Défense, énergie, Russie: le modèle allemand chamboulé par la guerre

Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius (à droite), est assis à côté d'un soldat allemand conduisant un char Leopard 2 lors de sa visite au bataillon de chars 203 de la Bundeswehr, pour en savoir plus sur les performances du char de combat principal Leopard 2, à Augustdorf, dans l'ouest de l'Allemagne, le 1er février 2023. (AFP)
Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius (à droite), est assis à côté d'un soldat allemand conduisant un char Leopard 2 lors de sa visite au bataillon de chars 203 de la Bundeswehr, pour en savoir plus sur les performances du char de combat principal Leopard 2, à Augustdorf, dans l'ouest de l'Allemagne, le 1er février 2023. (AFP)
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Publié le Dimanche 19 février 2023

Défense, énergie, Russie: le modèle allemand chamboulé par la guerre

  • Ayant rechigné pendant des années à se conformer aux objectifs de financement de l'Otan, Berlin a promis de consacrer tous les ans plus de 2% de son Produit intérieur brut (PIB) à sa défense
  • Bouleversé aussi le modèle énergétique allemand, crucial pour l'économie : avant la guerre, les industriels s'approvisionnaient en Russie qui fournissait 55% du gaz et 35% du pétrole

BERLIN: Il n'a fallu que quelques jours à Olaf Scholz pour proclamer, il y a un an, un virage stratégique de l'Allemagne après l'invasion russe de l'Ukraine. Mais ce tournant reste difficile à mettre en oeuvre.

Une déclaration du chancelier allemand, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich qui se tient ce week-end, permet de mesurer le changement de cap.

En livrant des armes à l'Ukraine, "nous assumons la responsabilité qu'un pays de la taille, de la situation et de la puissance économique de l'Allemagne doit assumer dans des temps comme ceux-ci", a asséné le dirigeant devant d'autres responsables occidentaux.

Marquée par les horreurs commises sous les nazis, l'Allemagne s'est longtemps voulue pacifiste, se résolvant seulement à envoyer des soldats sur le sol européen lors de l'intervention de l'Otan au Kosovo en 1999.

Bercée par le rêve d'une harmonie germano-russe après la guerre froide et la réunification, le pays avait laissé ses capacités militaires se déliter, se contentant d'être la première économie européenne sans endosser davantage de responsabilités pour la sécurité du monde.

"Nous avons cru qu'il ne pouvait y avoir de sécurité qu'avec la Russie et non contre elle. C'était une erreur", constate Rolf Nikel, vice-président du think-tank DGAP à Berlin, dans un entretien à l'AFP.

«Pas de plan B»

Avec l'offensive russe du 24 février 2022, toutes ces certitudes sont tombées.

Trois jours après, le chancelier Olaf Scholz avait annoncé au Bundestag "une ère nouvelle", et débloqué une enveloppe exceptionnelle de 100 milliards d'euros pour moderniser l'armée.

Ayant rechigné pendant des années à se conformer aux objectifs de financement de l'Otan, Berlin a promis de consacrer tous les ans plus de 2% de son Produit intérieur brut (PIB) à sa défense.

Bouleversé aussi le modèle énergétique allemand, crucial pour l'économie : avant la guerre, les industriels s'approvisionnaient en Russie qui fournissait 55% du gaz et 35% du pétrole.

Bon marché, ce gaz promettait d'assurer la transition, le temps de développer les renouvelables --éoliennes et panneaux solaires--, après la décision de Berlin de sortir du nucléaire, suite à la catastrophe de Fukushima en 2011.

"Nous pensions qu'il s'agissait d'une double dépendance: certes, nous étions tributaires des livraisons de la Russie mais nous supposions qu'elle l'était aussi en tant que vendeur. Nous n'avions pas de plan B", résume M. Nikel.

Pour remplacer les pipelines russes, Berlin a dû prolonger de quelques mois ses centrales nucléaires, rallumer temporairement des centrales à charbon et ouvrir des terminaux méthaniers pour importer du gaz liquéfié (GNL).

Manifeste pour la paix

Un an après le début de l'offensive russe, l'Allemagne est "indépendante du gaz russe" comme l'a proclamé Olaf Scholz.

Le pays n'a en fait pas eu le choix puisque la Russie a progressivement réduit les livraisons via les gazoducs sous-marins Nord Stream. Puis l'explosion d'origine inconnue qui les a endommagés en septembre a définitivement coupé les flux.

Sans gaz russe, l'Allemagne achète désormais du GNL à des tarifs beaucoup plus élevés qui risquent d'affaiblir durablement la compétitivité de certains secteurs industriels.

Quant au tournant stratégique et militaire, il s'accomplit dans la douleur.

La forte impression faite par le discours d'Olaf Scholz le 27 février "a été relativisée au fil des mois" car "il a fallu trop longtemps pour que l'Allemagne commence à soutenir réellement l'Ukraine, y compris avec du matériel militaire et des armes", estime auprès de l'AFP Marie-Agnès Strack-Zimmermann, député du parti libéral FDP, membre de la coalition gouvernementale.

"Combien de temps Scholz veut-il se cacher derrière Biden ?", assenait encore récemment l'hebdomadaire der Spiegel, agacé par un chancelier qui n'envisage la sécurité que sous le parapluie américain.

De l'artillerie aux chars de combat, Olaf Scholz s'est vu reprocher d'aller trop lentement.

Il doit tenir compte des réticences d'une partie de la société. En témoigne le "manifeste pour la paix" lancé par la figure politique d'extrême gauche Sahra Wagenknecht et la féministe Alice Schwarzer, qui revendique 500.000 signataires favorables à des "compromis" de Kiev et Moscou, et appelle à manifester samedi prochain.

Quant au leadership que l'Allemagne entend désormais assumer, il a "besoin de communication", observe le député d'opposition Jürgen Hardt, du parti conservateur CDU, qui reproche au successeur d'Angela Merkel une parole inaudible et confuse qui ferait "perdre la confiance et l'adhésion".


L'Iran a présenté une nouvelle proposition aux Etats-Unis via le Pakistan (média d'Etat)

A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
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  • L’Iran a soumis une nouvelle proposition de négociation visant à relancer le dialogue avec les États-Unis pour mettre fin au conflit
  • Le Pakistan joue un rôle de médiateur dans ces discussions, qui restent bloquées malgré les efforts diplomatiques

TEHERAN: L'Iran a présenté une nouvelle offre en vue de la reprise des négociations avec les Etats-Unis, actuellement au point mort, pour mettre fin durablement à la guerre, a annoncé l'agence officielle iranienne Irna.

"La République islamique a transmis jeudi soir le texte de sa dernière proposition au Pakistan, médiateur dans les discussions avec les Etats-Unis", selon l'agence, qui n'a pas donné plus de détails.


Téhéran active ses défenses aériennes, Trump prêt à ignorer le Congrès

Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Téhéran a activé sa défense antiaérienne malgré un cessez-le-feu fragile, tandis que Washington affirme que la limite légale des 60 jours pour autoriser la guerre ne s’applique plus, ce qui suscite des tensions politiques
  • Le conflit et le blocage du détroit d’Ormuz provoquent une flambée des prix du pétrole et une crise énergétique mondiale, avec des risques économiques majeurs

TEHERAN: Téhéran a activé jeudi soir ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits avions, à l'approche des 60 jours du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, date limite après laquelle Donald Trump doit théoriquement demander l'autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre.

Mais son gouvernement a laissé entendre qu'il ignorera cette obligation qui incombe au président américain en principe vendredi, et que les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter.

Les Etats-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril, en dépit duquel le bras de fer entre entre Téhéran et Washington se poursuit, propulsant les cours des hydrocarbures à des sommets inédits depuis quatre ans.

Selon la Constitution américaine, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi adoptée en 1973 permet cependant au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d'urgence, à condition, s'il engage des troupes américaines plus de 60 jours, qu'il obtienne une autorisation du pouvoir législatif.

Vendredi représente donc la date limite, mais le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a argué jeudi qu'en raison du cessez-le-feu "l'horloge des 60 jours est suspendue".

"Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées", a ajouté à l'AFP un haut responsable de l'administration américaine. "Il n'y a pas eu d'échanges de tirs entre les forces armées américaines et l'Iran depuis le mardi 7 avril".

Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, faisant s'envoler les prix du pétrole.

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois".

Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Vendredi, il gagnait 0,59% à 111,05 dollars vers 05H00 GMT.

- "Défaite honteuse" -

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à l'Iran.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un "prolongement des opérations militaires".

A Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, contre des drones et des aéronefs dont la provenance n'a pas été communiquée.

"Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d'activité et de riposte contre de petits aéronefs", ont indiqué les agences Tasnim et Fars précisant que Téhéran se trouvait de nouveau dans une "situation normale".

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l'impasse.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance.

"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", a jugé le patron de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol.

- "Au bord du gouffre" -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est aussi alarmé de l'"étranglement" de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

"C'est à présent le temps du dialogue, de solutions qui nous éloignent du bord du gouffre et de mesures capables d'ouvrir une voie vers la paix", a-t-il plaidé dans un message sur X.

Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays ont fait au moins dix-sept morts jeudi.

L'ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban "à un tournant". "Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir", a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.


L'accord entre l'UE et le Mercosur entre en vigueur, de façon provisoire

Un policier français se tient à côté de tracteurs stationnés alors que des agriculteurs participent à une manifestation contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, le jour d’un vote sur une saisine des tribunaux, à Strasbourg le 21 janvier 2026. (AFP)
Un policier français se tient à côté de tracteurs stationnés alors que des agriculteurs participent à une manifestation contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, le jour d’un vote sur une saisine des tribunaux, à Strasbourg le 21 janvier 2026. (AFP)
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  • L’accord UE–Mercosur entre en vigueur provisoirement, créant une vaste zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs avec baisse des droits de douane sur plusieurs produits
  • Soutenu par certains pays pour dynamiser l’économie, il est vivement critiqué notamment en France pour les risques de concurrence déloyale envers les agriculteurs européens

BRUXELLES: Il est vivement dénoncé par la France et le monde agricole mais plébiscité par Bruxelles, l'Espagne et l'Allemagne: l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur entre en vigueur vendredi, de façon provisoire.

Ce traité, fruit de plus de 25 ans de tractations ardues, va créer l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de consommateurs.

Les premières conséquences de son application sont immédiates, d'après Bruxelles.

Dès vendredi, les droits de douanes sur les voitures, produits pharmaceutiques ou le vin, que l'UE exporte vers l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay seront "supprimés ou considérablement réduits".

"C'est une grande journée", a salué le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, qualifiant cet accord d'"historique".

"C'est en réalité une journée bien sombre", rétorque l'eurodéputée française Manon Aubry à l'AFP. Les agriculteurs européens "vont se confronter à une concurrence déloyale de centaines de milliers de tonnes de denrées agricoles qui vont inonder le marché européen, avec des normes sanitaires et environnementales au rabais", alerte l'élue de gauche radicale, très investie sur ce dossier.

- Les tracteurs à Bruxelles -

Cet accord commercial a fait l'objet d'innombrables rebondissements depuis les premières négociations, lancées à la fin des années 1990.

Et pour cause: les deux camps sont fondamentalement divisés quant à ses effets.

Pour ses partisans, Berlin et Madrid en tête, ce texte va permettre de relancer l'économie européenne, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

Pour ses détracteurs, le risque est au contraire de bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants. On retrouve ici la France, la Pologne, et de nombreux agriculteurs.

Dans l'espoir d'amadouer ce camp-ci, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles.

Mais rien n'y a fait.

Equipés de tracteurs, fumigènes et drapeaux, les agriculteurs sont venus crier leur colère jusque dans les rues de Bruxelles et de Strasbourg, devant le Parlement européen.

Et le traité de libre-échange, qui facilite l'entrée en Europe de bœuf, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui inquiètent les filières concernées, a finalement été signé mi-janvier.

- Diversifier les partenariats -

Le Parlement européen a dans la foulée saisi la justice pour vérifier la légalité de l'accord.

En attendant cette décision de la Cour de justice de l'UE, d'ici peut-être plus d'un an, la Commission a décidé d'appliquer cet accord de façon provisoire, ce qu'elle est en droit de faire.

Une décision là encore critiquée par la France - son président Emmanuel Macron a parlé d'une "mauvaise surprise" - et les agriculteurs.

Au sein des cortèges du monde agricole, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a souvent cristallisé les critiques, se faisant vilipender nommément.

Celle-ci rétorque que l'UE n'a d'autre choix que de diversifier ses partenariats commerciaux face au retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Elle a donc aussi scellé un accord commercial avec l'Inde fin janvier et avec l'Australie en mars.

Pour marquer l'entrée en vigueur de celui du Mercosur vendredi, la cheffe de l'exécutif européen échangera, aux côtés du président du Conseil européen, Antonio Costa, par visioconférence, avec les dirigeants des pays du Mercosur.