Tunisie: Amnesty et FIDH fustigent «les propos racistes» de Saied, appellent à des enquêtes

Des migrants arrivent à l'aéroport international de Tunis-Carthage le 7 mars 2023 alors qu'ils se préparent à quitter Tunis (Photo, AFP).
Des migrants arrivent à l'aéroport international de Tunis-Carthage le 7 mars 2023 alors qu'ils se préparent à quitter Tunis (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 10 mars 2023

Tunisie: Amnesty et FIDH fustigent «les propos racistes» de Saied, appellent à des enquêtes

  • «Appeler à la haine contre des gens qui subissent déjà des discriminations, des violences et des privations est particulièrement le summum de la brutalité»
  • «J'en appelle particulièrement à la responsabilité des dirigeants tunisiens, quel héritage laisserez-vous dans l'Histoire?», a déclaré la présidente de la FIDH Alice Mogwe

PARIS: La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et Amnesty international ont condamné "les propos racistes" du président tunisien Kais Saied à l'égard des migrants d'origine subsaharienne, et exhorté les autorités tunisiennes à des enquêtes indépendantes sur les attaques visant ces migrants.

"La FIDH, ses 54 organisations membres en Afrique et ses 188 organisations dans le monde s'opposent de toutes leurs forces aux violences verbales et physiques qui frappent les migrant·es sur le sol tunisien", a déclaré la présidente de la FIDH Alice Mogwe, dans un communiqué.

"Appeler à la haine contre des gens qui subissent déjà des discriminations, des violences et des privations est particulièrement le summum de la brutalité (...). J'en appelle particulièrement à la responsabilité des dirigeants tunisiens, quel héritage laisserez-vous dans l'Histoire?", a-t-elle interpellé.

"Depuis 15 jours, les organisations membres de la FIDH en Tunisie ont documenté l'exacerbation des violations des droits humains subie par les migrant.es subsaharien·nes vivant dans le pays: arrestations et détentions arbitraires, agressions, expulsions de leur logement, licenciement abusif", dénonce le communiqué.

La FIDH et ses organisations membres appellent à l'ouverture d'une "enquête indépendante" en Tunisie sur cette flambée de violence.

Dans un communiqué vendredi, l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International a également exhorté les autorités tunisiennes à "enquêter et tenir pour responsables les auteurs" (des violences, NDLR), "en particulier lorsque des policiers sont impliqués dans les attaques".

Amnesty dit s'être entretenue avec une vingtaine de personnes à Tunis, dont cinq demandeurs d'asile et 15 migrants sans-papiers, originaires du Cameroun, de Sierra Leone, du Ghana, du Nigeria, de Guinée et de Côte d'Ivoire. "Tous ont été attaqués par des foules, et dans le cas de trois personnes, la police était présente mais n'est pas intervenue", dénonce Amnesty.

Une demandeuse d'asile camerounaise de 22 ans, Manuela D., a raconté à Amnesty avoir été attaquée le 24 février devant un café à Tunis par un groupe de six hommes lui lançant des insultes racistes. Après avoir ressenti un coup violent à la nuque et être tombée à terre, elle dit avoir été poignardée et s'"est réveillée à l'hôpital couverte de sang" avec de graves blessures "au sein, à l'abdomen et aux lèvres", a-t-elle relaté, en montrant à Amnesty une photo de ses blessures.

"Les autorités tunisiennes devraient faire en sorte de mettre fin immédiatement à cette vague d'attaques", martèle Amnesty. Les autorités "devraient libérer tous les migrants détenus arbitrairement et s'assurer qu'ils ne soient pas renvoyés contre leur gré" dans leurs pays d'origine, poursuit l'organisation.

Le 21 février, le président tunisien Kais Saied avait affirmé que la présence de "hordes" d'immigrés clandestins originaires d'Afrique subsaharienne était source de "violence et de crimes" et relevait d'une "entreprise criminelle" visant à "changer la composition démographique" du pays.

S'en est suivie une recrudescence d'agressions à l'encontre de ces personnes migrantes et des dizaines d'entre eux ont demandé à leurs ambassades à être rapatriés.

Critiqué par de nombreuses ONG, le président Saied a affirmé que son objectif était de faire respecter la "légalité tunisienne concernant les étrangers" et d'empêcher toute "juridiction parallèle aux juridictions de l'Etat", en rejetant les "propos malveillants" de ceux qui "ont voulu interpréter le discours à leur guise pour nuire à la Tunisie".

"Les récentes annonces d'apaisement faites le 5 mars par le président Saied ne comportaient même pas d'excuses", déplore la FIDH. "Lorsque des propos racistes sont répétés, soutenus et assumés par tout un gouvernement, peut-on encore parler de sortie de route?", interpelle-t-elle.


Liban: 13 morts dans des frappes israéliennes sur le sud

Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, dont des civils (femmes et enfants), malgré un cessez-le-feu en vigueur
  • Depuis la reprise des hostilités le 2 mars entre Israël et le Hezbollah, plus de 2 600 personnes ont été tuées, dont des secouristes, suscitant de vives critiques humanitaires

BEYROUTH: Des frappes israéliennes sur le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, a rapporté le ministère libanais de la Santé dans un nouveau bilan.

Selon un communiqué du ministère, huit personnes, parmi lesquelles un enfant et deux femmes, ont été tuées et 21 autres blessées, dont deux enfants et une femme, dans des frappes sur le village d'Habboush, que l'armée israélienne avait appelé à évacuer malgré un cessez-le-feu.

L'agence de presse officielle libanaise (ANI) a rapporté "une série de frappes intenses (...) un peu moins d'une heure après l'avertissement" israélien.

A Habboush, un photographe de l'AFP a vu des volutes de fumée s'élever à la suite des bombardements.

Une autre frappe sur le village de Zrariyé, dans la région de Saïda, a par ailleurs fait quatre morts, dont deux femmes, et quatre blessés dont un enfant et une femme, a précisé le ministère dans la soirée.

Selon la même source, une femme a été tuée et sept personnes ont été blessées dans le district de la ville côtière de Tyr.

L'ANI avait auparavant fait état d'autres frappes et de tirs d'artillerie sur d'autres localités du Sud en dépit du cessez-le-feu entre le Hezbollah pro-iranien et Israël en vigueur depuis le 17 avril.

- Secouristes tués -

Jeudi, 17 personnes avaient été tuées dans des frappes sur le Sud, où l'armée israélienne a établi une zone de 10 km de profondeur à partir de la frontière, interdite d'accès à la presse et à la population, et effectue des opérations de démolition.

Des destructions ont ainsi été rapportées à Shamaa mais également à Yaroun, où un monastère, une école privée, des maisons, des commerces et des routes ont été démolies, selon l'agence ANI.

Israël affirme vouloir protéger sa région nord du Hezbollah, qui continue de revendiquer des attaques contre des positions israéliennes au Liban et, plus rarement, contre le territoire israélien.

L'armée israélienne a indiqué dans la nuit de vendredi à samedi avoir intercepté quatre "cibles aériennes" qui se dirigeaient vers le nord d'Israël, sans préciser leur provenance.

En vertu de l'accord de cessez-le-feu, Israël se réserve "le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours", une clause que le Hezbollah conteste.

Selon le ministère libanais de la Santé, plus de 2.600 personnes ont été tuées depuis la reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël, le 2 mars, sur fond de guerre au Moyen-Orient.

D'après cette source, 103 secouristes font partie des morts.

"Qu'une personne qui tente de sauver des vies, d'apaiser la souffrance humaine, puisse être ciblée (...) c'est une chose que je trouve absolument inacceptable", a affirmé à des journalistes près de Beyrouth le secrétaire général adjoint de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FIRC), Xavier Castellanos.


Les Emirats interdisent à leurs ressortissants de se rendre en Iran, au Liban et en Irak

Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
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  • Les Émirats arabes unis interdisent à leurs citoyens de voyager en Iran, au Liban et en Irak en raison des tensions régionales
  • Les autorités demandent aux Émiratis présents dans ces pays de rentrer immédiatement, après des attaques de missiles iraniennes visant des infrastructures aux EAU

DUBAI: Les Emirats arabes unis ont interdit jeudi à leurs ressortissants  de se rendre en Iran, au Liban et en Irak, en invoquant l'évolution de la situation dans la région.

"A la lumière des développements régionaux actuels", le ministère des Affaires étrangères du pays a émis "une interdiction de voyager pour les ressortissants émiratis se rendant en République islamique d'Iran, en République libanaise et en République d'Irak", a rapporté l'agence de presse officielle WAM, indiquant qu'il appelait "tous les ressortissants émiratis actuellement dans ces pays à accélérer leur retour immédiat".

L'Iran a pris pour cible les Emirats, par des tirs de missiles visant des infrastructures civiles et énergétiques, lors du conflit déclenché le 28 février par l'attaque israélo-américaine contre Téhéran, avant l'annonce d'un fragile cessez-le-feu.


Liban: le président condamne les «violations persistantes» du cessez-le-feu par Israël

Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
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  • "Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte"
  • "Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes"

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international.

"Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte", a-t-il déclaré, selon un communiqué de la présidence. De nouvelles frappes israéliennes meurtrières ont visé jeudi des localités dans le sud, selon un média officiel.

"Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes", a ajouté Joseph Aoun, alors que la trêve est entrée en vigueur le 17 avril.