Au Sahel, des journalistes sous la pression des jihadistes et des autorités, dit RSF

Des communiqués de presse de Reporters sans frontières (RSF). (Photo, AFP)
Des communiqués de presse de Reporters sans frontières (RSF). (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Lundi 03 avril 2023

Au Sahel, des journalistes sous la pression des jihadistes et des autorités, dit RSF

  • La presse locale et internationale fait face à une «dégradation constante» de ses conditions de travail depuis dix ans
  • Le rapport de RSF évoque l'effet négatif joué par l'arrivée selon lui de la société de sécurité privée russe Wagner au Mali

DAKAR: Couvrir librement les multiples crises du Sahel est de plus en plus difficile pour les journalistes, plus encore depuis que des militaires ont pris le pouvoir dans certains pays, indique Reporters sans frontières dans un rapport publié lundi.

La bande sahélienne qui traverse le continent d'ouest en est menace de devenir "la plus grande zone de non-information de l'Afrique", dit RSF dans ce rapport sombre.

L'expulsion des correspondantes des quotidiens français Le Monde et Libération par la junte au pouvoir au Burkina Faso samedi est venue obscurcir encore le tableau. Le rapport de RSF a été rédigé avant leur expulsion.

La presse locale et internationale fait face à une "dégradation constante" de ses conditions de travail depuis dix ans, dit ce document couvrant le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Tchad, mais aussi le nord du Bénin, confronté à des défis sécuritaires similaires.

Il décrit des journalistes pris entre la violence des jihadistes et des groupes armés d'une part, et les restrictions, les pressions, les suspensions de médias et les expulsions de correspondants étrangers par les autorités d'autre part.

Il évoque l'effet négatif joué par l'arrivée selon lui de la société de sécurité privée russe Wagner au Mali.

"Cinq journalistes ont été assassinés, et six autres ont été portés disparus entre 2013 et 2023", dit le rapport. Il fait état de près de 120 journalistes arrêtés ou détenus pendant cette période, dont 72 rien qu'au Tchad.

Il rend compte des attaques par les jihadistes et de la disparition des radios communautaires, très écoutées, parce qu'elles n'adhéraient pas à leur cause.

De vastes étendues sont devenues inaccessibles aux journalistes parce que trop dangereuses. Les sources sont "terrifiées" par la possibilité de représailles des groupes armés, mais aussi des autorités.

Au Mali, au Burkina et au Tchad, à peine arrivés à la tête de leur pays, les militaires ont cherché "à contrôler les médias au travers de mesures d’interdiction ou de restriction, voire d’attaques ou d’arrestations arbitraires".

RSF rappelle la suspension des médias français France 24 et Radio France Internationale au Mali et au Burkina. Avec l'expulsion ou le départ contraint des correspondants étrangers faute d'accréditations, le champ est laissé "libre aux médias favorables au narratif pro-russe défendant la présence des mercenaires de Wagner dans la région", ce qui contribue "à l’explosion de la désinformation".

Les pressions exercées sur la presse au nom d'un "traitement patriotique" de l'information favorisent "un journalisme aux ordres", et l'autocensure sur des sujets sensibles comme Wagner ou les pertes infligées par les jihadistes. Elles alimentent aussi le cyberharcèlement contre les voix dissonantes, dit RSF.

RSF mentionne aussi la détérioration de la situation financière des médias, sous l'effet de la crise et de l'arrêt des subventions des Etats.

RSF laisse entrevoir quelques lueurs d'espoir. Elle évoque la copie miroir des sites de RFI et France 24 qu'elle a créée pour continuer à les capter. Elle cite la création de modes différents de collecte de l'information et de partenariats entre médias, ainsi que le développement du factchecking.


Importante victoire pour l'ex-PM Khan : la Cour suprême du Pakistan décide que le parti est éligible pour les sièges réservés.

Short Url
  • Les 70 sièges réservés attribués aux partis de la coalition au pouvoir dirigée par le Premier ministre Sharif ont été refusés au PTI de M. Khan.
  • Selon la Cour suprême, le PTI était et reste un parti politique et peut prétendre à des sièges réservés aux femmes et aux minorités.

ISLAMABAD : La Cour suprême du Pakistan a rendu vendredi un verdict historique selon lequel le parti Pakistan Tehreek-e-Insaf de l'ancien Premier ministre emprisonné Imran Khan pouvait prétendre à des sièges réservés au Parlement, ce qui accroît la pression sur la fragile coalition au pouvoir du Premier ministre Shehbaz Sharif.

Bien que ces indépendants aient remporté le plus grand nombre de sièges (93), la commission électorale a décidé qu'ils n'obtiendraient pas leur part des 70 sièges réservés aux femmes et aux minorités, car ces sièges sont réservés aux partis politiques. Les sièges ont alors été attribués à d'autres partis, principalement ceux de la coalition au pouvoir de M. Sharif.

Les 70 sièges réservés au Pakistan - 60 pour les femmes et 10 pour les non-musulmans - sont attribués aux partis proportionnellement au nombre de sièges remportés lors des élections générales. Ces sièges complètent les 336 sièges de l'Assemblée nationale. La majorité simple au parlement pakistanais est de 169 sièges sur 336.

En mars, l'ECP et la Haute Cour de Peshawar, dans des décisions distinctes, ont déclaré que les indépendants n'étaient pas éligibles pour les sièges réservés, ce qui a porté un coup aux perspectives de gouvernement du PTI et s'est avéré être un revers majeur pour Khan, qui est en prison depuis le mois d'août dernier. Les verdicts ont ensuite été annulés par la Cour suprême qui, depuis le mois dernier, examine une série de pétitions sur la question.

Vendredi, la Cour suprême a annulé le verdict de la Haute Cour de Peshawar et a déclaré que l'ordre de l'ECP déclarant le PTI inéligible pour les sièges réservés était "ultra vires de la constitution, sans autorité légale et sans effet juridique".

"Le président de la Cour suprême, Qazi Faez Isa, a déclaré que le PTI aura droit aux sièges réservés aux femmes et aux ministères au Parlement, alors qu'il lisait le verdict concernant l'une des pétitions déposées par le bloc soutenu par le PTI, qui demandait à l'ECP de recalculer le nombre de sièges réservés auxquels le parti de M. Khan avait droit.

Syed Shibli Faraz, du PTI, actuellement chef de l'opposition au Sénat, a déclaré qu'il s'agissait d'un jour "historique" dans la politique pakistanaise.

"Je tiens à féliciter chaleureusement le public pakistanais et son leader Imran Khan", a déclaré M. Faraz à la presse après l'annonce de la décision de justice.

Sans les 70 sièges réservés, le gouvernement risque de perdre sa majorité des deux tiers à l'Assemblée nationale, sans laquelle il ne peut pas faire adopter d'amendements constitutionnels.

Le verdict renforce également la position politique des partisans de M. Khan, dont le cri de ralliement est que la commission électorale et le gouvernement intérimaire pro-militaire qui a supervisé les élections se sont livrés à des fraudes électorales pour le priver d'une victoire. L'ECP nie ces accusations.

"LE PTI ÉTAIT ET RESTE UN PARTI

Tous les candidats du PTI, le parti de M. Khan, ont été contraints de participer aux élections de février en tant qu'indépendants après que l'ECP a retiré au parti son symbole électoral, la batte de cricket, au motif qu'il n'avait pas organisé d'élections internes, une condition préalable à la participation de tout parti aux élections.

Après les élections, les candidats soutenus par le PTI ont été contraints d'adhérer au Sunni Ittehad Council (SIC) pour obtenir une part des 70 sièges réservés, les indépendants n'étant pas éligibles pour les sièges supplémentaires.

"Il est déclaré que le fait de ne pas refuser un symbole électoral n'affecte en rien le droit d'un parti politique à participer à une élection", indique l'ordonnance du tribunal dans l'une des pétitions du PTI, soutenue par huit juges et combattue par cinq des 13 membres de la cour plénière. "Le Pakistan Tehreek-i-Insaf (PTI) était et reste un parti.

L’ordre stipulait que les membres élus du PTI ne pouvaient pas être déclarés indépendants ou candidats du SIC et donnait au PTI 15 jours pour soumettre sa liste de candidats ayant droit à des sièges réservés à la commission électorale.

Lors d’une conférence de presse, le ministre des Affaires juridiques, Azam Nazeer Tarar, a déclaré que le gouvernement attendrait le jugement détaillé pour décider de sa ligne de conduite, mais a souligné que les pétitions avaient été déposées par la SIC, mais que la Cour avait donné un « redressement » au PTI, qui n’a pas déposé les moyens.

« Beaucoup de confusion et de questions sont nées de ce jugement », a-t-il déclaré aux journalistes. « On a créé une situation où il y a peu de clarté. »

Dans une déclaration envoyée aux médias, le PTI a déclaré que 86 candidats réélus soutenus par le PTI à l’Assemblée nationale et 107 à l’Assemblée du Pendjab, 91 à l’Assemblée de Khyber Pakhtunkhwa et 9 à l’Assemblée du Sindh « ont le droit d’être comptés aux fins de l’élection aux sièges réservés sur la base de la représentation proportionnelle. » Il est prévu que le PTI pourrait obtenir jusqu’à 23 sièges réservés après le jugement de vendredi.

Le PM Sharif a formé une coalition faible avec d’autres partis après que les élections générales du 8 février ont produit un parlement suspendu.

Les 79 sièges du parti PML-N de Sharif et les 54 sièges du PPP réunis forment une majorité simple au Parlement pour former un gouvernement au centre et sont également regroupés dans des partis plus petits de la coalition.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Delta Air Lines fait face à des critiques pour avoir associé des épinglettes du drapeau palestinien au Hamas

Un steward de Delta portant une épinglette du drapeau palestinien. (Photo: Réseaux sociaux)
Un steward de Delta portant une épinglette du drapeau palestinien. (Photo: Réseaux sociaux)
Short Url
  • Le transporteur américain répond à l’affirmation d'un utilisateur concernant un « badge du Hamas », déclarant « Je serais également terrifié »
  • Le Conseil des relations américano-islamiques exhorte Delta à s’excuser pour son « tweet raciste anti-palestinien »

LONDRES : Delta Air Lines se trouve au cœur d'une polémique après avoir semblé valider un post sur X affirmant que les épinglettes du drapeau palestinien portées par deux membres de son équipage étaient des « badges du Hamas ».

Dans une réponse depuis supprimée, le compte de la compagnie américaine paraissait confirmer l’accusation d'un utilisateur selon laquelle son personnel était autorisé à porter des « badges du Hamas en vol. »

La compagnie a écrit: « Je vous entends et je serais aussi terrifié, personnellement. Nos employés reflètent notre culture et nous ne prenons pas à la légère le non-respect de notre politique."

Elle a ajouté dans une autre réponse: « Pas d'inquiétude, cela fait déjà l'objet d'une enquête, en particulier concernant les parties impliquées. »

L'incident se serait produit lors d'un vol vendredi dernier entre Boston et West Palm Beach en Floride.

La photo montrant des membres d’équipage arborant des épinglettes du drapeau palestinien a d’abord circulé sur les réseaux sociaux, puis a été partagée par plusieurs groupes pro-israéliens, dont StopAntisemitism, qui a ironiquement suggéré que Delta ouvrait « une nouvelle route estivale » vers la Palestine.

Le compte a également diffusé des images du compte Instagram personnel de l’un des hôtes de l'air.

La réaction de Delta Air Lines a provoqué un tollé sur X, avec des appels au boycott de la compagnie pour sa gestion de la situation.

Le Conseil des relations américano-islamiques a exhorté Delta à s’excuser pour ce post, le qualifiant de « tweet raciste anti-palestinien. »
Edward Ahmed Mitchell, directeur adjoint du CAIR, a déclaré jeudi: « Que ce post raciste sur le compte X de Delta ait été approuvé ou non, Delta doit s’excuser et prendre des mesures pour sensibiliser ses employés à ce type de racisme anti-palestinien dangereux. »

Cet incident s’ajoute à une série de controverses impliquant le transporteur américain, notamment des accusations antérieures de discrimination, en particulier envers les musulmans.

En mai dernier, les médias ont rapporté que le personnel de Delta avait demandé à un militant juif de dissimuler un T-shirt portant l’inscription « Les Juifs disent cessez-le-feu maintenant » pendant un vol.
 
 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Giorgia Meloni face au risque d'isolement en Europe

La première ministre italienne, Giorgia Meloni, accueille le premier ministre hongrois Viktor Orban au Palazzo Chigi avant leur rencontre à Rome, le 24 juin 2024. (Photo par Tiziana FABI / AFP)
La première ministre italienne, Giorgia Meloni, accueille le premier ministre hongrois Viktor Orban au Palazzo Chigi avant leur rencontre à Rome, le 24 juin 2024. (Photo par Tiziana FABI / AFP)
Short Url
  • Depuis son arrivée au pouvoir, elle a cherché à se positionner comme la seule figure capable d'unir les droites européennes
  • A Strasbourg, un autre concurrent potentiel est apparu jeudi avec la formation d'un nouveau groupe d'extrême droite, l'Europe des nations souveraines, dirigé par le parti allemand Alternative pour l'Allemagne (AfD), tout juste auréolé de son meilleur résu

ROME: Jusqu'ici bredouille dans sa quête d'un poste-clé à Bruxelles pour l'Italie, doublée sur sa droite avec la création d'un groupe d'eurodéputés souverainistes par son ami Viktor Orban, Giorgia Meloni a vu son étoile européenne pâlir ces dernières semaines.

Mais la Première ministre d'extrême droite, cheffe du parti post-fasciste Fratelli d'Italia, a encore des cartes à jouer, forte de ses quasi deux années assidûment dépensées à forger son rôle de partenaire constructif dans l'UE.

Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2022, la dirigeante la plus à droite de l'Italie depuis la Seconde Guerre mondiale a cherché à se positionner comme la seule figure capable d'unir les droites européennes.

Dans le même temps, pragmatique, elle a mis en sourdine son ancien euroscepticisme, soutenu l'Ukraine malgré une opinion publique divisée, collaboré avec la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, contribuant ainsi à rassurer ses interlocuteurs.

Pour autant, elle qui exigeait qu'on tienne compte de la poussée de l'extrême droite aux européennes de juin en Italie, en France ou en Allemagne, dans l'attribution des "top jobs" de l'UE, n'a pas été entendue.

Et au lieu d'obtenir le ralliement de son allié de longue date, le Hongrois Viktor Orban, au groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR) au Parlement européen auquel appartient Fratelli d'Italia, celui-ci a créé un nouveau groupe: les "Patriotes pour l'Europe", avec le Rassemblement national (RN) français, les élus espagnols de Vox qui ont quitté ECR, mais aussi La Ligue de son propre vice-Premier ministre, Matteo Salvini.

"C'est clairement une mauvaise nouvelle pour elle, cela ne fait aucun doute", analyse Daniele Albertazzi, professeur de politique à l'université britannique du Surrey.

"C'est une mauvaise nouvelle en termes de chiffres, mais c'est surtout une mauvaise nouvelle parce qu'ils ont volé la vedette", explique M. Albertazzi à l'AFP. Les Patriotes "ont clairement bouleversé l'ordre du jour au cours des deux dernières semaines, ils ont réussi à rassembler de très grands partis", a-t-il ajouté.

- Pari manqué -

S'ajoutent à cela les résultats du RN de Marine Le Pen aux élections législatives françaises, arrivé en troisième position, et la victoire des travaillistes en Grande-Bretagne. Selon la presse italienne, Mme Meloni espérait renforcer son leadership en Europe avec une déroute plus prononcée d'Emmanuel Macron aux législatives.

"Mais le pari n'a pas fonctionné", se félicite le quotidien de gauche La Repubblica. Pour le journal La Stampa, la semaine de Mme Meloni "n'a certainement pas été bonne".

A Strasbourg, un autre concurrent potentiel est apparu jeudi avec la formation d'un nouveau groupe d'extrême droite, l'Europe des nations souveraines, dirigé par le parti allemand Alternative pour l'Allemagne (AfD), tout juste auréolé de son meilleur résultat aux européennes.

La visite de M. Orban à Moscou la semaine dernière - une décision dénoncée par les alliés occidentaux de l'Ukraine - pourrait également contribuer à la détérioration des relations avec Mme Meloni, qui, par le passé, a marqué des points à Bruxelles en obtenant des concessions de la part du dirigeant hongrois.

Lâchée par Orban, privée du soutien de Rishi Sunak défait aux législatives britanniques, à couteaux tirés avec Emmanuel Macron et Olaf Scholz, Giorgia Meloni montre qu'"elle n'a pas su s'installer confortablement à Bruxelles", constate Anna Bonalume, philosophe et analyste politique.

"Son incapacité à tisser des liens avec les pays fondateurs de l'UE et son arrogance politique ont contribué à l'affaiblissement et l'isolement que nous sommes en train d'observer aujourd'hui", estime-t-elle.

Sous pression, Giorgia Meloni a tenté de minimiser ces revers cette semaine, mettant en avant "une Italie avec un gouvernement très solide dans une Europe où les gouvernements sont très instables" en marge du sommet de l'OTAN à Washington.

L'adversité n'a jamais effrayé la dirigeante de la troisième économie de l'UE, et grande est la patience de cette militante de la première heure qui bénéficie toujours d'une cote de popularité à faire pâlir d'envie nombre de ses homologues européens.

"Cela dépend de la manière dont elle joue le jeu", note Daniele Albertazzi. La concurrence de formations nationalistes à Strasbourg permet également à Mme Meloni de renforcer son propre discours, qui dit en substance: "Je suis la droite radicale responsable et modérée".

Et si elle devait in fine arracher un poste important pour l'Italie à la Commission européenne, elle pourrait dire, triomphante : "Ces gens-là font du bruit, mais c'est moi qui apporte des changements".