Cinq ans après Notre-Dame-des-Landes, le réaménagement de l'aéroport de Nantes au point mort

Sur cette photo d'archives prise le 17 janvier 2018, des militants célèbrent à La Vache rit, une ferme de la "Zad" (zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes, après que le Premier ministre français a annoncé la décision officielle du gouvernement français d'abandonner le projet d'aéroport du Grand Ouest (AGO) à Notre-Dame-des-Landes, à Notre-Dame-des-Landes, en périphérie de Nantes. Le 17 janvier 2023 marque le cinquième anniversaire de l'abandon par le gouvernement français de son projet controversé d'aéroport Grand Ouest (AGO) à Notre-Dame-des-Landes. (AFP).
Sur cette photo d'archives prise le 17 janvier 2018, des militants célèbrent à La Vache rit, une ferme de la "Zad" (zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes, après que le Premier ministre français a annoncé la décision officielle du gouvernement français d'abandonner le projet d'aéroport du Grand Ouest (AGO) à Notre-Dame-des-Landes, à Notre-Dame-des-Landes, en périphérie de Nantes. Le 17 janvier 2023 marque le cinquième anniversaire de l'abandon par le gouvernement français de son projet controversé d'aéroport Grand Ouest (AGO) à Notre-Dame-des-Landes. (AFP).
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Publié le Dimanche 15 janvier 2023

Cinq ans après Notre-Dame-des-Landes, le réaménagement de l'aéroport de Nantes au point mort

  • Les riverains de l'aéroport se souviennent de la stupeur au moment où le Premier ministre d'alors déclarait: «les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet d'aéroport» prévu à Notre-Dame-des-Landes
  • Sur l'ancienne «Zad», où cet «aéroport du Grand Ouest» aurait dû voir le jour, la situation est plutôt apaisée et plusieurs anciens militants anti-aéroport sont désormais légalement à la tête d'exploitations agricoles

SAINT-AIGNAN-GRANDLIEU : "Il existe une alternative crédible au transfert de l'aéroport. Cette solution, c'est le réaménagement de Nantes-Atlantique." C'est avec ces mots qu'Edouard Philippe annonçait le 17 janvier 2018, l'abandon du projet Notre-Dame-des-Landes.

Mais cinq ans plus tard, la situation de l'aéroport de Nantes n'a guère évolué.

"Il y a encore une colère enfouie, ça c'est clair. Il y a même une douleur. Elle est plus ou moins estompée selon où l'on habite, comment on voit les choses", raconte Jean-Claude Lemasson, maire de Saint-Aignan-Grandlieu, où les villageois ont construit leur vie en pensant que l'aéroport voisin allait déménager.

Dans cette commune, et dans les villes voisines, les riverains de l'aéroport se souviennent de la stupeur au moment où le Premier ministre d'alors déclarait: "les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet d'aéroport" prévu à Notre-Dame-des-Landes depuis un demi-siècle.

Sur l'ancienne "Zad", où cet "aéroport du Grand Ouest" aurait dû voir le jour, la situation est plutôt apaisée et plusieurs anciens militants anti-aéroport sont désormais légalement à la tête d'exploitations agricoles.

En revanche, autour de Nantes-Atlantique, les habitants subissent les nuisances d'avions toujours plus nombreux. A l'exception notable des périodes de confinement, durant lesquelles le trafic aérien avait été fortement ralenti.

"Ca nous a fait drôle, on a pu vivre dehors tranquillement", se souvient Jean-Claude Lemasson. "Ca a été un moment assez délicieux, dans le sens où l'on entendait à nouveau le bruit des oiseaux!"

Le changement le plus concret opéré à Nantes-Atlantique ces dernières années est la mise en place d'un couvre-feu, en vigueur depuis le printemps, qui interdit aux avions d'atterrir ou décoller entre minuit et 06h00.

"C'est un engagement lourd, qui a été pris pour les populations riveraines de Nantes-Atlantique, qui sont assez nombreuses, et qui pendant des décennies ont cru que l'aéroport allait partir à Notre-Dame-des-Landes", explique le préfet de Loire-Atlantique, Didier Martin.

«Forcément des nuisances»

Le couvre-feu est "une mesure qu'on a dû jouer au bras de fer" et "qui n'est pas respectée", rétorque Julie Laernoes, députée EELV de la 4e circonscription de Loire-Atlantique, où vivent les populations survolées.

De fait, entre le 8 avril et le "30 novembre 2022, il y a eu 299 vols opérés durant le couvre-feu (...) même si l'essentiel des infractions ont été constatées sur les premiers mois", détaille Didier Martin, indiquant que la situation devrait aller en s'améliorant.

Le couvre-feu, rappelle-t-il, fait partie de 31 mesures sur lesquelles l'Etat s'est engagé à l'issue d'une concertation achevée à l'automne 2019.

On trouve parmi ses mesures, des aides à l'insonorisation pour les logements, ou encore "la création (...) de ce qu'on appelle le +droit au délaissement+, qui n'existe nulle part ailleurs, c'est-à-dire la possibilité pour l'Etat de racheter les maisons des populations qui sont les plus exposées aux nuisances", souligne M. Martin.

Le préfet indique avoir ainsi procédé au premier achat de ce type en décembre 2021, tout en précisant que seuls 54 logements ont "été identifiés comme satisfaisant aux critères prévus" pour pouvoir bénéficier du droit au délaissement.

"Pour moi vraiment, c'est incompréhensible que l'Etat se soit désintéressé (de Nantes-Atlantique) à ce point-là. Je pense qu'ils ont tranché sur Notre-Dame-des-Landes et après, ils ne se sont plus souciés de Nantes-Atlantique (...) Ils pinaillent sur tout, il y a de l'opacité, ils ne travaillent pas avec les élus ou les acteurs du territoire", tempête Julie Laernoes.

Une des points d'achoppement est le renouvellement du contrat de concession. Des élus et des associations comme le Coceta (Collectif des citoyens exposés au trafic aérien) se plaignent de ne pas avoir d'informations sur le calendrier du choix de futur concessionnaire, qui investira concrètement pour réaménager l'aéroport.

"La piste de l'aéroport est à 6 km de la place du Commerce (l'hyper-centre de Nantes, ndlr). Donc, mécaniquement, vous aurez beau tourner le problème dans tous les sens, vous aurez forcément des nuisances, il faut en avoir conscience", martèle notamment le président du Coceta, Paolo Ferreira.

De Notre-Dame-des-Landes à Bure, des projets contestés en France

Manifestations, occupations, procédures judiciaires ... Comme le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, abandonné il y a 5 ans, de nombreux programmes suscitent la mobilisation au nom de la défense de l'environnement.

Voici quelques cas emblématiques :

Cigéo à Bure

En 2000, le projet Cigeo est implanté à Bure dans la Meuse. Il vise à enterrer à 500 mètres sous terre 85 000 m3 des déchets les plus radioactifs du parc nucléaire français d'ici 2035-2040.

Différents collectifs écologistes et anti-nucléaires combinent occupation, manifestations et batailles juridiques.

En juillet 2022, le gouvernement signe la déclaration d’utilité publique pour le projet, mais des opposants déposent en septembre un recours devant le Conseil d’État.

Sivens

Le 26 octobre 2014, le corps d'un militant écologiste de 21 ans, Rémi Fraisse, est retrouvé sur le chantier du barrage de Sivens (Tarn), après des affrontements d'opposants au projet avec les forces de l'ordre.

Cinq mois plus tard, le projet est abandonné au profit d'une retenue d'eau réduite de moitié. Le gouvernement fait évacuer le site occupé pendant seize mois par des "zadistes".

LGV Lyon-Turin

Vieux de plusieurs décennies, le chantier de LGV Lyon-Turin et son tunnel de 57,5 km, est toujours en cours et en France, la question des voies d’accès de 150 km entre Lyon et Saint-Jean-de-Maurienne n’est toujours pas tranchée.

A l'hiver 2018-2019, plusieurs manifestations réunissent successivement à Turin des dizaines de milliers de partisans et d'opposants au projet.

Le projet de LGV du Sud-Ouest (GPSO), dont le chantier est prévu entre Bordeaux, Dax et Toulouse, est également critiqué par des élus et des militants en Nouvelle-Aquitaine.

Europacity dans le Val-d'Oise

Le projet Europacity, un mégacomplexe de commerces et de loisirs prévu à Gonesse (Val d'Oise) qui hérissait défenseurs de l'environnement, syndicats agricoles et petits commerçants, a été enterré fin 2019 par Emmanuel Macron.

Mais, le devenir de 280 hectares de terres agricoles du Triangle de Gonesse avec notamment le projet de gare de métro du Grand Paris et l’extension du marché de Rungis restent un point de crispation entre les élus locaux et militants écologistes.

Center Parcs

Face aux interminables procédures judiciaires et à l'occupation du terrain par des "zadistes", le groupe Pierre et Vacances renonce à son projet de construction d'un Center Parcs dans la forêt de Chambaran (Isère) en 2020.

En 2022, la justice bloque un projet du même type à Poligny (Jura) et refuse celui d’extension du Center Parcs Les Bois-Francs (Eure).

Toujours en court, le projet du Rousset (Saône-et-Loire) est également contesté localement.

Projet minier Montagne d'Or en Guyane

Le projet Montagne d'Or, porté par le consortium russo-canadien Nordgold-Orea mining, prévoit une exploitation minière de 8 km2 à ciel ouvert en forêt équatoriale.

Le collectif Or de Question, qui rassemble 30 associations guyanaises et 120 ONG opposées au projet, dénonce la déforestation et les millions de tonnes de déchets générés.

En février 2022, le Conseil constitutionnel a déclaré contraire à la Constitution une partie de l'ancien code minier, qui ne tenait pas suffisamment compte des conséquences environnementales du projet, ouvrant ainsi une voie de recours.

«Méga-bassines» des Deux-Sèvres

A l'automne 2022, plusieurs milliers d'opposants se mobilisent contre des chantiers de retenue d'eau dans les Deux-Sèvres (à Mauzé-sur-le-Mignon puis Sainte-Soline).

Le vaste projet compte 16 retenues visant à stocker plusieurs centaines de milliers de m3 d'eau pour l'irrigation durant l'été, grâce au pompage des nappes phréatiques superficielles en hiver, lorsque la ressource est abondante.

Le remplissage de la réserve de Mauzé-sur-le-Mignon a démarré à la mi-décembre.


Le budget de l'Etat de retour à l'Assemblée, au bout du tunnel le 49.3?

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à droite) s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à droite) s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
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  • L’Assemblée nationale relance l’examen du budget 2026, après l’échec d’un accord avec le Sénat, dans un climat politique tendu et avec la menace croissante d’un recours au 49.3
  • Faute de majorité claire et face à plus de 2 000 amendements, le gouvernement veut aller vite pour adopter un budget d’ici fin janvier et ramener le déficit sous les 5 %

PARIS: Après une première lecture infructueuse, l'Assemblée reprend jeudi en commission l'examen du budget de l'Etat pour 2026, avec l'espoir partagé par le gouvernement et les parlementaires de trouver une issue rapide, quitte à en passer par l'article 49 alinéa 3 de la Constitution.

Le 19 décembre, une commission mixte partiaire - composée de sept députés et sept sénateurs - avait rapidement acté l'impossibilité pour les représentants des deux chambres de s'accorder sur une version du texte, rendant impossible l'adoption du budget avant le 31 décembre.

Le gouvernement a donc dû recourir en fin d'année à une loi spéciale permettant d'assurer la continuité de l'Etat, en reconduisant en 2026 les impôts de 2025. Mettant en suspens notamment l'augmentation des crédits de défense, ou encore quelques mesures agricoles à l'heure où la profession manifeste sa colère.

Le projet de loi de finances est désormais de retour en nouvelle lecture à la chambre basse, d'abord de jeudi à samedi en commission, puis à partir de mardi dans l'hémicycle, théoriquement jusqu'au 23 janvier. En cas d'adoption du texte, il faudra encore, pour qu'elle soit définitive, que le Sénat l'approuve dans les mêmes termes, ou que l'Assemblée statue une troisième fois.

Les députés repartiront de la version du Sénat, en commission comme en séance, puisque sur les textes budgétaires les travaux de la commission ont valeur consultative.

Le gouvernement souhaite quoi qu'il en soit aller vite, afin de doter la France d'un véritable budget d'ici la fin du mois, et de revenir en 2026 sous la barre des 5% de déficit, contre 5,4% en 2025. Le chef des députés PS, Boris Vallaud, a lui aussi estimé dans Libération mercredi qu'il était "temps (...) de sortir de cette séquence budgétaire".

- Le 49.3 débattu à Bercy -

Sur le plan de la méthode, l'utilisation du 49.3, qui permet au gouvernement de faire adopter un texte sans vote en engageant sa responsabilité, semble de plus en plus inéluctable.

Alors que le PCF et les écologistes se dirigent vers un vote "contre", à l'instar de LFI et du RN, il faudrait pour que le texte obtienne une majorité que les socialistes et les indépendants de Liot votent pour. Ce à quoi le PS se refuse, comme l'a redit M. Vallaud.

La voie des ordonnances, inédite, semble elle aussi compromise, le PS y voyant la "pire des solutions".

La question a été agitée lors d'une réunion à Bercy mardi, qui a réuni pendant plus de quatre heures des représentants de la coalition gouvernementale, de Liot et du PS autour des ministres Amélie de Montchalin (Comptes publics) et Roland Lescure (Economie).

Réticente, alors que Sébastien Lecornu s'est engagé auprès du PS en octobre à ne pas utiliser le 49.3, Mme de Montchalin "comprend que c'est la seule solution qui existe aujourd'hui", a rapporté mercredi à l'AFP un participant. Selon une source PS, le gouvernement "a admis que ce sera l'issue".

L'entourage de la ministre conteste cette version, affirmant que Mme de Montchalin a rappelé que la décision revenait au Premier ministre.

Dans Libération, M. Vallaud renvoie aussi la décision au gouvernement, précisant qu'il "devra donner des motifs de ne pas être censuré".

- Plus de 2.000 amendements -

Quels pourraient être les termes d'un pacte de non-censure? Ils sont pour l'heure difficiles à cerner. Le rapporteur général du budget LR Philippe Juvin propose dans un document révélé par Les Echos et consulté par l'AFP une hausse des recettes de 2,93 milliards par rapport à la version du Sénat et une baisse des dépenses de 6,2 milliards.

Bien éloigné du PS, qui souhaite, lui, augmenter les dépenses de neuf milliards d'euros, par rapport à la version initiale du gouvernement.

L'examen en commission devrait en tout donner lieu de nouveau à des débats enflammés, avec plus de 2.000 amendements déposés.

Que ce soit sur le barème de l'impôt sur le revenu - dont les députés LR exigent le dégel total, contrairement aux sénateurs LR -; la surtaxe sur les bénéfices des entreprises - le PS en espère 8 milliards d'euros, LR au maximum 4; ou côté dépenses, sur la réduction des effectifs d'enseignants souhaitée par le gouvernement et que rejettent les socialistes.

Avec de fortes chances selon plusieurs parlementaires d'aboutir au même résultat qu'en première lecture: la commission avait rejeté la partie recettes comme la partie dépenses du budget.


L'accord avec le Mercosur approche, l'UE compte sur le soutien de l'Italie

Des agriculteurs se tiennent à côté de pommes de terre et d'un tracteur garé devant le Parlement européen, lors d'une manifestation agricole visant à dénoncer les réformes de la politique agricole commune (PAC) et les accords commerciaux tels que le Mercosur, à Bruxelles, le 18 décembre 2025, organisée par le Copa-Cogeca, la principale association représentant les agriculteurs et les coopératives agricoles de l'UE. (AFP)
Des agriculteurs se tiennent à côté de pommes de terre et d'un tracteur garé devant le Parlement européen, lors d'une manifestation agricole visant à dénoncer les réformes de la politique agricole commune (PAC) et les accords commerciaux tels que le Mercosur, à Bruxelles, le 18 décembre 2025, organisée par le Copa-Cogeca, la principale association représentant les agriculteurs et les coopératives agricoles de l'UE. (AFP)
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  • L’UE se rapproche d’une signature de l’accord de libre-échange avec le Mercosur, portée par le soutien clé de l’Italie, malgré une forte contestation des agriculteurs, notamment en France
  • Bruxelles multiplie les concessions (engrais, pesticides, garanties agricoles) pour apaiser les tensions, tout en promettant des mécanismes de sauvegarde contre toute déstabilisation du marché

BRUXELLES: La Commission européenne s'est efforcée mercredi d'adresser d'ultimes gestes aux agriculteurs et table sur un soutien de l'Italie pour signer l'accord avec les pays latino-américains du Mercosur dans les prochains jours.

Bruxelles espère obtenir l'aval des États européens vendredi, pour une possible signature de ce traité de libre-échange avec l'Amérique Latine dès lundi au Paraguay.

L'horizon s'est dégagé grâce à la position de plus en plus favorable de l'Italie, décisive dans ce dossier.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani a salué mercredi soir de nouvelles mesures de l'UE en faveur des agriculteurs et "les énormes avantages" du traité avec le Mercosur. "Nous avons toujours soutenu la conclusion de cet accord, en insistant sur la nécessité de prendre dûment en compte les préoccupations légitimes du secteur agricole", a-t-il assuré.

Car l'Union européenne doit composer avec la colère de nombreux agriculteurs européens, notamment en France où la contestation repart de plus belle.

Pour faire avaler la pilule du Mercosur, l'exécutif européen avait spécialement réuni les ministres de l'Agriculture des Vingt-Sept mercredi à Bruxelles.

La Commission a lâché du lest sur certaines revendications agricoles, parfois sans lien direct avec le Mercosur.

Ainsi, pour réduire le coût des engrais, l'UE a par exemple ouvert la voie à une suspension temporaire d'un mécanisme européen de taxe carbone aux frontières sur les fertilisants.

La décision n'est pas encore définitivement prise, mais "la taxe carbone sur les engrais pourra être suspendue avec effet rétroactif au 1er janvier 2026", s'est déjà réjouie la ministre française de l'Agriculture Annie Genevard.

En attendant, l'UE promet de réduire certains droits de douane sur l'engrais azoté et l'ammoniac.

- Interdiction de pesticides -

Concernant les pesticides interdits en Europe, mais dont certaines traces se retrouvent dans les importations, Bruxelles entend interdire tous les résidus pour trois substances: carbendazim, benomyl and thiophanate-methyl, dans des produits comme les agrumes, les mangues ou les papayes.

Paris avait fait monter la pression en publiant un arrêté suspendant les importations en France de produits agricoles sud-américains (avocats, goyaves, mangues...) traités avec des fongicides et herbicides non autorisés dans l'UE, une mesure soumise toutefois à un feu vert de la Commission, dont la décision est attendue dans une dizaine de jours.

Surtout, Ursula von der Leyen avait proposé dès mardi un geste budgétaire dans la future Politique agricole commune (PAC) 2028-2034 de l'Union européenne, en débloquant de façon anticipée 45 milliards d'euros dès 2028.

Mais le traité de libre-échange avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay reste un "chiffon rouge" qui pourrait entraîner des "mobilisations plus importantes" encore, ne cesse de marteler le premier syndicat agricole français, la FNSEA.

Convois vers Paris et rassemblements locaux, la contestation est vive en France, où des agriculteurs dénoncent à la fois la concurrence accrue des pays latino-américains et la gestion gouvernementale de l'épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.

De plus, la tempête politique couve en France. Si Emmanuel Macron soutient le Mercosur, "il prend le risque d'une censure" du gouvernement, a lancé le chef de la droite Bruno Retailleau

A ce stade, Paris maintient son opposition au Mercosur "en l'état", car le "compte n'y est toujours pas", a répété le gouvernement mercredi matin.

Mais sans autres alliées que la Pologne et la Hongrie, la France ne sera pas en mesure de bloquer l'accord, que plébiscitent l'Allemagne et l'Espagne pour relancer l'économie européenne.

La France votera-t-elle contre l'accord ? Politiquement, signer un tel traité contre l'avis de la première puissance agricole d'Europe embarrasserait la Commission.

Bruxelles insiste sur les garanties apportées aux agriculteurs. Les quotas de produits détaxés — bœuf, volaille.... — seront limités, souligne la Commission, et accompagnés de mesures de "sauvegarde" pour les produits agricoles les plus sensibles.

L'exécutif européen promet d'intervenir en cas de déstabilisation du marché, avec la possibilité si nécessaire de rétablir des droits de douane.

L'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur permettrait notamment à l'UE d'exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux. Dans le sens inverse, il faciliterait l'entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées.

Après la signature du traité, il devra encore être ratifié par le Parlement européen, où le scrutin pourrait être serré.


France, Allemagne et Pologne espèrent la signature rapide de l'accord UE-Inde

Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul, le ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski posent pour une photo de famille dans le cadre d'une réunion des ministres des Affaires étrangères du Triangle de Weimar et de l'Inde au ministère français des Affaires étrangères à Paris, le 7 janvier 2026. (AFP)
Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul, le ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski posent pour une photo de famille dans le cadre d'une réunion des ministres des Affaires étrangères du Triangle de Weimar et de l'Inde au ministère français des Affaires étrangères à Paris, le 7 janvier 2026. (AFP)
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  • L’UE et l’Inde se rapprochent d’un accord majeur de libre-échange et de sécurité, qui pourrait être signé lors du sommet prévu le 27 janvier, marquant une étape clé du partenariat stratégique
  • Face aux tensions géopolitiques et commerciales mondiales, Européens et Indiens cherchent à diversifier leurs partenariats et réduire leurs dépendances économiques et sécuritaires

PARIS: La France, l'Allemagne et la Pologne ont appelé mercredi de leur voeux la signature prochainement d'un accord commercial et sécuritaire entre l'UE et l'Inde, "étape décisive" d'un "rapprochement stratégique", selon le ministre français des Affaires étrangères mercredi.

"Un accord majeur entre l'UE et l'Inde est en passe d'aboutir dans les prochaines semaines avec un sommet qui lui sera consacré à la fin du mois de janvier", a déclaré Jean-Noël Barrot lors d'une conférence de presse avec ses homologues allemand, polonais et indien. Il "marquera une étape décisive dans le rapprochement stratégique entre nos deux espaces", a-t-il ajouté.

L'Inde et l'UE sont depuis longtemps en négociation pour conclure non seulement un accord de libre-échange, mais encore un accord de sécurité. Un sommet est prévu le 27 janvier.

"Il est très important que nous signions rapidement un accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Inde", a déclaré le ministre polonais Radoslaw Sikorski à l'issue d'une réunion au format Weimar (France, Allemagne, Pologne) à laquelle participait aussi le ministre indien, Subrahmanyam Jaishankar, pour qui la relation UE-Inde "a vocation" à se renforcer.

Dans le contexte de brutalisation des relations internationales, "nous devons diversifier davantage et réduire les dépendances afin de ne pas nous rendre vulnérables au chantage", a pour sa part déclaré l'Allemand Johann Wadephul.

"L'accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Inde est une étape importante vers davantage de diversification (...). C'est pourquoi nous travaillons intensément à Bruxelles pour conclure bientôt cet accord", a-t-il poursuivi, ajoutant que le partenariat de sécurité et de défense entre l'UE et l'Inde était "également sur la bonne voie",

L'Inde, qui promeut une doctrine internationale de multi-alignement, et l'Union européenne (UE), escomptaient finaliser un accord de libre-échange commercial avant la fin 2025, dans le contexte de guerre commerciale entre grandes puissances, avec les droits de douane imposés par les Etats-Unis ou la Chine à plusieurs de leurs partenaires.

L'UE est le plus grand partenaire commercial de l'Inde, avec 124 milliards d'euros d'échanges de marchandises en 2023, soit plus de 12% du total du commerce indien, selon Bruxelles.

Bruxelles plaide notamment pour l'ouverture du marché indien à ses voitures et son alcool tandis que l'Inde souhaite vendre plus facilement ses produits textiles ou ses médicaments.

L'accord porterait en outre sur la sécurité.

"Nous espérons étendre le partenariat Union-Inde au domaine de la sécurité et de la défense, et nous espérons qu'un document approprié sera signé lors du sommet Union-Inde le 27" janvier, a indiqué M. Sikorski.

Soulignant l'importance de l'Europe, le ministre indien a estimé qu'il était "également nécessaire que l'Inde renforce sa relation" avec ce continent.

"Je crois que nous pouvons apporter davantage de stabilité, à la fois à l'économie internationale et à la politique mondiale, et c'est vraiment la raison de ma présence ici" à Paris, a-t-il fait valoir.

Preuve d'une volonté partagée de renforcer les liens réciproques, le chancelier allemand Friedrich Merz se rendra en Inde dans les prochains jours, et le président français Emmanuel Macron "bientôt", a-t-il dit.

Plusieurs autres dirigeants européens devraient se rendre en Inde "très prochainement", a-t-il enfin précisé.