Des responsables houthis accusés d’avoir abusé et isolé des journalistes «gravement malades»

En 2015, les Houthis ont arrêté quatre individus qui faisaient partie d’un groupe de journalistes dans un hôtel de Sanaa. Ils les ont reconnus coupables d’espionnage (Photo, AFP).
En 2015, les Houthis ont arrêté quatre individus qui faisaient partie d’un groupe de journalistes dans un hôtel de Sanaa. Ils les ont reconnus coupables d’espionnage (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 06 décembre 2022

Des responsables houthis accusés d’avoir abusé et isolé des journalistes «gravement malades»

  • Un ministre yéménite appelle la communauté internationale et l’envoyé de l’ONU à condamner les pratiques criminelles des milices et à faire pression afin qu’elles libèrent les captifs
  • Le chef houthi al-Murtada a nié avoir maltraité les détenus, alléguant une torture généralisée et cachée dans les prisons des opposants à la milice

AL-MUKALLA, Yémen : La famille d’un journaliste yéménite capturé par les Houthis soutenus par l’Iran a accusé des responsables houthis d’avoir torturé leur fils en le battant et l’isolant, lançant ainsi un autre appel urgent aux organisations de défense des droits et aux médiateurs internationaux pour qu’ils persuadent la milice de le libérer.

Abdullan al-Mansouri, le frere de Tawfiq al-Mansouri qui a été enlevé par les Houthis en 2015, a déclaré à Arab News qu’Abdulkader al-Murtada, chef du comité d’échange de prisonniers Houthi, son frère Shehab al-Murtadam chef de la prison centrale de sécurité et son adjoint Murad Qassem ont personnellement abusé de son frère en le frappant sur la tête et l’ont laissé saigner longtemps avant de le transporter dans un établissement médical.

« Au lieu de recevoir les soins nécessaires pour les maladies chroniques qu’il a contractées lors de son incarcération, il a été torturé. » a déclaré Abdullah, ajoutant qu’un ancien détenu l’avait informé qu’après avoir torturé son frère et les trois autres journalistes – Akram al-Walidy, Abdul-Khaleq Omran et Harith Hamid – les Houthis les ont placés en isolement.

En 2015, les Houthis ont arrêté quatre individus qui faisaient partie d’un groupe de journalistes dans un hôtel de Sanaa. Ils les ont reconnus coupables d’espionnage.

Les familles des journalistes enlevés n’étaient pas en mesure d’expliquer pourquoi les Houthis ont intensifié la sévérité de leurs tortures à plusieurs reprises.

Citant comme exemple Entesar al-Hammadi, le mannequin détenu, des avocats et des militants qui ont déjà parlé à Arab News pensent que les Houthis deviennent de plus en plus furieux quand l’attention du public est portée sur le sort des détenus.

« Je me demande aussi pourquoi les Houthis continuent d’insulter périodiquement Tawfiq et les autres journalistes. Même si nous ne communiquons pas avec les médias, ils seront torturés. Cela montre parfaitement le niveau de sauvagerie des Houthis. » a déclaré Abdullah.

Le gouvernement yéménite a officiellement écrit à l’envoyé spécial de l’ONU au Yémen, Hans Grunberg. L’informant de la gravité de la situation des quatre journalistes et l’exhortant à intervenir en faisant pression sur les Houthis pour qu’ils les libèrent.

Le chef de la délégation gouvernementale yéménite chargée des négociations d’échange de prisonniers, Hadi al-Haej, a exhorté l’envoyé à aider à la libération des journalistes, à mettre fin aux mauvais traitements des Houthis envers les prisonniers, à former un comité chargé d’enquêter sur les abus de prisonniers et à permettre aux proches des détenus de leur rendre visite dans les prisons houthies.

Selon le ministre yéménite Moammar al-Eryani, les trois dirigeants houthis avaient maltraité les quatre journalistes, brisé le crane de Tawfiq et les avaient placés dans une cellule isolée pendant 45 jours.

Pour lui, il s’agit de « crimes de guerre »

Il a déclaré sur Twitter : « Nous appelons la communauté internationale, l’ONU et les groupes de défense des droits de l’homme à condamner ces pratiques criminelles, à exercer une vraie pression sur la milice houthie afin qu’elle libère sans conditions les journalistes disparus de force et à qualifier ces dirigeants de terroristes."

À Sanaa, le chef houthi al-Murtada a nié avoir maltraité les détenus, alléguant une torture généralisée et cachée dans les prisons des opposants à la milice. Il a exigé la formation d’une commission internationale afin d’examiner les violations des droits humains au Yémen.

Il a notamment déclaré sur Twitter : « Ce que les mercenaires propagent, à savoir que certains des captifs ont été attaqués et maltraités est une pure calomnie destinée à dissimuler les atrocités perpétrées contre les prisonniers au sein de leurs propres installations. »

Des groupes de défense des droits locaux ainsi que certains médias ont déclaré qu’un ancien détenu d’une prison houthie, libéré en 2020 dans le cadre d’un important échange de prisonniers est mort suite aux complications de maladies qu’il a développées pendant son incarcération.

Sadeq Abdul Jalel al-Batera, qui a été torturé pendant des années dans une prison houthie de la province de Taiz, a succombé à la maladie vendredi.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président libanais salue les efforts de Paris et Rome pour former une coalition succédant à la Finul

Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
  • Le Liban soutient le projet franco-italien de coalition multinationale pour remplacer la Finul après 2026 et renforcer sa souveraineté
  • Les tensions persistent dans le sud malgré une accalmie, tandis que l'ONU défend le maintien d'une présence internationale

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a salué vendredi les efforts de la France et de l'Italie pour former une coalition multinationale appelée à succéder à la force de maintien de la paix de l'ONU dans son pays, dont le mandat expire fin 2026.

Sous pression américaine, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en août dernier de fixer à décembre la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Rome et Paris, importants contributeurs à cette mission, veulent préparer un relais.

Dans un communiqué, M. Aoun a qualifié cette initiative d'"expression sincère de l'engagement international en faveur du soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban, et une reconnaissance réelle du rôle joué par l'(armée libanaise) dans le maintien de la sécurité et l'extension de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble de son territoire", en particulier dans le sud du pays, actuellement occupé en partie par l'armée israélienne.

Le Liban, a-t-il ajouté, est disposé à adopter "toute formule internationale qui renforce les capacités de ses forces armées et préserve son intégrité territoriale".

Le président français Emmanuel Macron et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, ont annoncé jeudi vouloir mettre en place une "coalition" multinationale sous leur direction, pour renforcer la "souveraineté au Liban" et empêcher que le pays ne devienne "une base pour une escalade régionale".

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays.

Ils sont déployés dans le sud du Liban, le long de la Ligne bleue qui s'étend sur 120 kilomètres, traçant une frontière de facto entre le Liban et Israël.

Depuis le 2 mars, le conflit entre Israël et le mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, fortement implanté dans cette région, a repris après l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

L'armée israélienne a entrepris son incursion militaire la plus profonde au Liban depuis l'an 2000.

Malgré une accalmie sur le terrain, les frappes israéliennes se sont poursuivies ces derniers jours, faisant au moins sept morts depuis mardi, selon les autorités libanaises.

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU.

Il a proposé trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme pour permettre notamment de surveiller le cessez-le-feu et soutenir les forces armées libanaises.


En Tunisie, la militante Sihem Bensedrine condamnée à 25 ans de prison

La militante tunisienne des droits humains Sihem Bensedrine a indiqué vendredi à l'AFP avoir été condamnée à 25 ans de prison, notamment pour falsification d'une partie du rapport final d'une commission de justice transitionnelle. (AFP/Archives)
La militante tunisienne des droits humains Sihem Bensedrine a indiqué vendredi à l'AFP avoir été condamnée à 25 ans de prison, notamment pour falsification d'une partie du rapport final d'une commission de justice transitionnelle. (AFP/Archives)
  • La militante des droits humains Sihem Bensedrine a été condamnée à 25 ans de prison dans des dossiers liés à l'Instance vérité et dignité (IVD), une décision dont elle a fait appel
  • Elle affirme que ces poursuites visent à remettre en cause le travail de justice transitionnelle, tandis que des ONG dénoncent une régression des droits et libertés en Tunisie

TUNIS: La militante des droits humains Sihem Bensedrine, l'une des opposantes les plus connues de Tunisie, a été condamnée dans la nuit de jeudi à vendredi à 25 ans de prison dans des affaires liées à la justice transitionnelle.

"Bien entendu, c'est une décision qui n'a rien à voir avec la justice", a réagi auprès de l'AFP Mme Bensedrine, 75 ans.

"Elle a à voir avec un régime totalitaire qui veut éliminer l'héritage de l'IVD", a-t-elle affirmé vendredi, en référence à l'Instance vérité et dignité dont elle a été la présidente et qui a auditionné des milliers de victimes des pouvoirs de Habib Bourguiba (1957-1987) et Zine El Abidine Ben Ali (1987-2011).

Elle a annoncé qu'elle allait faire appel. Placée en détention en août 2024, elle avait été libérée en février 2025.

De nombreux autres opposants sont en prison ou en exil en Tunisie. Des ONG locales et internationales dénoncent une régression des droits et libertés dans ce berceau du Printemps arabe, depuis un coup de force en juillet 2021 du président Kais Saied par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

- "Effacer" la justice transitionnelle -

La justice poursuivait notamment Mme Bensedrine, ancienne journaliste, pour des soupçons de falsification d'une partie du rapport final de cette instance, mise en place après la révolution de 2011.

"Ils veulent effacer la mémoire de la justice transitionnelle", a accusé Mme Bensedrine.

L'IVD a mené un long travail de mémoire rendu possible par le soulèvement de 2010-2011, qui a abouti à la chute du président Ben Ali.

Elle a enquêté sur les violations des droits humains commises entre juillet 1955 et décembre 2013, dans le but de mettre fin à l'impunité de leurs auteurs et de réhabiliter les victimes.

Mais si des audiences publiques, retransmises en direct à la télévision en 2016, avaient marqué les esprits, elles étaient malgré tout intervenues dans une société fracturée où certains refusent tout examen de conscience.

Sihem Bensedrine, figure très exposée, a été au centre de nombreuses critiques dans ce climat politique fortement polarisé.

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a jugé cette semaine dans un communiqué que les accusations à son encontre étaient "infondées".

- "Dépublier" le rapport -

La justice accuse notamment Mme Bensedrine d'avoir abusé de sa fonction de présidente de l'IVD pour avantager un tiers, à savoir l'homme d'affaires Slim Chiboub, lors d'un accord d'arbitrage et de réconciliation conclu avec l'IVD.

Cet accord n'a "jamais été exécuté", a précisé à l'AFP son avocat Elyes Bensedrine. Elle a été condamnée à cinq ans dans ce dossier.

Elle a également été reconnue coupable d'avoir causé un préjudice à l'administration dans l'affaire de la Banque franco-tunisienne (BFT) - accusée de corruption - et de falsification du rapport final de l'IVD dans ce cadre, ce qui lui vaut 20 ans de prison, toujours selon son avocat.

Mme Bensedrine affirme être visée par "des fonctionnaires mafieux (qui) prennent l'Etat en otage", afin de "prendre leur revanche" et "délégitimer nos travaux".

Ils veulent "pouvoir avoir une base judiciaire pour dépublier le rapport (de l'IVD), parce que tant qu'il est publié au Journal officiel, il engage l'Etat", a-t-elle assuré.

La FIDH a écrit que les poursuites contre l'ancienne journaliste soulevaient "de sérieuses préoccupations", car la loi "prévoit qu'aucun membre de l'Instance ne peut être tenu responsable du contenu des rapports produits".

Mme Bensedrine, qui dément toute malversation, a expliqué à l'AFP que sa défense avait en effet plaidé que le tribunal n'était pas compétent.

Dans son rapport final publié en 2020, l'IVD avait appelé à "démanteler un système de corruption, de répression et de dictature" persistant au sein des institutions de l'Etat.


Les discussions entre le Liban et Israël à Washington vont se poursuivre vendredi

Un barbier coupe les cheveux d'un client dans son salon, endommagé par des frappes militaires israéliennes, dans le village de Srifa, au sud du Liban, le 24 juin 2026. (Photo : Fadel Itani / AFP)
Un barbier coupe les cheveux d'un client dans son salon, endommagé par des frappes militaires israéliennes, dans le village de Srifa, au sud du Liban, le 24 juin 2026. (Photo : Fadel Itani / AFP)
  • Les pourparlers entre Israël et le Liban, sous médiation américaine à Washington, se poursuivront vendredi afin de tenter de parvenir à un accord
  • Malgré les négociations, les tensions persistent : le Hezbollah accuse Israël d'avoir violé le cessez-le-feu après une frappe meurtrière, tandis qu'Israël affirme avoir ciblé des combattants du mouvement

WASHINGTON: La cinquième session de pourparlers entre Israël et le Liban sous médiation américaine censée se terminer jeudi va finalement se poursuivre vendredi à Washington, a annoncé le département d'Etat américain.

"Les discussions entre Israël et le Liban sont toujours en cours alors que nous continuons à les faciliter. Les deux parties reprendront demain à 9h00 (13h00 GMT) pour continuer leur travail en vue d'un accord", a déclaré le département d'Etat à l'AFP jeudi.

Le Hezbollah pro-iranien a de nouveau accusé jeudi Israël de "violation flagrante" du cessez-le-feu après qu'une frappe de drone a fait trois morts. L'armée israélienne a affirmé avoir tué des combattants de la formation chiite.

Le protocole d'accord irano-américain signé le 17 juin prévoit la cessation des hostilités, y compris au Liban. L'Iran a imposé que cette question soit incluse dans le protocole d'accord.