En Algérie, la liberté de conscience sur le banc des accusés

Manifestation de soutien au « Hirak », en juillet à Paris (Photo, François GUILLOT/AFP).
Manifestation de soutien au « Hirak », en juillet à Paris (Photo, François GUILLOT/AFP).
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Publié le Mercredi 25 novembre 2020

En Algérie, la liberté de conscience sur le banc des accusés

  • Accusé notamment de « profanation » du Coran et d' « offense à l'islam », le militant algérien Yacine Mebarki a écopé de dix ans de prison ferme en octobre
  • Engagé localement dans le mouvement de protestation populaire du « Hirak », le militant berbère a été reconnu coupable d' « offense aux préceptes de l'islam »

TUNIS: Accusé notamment de « profanation » du Coran et d' « offense à l'islam », le militant algérien Yacine Mebarki a écopé de dix ans de prison ferme en octobre. Alors que le verdict de son appel est attendu mercredi, ses soutiens fustigent un procès politique. 

« Je suis musulman laïc », s'est défendu Yacine Mebarki, 52 ans, lors de son procès en première instance le 8 octobre à Khenchela (nord-est). Face au juge, il a argué lutter contre le radicalisme religieux et non dénigrer l'islam. 

Engagé localement dans le mouvement de protestation populaire du « Hirak », le militant berbère a été reconnu coupable d' « offense aux préceptes de l'islam ». 

A laquelle s'ajoutent les accusations de « profanation du Livre sacré », d' « incitation à la discrimination », d' « incitation à convertir un musulman à une autre religion » et de « distribution de documents qui visent à ébranler la foi d’un musulman », sans oublier la « possession sans autorisation de matériel de guerre ».

Cette peine de « dix ans de prison ferme et de dix millions de dinars d'amende (66 000 EUR) » est la plus lourde prononcée jusqu'ici, contre un militant du « Hirak », selon le Comité national de libération des détenus (CNLD), une association de soutien aux prisonniers d'opinion.

« Rien dans les écrits de Yacine, ni son parcours, ni ses propos ne justifient cette lourde condamnation », a plaidé sur Facebook le professeur d'économie et militant Abderezak Adel.

Il a dénoncé un « verdict inquisitoire » contre l'activiste berbériste, qui milite pour la pleine reconnaissance de la culture et de l'identité amazigh (berbère) en Afrique du nord.

Double peine

« Halte aux interdits idéologiques », « Halte à la répression », « Non à la justice sélective », affichaient une vingtaine de militants venus réclamer la libération de Mebarki, devant la mairie de Khenchela le 15 octobre.

Pour Oussama Azizi, ami de Mebarki, la peine très sévère dont il a écopé « est destinée à susciter la peur et à anéantir toute mobilisation au niveau local ».

« Le plus dur est de lui coller cette étiquette d'athéisme. Dans une région conservatrice comme Khenchela, cela résonne comme une double condamnation, du côté de la justice et de la société », a-t-il déclaré. 

Un autre partisan du « Hirak », Walid Kechida, 25 ans, en détention depuis le 27 avril à Sétif (nord-est), est également poursuivi pour « offense aux préceptes de l’islam », en plus de deux autres chefs d'inculpation.

Il lui est notamment reproché d'avoir publié sur les réseaux sociaux des memes --images virales comiques ou satiriques-- touchant à la religion, a expliqué son avocat, Me Moumen Chadi.

En juin dernier, la militante féministe Amira Bouraoui avait été reconnue coupable de six chefs d'accusation, dont « offense à l’islam », et condamnée à un an de prison ferme. 

Elle est en liberté provisoire depuis juillet et son procès en appel est prévu le 17 décembre.

Liberté de conscience

La loi punit de trois à cinq ans d’emprisonnement et/ou d’une amende « quiconque offense le Prophète ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’islam, que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen ».

La profanation « volontaire et publique » du Livre sacré est quant à elle passible de cinq à dix ans de prison. 

Les autorités « veulent gagner en crédibilité avec la force et la répression. Tu parles, tu vas en prison, tu penses, tu vas en prison ! », s’indigne Oussama Azizi.

Près de 90 personnes sont actuellement emprisonnées en Algérie pour des faits liés à la contestation et/ou aux libertés individuelles. Des charges basées souvent sur des publications sur Facebook, d'après le CNLD.

« La condamnation de Mebarki est extrêmement grave. Elle montre à quel point les autorités judiciaires sont en train de réprimer les activistes », a réagi Amna Guellali, responsable d'Amnesty International pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

Le nouvelle Constitution, approuvée lors d'un référendum très largement ignoré par la population le 1er novembre, ne mentionne plus la liberté de conscience comme dans la précédente version.

Pour Mme Guellali, cette suppression « consacre les limites de la liberté de conscience qui existent déjà dans la loi algérienne ».


Liban: 13 morts dans des frappes israéliennes sur le sud

Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, dont des civils (femmes et enfants), malgré un cessez-le-feu en vigueur
  • Depuis la reprise des hostilités le 2 mars entre Israël et le Hezbollah, plus de 2 600 personnes ont été tuées, dont des secouristes, suscitant de vives critiques humanitaires

BEYROUTH: Des frappes israéliennes sur le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, a rapporté le ministère libanais de la Santé dans un nouveau bilan.

Selon un communiqué du ministère, huit personnes, parmi lesquelles un enfant et deux femmes, ont été tuées et 21 autres blessées, dont deux enfants et une femme, dans des frappes sur le village d'Habboush, que l'armée israélienne avait appelé à évacuer malgré un cessez-le-feu.

L'agence de presse officielle libanaise (ANI) a rapporté "une série de frappes intenses (...) un peu moins d'une heure après l'avertissement" israélien.

A Habboush, un photographe de l'AFP a vu des volutes de fumée s'élever à la suite des bombardements.

Une autre frappe sur le village de Zrariyé, dans la région de Saïda, a par ailleurs fait quatre morts, dont deux femmes, et quatre blessés dont un enfant et une femme, a précisé le ministère dans la soirée.

Selon la même source, une femme a été tuée et sept personnes ont été blessées dans le district de la ville côtière de Tyr.

L'ANI avait auparavant fait état d'autres frappes et de tirs d'artillerie sur d'autres localités du Sud en dépit du cessez-le-feu entre le Hezbollah pro-iranien et Israël en vigueur depuis le 17 avril.

- Secouristes tués -

Jeudi, 17 personnes avaient été tuées dans des frappes sur le Sud, où l'armée israélienne a établi une zone de 10 km de profondeur à partir de la frontière, interdite d'accès à la presse et à la population, et effectue des opérations de démolition.

Des destructions ont ainsi été rapportées à Shamaa mais également à Yaroun, où un monastère, une école privée, des maisons, des commerces et des routes ont été démolies, selon l'agence ANI.

Israël affirme vouloir protéger sa région nord du Hezbollah, qui continue de revendiquer des attaques contre des positions israéliennes au Liban et, plus rarement, contre le territoire israélien.

L'armée israélienne a indiqué dans la nuit de vendredi à samedi avoir intercepté quatre "cibles aériennes" qui se dirigeaient vers le nord d'Israël, sans préciser leur provenance.

En vertu de l'accord de cessez-le-feu, Israël se réserve "le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours", une clause que le Hezbollah conteste.

Selon le ministère libanais de la Santé, plus de 2.600 personnes ont été tuées depuis la reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël, le 2 mars, sur fond de guerre au Moyen-Orient.

D'après cette source, 103 secouristes font partie des morts.

"Qu'une personne qui tente de sauver des vies, d'apaiser la souffrance humaine, puisse être ciblée (...) c'est une chose que je trouve absolument inacceptable", a affirmé à des journalistes près de Beyrouth le secrétaire général adjoint de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FIRC), Xavier Castellanos.


Les Emirats interdisent à leurs ressortissants de se rendre en Iran, au Liban et en Irak

Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
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  • Les Émirats arabes unis interdisent à leurs citoyens de voyager en Iran, au Liban et en Irak en raison des tensions régionales
  • Les autorités demandent aux Émiratis présents dans ces pays de rentrer immédiatement, après des attaques de missiles iraniennes visant des infrastructures aux EAU

DUBAI: Les Emirats arabes unis ont interdit jeudi à leurs ressortissants  de se rendre en Iran, au Liban et en Irak, en invoquant l'évolution de la situation dans la région.

"A la lumière des développements régionaux actuels", le ministère des Affaires étrangères du pays a émis "une interdiction de voyager pour les ressortissants émiratis se rendant en République islamique d'Iran, en République libanaise et en République d'Irak", a rapporté l'agence de presse officielle WAM, indiquant qu'il appelait "tous les ressortissants émiratis actuellement dans ces pays à accélérer leur retour immédiat".

L'Iran a pris pour cible les Emirats, par des tirs de missiles visant des infrastructures civiles et énergétiques, lors du conflit déclenché le 28 février par l'attaque israélo-américaine contre Téhéran, avant l'annonce d'un fragile cessez-le-feu.


Liban: le président condamne les «violations persistantes» du cessez-le-feu par Israël

Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
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  • "Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte"
  • "Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes"

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international.

"Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte", a-t-il déclaré, selon un communiqué de la présidence. De nouvelles frappes israéliennes meurtrières ont visé jeudi des localités dans le sud, selon un média officiel.

"Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes", a ajouté Joseph Aoun, alors que la trêve est entrée en vigueur le 17 avril.