Contours et perspectives de la nouvelle stratégie française en Afrique

Le président français Emmanuel Macron prononce son discours lors de la Table ronde nationale sur la diplomatie au ministère des Affaires étrangères à Paris le 16 mars 2023. (Photo, AFP)
Le président français Emmanuel Macron prononce son discours lors de la Table ronde nationale sur la diplomatie au ministère des Affaires étrangères à Paris le 16 mars 2023. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 16 mars 2023

Contours et perspectives de la nouvelle stratégie française en Afrique

  • Alors que la compétition internationale s’accroît autour du continent noir et que l’influence française est contestée, M. Macron développe une nouvelle stratégie diplomatique et militaire, en décrétant la fin du système de la Françafrique
  • Le président français prône «une nouvelle relation équilibrée, réciproque et responsable» avec les pays du continent africain

PARIS: Depuis son arrivée au pouvoir en 2017, le président Emmanuel Macron a pris l’habitude de se rendre en Afrique tous les six mois. Durant la première semaine de mars, la tournée englobait le Cameroun, l’Angola, le Congo et la République démocratique du Congo. 

Cette visite revêtait une importance particulière à la suite des revers subis par la France au Sahel (Mali et Burkina Faso). Alors que la compétition internationale s’accroît autour du continent noir et que l’influence française est contestée, M. Macron développe une nouvelle stratégie diplomatique et militaire, en décrétant la fin du système de la Françafrique. Mais la réduction de la présence militaire française et l’instauration de nouveaux mécanismes de coopération seront-elles suffisantes pour redorer le blason de l’ancienne puissance coloniale qu’est la France ? La nouvelle stratégie française risque sans doute d’être mise à rude épreuve dans un continent bouillonnant et un monde plus divisé que jamais.

Les revers français au Sahel et en Afrique de l’Ouest 

Les pays du Sahel constituaient le pré carré de la France post-coloniale. Le bilan de la présence française durant cette dernière décennie y est globalement négatif, malgré des contributions dans la lutte antidjihadiste (perte de cinquante-neuf soldats), la formation de forces locales et des «actions civilo-militaires au profit des populations». L’échec dans le contrôle de la situation au Mali, le manque de solidarité européenne et l’insuffisance de l’action du G5 Sahel ont en effet conduit à une quasi-impasse, accentuée par le coup d’État militaire à Bamako en 2021. Cela a coïncidé avec l’activisme du groupe russe Wagner, déjà présent depuis 2018 en République centrafricaine. 

À l’instar de sa fonction de protection du régime de Bangui, et sous prétexte de lutte contre le terrorisme, la société privée de mercenaires s’engage aussi dans la protection de la junte militaire malienne – dans les deux cas, les richesses minières en constituent le prix à payer. Cette entrée russe par la petite porte s’est accompagnée d’une grande campagne antifrançaise à travers les réseaux sociaux et divers médias. L’héritage de la colonisation française et les actions de la Françafrique fournissaient certes un terrain favorable à une telle propagande. 

 

Ces revers français au Sahel et en Afrique de l’Ouest ne découragent pas Paris, qui demeure présent dans les autres pays de la zone (notamment le Niger et le Tchad) et révise l’ensemble de sa politique pour l’adapter au nouveau contexte.

Le retrait français du Mali, effectué à la demande du pouvoir militaire, a apparemment encouragé les colonels du Burkina Faso à imiter leurs homologues maliens. Ainsi, à Ouagadougou, la France a également été prise à partie et contestée, ce qui a conduit, là aussi, au retrait de son armée à la fin du mois de février dernier. Ces revers français au Sahel et en Afrique de l’Ouest ne découragent néanmoins pas Paris, qui demeure présent dans les autres pays de la zone (notamment le Niger et le Tchad) et révise l’ensemble de sa politique pour l’adapter au nouveau contexte.

La nouvelle stratégie africaine de la France 

Le tournant du Sahel incite le «maître des horloges» à l’Élysée à proposer une nouvelle stratégie afin de contenir la contestation de la présence tricolore. À la place de l’interventionnisme habituel, M. Macron prône «une nouvelle relation équilibrée, réciproque et responsable» avec les pays du continent africain. Dans ce sens, Paris compte faire évoluer sa «posture vers plus d'écoute et d'humilité». Le discours de l’Élysée du 27 février a fait écho à celui de Ouagadougou, en 2017, dans lequel le président français, dirigeant d’une nouvelle génération, avait tendu la main à une jeunesse africaine de plus en plus méfiante vis-à-vis de la France. 

Avec la réduction significative de la présence militaire sur le continent africain, M. Macron adopte l’équation: «Moins de politique sécuritaire, plus de business». Par réalisme et pragmatisme, il fait son autocritique et tente de sauver les meubles. Il affirme que «la France doit reconnaître qu'elle a des intérêts en Afrique» et ajoute que ceux-ci doivent être défendus, «en faisant preuve d'un maximum de respect» pour les partenaires.

Lors de sa tournée de mars, le chef de l’État français compte paradoxalement développer une nouvelle politique en s’appuyant sur des liens solides et anciens en Afrique centrale, mais les risques sont également nombreux. La stratégie de M. Macron sera aussi jugée en fonction de sa réussite à restaurer le soft power français. In fine, la France ne quittera pas l'Afrique à un moment où les forces de la guerre froide et les puissances actives sur le continent, comme la Russie, la Chine, l'Inde, et la Turquie, s'y déploient de manière inédite.

Ainsi, face à la baisse d’influence, Paris opte pour des partenariats responsables et équilibrés avec les pays africains. L’étape angolaise de la dernière tournée présidentielle française confirme une nouvelle stratégie valable pour tout le continent. L’enjeu sera la concrétisation de la promesse d’Emmanuel Macron de considérer l’Afrique comme une priorité de son second mandat.

 


Incendie dans le sud-ouest: le feu «toujours stabilisé», le risque de reprises persiste

L'incendie d'une rare intensité qui a consumé 42.000 hectares en Gironde, dans le sud-ouest de la France, depuis le 22 juillet est "toujours stabilisé" mercredi matin, selon la préfecture, mais les fortes chaleurs et le vent attendus dans la journée menacent d'alimenter de nouvelles reprises des flammes. (AFP)
L'incendie d'une rare intensité qui a consumé 42.000 hectares en Gironde, dans le sud-ouest de la France, depuis le 22 juillet est "toujours stabilisé" mercredi matin, selon la préfecture, mais les fortes chaleurs et le vent attendus dans la journée menacent d'alimenter de nouvelles reprises des flammes. (AFP)
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  • La Gironde et le département voisin des Landes sont placés en vigilance orange canicule à partir de midi, de quoi assécher encore une végétation prompte à s'enflammer
  • Le dispositif d'avertissement français comprend quatre niveaux, de vert (pas de vigilance particulière) à rouge (vigilance absolue) en passant par jaune et orange

BORDEAUX: L'incendie d'une rare intensité qui a consumé 42.000 hectares en Gironde, dans le sud-ouest de la France, depuis le 22 juillet est "toujours stabilisé" mercredi matin, selon la préfecture, mais les fortes chaleurs et le vent attendus dans la journée menacent d'alimenter de nouvelles reprises des flammes.

"La nuit a été calme, le feu est ce matin toujours stabilisé avec plusieurs reprises de feu traitées rapidement cette nuit", a annoncé la préfecture de Gironde, une semaine après le début du plus gros incendie de forêt à ravager la France depuis 1949, où environ 50.000 hectares avaient été calcinés.

"La surface brûlée n'a pas évolué", a précisé la préfecture, mais les conditions météorologiques restent "défavorables" mercredi, avec des températures attendues en hausse : jusqu'à 41°C dans les terres et 38°C sur le littoral.

La Gironde et le département voisin des Landes sont placés en vigilance orange canicule à partir de midi, de quoi assécher encore une végétation prompte à s'enflammer.

Le dispositif d'avertissement français comprend quatre niveaux, de vert (pas de vigilance particulière) à rouge (vigilance absolue) en passant par jaune et orange.

Outre la chaleur, le vent risque de souffler sur les braises et alimenter de nouveau l'incendie.

Les autorités s'attendent dès le début d'après-midi à des vents d'ouest avec des rafales de 30 à 45 km/h, et un taux d'humidité en baisse. Un risque d'orages est annoncé pour jeudi.

Au regard de ces conditions météorologiques, les sapeurs-pompiers de Gironde ont alerté sur un "risque de reprise de feux extrêmement élevé" dans la journée.

La veille, elles avaient conduit à l'évacuation préventive de 4.000 touristes des campings et résidences de vacances de la station balnéaire de Lacanau, à 50 km à l'ouest de Bordeaux.

Depuis le début de cet incendie hors-norme, 222.000 personnes ont été évacuées de manière préventive dans 24 communes du secteur.

Mardi soir, 57.000 habitants de trois villes proches de Bordeaux évacués dans le week-end ont pu rentrer chez eux, a indiqué la préfète du département Sophie Brocas.

Un chantier colossal de 127 kilomètres de "coupes tactiques", quasiment achevé, vise à priver ce feu, d'origine accidentelle, de "combustible" et empêcher sa progression, selon l'association Défense de la forêt contre les incendies de la région aquitaine (DFCI).

"126 sapeurs-pompiers ont été blessés depuis le début de cet évènement", a indiqué la préfecture.

Ces derniers jours, le sud-est du pays a aussi été touché par plusieurs incendies, en Corse, dans les Hautes-Alpes et dans le Var.

 


Incendies: Engie va consacrer 25 millions d'euros à la reconstruction des forêts

Un pompier de Paris observe les dégâts alors que la fumée envahit les arbres à Marcheprime, près de Bordeaux, le 26 juillet 2026, lors d’un incendie qui ravage la forêt au nord du bassin d’Arcachon depuis le 22 juillet. (AFP)
Un pompier de Paris observe les dégâts alors que la fumée envahit les arbres à Marcheprime, près de Bordeaux, le 26 juillet 2026, lors d’un incendie qui ravage la forêt au nord du bassin d’Arcachon depuis le 22 juillet. (AFP)
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  • Engie consacrera 25 millions d’euros à la restauration durable des forêts françaises touchées par les incendies
  • Le groupe vise à renforcer la biodiversité et la résilience des écosystèmes face au changement climatique

PARIS: Le groupe énergétique français Engie va verser 25 millions d'euros pour participer à "la reconstruction et la régénération durable des forêts détruites", a-t-il annoncé mardi, mettant en avant le "choc humain, environnemental et économique" des incendies, notamment en Gironde et à Fontainebleau.

"Cette contribution permettra d'accompagner les efforts de reconstitution des espaces forestiers détruits et de soutenir les initiatives visant à renforcer la résilience des écosystèmes naturels face aux effets du changement climatique", a écrit le groupe dans un communiqué.

"Cela implique notamment de réfléchir aux essences les plus adaptées, à la préservation de la biodiversité, à la restauration de zones humides, aux conditions d'accès pour les services de secours ainsi qu'à la protection et au retour de la faune sauvage", ajoute Engie, soulignant que ces incendies avaient atteint "une part du patrimoine naturel français".

Les incendies ont déjà parcouru plus de 116.000 hectares en France cette année, un record, selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, dont une part importante par le "mégafeu" qui sévit depuis plusieurs jours en Gironde.

Les efforts de reboisement s'annoncent très coûteux: chaque hectare de forêt à restaurer coûte entre 5.000 et 10.000 euros, selon le ministère de la Transition écologique. La ministre Monique Barbut a rappelé mardi dernier que l’État augmenterait de 20 millions d'euros les fonds alloués à l'Office national des forêts (ONF) en 2026.

Le groupe énergétique affirme qu'il va "se rapprocher des autorités publiques, des collectivités territoriales, des acteurs de la filière forestière et du monde de la recherche afin de déployer concrètement ce soutien" et qu'il s'inscrit "dans le cadre du plan +France Forêt 2100+".

Quelques initiatives de la part des entreprises ont eu lieu depuis le début de la saison des incendies, à l'instar de Carrefour qui a promis de donner environ 8 tonnes de denrées alimentaires et de produits d'hygiène, de Lidl qui a indiqué en livrer 3 tonnes, de la Macif qui a annoncé un fonds d'un million d'euros pour ses sociétaires et des actions de solidarité, et du Crédit Agricole qui a prévu notamment un fonds d'urgence de deux millions d'euros à destination des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS).


Mégafeu en Gironde: le feu «toujours stabilisé» avant le retour de la chaleur

La hausse attendue des températures fait craindre une nouvelle aggravation du mégafeu qui a déjà ravagé 42.000 hectares en Gironde, "toujours stabilisé" mardi matin après une nuit calme. (AFP)
La hausse attendue des températures fait craindre une nouvelle aggravation du mégafeu qui a déjà ravagé 42.000 hectares en Gironde, "toujours stabilisé" mardi matin après une nuit calme. (AFP)
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  • Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles
  • La Gironde et les Landes, département qui passera également en vigilance jaune canicule mardi midi, s'apprêtent à vivre selon Météo-France une "nouvelle vague de chaleur", avec des températures qui pourraient atteindre jusqu'à 40°C mercredi

BORDEAUX: La hausse attendue des températures fait craindre une nouvelle aggravation du mégafeu qui a déjà ravagé 42.000 hectares en Gironde, "toujours stabilisé" mardi matin après une nuit calme.

La nuit a été marquée par la lutte contre plusieurs reprises de feu au nord du Porge et dans la partie nord du Cap-Ferret, mais celles-ci "sont sous contrôle", selon la préfecture, qui souligne que "la surface brûlée n'a pas évolué".

Le département, qui passera en vigilance jaune canicule à midi, surveille températures et vents: Météo-France prévoit une hausse des températures jusqu'à 33 à 35°C dans les terres mardi, accompagnées d'un vent orienté au sud-est, avec des brises océaniques d'ouest sur le littoral, qui pourraient attiser à nouveau le brasier.

Dans un point de situation lundi à 22H30, la préfète a souligné que la journée devrait également être marquée par "une baisse de l'hygrométrie". La situation "reste très imprévisible", a-t-elle alors assuré.

Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.

La Gironde et les Landes, département qui passera également en vigilance jaune canicule mardi midi, s'apprêtent à vivre selon Météo-France une "nouvelle vague de chaleur", avec des températures qui pourraient atteindre jusqu'à 40°C mercredi et des vents un peu moins forts mais plus secs.

"On doit tenir" 

"Les semaines à venir seront dures et on doit tenir", a lancé lundi le président de la République, Emmanuel Macron, dans la salle de crise du centre opérationnel départemental d'incendie et de secours (Codis). "On reste unis et on se bat pour gagner la bataille partout", a-t-il dit en délivrant dans la soirée une bonne nouvelle: le feu est désormais "fixé" dans les Landes.

En Gironde également, la journée de lundi  a été "favorable, comme espéré par les pompiers", s'est réjoui le Sdis auprès de l'AFP. Dans l'ensemble, les départs de feux ont été "contenus".

Depuis le début de l'incendie au nord du bassin d'Arcachon, le 22 juillet, 93 pompiers ont été blessés, 240 habitations ont été détruites et près de 220.000 personnes ont été évacuées de manière préventive dans 23 communes.

Dans un camping du Grand Crohot, en Gironde, jouets des enfants sur le sol, bières sur la table, tentes ouvertes et serviettes de plage encore étendues... tout témoigne de la rapidité et de la panique avec lesquelles tous ont dû quitter les lieux.

Le feu n'étant pas fixé en Gironde, aucun retour des évacués n'y est envisageable à ce stade et les activités des colonies de vacances sont suspendues dans ce département touristique.

La préfète a en outre annoncé lundi soir l'interdiction des manifestations sportives et culturelles, tout comme les activités nautiques et la navigation sur le lac de Cazaux-Sanguinet.

Comme lundi, aucun TGV ne circule au sud de Bordeaux mardi, hormis ceux qui desservent Agen et Toulouse, et l'autoroute A63 est fermée dans les deux sens entre Bordeaux et Bayonne.

"Vague de solidarité" 

Au total, plus de 116.000 hectares - nouveau record après 2022 - ont été parcourus par les incendies en France depuis début 2026, a indiqué le Premier ministre Sébastien Lecornu.

Le ministre de l'Economie Roland Lescure a annoncé que les assureurs prendraient en charge les frais de relogement des personnes évacuées à cause des incendies de Gironde, des Landes et du Var.

Une "vague de solidarité", saluée par la préfète Sophie Brocas, a par ailleurs permis de libérer les pompiers volontaires dans les entreprises. Agriculteurs et particuliers prêtent aussi main-forte.

"On est partis à 4H30 ce matin du Lot-et-Garonne. On cherche à aider. Je suis chasseur et je veux garder la nature comme elle est", a expliqué lundi à l'AFP Christopher Bonnefond, 25 ans, agriculteur venu avec quatre collègues.

Juste au sud, l'incendie dans les Landes est donc fixé après avoir brûlé 3.600 hectares et 198 bâtiments.

Depuis 20H lundi, "l'ensemble des habitants des communes de Sanguinet et de Parentis-en-Born" peuvent ainsi "réintégrer leur domicile", a annoncé le préfet des Landes, tout comme ceux du village aéronautique de Biscarrosse et les résidents d'un camping au nord de la ville. Soit, au total, 15.000 personnes.

Dans le Var, les reprises du feu du Gros Bessillon, qui ont mobilisé les pompiers lundi, au 7e jour de lutte contre cet incendie, ont été "circonscrites" lundi soir, a annoncé la préfecture.

Le feu est toujours en cours en Corse mais a été "fixé" dans les Hautes-Alpes après avoir parcouru 510 hectares.

Dans les Bouches-du-Rhône, un pompier volontaire de 38 ans est décédé lundi, après que le camion-citerne "dans lequel il circulait seul a fait une sortie de route" au nord d'Arles, a indiqué le Sdis 13.