, afin qu'ils puissent travailler en tant que photographes indépendants.

Pour Badr, il s'agit d'un soutien précieux vu les conditions de vie actuelles en Syrie, où plus de la moitié de la population vit sous le seuil d'extrême pauvreté.

"La guerre a alourdi le fardeau des personnes handicapées", qui ne sont pas une priorité pour l'Etat ou la société, déplore Badr.

La solidarité au sein de cette communauté est le seul moyen de contourner les difficultés au quotidien, amplifiées par le sentiment d'abandon, ajoute-t-il.

Sur son téléphone portable, il montre une photo en noir et blanc d'un autre duo de handicapés datant d'il y a un siècle, selon ses dires.

L'homme le plus petit sur la photo, présenté sous le prénom de Samir, était paralysé des jambes, tandis que l'autre, Mohamad, était aveugle, affirme Badr.

Et de conclure : "Ahmed et moi, incarnons une autre forme d'intégration et de complémentarité". (AFP)

 


Iran: le chef des renseignements des Gardiens de la Révolution tué dans une frappe 

Le commandant général Majid Khademi. (AFP)
Le commandant général Majid Khademi. (AFP)
Short Url
  • "Le commandant général Majid Khademi, le puissant et instruit chef de l'Organisation du renseignement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, est devenu un martyr dans l'attaque terroriste criminelle de l'ennemi américano-sioniste à l'aube"
  • Des frappes américano-israéliennes ont tué lundi le chef des renseignements des Gardiens de la Révolution, a annoncé l'armée idéologique de l'Iran

TEHERAN: Des frappes américano-israéliennes ont tué lundi le chef des renseignements des Gardiens de la Révolution, a annoncé l'armée idéologique de l'Iran.

"Le commandant général Majid Khademi, le puissant et instruit chef de l'Organisation du renseignement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, est devenu un martyr dans l'attaque terroriste criminelle de l'ennemi américano-sioniste (...) à l'aube aujourd'hui", ont déclaré les Gardiens dans une publication sur leur chaîne Telegram.

 

 


Le Koweït attaqué par des missiles et des drones 

L'armée du Koweït a dit lundi que le pays du Golfe était visé par des attaques de missiles et de drones. (AFP)
L'armée du Koweït a dit lundi que le pays du Golfe était visé par des attaques de missiles et de drones. (AFP)
Short Url
  • "Toute explosion qui serait entendue est le résultat de l'interception de cibles hostiles par les systèmes de défense anti-aériens"
  • L'armée du Koweït a dit, pour la troisième fois de la nuit de dimanche à lundi, que le pays du Golfe était visé par des attaques de missiles et de drones

KOWEIT: L'armée du Koweït a dit lundi que le pays du Golfe était visé par des attaques de missiles et de drones.

Six personnes ont été blessées lundi au Koweït après des attaques de missiles et de drones iraniens, ont annoncé les autorités du pays, alors que Téhéran poursuit ses frappes contre ses voisins du Golfe.

Les secours sont intervenus à l'aube "après la chute de projectiles et des débris sur une zone résidentielle dans le nord du pays", soignant six personnes, dont une a été transportée à l'hôpital, a annoncé le ministère de la Santé dans un communiqué.

L'armée koweïtienne avait fait état dans la nuit de plusieurs attaques de missiles et de drones.

"Toute explosion qui serait entendue est le résultat de l'interception de cibles hostiles par les systèmes de défense anti-aériens", a indiqué, sur le réseau X, l'armée, qui avait déjà fait part de deux autres alertes dans la nuit de dimanche à lundi.

L'armée du Koweït a dit, pour la troisième fois de la nuit de dimanche à lundi, que le pays du Golfe était visé par des attaques de missiles et de drones.


Liban: frappe israélienne à proximité du principal hôpital de Beyrouth

 Israël a frappé dimanche Beyrouth et ses environs, touchant un important hôpital, et soumis sa banlieue sud, bastion du Hezbollah, à un intense pilonnage, tout en menaçant le principal poste-frontière avec la Syrie qui a dû fermer. (AFP)
Israël a frappé dimanche Beyrouth et ses environs, touchant un important hôpital, et soumis sa banlieue sud, bastion du Hezbollah, à un intense pilonnage, tout en menaçant le principal poste-frontière avec la Syrie qui a dû fermer. (AFP)
Short Url
  • Une frappe a visé en milieu de journée un quartier populaire au sud de Beyrouth, selon un photographe de l'AFP, faisant au moins cinq morts et 52 blessés d'après un bilan du ministère de la Santé
  • La frappe s'est produite à proximité de l'hôpital Rafic-Hariri, le plus grand établissement médical public du Liban, d'après une source médicale

BEYROUTH: Israël a frappé dimanche Beyrouth et ses environs, touchant un important hôpital, et soumis sa banlieue sud, bastion du Hezbollah, à un intense pilonnage, tout en menaçant le principal poste-frontière avec la Syrie qui a dû fermer.

Une frappe a visé en milieu de journée un quartier populaire au sud de Beyrouth, selon un photographe de l'AFP, faisant au moins cinq morts et 52 blessés d'après un bilan du ministère de la Santé.

La frappe s'est produite à proximité de l'hôpital Rafic-Hariri, le plus grand établissement médical public du Liban, d'après une source médicale.

Une équipe de l'AFP a vu une vingtaine de personnes, certaines en pleurs, devant l'entrée de l'hôpital, alors que des ambulances, sirènes hurlantes, transportaient des blessés.

"Nous avons perdu nos maisons, où pouvons-nous aller?", s'écriait Nancy Hassan, 53 ans, une habitante du quartier visé. "Ma fille qui avait 23 ans a été tuée" lors de la précédente guerre avec Israël, "et aujourd'hui, ses voisines et amies ont été tuées", a-t-elle ajouté.

Deux Soudanais ont été tués, ainsi qu'une adolescente de 15 ans, a indiqué à l'AFP le docteur Zakaria Tawbé, directeur adjoint de l'hôpital, où sont soignés 31 des blessés.

"La frappe a été très violente" et des "malades ont fait des crises de panique", a-t-il raconté, ajoutant que l'établissement n'a subi que des dégâts mineurs.

"Ils ont frappé une zone totalement civile, il y a surtout des migrants, des Soudanais... Les gens étaient chez eux, et ils les ont frappés. C'est ça leurs objectifs militaires?", s'insurgeait Abou Qassem, un habitant du quartier.

Médecins sans Frontières (MSF) a condamné cette frappe sur X, rappelant que "des frappes aussi proches d'un hôpital suscitent la peur et peuvent dissuader les gens de se faire soigner".

"Lorsque des frappes touchent sans avertissement des zones résidentielles densément peuplées, les conséquences sont graves, tant en termes de pertes humaines que de capacité des hôpitaux à faire face", a dénoncé l'ONG.

Stations-service visées 

Une frappe a en outre visé un appartement d'un immeuble d'habitation à Aïn Saadeh, ville à l'est de Beyrouth, faisant trois morts dont deux femmes, selon le ministère libanais de la Santé.

Un responsable local des Forces libanaises, un parti chrétien opposé au Hezbollah pro-iranien, serait mort dans cette frappe, selon l'Agence nationale d'informations (Ani).

Les frappes israéliennes ont fait 1.467 tués et près de 4.500 blessés depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale début mars, et plus d'un million de déplacés.

L'aviation israélienne, qui a survolé la capitale à basse altitude, a également mené huit frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, désertée par une grande partie de ses habitants et dont s'élevaient d'épaisses colonnes de fumée.

L'armée israélienne a annoncé avoir lancé des frappes à Beyrouth "sur des centres de commandement du Hezbollah", et a affirmé avoir touché "plus de 15 stations-service" de la compagnie Al-Amana depuis le début de la guerre, qu'il accuse d'être "contrôlée" par la formation pro-iranienne.

Depuis le sud du Liban où Israël poursuit son invasion, le chef d'état major israélien Eyal Zamir a promis d"intensifier" les opérations contre le Hezbollah, selon un communiqué militaire.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars lorsque le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël pour venger l'attaque américano-israélienne qui a tué le guide suprême iranien, Ali Khamenei.

Ces bombardements interviennent alors que le principal poste-frontière reliant le Liban à la Syrie a fermé après des menaces israéliennes de le viser samedi soir. Israël l'avait déjà bombardé en 2024 lors de sa précédente guerre contre le Hezbollah.

Famille décimée 

Dans le sud du pays, où l'aviation israélienne a continué de bombarder, six membres d'une même famille ont été tués dans la localité de Kfar Hatta. Ils n'avaient pas pu évacuer à temps, malgré un avertissement samedi sur ce village à une quarantaine de kilomètres au nord de la frontière.

Cette famille, déjà déplacée d'un village plus au sud et sans moyen de transport, attendait un proche venu les évacuer, selon la Défense civile. Cet homme a également été tué, portant le bilan à sept morts, dont une fillette de quatre ans.

A Toul, toujours dans le sud du Liban, une autre frappe a tué un couple et blessé leurs deux enfants, selon le ministère de la Santé.

Alors que l'armée israélienne progresse dans la zone frontalière du sud, provoquant de larges destructions sur son passage, le président libanais Joseph Aoun a renouvelé son appel à des négociations directes avec Israël pour éviter que le sud du pays ne devienne "un nouveau Gaza".

"Pourquoi ne pas négocier pour arrêter ces tragédies (...) sauver ce qui reste de maisons qui n'ont pas encore été détruites?", a-t-il dit dans un discours.