Energie: l'Europe va passer cet hiver, mais c'est le prochain qui inquiète

Des tuyaux et des manomètres pour conduites de gaz sont photographiés à Open Grid Europe (OGE), l'un des plus grands opérateurs de réseau de transport de gaz d'Europe, à Werne, dans l'ouest de l'Allemagne, le 15 juillet 2022. (AFP)
Des tuyaux et des manomètres pour conduites de gaz sont photographiés à Open Grid Europe (OGE), l'un des plus grands opérateurs de réseau de transport de gaz d'Europe, à Werne, dans l'ouest de l'Allemagne, le 15 juillet 2022. (AFP)
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Publié le Mercredi 28 décembre 2022

Energie: l'Europe va passer cet hiver, mais c'est le prochain qui inquiète

  • Sofie, propriétaire d'une maison mal isolée de 90 mètres carrés à Oostduinkerke, payait 120 euros par mois avant la guerre pour gaz et électricité: sa facture est passée à 330 euros
  • Comme Sofie, une nouvelle génération de Belges, de Français ou d'Italiens a perdu en 2022 son insouciance énergétique et appris à surveiller ses radiateurs

PARIS: Sofie de Rous est la première à le reconnaître: avant cette année, c'était un peu Versailles chez elle, une petite maison de la côte belge, souvent chauffée à 21°C: "J'avoue, j'aime bien les maisons bien chaudes."

Mais comme des millions d'Européens, cette communicante de 41 ans dans une agence d'architecture a vu sa facture monter en flèche à partir du printemps, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, avec la fermeture progressive des gazoducs russes vers l'Europe.

Les cours du gaz ont bondi, avec une conséquence très concrète et très chère: l'Europe et l'Asie surenchérissent désormais pour s'arracher des cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) produit plus loin, aux Etats-Unis, au Qatar ou ailleurs.

Des pays comme l'Espagne et la France ont réagi en gelant les tarifs pour les consommateurs mais d'autres, comme la Belgique, ont plus ou moins laissé les fournisseurs répercuter la hausse.

"J'ai un peu paniqué", raconte Sofie, propriétaire d'une maison mal isolée de 90 mètres carrés à Oostduinkerke, chauffée par une chaudière au gaz. Elle payait 120 euros par mois avant la guerre pour gaz et électricité: sa facture est passée à 330 euros.

A la réflexion, elle ne regrette pas cette "prise de conscience". Aujourd'hui elle surveille sa consommation, chauffe à 18°C, et se renseigne pour installer panneaux solaires et double vitrage...

Comme Sofie, une nouvelle génération de Belges, de Français ou d'Italiens a perdu en 2022 son insouciance énergétique et appris à surveiller ses radiateurs.

Dans l'ancien monde, le gaz était abondant et pas cher. Son prix de référence sur le marché européen variait peu, autour de 20 euros le mégawattheure. Cette année, il est monté jusqu'à 300 avant de retomber vers 100 euros.

"Je n'ai jamais connu de période aussi chaotique", confie à l'AFP Graham Freedman, analyste au cabinet Wood Mackenzie, qui ausculte depuis 40 ans le marché du gaz naturel.

Sobriété forcée 

A cause des prix fous, des usines, dans la chimie allemande surtout, biberonnées au gaz de l'Est depuis l'époque soviétique, ont dû s'arrêter. Pour autant les réserves européennes ont pu être remplies à ras bord pendant l'été avec les derniers mètres cube de gaz russe, et personne n'a subi de coupure.

"Jusqu'à février, l'idée même que l'Europe s'en sorte sans énergie russe paraissait impossible", se souvient Simone Tagliapietra, du centre de réflexion Bruegel à Bruxelles. "L'impossible est devenu possible."

Les Européens ont certes eu de la chance: la douceur de l'automne a retardé l'allumage des chaudières.

Mais il s'est produit quelque chose d'inattendu. Ils ont fortement réduit leur consommation d'énergie: -20% de gaz dans l'UE d'août à novembre, par rapport aux cinq années précédentes, selon Eurostat.

La moitié des Allemands ont des chaudières au gaz et leur baisse de consommation est "extrême, énorme", confirme Lion Hirth, professeur de politiques énergétiques à la Hertie School à Berlin. Il y voit la volonté de "ne pas payer Poutine" autant que de réduire les factures.

Tout indique que celles-ci resteront salées. Et ce n'est pas le "plafond" adopté par l'UE en décembre pour les prix de gros qui les fera vraiment baisser, prédisent les experts.

Pas assez de gaz 

En quelques mois, la Russie a ainsi perdu son premier client gazier, l'Europe, dont les achats sont passés de 191 milliards de mètres cube en 2019 à 90 milliards cette année, et sans doute 38 milliards en 2023, prévoit Wood Mackenzie.

Il a fallu compenser par ce GNL que l'UE délaissait autrefois puisqu'il était plus cher.

Avec un effet pervers: "L'Europe s'est mise à payer plus cher que l'Asie pour le gaz, et des pays comme l'Inde et le Pakistan n'ont pas pu rivaliser", souligne Graham Freedman.

Conséquence climatique: faute de GNL, ces pays moins riches brûlent davantage de charbon.

Pour décharger le GNL des navires méthaniers, il faut des terminaux portuaires capables de le regazéifier et de l'injecter dans les gazoducs. L'Allemagne a installé en urgence son premier, flottant, en décembre.

Ce sont 26 nouveaux terminaux qui ont été annoncés sur le continent, dont un cinquième en France au Havre, a compté Global Energy Monitor, qui craint que cela ne crée une nouvelle dépendance au gaz, quand l'Europe veut passer aux renouvelables.

Pour l'hiver 2023/2024, il n'y aura plus de gaz russe pour reconstituer les réserves au printemps et à l'été.

S'il fait très froid en janvier et en février, il faudra acheter davantage de GNL et "le combat" Europe-Asie s'intensifiera, explique à l'AFP Laura Page, spécialiste du gaz chez le fournisseur de données sur l'énergie Kpler.

"Il n'y a pas assez de gaz dans le monde pour remplacer le gaz russe", abonde Graham Freedman.

Ce n'est que vers 2025 ou 2026 que les nouveaux projets de GNL, notamment au Qatar, produiront des millions de tonnes supplémentaires.

D'ici là, les Européens auront-ils appris à vivre à 18°C?


Airbus pénalisé par ses faibles livraisons d'avions

Des écrans affichant le logo de la société française Airbus, cotée au CAC 40, principal indice boursier de la Bourse de Paris, à Toulouse, le 31 mars 2026. (AFP)
Des écrans affichant le logo de la société française Airbus, cotée au CAC 40, principal indice boursier de la Bourse de Paris, à Toulouse, le 31 mars 2026. (AFP)
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  • Airbus voit ses résultats baisser au T1 2026 (bénéfice -26%, CA -7%) à cause de livraisons d’avions retardées et de problèmes de moteurs
  • Le groupe maintient ses objectifs annuels et s’appuie sur la défense, tandis que Boeing prend l’avantage sur les livraisons

PARIS: L'avionneur européen Airbus est pénalisé au premier trimestre par de faibles livraisons d'avions commerciaux, qui pèsent sur ses comptes, tandis que son concurrent américain Boeing, en phase de redressement, signe des livraisons record.

En dépit de cette déconvenue due principalement à la pénurie des moteurs de l'américain Pratt & Whitney et la situation volatile au Moyen-Orient qui n'a pour l'instant "pas d'impact" sur ses activités, Airbus maintient ses objectifs pour l'année.

Il compte toujours livrer un nombre record de 870 avions commerciaux en 2026, soit plus que la meilleure année, en 2019, avant la pandémie du Covid (863 appareils).

Les livraisons d'avions commerciaux qui patinent ont fait chuter le bénéfice net de l'avionneur européen de 26% à 586 millions d'euros au premier trimestres.

Le chiffre d'affaires s'est établi à 12,65 milliards d'euros, en recul de 7% par rapport à la même période de l'année dernière.

Ces résultats "reflètent un niveau plus faible de livraisons d'avions commerciaux et une solide performance de notre division Defense and Space", a déclaré le patron d'Airbus Guillaume Faury.

- "Impact" de Pratt jusqu'en 2028  -

Depuis le début de l'année, Airbus n'a livré que 114 avions commerciaux contre 143 pour Boeing. L'an dernier l'écart s'est resserré au sein du duopole sur le terrain des livraisons, mais l'américain a pris l'avantage sur les commandes.

Pratt & Whitney "reste le principal facteur limitant de notre trajectoire de montée en cadence sur l’A320", la famille la mieux vendue d'Airbus, "avec un impact sur 2026 et 2027", a déclaré Guillaume Faury au cours d'une conférence téléphonique.

En conséquence, l’entreprise maintient sa prévision d'un rythme de production de cette famille d'avions compris entre 70 et 75 avions par mois d’ici la fin 2027, objectif revu à la baisse en février contre 75 auparavant.

Le carnet de commandes d'Airbus affiche 9.037 appareils, soit plus de dix ans de production au rythme actuel.

Airbus a également été confronté en début de l'année "à un retard administratif qui a affecté la livraison de près de 20 avions à des clients chinois", mais ce problème a été résolu.

Le problème de qualité des panneaux de l'A320 découvert en décembre aura "un impact résiduel" sur les livraisons sur le premier semestre, selon Guillaume Faury.

Le bilan des livraisons des avionneurs est toujours scruté, car il préfigure les résultats financiers, les compagnies aériennes acquittant la majorité du prix d'achat lorsqu'elles reçoivent leurs appareils.

Le "cash flow" d'Airbus qui emploie près de 170.000 personnes dans le monde s'est également nettement dégradé.

La trésorerie disponible consolidée avant financement des clients s’est ainsi établie à -2,485 milliards d’euros contre -310 millions d’euros il y a un an.

- Désaccords non résolus sur le Scaf -

Les mauvaises performances côté avions commerciaux sont toutefois contrebalancées par le succès de la branche défense.

Le chiffre d'affaires dans ce domaine a progressé de 7% à 2,8 milliards d'euros.

Interrogé sur le programme européen d'avion de combat Scaf mené par Airbus qui représente l'Allemagne et l'Espagne et Dassault Aviation pour la France, Guillaume Faury a indiqué que les discussions étaient "en cours" dans le cadre d'une mission demandée par le président français Emmanuel Macron pour réconcilier les industriels.

"Je ne dis pas que les désaccords sont résolus, mais qu’un travail est en cours entre les différents acteurs pour tenter d’identifier la meilleure voie à suivre", a-t-il poursuivi.

"La France, l'Allemagne et l'Espagne ont chacune leurs attentes et travaillent actuellement à résoudre ces divergences", a-t-il conclu. 


Vision Golfe 2026 : France-CCG, de la coopération à la transformation

L’édition 2026, placée sous le thème « De la coopération à la transformation » entend aller plus loin en mettant l’accent sur des partenariats orientés résultats. (Photo: fournie)
L’édition 2026, placée sous le thème « De la coopération à la transformation » entend aller plus loin en mettant l’accent sur des partenariats orientés résultats. (Photo: fournie)
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  • La France et les pays du Golfe intensifient leur partenariat économique avec un forum stratégique axé sur des projets concrets et des investissements mesurables
  • Les secteurs clés incluent l’IA, les énergies propres et les infrastructures, dans un contexte où la géopolitique redéfinit les échanges mondiaux

DUBAÏ: Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques croissantes, des mutations profondes des flux commerciaux et des impératifs liés à la transition énergétique, la France et les États du Conseil de coopération du Golfe (CCG) s’apprêtent à franchir une nouvelle étape dans leur relation stratégique. Les 18 et 19 juin 2026, Paris accueillera la quatrième édition de Vision Golfe, un forum de haut niveau destiné à accélérer les échanges économiques, les investissements et les coopérations industrielles entre les deux régions.

Organisé par Business France sous le haut patronage du président Emmanuel Macron, cet événement réunira ministres, décideurs publics et dirigeants d’entreprises au ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Il s’inscrit dans une dynamique de renforcement institutionnel des relations franco-golfiques, fondée sur la recherche de résilience économique et d’autonomie stratégique.

Au fil des éditions, Vision Golfe s’est imposé comme une plateforme incontournable pour transformer le dialogue en projets concrets. La dernière édition a rassemblé plus de 1 250 participants et généré plus de 2 000 rencontres B2B, témoignant d’une forte demande pour des échanges ciblés et opérationnels. L’édition 2026, placée sous le thème « De la coopération à la transformation » (“From Cooperation to Transformation”), entend aller plus loin en mettant l’accent sur des partenariats orientés résultats, notamment à travers le co-investissement, l’innovation conjointe et la collaboration industrielle.

Les relations économiques entre la France et les pays du Golfe connaissent une croissance soutenue. En 2025, les échanges commerciaux entre la France et les Émirats arabes unis ont atteint 10,8 milliards d’euros, en hausse de 27 % sur un an. À l’échelle régionale, le commerce entre la France et le CCG s’est élevé à 24,9 milliards d’euros, porté notamment par l’Arabie saoudite, le Koweït et le Qatar. Ces chiffres illustrent la solidité du corridor économique en construction, tout en laissant entrevoir un potentiel encore largement inexploité.

Dans un environnement où la géopolitique influence directement les décisions économiques — qu’il s’agisse de contrôle des exportations, de politiques industrielles ou de sécurité des chaînes d’approvisionnement — le partenariat entre la France et le Golfe apparaît de plus en plus complémentaire. Les pays du Golfe apportent leur capacité d’investissement, leur rapidité d’exécution et leur ambition technologique, tandis que la France contribue par son expertise industrielle, ses standards réglementaires et son accès aux marchés européens.

Comme le souligne Axel Baroux, directeur de Business France pour le Proche et Moyen-Orient : « Dans un monde où l’inaction est l’ennemi de la croissance, Vision Golfe 2026 vise à générer des avancées concrètes et mesurables. Le forum réunit les bons acteurs pour catalyser des initiatives, mobiliser des investissements et transformer les échanges en projets à fort impact. »

Le programme de Vision Golfe 2026 mettra en avant des secteurs stratégiques tels que l’intelligence artificielle, les énergies propres, l’industrie avancée, la mobilité intelligente, les systèmes de santé et le développement urbain durable. La notion de sécurité, au sens large, sera également centrale, englobant les infrastructures critiques, la sécurité alimentaire, la gestion de l’eau ou encore les corridors logistiques et maritimes.

Au-delà des panels et des discussions, l’événement privilégiera des formats orientés action : rencontres B2B et B2G, sessions de networking et événements exclusifs comme la « French Gulf Night » au Palais Galliera. L’objectif est clair : accélérer la prise de décision et transformer les convergences stratégiques en projets concrets, investissements et créations d’emplois.

Vision Golfe 2026 s’affirme ainsi comme un catalyseur de la prochaine phase du partenariat entre la France et le CCG, où l’enjeu n’est plus seulement de coopérer, mais bien de transformer durablement les économies des deux régions.


Les Emirats annoncent leur retrait de l'Opep à partir de mai 

Les Emirats arabes unis vont se retirer de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de l'alliance Opep+ comptant aussi la Russie, à partir du 1er mai, a annoncé l'agence de presse émiratie. (AP)
Les Emirats arabes unis vont se retirer de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de l'alliance Opep+ comptant aussi la Russie, à partir du 1er mai, a annoncé l'agence de presse émiratie. (AP)
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  • Les Emirats arabes unis vont se retirer de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep)
  • "Cette décision reflète la vision stratégique et économique à long terme des Emirats arabes unis ainsi que l'évolution de leur profil énergétique, notamment l'accélération des investissements dans la production d'énergie nationale"

DUBAI: Les Emirats arabes unis vont se retirer de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de l'alliance Opep+ comptant aussi la Russie, à partir du 1er mai, a annoncé l'agence de presse émiratie.

"Cette décision reflète la vision stratégique et économique à long terme des Emirats arabes unis ainsi que l'évolution de leur profil énergétique, notamment l'accélération des investissements dans la production d'énergie nationale", explique l'agence Wam.