L'invasion russe a étouffé la corruption en Ukraine

Oleksandr Novikov, chef de l'Agence nationale de prévention de la corruption (NACP), est interviewé par l'AFP à Kyiv le 2 février 2023, lors de l'invasion russe de l'Ukraine. (Photo, AFP)
Oleksandr Novikov, chef de l'Agence nationale de prévention de la corruption (NACP), est interviewé par l'AFP à Kyiv le 2 février 2023, lors de l'invasion russe de l'Ukraine. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 03 février 2023

L'invasion russe a étouffé la corruption en Ukraine

  • Selon Novikov, les pertes financières de l'Ukraine liées à la corruption étaient estimées à environ 7 milliards d'euros par an en 2020
  • «La plupart de ces pertes étaient liés au secteurs du fisc et des douanes. Depuis, aucun changement considérable n'a eu lieu», regrette le responsable

KIEV: L'invasion russe a fortement réduit la corruption en Ukraine et provoqué un changement de mentalité "irréversible" dans ce pays, estime le chef d'une agence anticorruption ukrainienne, selon qui de récents scandales confirment cette tendance.

"Pendant les premiers mois de la guerre, nous avons constaté que la corruption avait pratiquement disparu", a déclaré Oleksandre Novikov, 42 ans, chef de l'Agence nationale de prévention de la corruption (ANPC), lors d'un entretien accordé à l'AFP après une série de perquisitions chez des personnalités et dans des administrations ukrainiennes.

Mais, passé le premier choc du conflit, "certains ont renoué avec les vieilles pratiques", regrette cet ex-procureur, à la tête de l'ANPC depuis trois ans.

Les autorités ukrainiennes ont perquisitionné mercredi au domicile du milliardaire sulfureux Igor Kolomoïski - dans une affaire de détournement de fonds impliquant des compagnies pétrolières -, à celui d'un ex-ministre de l'Intérieur et au fisc ukrainien, tandis que la direction des Douanes a été limogée.

De hauts responsables du ministère de la Défense ont également reçu la visite d'enquêteurs, une semaine après le limogeage d'une série de hauts responsables dans une affaire de corruption concernant des approvisionnements de l'armée, premier scandale d'ampleur depuis l'invasion russe il y a près d'un an.

L'Ukraine, qui accueille vendredi un sommet avec l'Union européenne et dont l'effort de guerre dépend en grande partie du soutien européen et américain, semble chercher ainsi à rassurer ses alliés sur les risques de détournements de l'aide, alors que l'UE a fait de la lutte anticorruption une condition à l'accession de l'Ukraine au bloc européen

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué jeudi à Kiev les récents efforts de lutte anticorruption et la réaction "rapide" des autorités.

Changement de mentalité

Ces affaires montrent "que l'Ukraine combat la corruption", assure de son côté M. Novikov.

"Le niveau de la corruption a largement baissé ces dernières années", souligne-t-il, citant un sondage financé par l'Agence américaine pour le développement (USAID) et réalisé à l'été 2022, en pleine invasion.

Selon cette étude, 29% des Ukrainiens trouvent que le niveau de corruption dans leur pays est en baisse, contre seulement 4% l'année précédente. Par ailleurs, 64% de la population dit ne pas avoir été confrontée à ce fléau pendant les 12 derniers mois, contre 43% un an plus tôt.

Plus concrètement, l'agence de M. Novikov a reçu 1.300 plaintes portant sur la corruption présumée en 2021 contre 4.500 l'année d'avant.

Le nombre d'Ukraniens jugeant que les pots-de-vin ne sont "jamais justifiés" est passé de 40% en 2021 à 64% l'année suivante. Et la part de la population prête à dénoncer les cas de corruption a presque doublé, de 44% à 84%, selon la même source.

"Un changement colossal de la conscience publique a eu lieu", se réjouit M. Novikov. Selon lui, cette évolution s'explique par la solidarité sans précédent dont font preuve les Ukrainiens depuis le début du conflit, et par le renforcement inédit de la confiance envers leurs autorités en cette période.

"Quand vous faites confiance à l'État et que vous le percevez comme le vôtre, vous ne tolérez plus aucune violation de sa part", analyse le responsable.

Tout n'est pourtant pas rose dans ce pays, classé à la 116e place sur 180 selon l'indice de perception de la corruption en 2022 établi par l'ONG Transparency International.

Pas de violations majeures liées à l'aide occidentale 

Selon Novikov, les pertes financières de l'Ukraine liées à la corruption étaient estimées à environ 7 milliards d'euros par an en 2020. "La plupart de ces pertes étaient liés au secteurs du fisc et des douanes. Depuis, aucun changement considérable n'a eu lieu", regrette le responsable.

En revanche, son agence "n'a trouvé aucune violation majeure dans l'utilisation de l'aide occidentale". Si des infractions concernant l'assistance humanitaire ont été découvertes, elles n'ont pas été "importantes ou systémiques", assure M. Novikov.

Il presse aussi le gouvernement de réinstaurer la publication en ligne des déclarations de revenus des responsables étatiques et l'utilisation du système des enchères électroniques pour les achats non-militaires de l'armée, suspendues pour la durée de la guerre.

"Ces instruments doivent être restaurés, et seulement après nos partenaires seront sûrs que leur aide est utilisée correctement", estime M. Novikov.


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
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  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.