Pour les Ukrainiens, 90 ans après la Grande famine, un «génocide» se répète

Un habitant du village de Drobyshevo près de la ville de Lyman dans la région de Donetsk (Photo, AFP).
Un habitant du village de Drobyshevo près de la ville de Lyman dans la région de Donetsk (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 27 novembre 2022

Pour les Ukrainiens, 90 ans après la Grande famine, un «génocide» se répète

  • Avec l'invasion russe qui a mis leur pays à feu et à sang, pour beaucoup en Ukraine l'Histoire se répète
  • L'Ukraine a perdu quatre à huit millions d'habitants dans la grande famine de 1932-1933, orchestrée par Staline pour réprimer toute velléité nationaliste

KIEV: Il y a 90 ans, ils étaient des millions à mourir de la Grande famine provoquée volontairement par le régime stalinien et considérée comme "génocide" par Kiev. Aujourd'hui, avec l'invasion russe qui a mis leur pays à feu et à sang, pour beaucoup en Ukraine l'Histoire se répète.

"Ce qui s'est passé dans les années 1930 est un génocide et ce qui se passe maintenant c'est aussi un génocide", estime Ganna Pertchouk, une retraitée venue à une cérémonie religieuse à la mémoire des victimes de l'Holodomor (extermination par la faim). "Les parallèles sont très clairs".

Derrière elle, un centre commémoratif de la Grande famine, en forme d'une bougie géante s'élève dans le brouillard sur une colline surplombant le fleuve Dnipro.

Une douzaine de prêtres orthodoxes vêtus de robes noires et argentées se préparent à célébrer leur service en plein air, malgré les températures proches de zéro degré.

L'archevêque Filaret, 93 ans et longue barbe blanche, pose un bouquet d'œillets rouges devant un monument représentant une fillette émaciée qui presse des épis de blé contre sa poitrine avant de lancer la cérémonie.

"Nous prions pour ceux qui ont péri de la famine", chante un prêtre. "Mémoire éternelle", entonne le chœur composé d'une dizaine de fidèles.

Victoire sur le Mal
"L'Holodomor n'était pas le résultat d'une mauvaise récolte, mais l'extermination intentionnelle du peuple ukrainien", lance Filaret.

Surnommée "le grenier à blé de l'Europe" pour la fertilité de ses terres noires, l'Ukraine a perdu quatre à huit millions d'habitants dans la grande famine de 1932-1933, orchestrée selon des historiens par Staline pour réprimer toute velléité nationaliste et indépendantiste de ce pays, alors république soviétique.

Ce drame est officiellement considéré comme un "génocide" par Kiev et plusieurs pays occidentaux, un terme farouchement rejeté par Moscou.

Comme beaucoup d'Ukrainiens, Mme Pertchouk en a des mémoires familiales. Sa belle-mère, qui était une petite fillette à l'époque, lui racontait comment sa famille la cachait dans un village de la région de Kiev "pour qu'elle ne se fasse pas manger" par des voisins rendus fous par la faim, alors que des cas de cannibalisme étaient recensés parmi la population.

"Imaginez-vous cette horreur !" lance, larmes aux yeux, cette ancienne infirmière de 61 ans qui dit "prier pour notre victoire, qui sera la victoire sur le Mal".

"C'était une famine génocidaire créé artificiellement... Maintenant que nous vivons cette guerre massive lancée sans provocation par la Russie contre l'Ukraine, nous voyons l'Histoire se répéter", lui fait l'écho le prêtre Oleksandre Chmouryguin, 38 ans.

Poutine après Staline
"A l'époque ils exterminaient les Ukrainiens par la famine, aujourd'hui ils nous exterminent avec des armes lourdes" en bombardant "des villes pacifiques" et "nos infrastructures énergétiques", renchérit cet homme de 38 ans.

Car sur fond de revers militaires, la Russie pilonne depuis octobre des installations ukrainiennes privant des millions d'Ukrainiens d'électricité, de chauffage et d'eau alors que l'hiver s'installe dans ce pays.

La ville de Kiev était parmi les plus touchée par ces coupures avec quelque 600.000 foyers privés d'électricité dans la soirée de vendredi deux jours après une dernière vague de bombardements.

Parmi les personnes rassemblées pour commémorer les victimes de la famine, l'avocat Andriï Savtchouk, 39 ans, évoque une perte "irréparable" pour l'Ukraine.

"Le système de Staline, l'Etat répressif voulait détruire l'Ukraine en tant que nation. Aujourd'hui, nous voyons que les efforts déployés par Staline sont poursuivis par (le président Vladimir) Poutine", a-t-il déclaré.

Mais si "les Ukrainiens ont pu tenir" dans les années 1930, ils "tiendront bon" face à Moscou, assure-t-il. "Nous avons une volonté inflexible et la confiance. Et le monde entier est avec nous".


Des missiles Patriot redéployés en Crète face aux menaces iraniennes

Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
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  • Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer
  • Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale

ATHENES: Une batterie de missiles Patriot était en cours de transfert lundi de l'île de Karpathos, à l'extrême est de la Grèce, jusqu'en Crète, en raison de menaces iraniennes visant des bases américaines en Europe, a rapporté la presse grecque.

Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer.

Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale.

Toujours selon la presse, ce redéploiement fait suite à des informations selon lesquelles l'Iran envisagerait des attaques contre des cibles militaires américaines en Europe si le président Donald Trump intensifiait le conflit dans le détroit d'Ormuz.

Le ministère de la Défense grec n'a pas communiqué sur le sujet.

Selon un article du Financial Times (FT) publié la semaine dernière, citant des sources au sein du régime iranien, l'Iran ne se contentera plus de limiter sa riposte au Moyen-Orient et envisage de frapper des cibles américaines en Europe en cas de nouvelle escalade militaire américaine.

Selon ces deux sources, les forces iraniennes ont évalué la possibilité de frapper des installations américaines dans les Balkans et autour de la Méditerranée. Sont notamment évoquées la Bulgarie, où la base aérienne de Bezmer a autorisé son usage pour le ravitaillement d'appareils américains, entre juillet et octobre 2026, et Chypre, où une base britannique avait déjà été visée par un drone en mars.

La Grèce compte de plusieurs bases américaines, à Alexandroupoli – dans le nord du pays – et en Crète, à Souda.

Depuis la publication du FT, le ministère de la Défense nationale et l'état-major "étaient en état d'alerte", selon le quotidien de référence I Kathimerini.

Ce journal explique que la décision de déployer une batterie de Patriot en Crète a été fortement influencée par l'évaluation des capacités de l'arsenal iranien qui, selon les informations transmises à Athènes par les alliés, dispose encore d'un nombre suffisant de missiles balistiques d'une portée supérieure à 2 000 kilomètres, susceptibles de cibler des bases et des infrastructures en Europe du Sud-Est.

Les missiles Patriot avaient été transférés sur l'île de Karpathos,  au voisinage de la Turquie, en mars.

En mars dernier, après une attaque de drones menée par le Hezbollah libanais contre la base anglaise d'Akrotiri à Chypre, la Grèce avait envoyé des F-16 et une frégate équipée d'un système de neutralisation de drones dans l'île.

Une autre batterie de Patriot grecque est par ailleurs déployée en Arabie Saoudite depuis septembre 2021, qui est déjà entrée en action à plusieurs reprises contre des missiles et drones iraniens visant le royaume.


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
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  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.