Tunisie: la «désalphabétisation» en marche

Une élève tunisienne lève le pouce devant une école primaire le 15 septembre 2020 dans la région d'Ariane près de Tunis. (AFP / FETHI BELAID)
Une élève tunisienne lève le pouce devant une école primaire le 15 septembre 2020 dans la région d'Ariane près de Tunis. (AFP / FETHI BELAID)
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Publié le Mercredi 01 février 2023

Tunisie: la «désalphabétisation» en marche

  • Le ministre des Affaires sociales a levé un coin du voile sur l’ampleur du phénomène à l’occasion de la célébration de la Journée arabe de lutte contre l’analphabétisme
  • L’État, en raison des graves difficultés financières auxquelles il se trouve confronté, n’alloue pas un budget suffisant

TUNIS: En Tunisie, le nombre d’analphabètes – près de 2 millions – est en train de remonter en raison de l’augmentation du nombre d’échecs et d’abandons scolaires et de la non-scolarisation de milliers d’enfants, et parce que le gouvernement n’alloue au programme d’éducation des adultes que le tiers du budget requis.

C’est un autre des paradoxes de la Tunisie d’aujourd’hui. Elle produit à la fois des cadres de haut niveau – médecins, ingénieurs… –, très prisés à l’étranger, et un nombre de plus en plus grand d’analphabètes. Le ministre des Affaires sociales, Malek Ezzahi, a levé un coin du voile sur l’ampleur du phénomène à l’occasion de la célébration de la Journée arabe de lutte contre l’analphabétisme, le 8 janvier dernier.


«Très inquiétant»
D’après le ministre, le pays en compte aujourd’hui près de 2 millions, soit un taux de près de 18%, ce qu’il trouve «très inquiétant». Ce qui l’est au moins autant, c’est que la «machine» à fabriquer des analphabètes s’est emballée: la moitié de ce nombre remonte aux dix dernières années. Ce qui n’est guère étonnant en raison de l’accélération de l’effondrement qu’a connu le pays dans presque tous les domaines, y compris le secteur éducatif, après la chute du régime de Ben Ali, le 14 janvier 2011.

Cette «désalphabétisation» croissante est un autre marqueur des inégalités dans le pays, puisqu’elle ne touche pas toutes ses régions et tous les Tunisiens de la même manière. Ainsi, on compte plus de femmes analphabètes (deux tiers) que d’hommes (un tiers). Le taux d’analphabétisme parmi les femmes rurales (50,4%) est plus élevé que parmi l’ensemble des femmes (32%).


La tendance à la hausse du nombre et du pourcentage d’analphabètes risque malheureusement de se poursuivre au cours des années à venir.

La pauvreté étant l’une des causes de l’analphabétisme, les régions défavorisées – du nord-ouest et du centre-ouest – sont les plus affectées, à plus de 60%. Ce fléau a principalement deux causes: le recul du taux de scolarisation et la forte augmentation de celui de l’abandon scolaire. Si le premier facteur reste stable pour les enfants de 6 ans (il était de 99,5% en 2019/2020, mais ne dépasse pas 75% pour les collégiens et les lycéens, d’après un rapport d’avril 2022 de l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives (Itceq).

L’évolution de l’abandon scolaire est beaucoup plus forte, et particulièrement préoccupante. D’après le même rapport, il «a progressé considérablement depuis les années 1980», passant d’environ 26 000 en 1984/1985 à 57 613 en 1994/1995, avant de «dépasser le seuil critique de 100 000 après la révolution de 2011». Mais d’après le ministre de l’Éducation, Fethi Sellaouti, ce phénomène a pris depuis une autre proportion, puisqu’on a enregistré 69 000 nouveaux cas en 2021 et 109 000 en 2022. Cela signifie que leur nombre augmente désormais de 300 par jour.

Graves difficultés financières
La tendance à la hausse du nombre et du pourcentage d’analphabètes risque malheureusement de se poursuivre au cours des années à venir. D’abord parce que l’État, en raison des graves difficultés financières auxquelles il se trouve confronté, n’alloue pas un budget suffisant: près de 9 millions de dinars tunisiens (2,67 millions d’euros), alors qu’il en faut au moins trois fois plus au programme national d’éducation des adultes. Ce budget a en outre été suspendu après 2011 et n’a été relancé qu’en 2019.

Enfin, les cas d’échec, d’abandon scolaire et de non-scolarisation ne vont cesser de croître, puisque la réforme du système éducatif dont il est question depuis des années a bien peu de chances de se concrétiser dans les conditions actuelles du pays.


Le président libanais se déchaîne contre le Hezbollah, veut des négociations avec Israël

Le président libanais Joseph Aoun a accusé lundi le Hezbollah de vouloir provoquer "l'effondrement" du Liban pour le compte de l'Iran et appelé à des négociations "directes" avec Israël pour mettre fin à la guerre. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a accusé lundi le Hezbollah de vouloir provoquer "l'effondrement" du Liban pour le compte de l'Iran et appelé à des négociations "directes" avec Israël pour mettre fin à la guerre. (AFP)
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  • Israël pilonne sans relâche le Liban depuis que la formation pro-iranienne a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël
  • "Ceux qui ont lancé les missiles" sur Israël ont voulu "provoquer l'effondrement du Liban (..) pour le compte de l'Iran, et c'est ce que nous avons mis en échec", a affirmé le dirigeant libanais, adoptant un ton extrêmement ferme à l'égard du Hezbollah

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a accusé lundi le Hezbollah de vouloir provoquer "l'effondrement" du Liban pour le compte de l'Iran et appelé à des négociations "directes" avec Israël pour mettre fin à la guerre.

Israël pilonne sans relâche le Liban depuis que la formation pro-iranienne a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël.

"Ceux qui ont lancé les missiles" sur Israël ont voulu "provoquer l'effondrement du Liban (..) pour le compte de l'Iran, et c'est ce que nous avons mis en échec", a affirmé le dirigeant libanais, adoptant un ton extrêmement ferme à l'égard du groupe pro-iranien.

Il a tenu ces propos lors d'une rencontre par visioconférence avec les chefs des institutions européennes Ursula von der Leyen et Antonio Costa.

Joseph Aoun a qualifié le Hezbollah "de faction armée échappant à l'autorité de l'Etat au Liban, qui n'accorde aucun poids aux intérêts du Liban, ni à la vie de son peuple".

Il a assuré que la décision, lundi, du gouvernement d'interdire toute activité militaire ou sécuritaire du Hezbollah était "claire et irrévocable". "C'est ce que nous voulons mettre en oeuvre avec fermeté et clarté", a déclaré Joseph Aoun.

Le chef de l'Etat a proposé, pour mettre un terme à la guerre, "une trêve" avec Israël, suivie par une aide logistique à l'armée libanaise pour qu'elle puisse se déployer dans les zones de conflit et "désarmer le Hezbollah".

Dans le même temps, il s'est déclaré pour "que le Liban et Israël entament des négociations directes sous parrainage international" entre les deux pays toujours en état de guerre.

Les frappes israéliennes ont fait depuis le 2 mars près de 400 morts et un demi-million de déplacés.

 


Liban: un prêtre tué par des tirs israéliens dans un village du sud

Liban: un prêtre tué par des tirs israéliens dans un village du sud
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  • Une maison du village a été visée lundi par "deux tirs d'artillerie successifs provenant d'un char ennemi de type Merkava", selon l'Ani
  • Le premier tir a blessé le propriétaire de la maison et son épouse, a précisé le média

BEYROUTH: Un prêtre a été tué lundi par des tirs d'artillerie de l'armée israélienne dans un village du sud du Liban, particulièrement touché par la reprise du conflit entre Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), des habitants et une source médicale à l'AFP.

La victime, Pierre Raï, était le curé de la paroisse de Qlayaa, qui fait partie des villages chrétiens frontaliers du sud du Liban ayant décidé de se tenir à l'écart du conflit et de ne pas suivre les ordres d'évacuation israéliens.

Une maison du village a été visée lundi par "deux tirs d'artillerie successifs provenant d'un char ennemi de type Merkava", selon l'Ani.

Le premier tir a blessé le propriétaire de la maison et son épouse, a précisé le média.

Un second tir sur la maison a blessé le prêtre et trois autres habitants, selon des résidents du village, qui ont raconté à l'AFP être accourus sur place avec des secouristes de la Croix rouge libanaise.

Le prêtre a plus tard succombé à ses blessures, a affirmé une source médicale.

Les motivations de l'attaque israélienne contre cette maison située en bordure du village restent pour l'instant inconnues.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël qui mène depuis des représailles massives.

L'armée israélienne a ordonné à plusieurs reprises aux habitants d'une vaste partie du sud du Liban de partir, provoquant un exode massif.

Le curé avait pris part vendredi à un rassemblement devant une église de Marjeyoun, localité avoisinante, où plusieurs dizaines d'habitants se sont dit résolus à rester sur leurs terres.

"Lorsque nous défendons nos terres, nous le faisons en tant que pacifistes qui ne portent que des armes de paix", avait alors déclaré Pierre Raï.

Il avait appelé à considérer Marjeyoun comme "une zone rouge", c'est-à-dire qui ne devrait pas abriter des déplacés de la zone partisans du Hezbollah.

 


Liban: nouvelle frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth

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  • L'aviation israélienne a mené une nouvelle frappe lundi matin sur la banlieue sud de Beyrouth
  • Un porte-parole arabophone de l'armée israélienne avait averti qu'elle allait frapper les succursales de la société financière Al-Qard Al-Hassan

BEYROUTH: L'aviation israélienne a mené une nouvelle frappe lundi matin sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle) et les images de l'AFPTV.

Un porte-parole arabophone de l'armée israélienne avait averti qu'elle allait frapper les succursales de la société financière Al-Qard Al-Hassan, liée au Hezbollah, implantée notamment dans les fiefs de la formation.