Attentats de 2016 à Bruxelles: coup d'envoi du procès mercredi

Un croquis d'audience réalisé le 12 septembre 2022 montre l'accusé Salah Abdeslam lors de l'ouverture de l'audience préliminaire du procès des suspects des attentats djihadistes de mars 2016, à Bruxelles. (Photo de Benoit PEYRUCQ / AFP)
Un croquis d'audience réalisé le 12 septembre 2022 montre l'accusé Salah Abdeslam lors de l'ouverture de l'audience préliminaire du procès des suspects des attentats djihadistes de mars 2016, à Bruxelles. (Photo de Benoit PEYRUCQ / AFP)
Short Url
Publié le Lundi 28 novembre 2022

Attentats de 2016 à Bruxelles: coup d'envoi du procès mercredi

  • Il s'agit d'un nouveau procès pour Salah Abdeslam, condamné en juin en France à la perpétuité incompressible pour sa participation à la préparation des attentats du 13 novembre 2015 (130 morts à Paris et Saint-Denis)
  • En mars 2016, la même cellule jihadiste --repliée en Belgique où elle s'était en partie constituée en septembre-octobre 2015-- avait perpétré des attentats-suicides à Bruxelles, également revendiqués par le groupe Etat islamique

BRUXELLES: Trente-deux morts et des centaines de personnes marquées à vie. Le procès des attentats jihadistes de 2016 à Bruxelles s'ouvre mercredi dans la capitale belge avec le tirage au sort des jurés.

Il s'agit d'un nouveau procès pour Salah Abdeslam, condamné en juin en France à la perpétuité incompressible pour sa participation à la préparation des attentats du 13 novembre 2015 (130 morts à Paris et Saint-Denis).

En mars 2016, la même cellule jihadiste --repliée en Belgique où elle s'était en partie constituée en septembre-octobre 2015-- avait perpétré des attentats-suicides à Bruxelles, également revendiqués par le groupe Etat islamique (EI).

A Bruxelles le 22 mars 2016, une journée d'horreur et de chaos

Bruxelles, 22 mars 2016. Ce matin de printemps, trois kamikazes se font exploser en pleine heure d'affluence à l'aéroport et dans le métro de la capitale européenne. Bilan: 32 morts, plus de 340 blessés.

Quatre jours après l'arrestation spectaculaire à Bruxelles de Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos parisiens du 13 novembre 2015 (130 morts), des jihadistes de la même cellule viennent de commettre les pires attentats de l'histoire de la Belgique.

Valises bourrées d'explosifs

Peu avant 08H00, trois d'entre eux sont arrivés en taxi à l'aéroport international de Bruxelles- Zaventem.

Dans le hall des départs, des centaines de personnes se trouvent aux comptoirs d'enregistrement. Les images de vidéosurveillance, qui feront le tour du monde, montrent les trois individus côte à côte, poussant des chariots sur lesquels sont posés leurs bagages. A l'intérieur, des explosifs.

L'un d'eux, portant lunettes de vue sous un chapeau noir, dépose un grand sac avant de quitter l'aérogare. Il s'agit de Mohamed Abrini, l'"homme au chapeau", qui sera arrêté deux semaines plus tard.

Vers 07H58, un premier kamikaze, identifié plus tard comme étant Ibrahim El Bakraoui, déclenche sa charge explosive. Onze secondes plus tard, le second jihadiste, Najim Laachraoui, actionne à son tour son dispositif à une autre extrémité du terminal. Tous deux viennent de semer la terreur.

«Du sang dans l'ascenseur»

"Un monsieur a crié en arabe, et j'ai entendu une grosse déflagration", racontera à l'AFP Alphonse Lyoura, les mains tachées de sang. "J'ai aidé au moins six, sept blessés, on a sorti cinq corps qui ne bougeaient plus", dira encore cet employé de l'aéroport.

Un voyageur débarquant en provenance de Genève décrira "le plafond tombé... une odeur de poudre... du sang dans l'ascenseur".

Seize vies sont fauchées. Parmi les victimes, Alexander Pinczowski, 29 ans, et sa soeur Sascha, 26 ans, qui devaient s'envoler pour New York (Etats-Unis).

En face du terminal B, l'hôtel Sheraton se transforme en hôpital improvisé.

A la mi-journée, la découverte du sac du troisième jihadiste provoque une seconde évacuation du bâtiment. Les démineurs ne parviennent à désamorcer la bombe artisanale. L'explosion ne fait pas de blessé mais d'énormes dégâts matériels.

Scène de guerre dans le métro

A 09H11, l'horreur frappe cette fois une station de métro, au coeur du quartier européen. Khalid El Bakraoui, frère cadet du premier kamikaze de l'aéroport, vient d'actionner sa bombe dans une rame sur le point de quitter la station Maelbeek.

Là aussi 16 personnes perdent la vie. Comme à l'aéroport, on dénombre de multiples nationalités parmi les morts et les blessés.

Autour de la bouche fumante du métro, des policiers établissent un périmètre de sécurité, coupent la circulation dans le quartier où des dizaines de fonctionnaires européens cherchent dans la confusion un moyen de gagner leur travail.

"Je n'ai rien, t'inquiète pas, c'est horrible", rassure une femme au téléphone, s'éloignant de la scène les larmes aux yeux.

Onde de choc planétaire

Dans l'après-midi, l'organisation jihadiste Etat islamique (EI) revendique les attentats contre la "Belgique croisée", accusant le pays de n'avoir "cessé de combattre l'islam et les musulmans".

L'onde de choc est considérable. Plusieurs pays d'Europe, dont la France, l'Allemagne et le Royaupe-Uni, renforcent leurs mesures de sécurité dans les lieux névralgiques. L'Otan, dont le siège est à Bruxelles, relève son niveau d'alerte.

«Bruxelles est belle»

Au fil des heures, plusieurs centaines de personnes de toutes origines convergent spontanément vers la place de la Bourse, au coeur de la capitale belge.

Le Premier ministre Charles Michel, qui a évoqué un "moment de tragédie" pour la Belgique, vient s'y recueillir avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Un son de violoncelle perce le silence. Toujours plus de fleurs, de bougies sont déposées sur le parvis alors que la nuit est tombée. "Bruxelles est belle", lancent trois mots tracés à la craie.

Recherchés «de partout»

Au 4 rue Max Roos, dans la commune bruxelloise de Schaerbeek, la police découvre un atelier de fabrication de bombes, dont 15 kilos d'explosifs de type TATP.

Au pied de l'immeuble, un ordinateur jeté dans une poubelle contient des testaments audio ou écrit, des lettres adressées à ses proches par Salah Abdeslam, ou encore des photos des membres de la cellule jihadiste posant devant un drapeau de l'EI accroché au mur.

Dans l'un de ces "testaments", Ibrahim El Bakraoui affirme "ne plus savoir quoi faire" car "recherché de partout".

A l'époque, ces jihadistes ont d'autres projets en tête, notamment de frapper l'Euro-2016 en France. Mais ils agissent dans la précipitation quelques jours après l'arrestation d'Abdeslam, à Bruxelles le 18 mars.

Le 22 au matin, deux hommes se font exploser dans le hall des départs de l'aéroport de Bruxelles-Zaventem et un autre dans une station de métro de la capitale européenne. Bilan: 32 morts et plusieurs centaines de blessés.

Neuf hommes sont attendus dans le box dont Salah Abdeslam et son ami d'enfance de Molenbeek, Mohamed Abrini. Un dixième, Oussama Atar, dirigeant de la cellule, sera jugé en son absence car il est présumé mort en Syrie.

Au total, six de ces dix accusés ont déjà été condamnés dans le procès-fleuve qui s'est tenu, pour les attentats du 13-Novembre, de septembre 2021 à juin 2022 à Paris.

Le procès à Bruxelles devait démarrer en octobre, mais le box des accusés initialement prévu --compartimenté en cellules individuelles-- a été jugé non conforme au droit européen par la présidente de la cour Laurence Massart. Il a dû être totalement reconstruit ce qui a repoussé l'ouverture de près de deux mois.

«Pertes de mémoire»

Face aux accusés, désormais installés dans un espace collectif, les rangs des victimes seront fournis. Selon le parquet fédéral, plus de 1.000 personnes se sont déjà constituées parties civiles pour obtenir la réparation d'un préjudice.

Cela fait de ce procès, prévu jusqu'à juin 2023 à l'ancien siège de l'Otan de Bruxelles, le plus grand jamais organisé devant une cour d'assises en Belgique.

"Je ne m'attends pas vraiment à beaucoup de réponses", dit à l'AFP Sandrine Couturier, partie civile qui compte venir faire face aux accusés. "Mais j'ai envie de me confronter à ce que l'être humain est capable de faire, il faut que j'accepte que tout le monde n'est pas bon".

Attentats de Bruxelles: neuf accusés attendus au procès, dont Abdeslam

Salah Abdeslam, Mohamed Abrini, des "combattants" du jihad, des logisticiens présumés: la cour d'assises de Bruxelles s'apprête à juger 10 hommes pour les attentats qui ont fait 32 morts en 2016 dans la capitale belge.

Voici un rappel du profil des neuf accusés attendus au procès. Un dixième, Oussama Atar, dirigeant de cette cellule jihadiste, sera jugé en son absence car il est présumé mort en Syrie. Au total six de ces 10 accusés étaient déjà concernés par le procès-fleuve des attentats du 13 novembre 2015 en France, à Paris et Saint-Denis.

Abdeslam et Abrini, copains de Molenbeek

Salah Abdeslam et Mohamed Abrini, amis d'enfance dans la commune bruxelloise de Molenbeek, font figure de principaux accusés.

Le premier est le seul membre encore en vie des commandos du 13 novembre 2015. Au procès parisien achevé en juin 2022, il a été condamné (comme Oussama Atar) à la perpétuité incompressible, la peine la plus lourde du code pénal français. Après ces attaques, il a rejoint Bruxelles où il a pris part au quotidien clandestin des autres membres de la cellule qui envisageaient de frapper à nouveau.

Le Français (33 ans) a été arrêté le 18 mars 2016 à Molenbeek. Pour les enquêteurs, son interpellation a précipité les attaques-suicides qui ont ciblé le 22 mars l'aéroport et le métro de Bruxelles.

Mohamed Abrini, déjà impliqué dans le dossier parisien (il a accompagné le "convoi de la mort" à la veille du 13 novembre), est "l'homme au chapeau" des attaques de Bruxelles- Zaventem, où il a également renoncé à se faire exploser. Une image de vidéosurveillance de l'aéroport l'a montré, bob sur la tête, en train de pousser un charriot bourré d'explosifs qu'il abandonnera avant de prendre la fuite.

A Paris, ce Belgo-Marocain de 37 ans a été condamné fin juin à la perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans.
Deux
«combattants aguerris» de la cellule

Le Tunisien Sofien Ayari et le Suédois Osama Krayem ont aussi été jugés pour les attentats parisiens, écopant chacun de 30 ans de réclusion avec une période de sûreté des deux tiers.

Ayari (29 ans) et Krayem (30), complices de la fuite d'Abdeslam, sont considérés comme des maillons importants de la cellule dirigée depuis la Syrie par Atar.

Au procès du 13 novembre, les magistrats parisiens ont estimé qu’ils devaient ce jour-là commettre un attentat à l’aéroport d’Amsterdam mais qu’un "imprévu a empêché l’accomplissement de la mission".

A Bruxelles, le matin du 22 mars 2016, Osama Krayem a accompagné dans le métro Khalid El Bakraoui, qui allait se fait exploser peu après dans une rame à la station Maelbeek. Krayem a rebroussé chemin, retournant se débarrasser de ses explosifs dans une planque de la commune bruxelloise d'Etterbeek.

Cinq «soutiens» dans la logistique

Parmi les accusés déjà condamnés au procès parisien (à une peine de 10 ans de prison dans son cas) figure aussi Ali El Haddad Asufi. Ce Belgo-Marocain de 38 ans a été considéré comme un soutien logistique de la cellule.

A Bruxelles, il est soupçonné d'avoir fourni des armes aux deux assaillants morts à l'aéroport: Ibrahim El Bakraoui, dont il était proche, et Najim Laachraoui. Son ADN a par ailleurs été retrouvé sur un gobelet jeté dans la rue Max Roos, au pied de l'appartement d'où sont partis ces derniers le matin des attentats. Il les aurait fréquentés jusqu'à la veille.

Comme facilitateur, chauffeur ou hébergeur, Bilal El Makhoukhi (33 ans), Hervé Bayingana Muhirwa (37) et Smaïl Farisi (38) sont également soupçonnés d'avoir apporté une aide logistique importante aux auteurs des attaques de Bruxelles.

Bilal El Makhoukhi, ancien du groupe Sharia4Belgium, qui est allé en zone de guerre, et Hervé Bayingana Muhirwa, un Belgo-Rwandais converti à l'islam, sont des amis de Najim Laachraoui. L'enquête a montré que tous deux connaissaient bien l'appartement de la rue Max Roos à Schaerbeek.

Ibrahim Farisi (34), frère de Smaïl, a aussi eu ce rôle de "soutien" d'après les enquêteurs. Mais seulement en aidant Smaïl, locataire des lieux, à vider et nettoyer le 23 mars l'appartement d'Etterbeek d'où sont partis la veille vers le métro Khalid El Bakraoui et Osama Krayem.

Le cadet des Farisi n'est pas jugé pour "assassinat", mais pour "participation aux activités d'un groupe terroriste", et risque aux assises jusqu'à 10 ans de prison. Tous les autres encourent la réclusion à perpétuité.

Présente sur le quai du métro Maelbeek au moment où le kamikaze a déclenché ses explosifs dans une rame, cette directrice d'association souffre encore de stress post-traumatique six ans et demi plus tard.

Des "pertes de mémoire" et "problèmes de concentration" qui resurgissent à l'approche du procès, explique-t-elle.

Les épisodes d'anxiété, voire de dépression, sont encore très fréquents pour les rescapés et témoins que l'AFP a pu interroger.

Sébastien Bellin, ancien basketteur professionnel qui devait s'envoler de Zaventem pour New York le matin du 22 mars, a perdu l'usage d'une jambe dans l'attentat.

Il dit aujourd'hui ne pas ressentir de haine contre les auteurs. "Cela pomperait l'énergie dont j'ai besoin pour me reconstruire", confie-t-il.

Mercredi, l'audience démarrera par la formation du jury populaire. A l'inverse de la France, où ils sont soumis à une cour d'assises spéciale (uniquement composée de magistrats) les crimes terroristes sont encore jugés en Belgique par douze citoyens tirés au sort pour assister trois magistrats professionnels.

Autre aspect hors norme, la justice belge a convoqué jusqu'à un millier de citoyens pour anticiper un grand nombre de dispenses (300 ont déjà été accordées) face à la contrainte que représente le suivi quotidien des débats.

Outre les 12 titulaires, 24 jurés suppléants siégeront tout au long du procès pour s'assurer que ce nombre de 12 soit bien respecté au moment de délibérer sur le verdict.

Après la formation du jury, prévue sur une journée, les débats doivent s'ouvrir le 5 décembre.


Les Etats-Unis et l'Iran cessent les hostilités «pour le moment»

Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
  • Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord
  • Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme

WASHINGTON: Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain.

"Il est prévu que les discussions techniques continuent sur tous les points du protocole d'accord. Les deux parties vont cesser (leurs attaques) pour le moment et les navires peuvent circuler librement" dans le détroit d'Ormuz et autour, a expliqué dans un mail transmis à l'AFP ce responsable.

Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord.

Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, ce qui a déstabilisé le commerce mondial d'hydrocarbures et fait flamber les cours du pétrole, le détroit a rouvert la semaine dernière.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes, et menace de s'en prendre à tout navire contrevenant. "Aucune autre institution ni aucun autre pays" que l'Iran n'est "responsable" de la gestion du détroit, a martelé dimanche le chef de la diplomatie Abbas Araghchi.

"Toute ingérence" dans la gestion du détroit conduira "à des retards dans (sa) réouverture et augmentera les tensions", a-t-il lancé.

Possible rencontre au Qatar 

L'Iran a vu d'un mauvais oeil l'annonce par Oman de l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués. Des dizaines de bateaux l'ont empruntée cette semaine.

Et depuis jeudi, deux navires ont été touchés par des projectiles d'origine inconnue - des attaques attribuées à Téhéran par l'armée américaine qui a riposté deux jours de suite en bombardant l'Iran.

Téhéran a de son côté répliqué en tirant missiles et drones vers ses voisins du Golfe, notamment le Koweït et Bahreïn.

Citant deux responsables américains et une troisième source ayant connaissance du dossier, le média Axios a affirmé que des discussions devaient avoir lieu mardi au Qatar pour résoudre les différends concernant Ormuz, voie par laquelle transite habituellement quelque 20% des hydrocarbures mondiaux.

Si l'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur Ormuz, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), adoptée en 1982, garantit un droit de "passage en transit" dans les détroits qui servent à la navigation internationale, comme celui d'Ormuz, incontournable pour relier le Golfe au reste du monde.

Le texte, non ratifié par Téhéran, dispose que "tous les navires et aéronefs" dont le but est le transit "continu et rapide" du détroit jouissent d'une liberté de navigation "sans entrave".

Frappes israéliennes au Liban 

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans le protocole d'accord avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes dimanche. Et ce malgré, aussi, la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre en vue d'une "paix durable".

Dans un communiqué conjoint, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont annoncé que l'armée avait détruit un long et profond tunnel du Hezbollah dans le sud du Liban.

L'Agence libanaise d'information ANI (officielle) a rapporté des bombardements, le ministère de la Santé faisant état de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud du pays.

Le chef du Parlement libanais allié au Hezbollah pro-Iran, Nabih Berri, a affirmé dimanche que l'accord avec Israël "ne sera pas adopté" en l'état.

Le mouvement chiite, qui rejette lui aussi cet accord, a dit se réserver le droit de "défendre sa patrie" après les dernières attaques israéliennes.

L'accord conditionne le retrait d'Israël du Liban - dont les troupes occupent un secteur dans le sud - au désarmement du Hezbollah. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à son parrain iranien, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.


Etats-Unis et Iran échangent des frappes

Des avions de chasse F-16 en patrouille au Moyen-Orient. Des appareils militaires américains ont bombardé vendredi des sites de missiles, de drones et de radars en Iran. (Commandement central des États-Unis)
Des avions de chasse F-16 en patrouille au Moyen-Orient. Des appareils militaires américains ont bombardé vendredi des sites de missiles, de drones et de radars en Iran. (Commandement central des États-Unis)
  • L’Iran affirme avoir visé des cibles américaines dans le Golfe en riposte aux frappes américaines contre des sites militaires iraniens, après une attaque contre un navire dans le détroit d’Ormuz
  • Malgré cette escalade, le trafic maritime reprend progressivement dans le détroit d’Ormuz, tandis que les États-Unis ont dévoilé un accord-cadre entre Israël et le Liban pour une paix durable

TEHERAN: L'Iran a affirmé samedi avoir riposté, en attaquant des cibles américaines dans le Golfe, à des frappes menées la veille par Etats-Unis contre son territoire.

Les frappes américaines, les premières connues depuis la signature du protocole d'accord entre Washington et Téhéran le 17 juin, ont été lancées à la suite de l'attaque d'un navire commercial ayant franchi le détroit d'Ormuz la veille et attribuée à l'Iran par les Etats-Unis.

"Si l'agression se répète, notre réponse sera plus large que ça", ont averti les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, cités par la télévision d'Etat Irib.

De son côté, l'armée américaine avait annoncé avoir "ciblé des lieux de stockage de missiles et de drones et des sites radar côtiers en Iran", en réponse "à l'attaque de la veille contre un navire commercial qui transitait par le détroit d'Ormuz". Elle a ensuite publié sur X une vidéo de sa frappe contre l'Iran.

La télévision d'Etat iranienne a fait état vendredi soir d'une explosion et d'un impact de projectile sur un quai de la ville de Sirik, dans le sud du pays, ainsi que plusieurs tirs d'avertissement visant ce que Téhéran qualifie de "navires en infraction" dans le détroit d'Ormuz.

"Le port de Sirik n'a subi aucun dommage lors de l'attaque ennemie", a plus tard indiqué un responsable des ports de la région d'Hormozgan, cité par l'agence de presse iranienne Mehr.

Le vice-président américain JD Vance a écrit sur X que l'Iran avait "signé un accord de cessez-le-feu. Nous l'avons respecté. S'ils ont des désaccords sur la mise en œuvre du protocole d'accord, ils peuvent décrocher leur téléphone. Mais la violence n'engendrera que la violence".

Plus tôt dans la journée, Donald Trump a qualifié l'attaque du cargo de "violation stupide" du cessez-le-feu, alors que les deux belligérants sont entrés dans une phase de soixante jours de négociations pour parvenir à un accord final.

"Vous verrez bien", a-t-il répondu de manière évasive aux questions sur une éventuelle réponse militaire américaine.

 

- Accord-cadre entre Liban et Israël -

 

Des navires ont néanmoins continué vendredi à traverser le détroit d'Ormuz, que l'Iran a rouvert suite au protocole d'accord entre Washington et Téhéran.

Et plusieurs bateaux ont emprunté une route non approuvée par Téhéran, même si l'autorité maritime iranienne avait averti que "tout passage en dehors du cadre défini ne bénéficierait pas des garanties de passage sécurisé".

Vendredi, 29 navires commerciaux ont franchi le détroit, selon les données du site de suivi Kpler en fin d'après-midi. Dix-sept ont suivi une route longeant les côtes d'Oman. Après un pic de 57 navires mercredi, 42 étaient passés jeudi.

Suspendu après l'attaque du cargo, le processus d'évacuation des quelque 600 navires, avec 11.000 marins à bord bloqués dans le Golfe depuis le début de la guerre, sera relancé dès l'obtention de "confirmations supplémentaires" sur les garanties de sécurité, a expliqué l'Organisation maritime internationale (OMI).

Depuis son lancement mardi, quelque 2.500 marins et 115 navires ont été évacués jusque-là, selon l'OMI.

Sur l'autre front, Washington a publié vendredi le texte d'un accord-cadre sous l'égide des Etats-Unis, entre Israël et le Liban, avec l'objectif affiché de "paix et sécurité durables" entre les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies.

 

- "Vers une guerre civile" -

 

Dans une vidéo diffusée juste après l'annonce, Benjamin Netanyahu a semblé dévoiler les succès obtenus côté israélien, à commencer par le maintien de son armée dans le sud du Liban "tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé", malgré la mise en place de deux "zones pilotes" rendues au contrôle de l'armée libanaise.

Il a également averti que la population civile déplacée ne pourrait pas revenir.

"L'Iran essaie de nous contraindre à nous retirer du sud du Liban par la pression, mais en réalité, Israël, le Liban et les États-Unis lui répondent: cela ne vous regarde pas", a-t-il considéré.

L'accord est "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté entière du Liban sans "occupation", "subordination" ni "tutelle", a réagi son président Joseph Aoun.

Tant l'ambassade libanaise à Washington que le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio ont évoqué dans leurs communications la question du désarmement du Hezbollah.

Les "autorités libanaises seront incapables d'imposer" sa mise en oeuvre, à moins "qu'elles ne se dirigent, avec le soutien américain, vers une guerre civile", a réagi Hassan Fadlallah, député du Hezbollah, le mouvement pro-iranien armé très implanté dans le sud du Liban et qui a toujours rejeté ces négociations directes.

Le député a aussi qualifié l'accord de "tentative de perturber" celui conclu le 17 juin entre Washington et Téhéran pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris au Liban - sur l'insistance de l'Iran qui ne veut pas dissocier les deux dossiers.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à son parrain iranien, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran le 28 février.


Une vérification nucléaire «très poussée» est nécessaire en Iran après la guerre, selon le chef de l'AIEA

Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
  • "L'objectif de cet accord (entre les États-Unis et l'Iran) est de garantir qu'il n'y ait pas de développement d'armes nucléaires en Iran. Le gouvernement iranien a déclaré très clairement que ce n'est pas son intention", a indiqué Rafael Grossi
  • "Mais bien sûr, les intentions ne suffisent pas. Nous devons mettre en place un système de vérification très poussé (...) dès que possible", a ajouté M. Grossi

TOKYO: Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

"L'objectif de cet accord (entre les États-Unis et l'Iran) est de garantir qu'il n'y ait pas de développement d'armes nucléaires en Iran. Le gouvernement iranien a déclaré très clairement que ce n'est pas son intention", a indiqué Rafael Grossi lors d'une conférence de presse au Japon.

"Mais bien sûr, les intentions ne suffisent pas. Nous devons mettre en place un système de vérification très poussé (...) dès que possible", a ajouté M. Grossi.

Il a également indiqué que l'organisme de surveillance avait "à peine entamé" des discussions avec l'Iran à la suite de son récent accord préliminaire avec les États-Unis sur le devenir du stock d'uranium de Téhéran.

"Des discussions initiales ont eu lieu (...) Nous nous attendons à ce que ce travail s'accélère prochainement", a déclaré M. Grossi.

Téhéran a toujours nié chercher à se doter de la bombe atomique, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile complète.

En vertu d'une loi votée par le Parlement, les autorités iraniennes ont suspendu en juillet 2025 la coopération avec l'AIEA.

Elles avaient toutefois accepté en septembre d'accueillir de nouveau des inspecteurs, après s'être mis d'accord sur un nouveau cadre et des membres de l'agence se sont rendus ces derniers mois sur place, y compris en juin 2026 pour visiter la centrale nucléaire de Bouchehr. Mais ils n'ont pas eu accès aux sites bombardés.