Les Jeux asiatiques, plus qu’un laboratoire d’expérimentation

Sur les 46 Comités nationaux olympiques qui ont participé tout au long de l’histoire des Jeux asiatiques, 43 nations ont déjà remporté au moins une médaille et 38 nations au moins une médaille d’or (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 17 novembre 2020

Les Jeux asiatiques, plus qu’un laboratoire d’expérimentation

  • L’Arabie saoudite et le Qatar, sont les seuls pays encore en lice pour organiser la 21ᵉ édition des Jeux asiatiques en 2030, confirmant ainsi les ambitions du Moyen-Orient dans la compétition
  • Les premières incursions de l’e-sport dans le mouvement olympique ont été le fait du Conseil olympique d’Asie qui a accueilli dès 2007 les premières compétitions dans le cadre des Asian Indoor and Martial Arts Games

Alors que la Commission d’évaluation des Jeux asiatiques 2030 a terminé ses analyses des ambitions, atouts et infrastructures des villes candidates de Riyad et de Doha, il nous paraît essentiel de revenir sur l’importance particulière de cette compétition : une fois encore, le sport s’affirme comme un catalyseur privilégié de développement économique et social, au niveau domestique, et de rayonnement et de coopération, au niveau international. Les enjeux sportifs des Jeux asiatiques débordent largement du continent: ils impactent directement le développement du sport et les évolutions du Mouvement olympique. Au niveau géopolitique, l’analyse de ce méga-événement nous donne une vision stroboscopique de l‘évolution des pays, des rapports de forces et des alliances qui façonnent et façonneront le monde de demain.

Historiquement, la première édition des Jeux asiatiques s’est tenue en Inde, en 1951. Preuve de sa diversité culturelle, cette compétition fut inaugurée par tous les types de chefs d’État: présidents de la République, empereurs (Japon), rois (Thaïlande), shah (Iran), émir (Qatar) et même Secrétaire général du parti (Chine). Cet événement continental multisports est organisé tous les quatre ans par le Conseil olympique d’Asie (COA). Même si le Comité international olympique (CIO) le décrit comme le «deuxième événement multisports après les Jeux olympiques», leur organisation, par leur ampleur, s’avère encore plus importante que celle de leur illustre grand frère. La dernière édition 2018 (Indonésie) a rassemblé 11 300 compétiteurs, 40 sports et 465 événements distincts, alors que les prochains Jeux de Tokyo devraient compter 33 sports, 339 événements et accueillir 11 000 athlètes.

Conséquence de cette complexité, il n’y a plus que deux pays en lice pour organiser la 21ᵉ édition des Jeux asiatiques en 2030 : l’Arabie saoudite et le Qatar, confirmant ainsi les ambitions du Moyen-Orient. D’autres pays auparavant dans la course se sont désistés : la Corée du Sud, Chinese Taipei, l’Inde, l’Ouzbékistan et les Philippines. Le Qatar a mis en avant la valorisation des infrastructures et de l’expertise acquise au cours des Jeux asiatiques de 2006 et celle qui est développée pour la préparation de la Coupe du monde de football de 2022. L’Arabie Saoudite, de son côté, a mis l’accent sur la perspective plus globale de la Vision 2030, ses trois piliers fondateurs, économique, social et politique, ainsi que sur l’engagement total du gouvernement et de la population saoudienne. Une des particularités des Jeux asiatiques est en effet cet engouement populaire, directement généré par la variété des compétitions. En plus de toucher une plus grande partie de ses communautés, c’est l’opportunité accrue pour chaque pays de ramener des médailles. Sur les 46 Comités nationaux olympiques qui ont participé tout au long de l’histoire des Jeux asiatiques, 43 nations ont déjà remporté au moins une médaille et 38 nations au moins une médaille d’or.

Les innovations des Jeux asiatiques

Le COA a bien compris l’importance de cette proximité avec la population et a intégré à son programme des sports ou disciplines absents des Jeux olympiques : roller et skateboarding, basketball à trois, arts martiaux… permettant ainsi au CIO de comprendre comment faire évoluer son programme et lutter contre le vieillissement de son audience (l’âge moyen du téléspectateur est passé de 50 ans en 2006 à 53 ans en 2017). Les premières incursions de l’e-sport dans le mouvement olympique ont été le fait du COA, qui a accueilli dès 2007 les premières compétitions dans le cadre des Asian Indoor and Martial Arts Games (Aimag) précédant de près de dix ans la présence de l’e-sport comme «sport de démonstration», aux Jeux d’hiver de PyeongChang, en 2018 en Corée du Sud.

Avec près de 4,470 milliards d’habitants, 1,6 milliard de jeunes âgés de moins 24 ans, l’Asie est plus qu’un laboratoire d’expérimentation, c’est actuellement la force motrice de l’évolution de nos communautés et de nos économies. C’est un lieu d’innovation dont bénéficie aussi le monde du sport. Fort de sa jeunesse et de ses ambitions, le Royaume saoudien a bien compris ces opportunités et il a créé, sous l’égide du prince Faisal ben Bandar al-Saoud et de sa sœur, la princesse Reema – alors à la tête de la General Sports Authority – la Saudi Federation for Electronic and Intellectual Sports (Safeis), un organisme saoudien chargé du développement de l’e-sport dans le Royaume.

Ce décloisonnement est remarquable et il s’inscrit dans la droite ligne des attentes du COA. Nul doute que c’est une des raisons pour lesquelles Andrey Kryukov, président de la Commission d’évaluation des candidatures pour les Jeux asiatiques de 2030, a déclaré que  «le comité est très satisfait de ce qu’il a vu et estime que Riyad a du potentiel pour devenir la ville hôte pour des Jeux de 2030 réussis.»

 

Philippe Blanchard a été directeur au Comité International Olympique puis en charge du dossier technique de Dubai Expo 2020. Passionné par les méga-événements, les enjeux de société et la technologie, il dirige maintenant Futurous, les Jeux de l’Innovation et des sports du Futur.

NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.