Gabriel Boric à la tête du Chili ou l'incarnation d'une «autre» gauche en Amérique latine

Le président chilien Gabriel Boric salue à son arrivée la cérémonie de remise des titres de propriété aux femmes dans le cadre de la Journée internationale de la femme au palais présidentiel de La Moneda à Santiago, le 8 mars 2023. (AFP).
Le président chilien Gabriel Boric salue à son arrivée la cérémonie de remise des titres de propriété aux femmes dans le cadre de la Journée internationale de la femme au palais présidentiel de La Moneda à Santiago, le 8 mars 2023. (AFP).
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Publié le Samedi 11 mars 2023

Gabriel Boric à la tête du Chili ou l'incarnation d'une «autre» gauche en Amérique latine

  • Le jeune président chilien Gabriel Boric, qui célèbre samedi son premier anniversaire en tant que président du Chili, a hérité d'un pays profondément divisé
  • Le scrutin présidentiel l'a opposé à l'extrême droite, dans un pays qui souffrait depuis trois ans des effets d'une grave crise sociale et de difficultés économiques post-pandémie

SANTIAGO DU CHILI : Le jeune président chilien Gabriel Boric, à la tête depuis un an d'un gouvernement "écologiste et féministe", représente une gauche en Amérique latine qu'il voudrait ancrer sur le modèle social-démocrate européen, loin des doctrines révolutionnaires de ses aînés de la région.

L'ex-leader étudiant de 37 ans, qui célèbre samedi son premier anniversaire en tant que président du Chili, a hérité d'un pays profondément divisé. Le scrutin présidentiel l'a opposé à l'extrême droite, dans un pays qui souffrait depuis trois ans des effets d'une grave crise sociale et de difficultés économiques post-pandémie.

Lors de cette année au pouvoir, Gabriel Boric a essuyé le rejet par référendum du projet de changement de Constitution, héritée de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990), pour lequel il s'était personnellement engagé. Le processus a depuis été réenclenché par le Parlement, et M. Boric s'est concentré sur les affaires courantes.

Il a notamment envoyé son gouvernement, composé à l'origine de 14 femmes et 10 hommes et désormais à parité après un second remaniement vendredi, occuper le terrain face à de gigantesques feux de forêt, la question migratoire dans le nord du pays ou les violentes revendications des autochtones Mapuches dans le Sud.

"Contrairement à ce qui était attendu, la grandeur de l'Etat a été retrouvée avec Boric. On le voit dans la gestion de l'économie. Il a réussi à établir une discipline fiscale qui n'avait pas été vue depuis 12 ans et les résultats sont très positifs", estime auprès de l'AFP le sociologue et analyste politique Eugenio Tironi.

Il a su pour cela s'entourer. Deux des piliers essentiels à cette bonne administration sont Carolina Toha (57 ans) à l'Intérieur et Mario Marcel (63 ans) aux Finances, tous deux issus d'une autre génération politique que la sienne.

Ce premier anniversaire coïncide avec des signes de reprise de l'économie chilienne: recul de l'inflation (-0,1% en février), maîtrise du chômage (8%), renforcement du peso face aux devises étrangères et croissance inattendue (+0,4%).

Il y a eu "des changements dans la dynamique de l'économie qui se manifestent" depuis quatre ou cinq mois, résume sans tambour ni trompette Mario Marcel, économiste de renom.

Mercredi, c'est un autre revers que le président Boric a subi avec le rejet par le Parlement - où le parti de la coalition de gauche qui l'a porté au pouvoir est minoritaire - de sa réforme fiscale qui constituait le pilier d'un ambitieux plan de réforme sociale.

"Une mauvaise nouvelle", souffle Mario Marcel, selon lequel "le talon d'Achille de nombreux gouvernements progressistes dans l'histoire a été précisément l'économie ou les questions fiscales, ou les deux".

Le projet de loi prévoyait une restructuration de l'impôt sur le revenu, une nouvelle redevance minière où l'augmentation des prélèvements sur les ménages les plus aisés afin de financer la santé, l'éducation ou les retraites.

«Durable»

Sans compter que le gouvernement Boric a placé la question environnementale au coeur de son projet politique. "Il n'y a pas de développement sans mesures de protection de la nature", affirme sa ministre de l'Environnement Maisa Rojas.

Particulièrement exposé aux conséquences du changement climatique en raison de ses vastes zones côtières à basse altitude et de ses nombreuses régions arides ou boisées, le Chili est cependant aussi le premier producteur mondial de cuivre et un acteur majeur dans l'extraction du lithium.

Il faut aller "vers un modèle dans lequel nous continuerons probablement à extraire certaines ressources, mais de manière durable", dit-elle, arguant que les "grandes ambitions" du Chili en matière environnementale pourraient "inciter les pays développés à prendre les choses en main".

"L'agenda de ce gouvernement est très différent de l'agenda traditionnel de la gauche latino-américaine", souligne Mario Marcel. "Le programme du gouvernement ne se concentre pas sur des questions telles que les nationalisations, une fixation des prix, une économie fermée, mais plutôt sur l'environnement, l'égalité des sexes, la diversification de la production. Il s'agit d'un progressisme très différent, plus en phase avec ce qui se passe aujourd'hui dans le monde", dit-il.

En matière de politique étrangère, Gabriel Boric n'élude pas non plus les réalités au Nicaragua, traitant le président Daniel Ortega de "dictateur", tranchant ainsi face au silence des autres présidents de gauche récemment élus, du Brésil à la Colombie en passant par le Pérou.

"La question générationnelle peut être pertinente pour expliquer les différences de position entre Boric et ses homologues de la gauche latino-américaine", juge Michael Shifter, du groupe de réflexion Inter-American Dialogue à Washington. "Il ne porte pas le bagage idéologique des leaders de gauche plus traditionnels".


Guerre au Moyen-Orient: Trump subit un camouflet au Congrès, Khamenei doit s'exprimer jeudi

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  • Sans attendre un éventuel accord, la résolution votée par la Chambre des représentants ordonne un retrait des troupes américaines engagées depuis fin février contre la République islamique
  • Elle n'a qu'une portée symbolique en raison du droit du veto du président américain

KOWEIT: Donald Trump a jugé mercredi possible que les discussions avec l'Iran aboutissent ce week-end, malgré la reprise des attaques dans le Golfe et le camouflet infligé par les députés américains qui ont voté en faveur de la fin de guerre.

Une déclaration du guide suprême iranien Mojtaba Khamenei est attendue jeudi, au moment où les négociations entre Washington et Téhéran patinent en dépit de la confiance affichée par le président américain.

"On me dit que les négociations se passent très bien (...) Qui sait (...), cela (la fin des discussions) pourrait être ce week-end", a-t-il encore assuré mercredi dans le Bureau ovale, sans exclure qu'elles échouent.

Sans attendre un éventuel accord, la résolution votée par la Chambre des représentants ordonne un retrait des troupes américaines engagées depuis fin février contre la République islamique. Elle n'a qu'une portée symbolique en raison du droit du veto du président américain.

Mais son adoption, avec quatre voix d'élus républicains, confirme le mécontentement suscité aux Etats-Unis par un conflit qui a fait grimper les prix de l'énergie.

Pressé de trouver une porte de sortie, Donald Trump a déjà laissé entrevoir plusieurs fois ces derniers jours un accord proche, sans résultat tangible, tandis que sur le terrain de nouveaux affrontements entre l'Iran et les Etats-Unis dans le Golfe fragilisent le cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril.

Téhéran a en outre averti du risque de "reprise à grande échelle de la guerre" dans la région en cas d'attaque contre Beyrouth, menace brandie par Israël dans le cadre de son offensive au Liban contre le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah.

"Des messages ont été échangés concernant la nécessité de mettre fin à l'agression contre Beyrouth mais aucun progrès tangible n'a été réalisé dans le processus de négociation", a dit le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi dans une interview à la chaîne de télévision libanaise Al Mayadeen rapportée par l'agence iranienne Tasnim.

Attaques contre le Koweït 

Alors que des frappes israéliennes ont fait au moins 10 morts mercredi dans le pays, le Liban et Israël se sont mis d'accord dans la soirée sur "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, jusqu'ici tenue à l'écart.

Mais cette trêve est conditionnée à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah, qui rejette ces pourparlers et a encore revendiqué des attaques contre des positions israéliennes dans le sud du Liban dans la nuit de mercredi à jeudi.

Donald Trump a déclaré vouloir "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet.

Autre point d'achopement: le sort de l'uranium enrichi par l'Iran, que les Etats-Unis et Israël accusent de vouloir se doter de l'arme atomique, ce que Téhéran réfute.

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a assuré devant une commission parlementaire que la question de l'uranium enrichi était "clairement abordée" avec l'Iran, concédant toutefois que Téhéran n'avait pas donné son feu vert.

Missiles et drones 

Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, dont une déclaration écrite attendue jeudi, 37e anniversaire de la mort du fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini.

Cette commémoration, qui donne lieu à une grande cérémonie, coïncide cette année avec l'une des principales fêtes chiites célébrée en masse dans les rues.

Elle intervient alors que les hostilités ont repris ces derniers jours, en particulier autour du détroit d'Ormuz, stratégique voie maritime pour les hydrocarbures verrouillée par Téhéran. Ces nouvelles attaques ont fait remonter les cours du pétrole à près de 100 dollars, après une détente la semaine dernière.

Le Koweït a accusé mercredi l'Iran d'une attaque meurtrière (un mort et 63 blessés) contre son aéroport, une première depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ont démenti avoir attaqué l'aéroport. Ils ont affirmé avoir ciblé une base aérienne au Koweït, et le siège de la Cinquième flotte navale américaine à Bahreïn en riposte à une attaque américaine sur l'île Qeshm, et à celle d'un pétrolier iranien.

Le Koweït a dit avoir été visé au total mercredi par 13 missiles balistiques et 17 drones iraniens.

"Les explosions se succédaient et étaient très proches des zones résidentielles. Pour la première fois, les enfants ont ressenti la gravité de la situation", a raconté à l'AFP Hassan Sheikh, un Pakistanais de 40 ans habitant non loin de l'aéroport.


Trump dit qu'il «aimerait rencontrer» le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei

 Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran. (AFP)
Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran. (AFP)
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  • "J'aimerais le rencontrer. J'adorerais rencontrer tout le monde et nous allons probablement nous rencontrer, selon ce qui va se passer", a-t-il ajouté alors que les Etats-Unis et l'Iran s'accusent mutuellement de violer un cessez-le-feu fragile
  • Les Iraniens "ont beaucoup de respect pour lui", a ajouté le président.

WASHINGTON: Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran.

"J'aimerais le rencontrer. J'adorerais rencontrer tout le monde et nous allons probablement nous rencontrer, selon ce qui va se passer", a-t-il ajouté alors que les Etats-Unis et l'Iran s'accusent mutuellement de violer un cessez-le-feu toujours plus fragile.

Les Iraniens "ont beaucoup de respect pour lui", a ajouté le président. Le nouveau guide n'est toujours pas apparu publiquement en Iran depuis sa nomination consécutive à la mort de son père, dans des bombardements américano-israéliens fin février.

Mardi, le chef de la diplomatie américaine avait déclaré que les Etats-Unis considéraient Mojtaba Khamenei comme "vivant" et "de plus en plus impliqué" dans la direction de la République islamique.

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", avait affirmé Marco Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien.

Dans son interview Donald Trump a aussi confirmé avoir évoqué avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu les attaques israéliennes sur le Liban, qui mettent en danger le cessez-le-feu en cours au Proche-Orient.

"J'étais un peu perturbé par le fait qu'il se batte sans arrêt avec le Liban. A un moment, j'ai dit : "Bibi, il faut qu'on arrête ça", a-t-il expliqué.

 


Washington pense que Khamenei est «de plus en plus impliqué», dit Rubio

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien. (AFP)
"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien. (AFP)
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  • "Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers"
  • Mojtaba Khamenei a succédé à son père Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne au début de la guerre, mais il n'est pas apparu en public depuis: blessé dans une frappe, il s'exprime uniquement via des messages écrits

WASHINGTON: Les Etats-Unis pensent que le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, est "vivant" et "de plus en plus impliqué" dans la direction du pays, a déclaré mardi le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, exprimant l'espoir que les négociations pour mettre fin à la guerre puissent aboutir.

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien.

Mojtaba Khamenei a succédé à son père Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne au début de la guerre, mais il n'est pas apparu en public depuis: blessé dans une frappe, il s'exprime uniquement via des messages écrits.

L'audition mardi de M. Rubio au Sénat est sa première intervention parlementaire depuis le début de la guerre le 28 février, au grand dam des élus démocrates qui réclament à cors et à cri des explications.

"Cette guerre et la décision du gouvernement américain d'imposer un blocus ont désormais pris en otage l'économie mondiale tout entière", a ainsi dénoncé le sénateur démocrate Chris Murphy.

Interrogé sur l'état des négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, qui sont au point mort, le secrétaire d'Etat américain a dit toujours "espérer" un accord pour mettre fin à la guerre sans toutefois s'avancer sur un calendrier.

"Il y a une perspective qui se profile devant nous, et qui pourrait se concrétiser aujourd'hui, demain ou la semaine prochaine", a-t-il déclaré.

"Ils ont accepté de négocier certains aspects de leur programme nucléaire dont, il y a à peine un mois, voire un an, ils refusaient ne serait-ce que de parler", a fait valoir le secrétaire d'Etat, pressé de questions pour savoir comment le président Donald Trump comptait amener l'Iran à conclure un accord.

Il a cependant laissé entendre que cela "ne garantissait pas que cela aboutirait finalement à un accord acceptable".

"S'ils rouvrent le détroit d'Ormuz, nous lèverons notre blocus" des ports iraniens, a encore dit Marco Rubio soulignant que cela n'était pas lié à un allègement des sanctions qui dépend, lui, d'un accord sur le nucléaire.

Il a insisté à plusieurs reprises sur le fait que Washington n'allègerait pas les sanctions contre Téhéran en échange de la réouverture de ce passage stratégique, effectivement bloqué par l'Iran.

"L'opération +Epic Fury+ a largement atteint ses objectifs militaires, à savoir réduire considérablement la base industrielle de défense de l'Iran et affaiblir son bouclier conventionnel", a relevé M. Rubio assurant même en réponse à un sénateur que la guerre était "terminée".

Mais il a convenu que l'Iran "disposait encore de beaucoup de drones".

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

L'Iran a accusé lundi les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.