Chars: Scholz rompt avec un attentisme critiqué de toutes parts

Olaf Scholz a rompu avec un attentisme critiqué de toutes parts et accepté mercredi la livraison des chars réclamés par Kiev, atteignant son objectif d'être suivi par les Américains mais au prix de tensions avec d'autres alliés comme la Pologne. (AFP)
Olaf Scholz a rompu avec un attentisme critiqué de toutes parts et accepté mercredi la livraison des chars réclamés par Kiev, atteignant son objectif d'être suivi par les Américains mais au prix de tensions avec d'autres alliés comme la Pologne. (AFP)
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Publié le Jeudi 26 janvier 2023

Chars: Scholz rompt avec un attentisme critiqué de toutes parts

  • M. Scholz «s'inspire ici du principe de la Guerre froide selon lequel l'Allemagne doit maintenir la puissance protectrice américaine aussi étroitement impliquée que possible», relève le quotidien Welt
  • Berlin avait besoin de la «couverture» américaine pour cette annonce, confirme Sudha David-Wilp, du think-tank German Marshall Fund

BERLIN: Olaf Scholz a rompu avec un attentisme critiqué de toutes parts et accepté mercredi la livraison des chars réclamés par Kiev, atteignant son objectif d'être suivi par les Américains mais au prix de tensions avec d'autres alliés comme la Pologne.

Sous pression, le chancelier allemand s'est résolu à donner son feu vert à la livraison par Varsovie et d'autres pays qui le souhaiteraient de chars Leopard 2.

Le successeur d'Angela Merkel a aussi créé la surprise avec l'annonce de l'envoi de modèles de chars 2A6, plus perfectionnés que les modèles envoyés par la Pologne, issus du stock de la Bundeswehr.

Avec la décision de Washington d'emboîter le pas à Berlin et de livrer 31 chars lourds Abrams à Kiev, Olaf Scholz évite également d'être seul à endosser cette gradation dans le soutien militaire à l'Ukraine.

M. Scholz "s'inspire ici du principe de la Guerre froide selon lequel l'Allemagne doit maintenir la puissance protectrice américaine aussi étroitement impliquée que possible", relève le quotidien conservateur Welt.

Berlin avait besoin de la "couverture" américaine pour cette annonce, confirme Sudha David-Wilp, du think-tank German Marshall Fund.

Devant le Bundestag, la chambre basse du parlement, le chancelier a insisté sur la nécessité, malgré l'envoi de chars, d'empêcher toute "escalade" du conflit qui déboucherait sur une guerre entre la Russie et l'Otan.

Il a ainsi fermement exclu l'envoi à l'Ukraine d'avions de combat, anticipant de quelques heures la demande du président Volodymyr Zelensky qui a réclamé mercredi soir des missiles de longue portée, ainsi que des avions de combat

Soulagement 

La presse allemande était elle-même plutôt soulagée mercredi après le feu vert allemand qui permet selon le quotidien Tagesspiegel de "répartir les risques d'escalade" entre plusieurs pays et de maintenir l'alliance entre Occidentaux.

Dans la classe politique allemande, excepté aux deux extrêmes, ainsi que dans le reste de l'Europe, la décision de Berlin a été saluée.

Cette décision est un "grand pas en avant pour stopper la Russie", a applaudi le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki.

Suspendu au feu vert allemand, la Pologne n'a pas épargné Berlin ces dernières semaines, certains commentateurs allant jusqu'à mettre en cause la fiabilité de l'Allemagne et à juger ces atermoiements dommageables pour la réputation internationale du pays.

"Cela a vraiment été une source d'embarras pour le gouvernement allemand", affirme à l'AFP John Lough, chercheur au think-tank Chatham House.

Olaf Scholz a balayé ces critiques mercredi soir lors d'une interview sur la chaîne de télévision publique ZDF, rejetant l'idée que ses hésitations aient pu entraîner une "perte de confiance" parmi les alliés.

Comme devant le Bundestag quelques heures plus tôt, il a justifié sa prudence par la nécessité que "toutes les décisions soient préparées et bien pesées, prises en commun et en étroite coopération avec nos alliés".

Poids de l'histoire

Il s'est félicité d'avoir eu "les nerfs solides" pour résister à la pression, tant que le moment d'annoncer l'envoi de chars lourds n'était, selon lui, pas venu.

Avec comme souci primordial de ne pas faire de l'Allemagne et de l'Otan des "belligérants", a-t-il rappelé, affirmant aussi avoir tenu compte des "inquiétudes" de l'opinion publique.

Les Allemands sont très partagés quant à des livraisons de chars: 46% sont pour, 43% contre, selon un récent sondage pour la chaîne publique ARD.

"Il reste l'image d'un homme sous pression qui a trop longtemps hésité", a regretté le chef de l'opposition conservatrice CDU, Friedrich Merz.

Et sa communication à minima, sur un sujet aussi crucial, continue d'alimenter les frustrations : "En temps de guerre, il faut des armes mais aussi des mots", a commenté l'éditorialiste de la chaîne ZDF.

Les motifs d'hésitation étaient nombreux du côté du chancelier.

M. Scholz évoque régulièrement le risque d'escalade avec Moscou en cas d'implication trop directe de Berlin. L'Allemagne craindrait notamment d'éventuelles représailles russes, des cyberattaques par exemple.

Le chancelier est de surcroît issu d'un mouvement, le SPD, qui a longtemps promu une forme d’accommodement avec Moscou, avec lequel il est délicat de rompre du jour au lendemain.

L'envoi de chars allemands en Ukraine, théâtre durant la Seconde guerre mondiale de certains des massacres les plus épouvantables de la Shoah, n'est pas anodin pour le peuple allemand, encore sonné par l'invasion russe de l'Ukraine qui a mis fin à la paix en Europe.


Avec l'ouverture de consulats, France et Canada marquent leur soutien au Groenland

Des passagers se préparent à embarquer à bord d’un avion d’Air Inuit alors qu’ils voyagent de Montréal à Nuuk, au Groenland, le 5 février 2026. (Christinne Muschi / The Canadian Press via AP)
Des passagers se préparent à embarquer à bord d’un avion d’Air Inuit alors qu’ils voyagent de Montréal à Nuuk, au Groenland, le 5 février 2026. (Christinne Muschi / The Canadian Press via AP)
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  • La France et le Canada ouvrent des consulats généraux à Nuuk, marquant leur soutien au Groenland face aux velléités américaines et renforçant la reconnaissance internationale de l’autonomie groenlandaise
  • Cette démarche s’inscrit dans une stratégie européenne et alliée visant à internationaliser la question du Groenland, tout en accompagnant le territoire dans sa montée en puissance diplomatique et politique

COPENHAGUE: La France et le Canada, qui s'opposent au projet de l'administration américaine de prendre le contrôle du Groenland, ouvrent chacun vendredi un consulat général à Nuuk, la capitale de ce territoire autonome danois, une reconnaissance pour le gouvernement local.

"C'est une victoire pour les Groenlandais de voir deux pays alliés ouvrir des représentations diplomatiques à Nuuk", estime Jeppe Strandsbjerg, politologue rattaché à l'Université du Groenland. "Les Groenlandais apprécient énormément le soutien face aux remarques de Trump".

La récente crise a débouché sur la conclusion entre le président américain et le secrétaire général de l'Otan d'un "cadre" en vue d'un accord sur l'avenir de l'île arctique, aux contours encore flous tandis qu'Américains, Groenlandais et Danois se retrouvent au sein d'un groupe de travail.

Le contenu de l'accord et la teneur des discussions n'ont pas été rendus publics.

Danemark et Groenland, qui partagent les préoccupations de Donald Trump sur la sécurité arctique, refusent tout transfert de souveraineté.

La décision française d'ouvrir un consulat est antérieure aux récentes tensions. Elle avait été annoncée en juin lors d'une visite du président Emmanuel Macron à Nuuk où il était venu exprimer la "solidarité européenne" pour l'île, critiquant déjà les velléités de Donald Trump de l'annexer.

Jean-Noël Poirier, ancien ambassadeur de France au Vietnam, a été nommé consul général.

Le Canada avait lui indiqué fin 2024 qu'il allait ouvrir un consulat général sur l'immense territoire arctique pour affermir la coopération avec les Groenlandais.

L'ouverture de ces représentations diplomatiques permet de dire "à Donald Trump que son agressivité envers le Groenland et le Danemark n'est pas seulement une question pour le Groenland et le Danemark, c'est aussi une affaire pour les alliés européens, mais également pour le Canada", souligne à l'AFP Ulrik Pram Gad, spécialiste de l'Arctique à l'Institut danois des études internationales.

"C'est un petit pas, cela fait partie de la stratégie de rendre le problème européen", insiste Christine Nissen, analyste du think-tank Europa, experte en questions de sécurité et de défense. "Ses conséquences ne sont évidemment pas seulement danoises, c'est un problème européen et global".

- Reconnaissance -

Pour la diplomatie groenlandaise, l'ouverture de consulats - qui dépendent formellement des ambassades de France et du Canada à Copenhague - c'est aussi "l'occasion de s'entraîner à l'indépendance en ayant des relations directes", note M. Strandsbjerg.

C'est une forme de reconnaissance pour leur autonomie grandissante, définie dans la loi-cadre de 2009.

"Les Groenlandais penseront, dans le cadre de leur propre quête de souveraineté, à avoir des contacts plus directs avec d'autres pays européens", dit Mme Nissen.

Cela permet de "réduire l'importance du rôle du Danemark en diversifiant la dépendance du Groenland vis-à-vis du monde extérieur, pour que tout ne vienne plus uniquement du Danemark, mais qu'il y ait davantage de relations sur les plans économique, commercial, des investissements, politique, etc.", abonde M. Pram Gad.

Le Groenland a des représentations diplomatiques auprès de l'Union européenne depuis 1992, à Washington depuis 2014 et à Reykjavik depuis 2017.

A Nuuk, l'Islande a ouvert son consulat général en 2013 et les Etats-Unis en 2020. Entre 1940 et 1953, les Américains avaient eu un premier consulat dans la paisible capitale groenlandaise.

La Commission européenne a elle ouvert un bureau en 2024.


Le président Trump déclare qu'il «travaille dur pour mettre fin» à la guerre au Soudan

Le président américain Donald Trump s'exprime lors du National Prayer Breakfast à Washington DC, jeudi. (Capture d'écran)
Le président américain Donald Trump s'exprime lors du National Prayer Breakfast à Washington DC, jeudi. (Capture d'écran)
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  • M. Trump a déclaré pour la première fois qu'il commencerait à "travailler" sur la guerre au Soudan en novembre dernier, après que le prince héritier saoudien lui a demandé d'aider à mettre fin au conflit lors d'une visite aux États-Unis
  • "Sa majesté aimerait que je fasse quelque chose de très puissant en rapport avec le Soudan", a déclaré M. Trump lors du Forum d'investissement américano-saoudien

LONDRES : Le président américain Donald Trump a déclaré jeudi qu'il "travaillait dur" pour mettre fin à la guerre au Soudan.

"Je travaille dur pour mettre fin à cette guerre. Nous sommes très proches d'y parvenir. Ce sera le neuvième, si nous ne réglons pas d'abord la question de la Russie et de l'Ukraine. Mais nous travaillons dur pour mettre fin à toute cette guerre. Nous sommes très près d'y parvenir. Nous l'avons presque fait", a déclaré le président lors du National Prayer Breakfast à Washington DC.

M. Trump a déclaré pour la première fois qu'il commencerait à "travailler" sur la guerre au Soudan en novembre dernier, après que le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed bin Salman lui a demandé d'aider à mettre fin au conflit lors d'une visite aux États-Unis.

"Sa majesté aimerait que je fasse quelque chose de très puissant en rapport avec le Soudan", a déclaré M. Trump lors du Forum d'investissement américano-saoudien.

"Ce n'était pas dans mon programme, je pensais que c'était quelque chose de fou et d'incontrôlable", a-t-il ajouté.

"Mais je vois à quel point c'est important pour vous, et pour beaucoup de vos amis dans cette salle, le Soudan. Et nous allons commencer à travailler sur le Soudan".

Depuis son déclenchement en avril 2023, la guerre entre l'armée soudanaise et les forces paramilitaires de soutien rapide a tué des dizaines de milliers de personnes et en a déplacé près de 12 millions.


Pologne: l'ambassadeur américain rompt avec le président du Parlement à cause d'«insultes» envers Trump

Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix. (AFP)
Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix. (AFP)
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  • Le Premier ministre, Donald Tusk, a réagi aussitôt aux déclarations de l'ambassadeur, insistant sur le fait que "les alliés devraient se respecter et non pas se faire la morale"
  • Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix

VARSOVIE: L'ambassadeur des Etats-Unis à Varsovie a annoncé jeudi la rupture de "tout échange" avec le président de la chambre basse du Parlement polonais, qualifiant d'"insultes" ses propos sur son refus de soutenir Donald Trump pour le Prix Nobel de la Paix.

"Nous ne permettrons à personne de nuire aux relations américano-polonaises ni de manquer de respect à (Donald Trump) qui a tant fait pour la Pologne et le peuple polonais", a écrit l'ambassadeur Tom Rose sur X.

Le Premier ministre, Donald Tusk, a réagi aussitôt aux déclarations de l'ambassadeur, insistant sur le fait que "les alliés devraient se respecter et non pas se faire la morale".

Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix.

"Je ne soutiendrai pas la motion en faveur d'un prix Nobel de la paix pour le président Trump, parce qu'il ne le mérite pas", a alors déclaré M. Czarzasty.

Il a estimé que plutôt que se rapprocher davantage de la Maison-Blanche, la Pologne devrait "renforcer les alliances existantes" telles que l'OTAN, l'ONU et l'OMS.

Il a critiqué M. Trump, notamment pour l'imposition de tarifs douaniers aux pays européens, ses menaces d'annexer le Groenland ou ses affirmations selon lesquelles les alliés des Etats-Unis au sein de l'OTAN, dont la Pologne, seraient "restés un peu loin des lignes de front" pendant la guerre en Afghanistan.

"C'est une violation de la politique des principes et des valeurs, souvent une violation du droit international", a déclaré M. Czarzasty.

Fin janvier, avec plusieurs autres hauts responsables polonais, M. Czarzasty a dénoncé des propos du président Trump selon lesquels les États-Unis "n’avaient jamais besoin" des alliés de l'OTAN.

Il a qualifié ces affirmations de "scandaleuses".

Quarante-trois soldats polonais sont morts au sein de la coalition de l’OTAN dirigée par les Etats-Unis en Afghanistan.

Jeudi, le président de la Diète a soutenu ses propos.

"Conformément à mes valeurs, j'ai défendu les soldats polonais engagés dans des missions et je n'ai pas soutenu la candidature du président @realDonaldTrump au prix Nobel de la paix", a-t-il déclaré sur X, accueillant "avec regret" la déclaration de l'ambassadeur.

M. Czarzasty dirige le parti La Nouvelle Gauche, membre de la coalition gouvernementale pro-européenne du Premier ministre Donald Tusk, avec laquelle M. Rose a déclaré entretenir "d'excellentes relations".

Cette coalition est confrontée à une cohabitation difficile avec le président conservateur-nationaliste Karol Nawrocki, fervent soutien de M. Trump.