En Irak, le chef du Pentagone veut «renforcer» le partenariat avec Bagdad

Le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin est accueilli par le général divisionnaire Matthew McFarlane, lors de son voyage inopiné à Bagdad (Photo, Reuters).
Le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin est accueilli par le général divisionnaire Matthew McFarlane, lors de son voyage inopiné à Bagdad (Photo, Reuters).
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Publié le Mercredi 08 mars 2023

En Irak, le chef du Pentagone veut «renforcer» le partenariat avec Bagdad

  • Le secrétaire à la Défense a assuré que les militaires américains déployés en Irak dans le cadre d'une coalition internationale antidjihadistes pourraient y rester si le gouvernement irakien le désirait
  • De son côté, le Premier ministre Mohamed Chia al-Soudani a souligné la volonté de son gouvernement de «consolider» ses relations avec Washington

BAGDAD: Le ministre américain de la Défense Lloyd Austin a souhaité mardi "renforcer" le partenariat entre les Etats-Unis et l'Irak, lors d'une visite surprise à Bagdad peu avant le vingtième anniversaire de l'invasion américaine qui renversa Saddam Hussein.

Le secrétaire à la Défense a également assuré que les militaires américains déployés en Irak dans le cadre d'une coalition internationale antidjihadistes pourraient y rester si le gouvernement irakien le désirait, un sujet encore délicat au vu de l'histoire récente qui unit les deux pays.

Le 20 mars 2003, les troupes américaines avaient lancé leur offensive en Irak, épaulées par une coalition internationale, avec pour objectif de mettre la main sur les prétendues armes de destruction massive du régime de Saddam Hussein. L'invasion avait ouvert l'une des pages les plus sanglantes de l'histoire de ce pays qui sera marqué par des années de conflits et d'instabilité politique.

Aujourd'hui, le gouvernement irakien conserve des liens forts avec Washington, notamment sur le plan militaire, même s'il a Téhéran pour proche allié. Ces alliances avec deux pays ennemis conduisent parfois les responsables irakiens à se livrer à un exercice d’équilibriste.

"Je suis optimiste quant à l'avenir de notre partenariat. Les Etats-Unis continueront de renforcer et d'élargir notre partenariat en faveur de la sécurité, la stabilité et la souveraineté irakienne", a déclaré à des journalistes le ministre américain à l'issue de ses entretiens mardi à Bagdad avec le ministre de la Défense Thabet al-Abbassi et le Premier ministre Mohamed Chia al-Soudani.

«Relations équilibrées»

De son côté, M. Soudani a aussi souligné la volonté de son gouvernement de "consolider" ses relations avec Washington, tout en disant chercher à "maintenir des relations équilibrées" avec les puissances régionales et internationales.

Tandis que quelque 2.500 militaires américains sont stationnés en Irak dans le cadre de la coalition internationale contre le groupe Etat islamique (EI), Lloyd Austin a assuré que les forces américaines pourraient rester si les autorités irakiennes le réclamaient.

Mis en déroute en Irak en 2017, l'EI revendique ponctuellement des attaques meurtrières dans le pays. Fin 2021, l'Irak avait annoncé la "fin de la mission de combat" de la coalition internationale, dont le rôle officiel est désormais la formation et le conseil des troupes irakiennes.

"Mais nous devons être en mesure d'opérer en toute sécurité pour poursuivre ce travail vital", a prévenu le chef du Pentagone, alors que des bases abritant la coalition ont été ces dernières années la cible d'attaques jamais revendiquées mais souvent imputées à des factions armées pro-Iran.

"Je tiens à remercier le Premier ministre et le ministre de la Défense pour leur engagement à garantir la protection des forces de la coalition (...) face aux acteurs étatiques et non-étatiques", a-t-il lancé.

Les politiciens chiites pro-Iran, dont les représentants des anciens paramilitaires du Hachd al-Chaabi, ont régulièrement réclamé le départ des troupes américaines mais depuis qu'ils sont représentés au gouvernement, ils se font moins insistants.

«Intérêts communs»

Le chef du Pentagone s'est aussi rendu au Kurdistan autonome (nord) où il a rencontré le président de la région Nechirvan Barzani, grand allié de Washington.

"Malheureusement, Daech n'est pas la seule menace à laquelle cette région fait face", a-t-il affirmé depuis Erbil, en condamnant "les attaques répétées venant d'Iran".

"Ces attaques violent la souveraineté de l'Irak, mettent des vies irakiennes en danger et sont un frein au peuple irakien", a affirmé M. Austin à la presse.

Il a également appelé Erbil et Bagdad "à travailler ensemble pour le bien de tous les Irakiens" et incité les "dirigeants kurdes à mettre leurs divisions de côté".

"Nous remercions les Etats-Unis pour leur soutien continu à l'Irak et au Kurdistan, nous avons des intérêts communs (...) concernant le maintien de la sécurité et de la stabilité de l'Irak", a indiqué pour sa part M. Barzani.

Les rapports entre Bagdad et Washington s'étaient considérablement dégradés quand, sous la présidence de Donald Trump, un drone armé américain avait tué en 2020 le général iranien Qassem Souleimani et Abou Mehdi al-Mouhandis, ancien numéro deux du Hachd al-Chaabi, dans la capitale irakienne.

La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a aussi entamé mardi une visite de quatre jours en Irak, où elle a été reçue à Bagdad par son homologue irakien Fouad Hussein.

"L'EI demeure une menace. C'est pourquoi les soldats allemands sont ici (...) dans le cadre de la coalition anti-EI et de la mission de l'Otan", a-t-elle souligné en conférence de presse.


Israël continuera à opérer dans le sud du Liban 

 L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais. (AFP)
L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais. (AFP)
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  • Depuis l'annonce lundi de l'accord entre Téhéran et Washington, signé mercredi soir par les présidents de deux pays, l'intensité des violences a drastiquement baissé dans le sud du Liban
  • Mais des échanges de tirs limités sont signalés et au moins huit personnes ont depuis été tuées dans des frappes israéliennes, dont trois sur la seule journée de jeudi selon un média d'Etat libanais

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais.

L'armée a publié une carte de ce qu'elle déclare être son "espace de sécurité", s'étendant sur une dizaine de kilomètres à l'intérieur du territoire libanais.

Elle indique que des troupes continueront d'y être déployées "afin d'éliminer les menaces et d'améliorer la défense des habitants du nord d'Israël".

Un responsable militaire israélien a précisé que l'armée pourrait également agir pour "neutraliser" les risques identifiés au-delà de la zone de sécurité, et appelé les civils libanais à ne pas y pénétrer.

Depuis l'annonce lundi de l'accord entre Téhéran et Washington, signé mercredi soir par les présidents de deux pays, l'intensité des violences a drastiquement baissé dans le sud du Liban et le Hezbollah pro-iranien n'a plus revendiqué d'attaques contre Israël.

Mais des échanges de tirs limités sont signalés et au moins huit personnes ont depuis été tuées dans des frappes israéliennes, dont trois sur la seule journée de jeudi selon un média d'Etat libanais.

L'armée israélienne a pour sa part annoncé la mort de l'un de ses soldats dans la nuit de mercredi à jeudi, lors d'un incident survenu dans le sud du Liban. Sept soldats ont également été blessés.

Le groupe armé Hezbollah soutenu par l'Iran a entraîné le Liban dans la guerre début mars en attaquant Israël pour venger l'assassinat du guide suprême de la République islamique au début de la campagne américano-israélienne.

Israël a riposté par de vastes frappes à travers le Liban et par le lancement d'une invasion terrestre dans le sud, région frontalière d'Israël et de longue date sous l'influence du Hezbollah.

Le Liban et Israël mènent depuis avril des pourparlers directs à Washington afin de tenter de mettre fin aux hostilités et de dissocier leur conflit de la guerre régionale.

"D'autres étapes sont en cours de discussion" dans le cadre de ces pourparlers, a déclaré jeudi la même source militaire, ajoutant que "les représentants se rencontreront à nouveau la semaine prochaine".

 


Iran: le guide suprême dit avoir approuvé l'accord avec les Etats-Unis, malgré une «opinion différente»

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a déclaré jeudi avoir approuvé l'accord avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre, malgré une "opinion différente" sur la question, sans plus de détails. (AFP)
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a déclaré jeudi avoir approuvé l'accord avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre, malgré une "opinion différente" sur la question, sans plus de détails. (AFP)
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  • "J'avais une opinion différente, mais j’ai donné mon autorisation en raison de l’engagement que le respectable président (iranien), en tant que président du Conseil suprême de sécurité nationale, a pris envers moi en son nom"
  • Selon lui, le président l'a aussi assuré que "si la partie américaine formule des exigences excessives" dans la suite des négociations en vue d'un accord final, "ils ne s’y soumettront pas"

TEHERAN: Le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a déclaré jeudi avoir approuvé l'accord avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre, malgré une "opinion différente" sur la question, sans plus de détails.

"J'avais une opinion différente, mais j’ai donné mon autorisation en raison de l’engagement que le respectable président (iranien), en tant que président du Conseil suprême de sécurité nationale, a pris envers moi en son nom et au nom des autres membres pour protéger les droits de la nation iranienne et du front de la résistance" à Israël, a déclaré Mojtaba Khamenei, dans un message écrit lu à la télévision d’État.

Selon lui, le président l'a aussi assuré que "si la partie américaine formule des exigences excessives" dans la suite des négociations en vue d'un accord final, "ils ne s’y soumettront pas".

"Il est évident que les négociations en face-à-face qui se tiendront à l'avenir ne présagent pas de l'acceptation du point de vue de l'ennemi", a souligné le guide suprême, dans cette première réaction à l’accord irano-américain visant à mettre fin à la guerre, signé tôt jeudi par les présidents américain Donald Trump et iranien Masoud Pezeshkian.

Le dirigeant n’a pas été vu en public depuis son entrée en fonction en mars, à la suite de l’assassinat de son père et prédécesseur, l’ayatollah Ali Khamenei, lors des premières frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février, qui ont déclenché la guerre régionale.

Mojtaba Khamenei a encore affirmé que Donald Trump avait "par désespoir, actionné toutes sortes de leviers" pour obtenir cet accord avec l’Iran,  afin de mettre fin à la guerre.


Trump et Netanyahu sur le Liban, un « petit différend »

Donald Trump a vanté mercredi, depuis le sommet du G7 en France, son "formidable partenariat" avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un changement de ton après ses critiques acerbes de la veille. (AFP)
Donald Trump a vanté mercredi, depuis le sommet du G7 en France, son "formidable partenariat" avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un changement de ton après ses critiques acerbes de la veille. (AFP)
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  • "Pour être tout à fait juste envers Bibi (surnom du Premier ministre israélien) Netanyahu, qui se trouve être un homme bien, il s'emporte un peu parfois", a-t-il déclaré
  • "Nous avons un partenariat formidable", a-t-il ajouté, qualifiant leur désaccord sur le Liban de "petit différend"

EVIAN: Donald Trump a vanté mercredi, depuis le sommet du G7 en France, son "formidable partenariat" avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un changement de ton après ses critiques acerbes de la veille.

"Pour être tout à fait juste envers Bibi (surnom du Premier ministre israélien) Netanyahu, qui se trouve être un homme bien, il s'emporte un peu parfois", a-t-il déclaré.

"Nous avons un partenariat formidable", a-t-il ajouté, qualifiant leur désaccord sur le Liban de "petit différend".

Le président américain a indiqué que le protocole d'accord avec l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient serait signé "bientôt", "peut-être" jeudi ou vendredi.

La signature a été annoncée pour vendredi à Genève.

Interrogé sur son intention de rester en Europe pour la signature, il a répondu qu'il "pourrait" rester, tout en ajoutant: "Ce n'est pas le genre de document que je devrais signer".

Sur "la partie libanaise, c'est une chose sur laquelle il va falloir qu'on travaille un peu", a reconnu Donald Trump, alors que les Iraniens exigent qu'Israël cesse ses frappes contre le groupe armé pro-iranien Hezbollah au Liban.

"C'est en fait une toute petite pièce du puzzle, mais elle fait quand même beaucoup de bruit", a également commenté Donald Trump, estimant que "le vrai sujet, c'est l'accord avec l'Iran".

Car "c'est là qu'est l'argent, là que se trouvait le pouvoir", a-t-il ajouté.

Il a en outre répété que les Etats-Unis "prendront" l'uranium hautement enrichi de l'Iran même s'il est "sans valeur".

Le président américain a par ailleurs promis une discussion "parallèle" avec les pays du Golfe portant sur les missiles balistiques.

Ces pays ont été la cible des frappes de Téhéran durant la guerre américano-israélienne contre la République islamique iranienne.

Donald Trump était depuis lundi à Evian, station thermale des Alpes, pour le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de sept des plus grandes puissances industrialisées (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni).

Il prolonge son séjour en France avec un dîner au château de Versailles avec Emmanuel Macron.