Macron, sans regret, prêt à «endosser l'impopularité» de la réforme des retraites

Le président français Emmanuel Macron lors d'une interview télévisée depuis l'Elysée, à Paris, le 22 mars 2023 (Photo, AFP).
Le président français Emmanuel Macron lors d'une interview télévisée depuis l'Elysée, à Paris, le 22 mars 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 23 mars 2023

Macron, sans regret, prêt à «endosser l'impopularité» de la réforme des retraites

  • Le chef de l'État a épinglé les oppositions en disant que pour elles, le projet «c'est le déficit»
  • A Lyon, du mobilier urbain a été dégradé et utilisé pour entraver la circulation sur les quais du Rhône

PARIS: Emmanuel Macron est sans regret ou presque. La réforme très contestée des retraites doit être appliquée "avant la fin de l'année", a-t-il affirmé mercredi lors d'une intervention télévisée très attendue, assumant son "impopularité" et provoquant immédiatement des réactions ulcérées.

Dans la soirée, des déambulations spontanées de quelques centaines de personnes se sont déroulées dans plusieurs villes, comme tous les soirs depuis bientôt une semaine, mais les incidents ont été limités.

Selon les autorités, les manifestants étaient 300 au plus fort de la soirée à Paris, 600 à Lyon, près d'un millier à Lille où une source policière a fait état de deux interpellations pour des dégradations et de deux policiers légèrement blessés.

A Lyon, du mobilier urbain a été dégradé et utilisé pour entraver la circulation sur les quais du Rhône.

A la mi-journée, lors d'un entretien télévisé de 35 minutes, le chef de l'Etat a une nouvelle fois plaidé pour une réforme "nécessaire" qu'il ne conduit pas "par plaisir".

"Je ne vis pas de regrets", a-t-il dit, concédant cependant ne "pas avoir réussi à convaincre sur la nécessité" de la réforme, qui prévoit de reculer l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans.

Le chef de l'État a épinglé les oppositions en disant que pour elles, le projet "c'est le déficit". L'entretien présidentiel les a immédiatement fait bondir, de même que les organisations syndicales qui préparent une 9e journée de grèves et de mobilisations jeudi.

"Du foutage de gueule et du mépris pour les millions de personnes qui manifestent", a cinglé le patron de la CGT Philippe Martinez. "Déni et mensonge", a fulminé son homologue de la CFDT Laurent Berger, alors qu'Emmanuel Macron venait d'affirmer qu'aucun syndicat n'avait proposé de compromis sur les retraites.

M. Macron, qui avait écarté mardi toute perspective immédiate de remaniement, de dissolution ou de référendum, a égrené les arguments déployés par son camp depuis l'activation de l'article 49.3 sur cette réforme, adoptée après le rejet, à seulement neuf voix près, d'une motion de censure contre son gouvernement.

"S'il faut endosser l'impopularité aujourd'hui, je l'endosserai", a assumé le chef de l'État qui est revenu sur des propos polémiques tenus la veille devant les parlementaires de sa majorité.

Alors que sa réforme suscite des manifestations quotidiennes dans le pays et des grèves, il avait indiqué que la "foule" n'avait "pas de légitimité face au peuple qui s'exprime, souverain, à travers ses élus".

- "Déconnexion" -
Des propos qui visaient les parlementaires ciblés par des violences, a-t-il assuré mercredi. "On ne peut accepter ni les factieux, ni les factions", a-t-il insisté mercredi, citant les exemples des assauts contre le Capitole de Washington par des partisans de Donald Trump ou les lieux de pouvoirs à Brasilia par ceux de Jair Bolsonaro.

Comme les syndicats, les opposants politiques ont vivement réagi aux propos de M. Macron.

Le président prodigue ses "traditionnelles marques de mépris", s'est insurgé Jean-Luc Mélenchon. "Je crains qu'il n'ait mis plus d'explosif sur un brasier déjà bien allumé", a dénoncé le patron du PS Olivier Faure.

A droite également, la critique est dure. Le président des Républicains (LR) Eric Ciotti a fustigé des solutions "pas à la hauteur de la crise politique et économique que nous vivons".

"Il dit qu'il respecte, mais il insulte. Tous les Français, tout le temps", a dit la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen.

Après plus de deux mois de contestation, les manifestations et actions de blocage se sont multipliées depuis le 49.3 jeudi dernier.

A Strasbourg, Laurent, 53 ans, cadre dans une entreprise de transport et qui avait voté Emmanuel Macron, n'a pas encore manifesté mais descendra dans la rue jeudi. "Je suis pas du tout un habitué des manifs, loin de là" mais "la façon de faire, le soi-disant débat qui se termine sans prendre en compte aucun avis, c'est brutal, ce n'est pas acceptable", déclare le quinquagénaire, qui n'a pas voulu donner son nom.

- "Co-construction" à l'Assemblée -
Mercredi, le port de Marseille-Fos était totalement bloqué dans le cadre d'une journée "ports morts" à l'appel de la CGT, tandis que des actions coup de poing ont également été menées aux abords de la zone portuaire de Capécure, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).

Le dépôt pétrolier de Puget-sur-Argens (Var) est bloqué par des manifestants, de même que deux ronds-points desservant deux dépôts pétroliers au nord de Bordeaux, tandis qu'au niveau national, 14,3% des stations-services connaisse une pénurie d'au moins un type de carburant. Plus d'une centaine de personnes se sont rassemblées dans la soirée devant la raffinerie TotalEnergies de Normandie pour s'opposer à des réquisitions de grévistes, selon la CGT.

Pour jeudi, le SNUipp-FSU, premier syndicat dans le primaire, a prévu entre 40 et 50% des professeurs du primaire en grève.

La situation devrait être très perturbée dans les transports, notamment les trains - la moitié des TGV circuleront - et environ 30% des vols seront annulés au départ de Paris-Orly.

Le trafic du métro parisien et du RER sera "très perturbé". La grève, reconductible à la RATP, sera plus suivie que ces derniers jours, mais moins qu'au tout début du mouvement en janvier.

Désireux de sortir de cette séquence retraites, le président a tenté de donner des perspectives. Charge à Élisabeth Borne de "bâtir un programme de gouvernement" susceptible "d'élargir" la majorité relative à l'Assemblée, dans une démarche de "co-construction d'un agenda parlementaire avec l'ensemble des forces des deux chambres".

"Le compromis fonctionne", "nous en sommes capables", a assuré la Première ministre devant le Sénat.

Première précaution, néanmoins: le projet de loi immigration, présenté comme la prochaine victime des oppositions à l'Assemblée, sera scindé en "plusieurs textes" dans "les prochaines semaines".

M. Macron veut également "réengager" un dialogue avec les partenaires sociaux sur le rapport au travail. Mais "il faut attendre quelques jours, quelques semaines", a-t-il observé.

Réponse immédiate de Laurent Berger: "Ce sont des mots creux, pour l'instant, il y a un gros conflit social, une crise démocratique, une crise sociale. Faut être dingue (...), il y a un délai de décence", a-t-il déclaré à l'AFP.

Principales réactions politiques à l'intervention télévisée de Macron

Principales réactions politiques après l'intervention télévisée mercredi du président Emmanuel Macron sur TF1 et France 2:

A droite

. Eric Ciotti(président des Républicains)dans un communiqué:

Les solutions proposées par Emmanuel Macron ne sont "pas à la hauteur de la crise politique et économique que nous vivons". "La seule vraie annonce de cette allocution est que le combat contre l’immigration de masse n’est plus une priorité pour le gouvernement" et "c’est une faute".

 

. Bruno Retailleau (président des sénateurs LR) sur Twitter:

"En contournant le Parlement dont il a peur parce qu’il y est minoritaire, le président de la République avoue son impuissance politique".

Sur l'immigration: "Emmanuel Macron renonce à un projet de loi (...) qui est l’un des problèmes majeurs de notre pays. A la place, des petits textes à la découpe qui ne règleront rien (…) comme d’habitude".

 

. Aurélien Pradié (député LR) sur Twitter:

"Emmanuel Macron ne comprend pas. Il ne comprend pas les fractures immenses de la Nation. Il ne comprend pas que son autosatisfaction est une provocation de plus. Ne rien changer, attendre, bidouiller, c’est jouer avec le feu. Comment ignorer à ce point les Français ?".

 

. Marine Le Pen (présidente des députés RN) en conférence de presse:

Emmanuel Macron est "un homme de plus en plus seul". Lors de son intervention télévisée, il a "conforté le mépris" des Français. "Il dit qu’il respecte, mais il insulte. Tous les Français, tout le temps", a-t-elle ajouté, accusant le Président "d'anti-parlementarisme" et prévoyant un remaniement "dans les prochaines semaines".

A gauche

. Manuel Bompard (coordinateur de LFI) à l'Assemblée nationale:

"Le Président n’est pas là pour jeter des barils sur le feu. Ce n’est jamais de sa faute. Les syndicats sont contre ? C’est parce qu’il ne voulaient pas discuter. Les Français sont contre ? C’est parce qu’ils n’ont pas compris le génie présidentiel ? Les oppositions sont contre ? Elles sont incapables de faire des propositions. Il faut arrêter avec ça".

 

. Mathilde Panot (présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale) sur Twitter:

"Macron en direct depuis une réalité alternative. Hors-sol, arrogant, menteur, irresponsable. Il n'avait pourtant que 4 mots à prononcer : je retire ma réforme. Bravo à celles et ceux qui ont enduré ces 30 minutes de vide absolu".

 

. Marine Tondelier (secrétaire nationale d'EELV) sur Twitter:

"Glacée par la démonstration d’autosatisfaction du président Macron. Outre ses propos méprisants et même offensants, outre la vacuité de ce qu’il propose, quand va-t-il comprendre qu’il n'a pas le monopole de la responsabilité et de l’intérêt général?".

 

. Sandrine Rousseau (députée EELV) sur Twitter:

"On ne s’attendait à rien. Mais rien eût été mieux".

 

. Olivier Faure (premier secrétaire du PS) à l'Assemblée nationale:

"C'est hallucinant. Il est dans un déni absolu. Je crains qu'il n'ait mis plus d'explosif sur un brasier déjà bien allumé. Il n'a plus de jus, n'a plus rien à raconter. Il ressert cent fois les mêmes recettes. Il cherche le pourrissement y compris en disqualifiant les syndicats. Le seul cap qu'il a fixé: je me maintiendrais quoi qu'il en coûte".

 

. Boris Vallaud (président des députés PS) sur Twitter:

"Sarkozy sur la forme. Fillon sur le fond. Pasqua sur le maintien de l’ordre. Vite la gauche."

Majorité

. Stéphane Séjourné (secrétaire général du parti Renaissance) sur Twitter:

"Face aux crises, notre modèle social et l'État nous ont aidé. C'est à nous, aujourd'hui, de les aider et d'assurer leur pérennité. C'est l'objet de la réforme des retraites dont Emmanuel Macron a rappelé la priorité au risque de l'impopularité. Le courage de l'action".

 

. Prisca Thevenot (députée Renaissance) à l'Assemblée nationale:

"Emmanuel Macron a appelé à la responsabilité, en homme d'Etat il est là pour dire la vérité aux Français, des vérités parfois dures à dire plus dures que les mensonges faciles" des oppositions.  "Nous vivons dans un État de droits et de devoirs, il appelle à ce que les institutions soient respectées. Nous avons passé la majorité des textes proposés sur le pouvoir d'achat, les renouvelables, le nucléaire, l'IVG, nous continuons à avancer".


La canicule s'installe dans la durée, Macron appelle à une «grande vigilance»

Quarante degrés atteints dans le centre-ouest: Emmanuel Macron a appelé jeudi les Français à une "grande vigilance" face à la canicule qui doit encore s'étendre avec une cinquantaine de départements en vigilance orange vendredi, des horaires adaptés dans des établissements scolaires et des festivités annulées. (AFP)
Quarante degrés atteints dans le centre-ouest: Emmanuel Macron a appelé jeudi les Français à une "grande vigilance" face à la canicule qui doit encore s'étendre avec une cinquantaine de départements en vigilance orange vendredi, des horaires adaptés dans des établissements scolaires et des festivités annulées. (AFP)
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  • À Paris, une "dizaine" de collèges ont pris des "aménagements" pour la fin de semaine, en suspendant les cours après une certaine heure. L'accueil des élèves reste néanmoins maintenu
  • Alors que l'été ne commence que dimanche, Météo-France, étend à 53 départements la vigilance orange "canicule" à partir de vendredi midi, contre 26 jusqu'ici, "le long d'un axe allant du Sud-Ouest au Nord-Est"

DIJON: Quarante degrés atteints dans le centre-ouest: Emmanuel Macron a appelé jeudi les Français à une "grande vigilance" face à la canicule qui doit encore s'étendre avec une cinquantaine de départements en vigilance orange vendredi, des horaires adaptés dans des établissements scolaires et des festivités annulées.

Invité sur France 2, le président de la République a incité les Français "à la précaution, à prendre soin des plus âgés, des plus vulnérables comme des enfants et à bien suivre toutes les préconisations du gouvernement".

Les 40°C ont été atteint à Montmorillon (Vienne), un record pour cette station de MétéoFrance ouverte en 1990. Il a fait plus de 39°C à Tortezais (Allier), Issoudun (Indre) ou Châteaumeillant (Cher).

Alors que l'été ne commence que dimanche, Météo-France, étend à 53 départements la vigilance orange "canicule" à partir de vendredi midi, contre 26 jusqu'ici, "le long d'un axe allant du Sud-Ouest au Nord-Est".

L'épisode de chaleur s'annonce "étendu, durable et intense", avertit l'organisme. Le "pic caniculaire remarquable" est attendu entre dimanche et mardi, avec des "pointes à 40°C en particulier sur l'Ouest et le Centre".

Jeudi matin, un homme de 30 ans est décédé sur une piste d'athlétisme dans le Val-d'Oise, retrouvé en arrêt cardio-respiratoire.

La préfecture de police a recommandé l'interdiction des événements sportifs en plein air à Paris et petite couronne, citant la chaleur mais aussi l'épisode de pollution à l'ozone qui touche l'Ile-de-France. Pour lutter contre les émissions de polluants, la circulation différenciée est mise en place à partir de vendredi dans une partie de l'agglomération parisienne.

De nombreux pans de la vie courante sont affectés.

La SNCF a supprimé 71 trains Intercités qui devaient circuler de jeudi à lundi, pour "prévenir les pannes potentielles de climatisation", sur les lignes Paris-Orléans-Limoges-Toulouse, Paris-Clermont-Ferrand et Bordeaux-Marseille.

Suspension des cours 

La fournaise met à rude épreuve les élèves planchant dans des salles surchauffées pour les épreuves écrites de spécialités du bac, qui se terminent jeudi.

Plusieurs établissements scolaires ont annoncé que les cours seraient aménagés dès jeudi après-midi, a-t-on appris auprès des autorités académiques, de syndicats et de courriers consultés par l'AFP.

Dans l'académie de Poitiers les épreuves de grand oral des élèves de terminales prévues l'après-midi lundi et mardi sont reportées d'une semaine. Deux demi-journées où les écoles resteront fermées à Tours, une décision que la plupart des parents ont découverte en venant chercher leurs enfants.

"C'est une bonne chose. Ma fille était indisposée par la chaleur. Il faisait 36°C dans la classe à 16H00", a déclaré à l'AFP Caroline, dont la fille est en CP. Une autre mère de famille, Ruth, est plus partagée. "Nous sommes au onzième étage d'un ancien bâtiment. Il fait encore plus chaud qu'à l'école".

À Paris, une "dizaine" de collèges ont pris des "aménagements" pour la fin de semaine, en suspendant les cours après une certaine heure. L'accueil des élèves reste néanmoins maintenu.

La chaleur met également en péril la populaire Fête de la musique, prévue dimanche. Animations annulées à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), Nanterre ou encore Claye-Souilly (Seine-et-Marne), "dans un souci de sécurité pour les artistes, les bénévoles, les agents mobilisés et l'ensemble du public".

Dans un rapport publié jeudi, la Fondation pour le logement des défavorisés rappelle que les quartiers populaires sont surexposés à la précarité énergétique d'été et au phénomène des "logements bouilloires".

"On étouffe", explique Léria, 32 ans, femme au foyer dans les tours Nuage de Nanterre (Hauts-de-Seine). "Avant, c'était l'hiver qui était pourri, on crevait de froid, mais maintenant, j'ai peur quand l'été approche".

C'est le deuxième épisode de chaleur en quelques semaines qui touche la France, frappée en mai par des températures inédites.

Le pays subit "des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, de plus en plus nombreuses et de plus en plus intenses aussi, signe manifeste du changement climatique", souligne Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France.

En Haute-Corse, un incendie sur la commune de Castello-di Rostino, vraisemblablement lié à des travaux de débroussaillage, a parcouru jeudi 64 hectares de végétation.

Si le sud-est de la France est largement épargné par la canicule, le danger de feux oscillera vendredi entre modéré et élevé, selon Météo France.

Dans les Hautes-Alpes, un épisode orageux a provoqué des coulées de boue qui ont causé quelques dégâts, en particulier sur la RN1091 où la circulation a dû être coupée vers le col du Lautaret, avec une réouverture prévue dans la nuit, selon le conseil départemental.


Macron prudent sur l'accord Iran-USA, ne croit pas que la guerre «soit totalement terminée»

Le président français Emmanuel Macron s'est montré prudent jeudi sur l'accord entre l'Iran et les Etats-Unis devant mettre fin au conflit au Moyen-Orient, affichant son absence de certitude sur le fait que la guerre "soit totalement terminée". (AFP)
Le président français Emmanuel Macron s'est montré prudent jeudi sur l'accord entre l'Iran et les Etats-Unis devant mettre fin au conflit au Moyen-Orient, affichant son absence de certitude sur le fait que la guerre "soit totalement terminée". (AFP)
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  • "C'est toujours mieux d'avoir un accord que la guerre, surtout quand il peut y avoir des risques d'escalade", a ajouté le président français qui tirait sur France 2 les leçons du sommet du G7 à Evian qu'il a présidé de lundi à mercredi
  • "On rentre dans une nouvelle phase qui est celle de la coopération, du dialogue, qui est mieux que la guerre", a-t-il ajouté

PARIS: Le président français Emmanuel Macron s'est montré prudent jeudi sur l'accord entre l'Iran et les Etats-Unis devant mettre fin au conflit au Moyen-Orient, affichant son absence de certitude sur le fait que la guerre "soit totalement terminée".

"C'est toujours mieux d'avoir un accord que la guerre, surtout quand il peut y avoir des risques d'escalade", a ajouté le président français qui tirait sur France 2 les leçons du sommet du G7 à Evian qu'il a présidé de lundi à mercredi.

"On rentre dans une nouvelle phase qui est celle de la coopération, du dialogue, qui est mieux que la guerre", a-t-il ajouté.

Pour autant, le chef de l'Etat a également affiché des doutes. "Je ne crois pas qu'on puisse dire qu'elle (la guerre, ndlr) soit totalement terminée", a-t-il estimé.

Comme à Evian, Emmanuel Macron a redit la disponibilité de la France à oeuvrer, aux côtés d'autres pays comme la Grande-Bretagne, à la reprise de la circulation maritime dans le détroit d'Ormuz.

Très symboliquement et de façon inattendue, Donald Trump a signé cet accord avec l'Iran alors qu'il se trouvait au château de Versailles mercredi soir, où Emmanuel Macron l'avait convié pour un dîner dans la foulée du G7.

Le chef de l'Etat a rapporté que la décision du président américain d'y signer ce texte "s'est faite de manière assez spontanée".

Concernant le volet libanais du conflit, Emmanuel Macron a appelé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à "faire preuve d'esprit de responsabilité et de rationalité", jugeant que l'offensive contre le Hezbollah pro-iranien au Sud-Liban "est dans la durée contraire aux intérêts d'Israël".

"Le Hezbollah est un risque pour Israël, c'est tout à fait vrai", mais la sécurité de l'Etat hébreu "ne peut pas être assurée par la conquête d'un territoire voisin", a-t-il dit, soulignant que la politique de M. Netanyahu, aussi bien au Liban qu'à Gaza et en Cisjordanie, "alimente le ressentiment, la violence de toutes les populations de la région".

Il a ajouté qu'il allait de nouveau chercher à mobiliser la communauté internationale pour "aider l'armée libanaise à reprendre le contrôle de son territoire".


Grégoire propose la citoyenneté d'honneur aux civils et journalistes palestiniens

Samia, âgée de quinze ans, se tient aux côtés de Palestiniens rassemblés, brandissant des photos de son père, Mohammed Wishah, journaliste pour la chaîne Al-Jazeera Mubasher, basée au Qatar, qui a été tué lors d'une attaque israélienne dans le camp de réfugiés de Bureij le 8 avril, lors d'un rassemblement de solidarité à Deir al-Balah, dans la bande de Gaza, le 11 avril 2026. (AFP)
Samia, âgée de quinze ans, se tient aux côtés de Palestiniens rassemblés, brandissant des photos de son père, Mohammed Wishah, journaliste pour la chaîne Al-Jazeera Mubasher, basée au Qatar, qui a été tué lors d'une attaque israélienne dans le camp de réfugiés de Bureij le 8 avril, lors d'un rassemblement de solidarité à Deir al-Balah, dans la bande de Gaza, le 11 avril 2026. (AFP)
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  • "Cette citoyenneté d'honneur est un acte de paix. Paris a toujours lié son nom à la liberté des peuples et à la dignité humaine", explique-t-on dans son entourage
  • Le successeur d'Anne Hidalgo, qui avait reçu en avril, peu après son arrivée à l'Hôtel de ville, l'ambassadrice de la Palestine en France Hala Abou-Hassira, rappelle que les drapeaux palestinien et israélien avaient été projetés sur la tour Eiffel

PARIS: Le nouveau maire PS de Paris, Emmanuel Grégoire, va proposer jeudi d'attribuer la citoyenneté d'honneur aux populations civiles et journalistes palestiniens, lors d'un vote au Conseil de Paris qui devrait être soutenu par sa majorité de gauche.

Face à la "pire guerre de l'histoire pour la population civile de Gaza", et alors que "la situation humanitaire de la population gazaouie demeure dramatique" malgré le cessez-le-feu en vigueur, Emmanuel Grégoire "propose d'élever au rang de citoyens d'honneur les populations civiles palestiniennes de Gaza et de Cisjordanie, ainsi que les journalistes palestiniens déployés dans les zones de conflit du Proche-Orient", selon le projet de délibération soumis au vote.

"Cette citoyenneté d'honneur est un acte de paix. Paris a toujours lié son nom à la liberté des peuples et à la dignité humaine", explique-t-on dans son entourage.

Le successeur d'Anne Hidalgo, qui avait reçu en avril, peu après son arrivée à l'Hôtel de ville, l'ambassadrice de la Palestine en France Hala Abou-Hassira, rappelle que les drapeaux palestinien et israélien avaient été projetés sur la tour Eiffel en septembre 2025.

Mais la précédente majorité n'avait jamais accédé aux multiples demandes d'une partie de sa majorité, notamment les communistes, d'attribuer aux populations palestiniennes la citoyenneté d'honneur, après avoir accordé la distinction aux otages du Hamas, en 2024.

"Nous avons déposé 13 vœux en soutien au peuple palestinien au cours du mandat précédent. Nous sommes heureux qu'enfin Emmanuel Grégoire y accède", s'est réjoui le sénateur Ian Brossat, co-président du groupe communiste au Conseil de Paris.

La citoyenneté d'honneur, qui depuis sa création en 2001 a été attribuée à de nombreuses personnalités, aux otages du Hamas (2024), au peuple du Haut-Karabakh (2023) et à la ville de Kiev (2022), "n'empêche pas la ville de rester fidèle à son attachement à l'existence d'Israël", précise à l'AFP Audrey Pulvar, adjointe chargée des relations internationales.

L'opposition de droite a fait savoir qu'elle ne voterait pas la délibération en l'état, demandant un hommage à "l'ensemble des victimes civiles du conflit israélo-palestinien", selon un vœu du groupe de Rachida Dati et Grégory Canal (LR) qui sera débattu dans l'hémicycle parisien.

"Attribuer une distinction honorifique dans le cadre d'un conflit aussi douloureux et polarisant en oubliant une partie des victimes sera inévitablement perçu comme une prise de position univoque", estime également le groupe Paris Apaisé présidé par Florence Berthout (Horizons) et Alexandre Lesieur.

"Si on reconnaît la souffrance des civils des deux côtés, si on exclut les +faux civils+ et si la responsabilité du Hamas est bien rappelée, alors je pourrais voter le texte du maire", a confié le maire PS de Paris Centre, Ariel Weil, dans un entretien au Nouvel Obs.

Déclenché par l'attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, le conflit a fait plus de 72.000 morts, selon le ministère de la Santé du territoire, dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU. Un cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025 est entaché de violences quotidiennes.