Liban: Le patriarche maronite et des députés en retraite spirituelle pour sauver la présidence

Le patriarche maronite libanais, Bechara al-Rahi, arrive pour célébrer la messe à la mémoire des victimes de l'explosion du port de Beyrouth, Liban, le 4 août 2021 (Photo, Reuters).
Le patriarche maronite libanais, Bechara al-Rahi, arrive pour célébrer la messe à la mémoire des victimes de l'explosion du port de Beyrouth, Liban, le 4 août 2021 (Photo, Reuters).
Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, rencontre le ministre d'État du Qatar au ministère des Affaires étrangères, Mohammed ben Abdelaziz ben Saleh al-Khulaifi, Beyrouth, Liban, le 3 avril 2023 (Photo, Reuters).
Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, rencontre le ministre d'État du Qatar au ministère des Affaires étrangères, Mohammed ben Abdelaziz ben Saleh al-Khulaifi, Beyrouth, Liban, le 3 avril 2023 (Photo, Reuters).
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Publié le Jeudi 06 avril 2023

Liban: Le patriarche maronite et des députés en retraite spirituelle pour sauver la présidence

  • Les réunions séparées entre le ministre qatari, Mohammed ben Abdelaziz ben Saleh al-Khulaifi , et les dirigeants politiques libanais n'ont pas permis de remédier au vide politique actuel
  • Par ailleurs, les États-Unis imposent des sanctions aux frères Rahme pour des «pratiques de corruption» présumées

BEYROUTH: Le patriarche maronite libanais, Bechara al-Rahi, et des députés chrétiens ont participé mercredi à une retraite spirituelle pour tenter de remédier à l'impasse dans laquelle se trouve depuis six mois l'élection d'un nouveau président pour ce pays en crise.

La réunion de Harissa s'est tenue alors que des réunions séparées entre le ministre d'État qatari aux Affaires étrangères, Mohammed ben Abdelaziz ben Saleh al-Khulaifi, et des responsables et dirigeants politiques libanais n'ont pas permis de remédier au vide politique actuel.

Au total, 53 députés du Courant patriotique libre, des Forces libanaises, du parti Kataeb et du mouvement Marada ont participé à ce rassemblement religieux.

Onze députés étaient absents, dont le vice-président du Parlement soutenu par le Courant patriotique libre, Elias Bou Saab, et des députés réformistes favorables à un dialogue politique pour sortir de l'impasse.

«La politique adoptée à tort par le pouvoir est incapable de s’occuper des autres. Elle broie les pauvres, profite de la terre, fait face aux défis et ne sait pas dialoguer.

«Quels progrès avez-vous permis au peuple de réaliser ? Quelles forces positives avez-vous libérées ? Qu'avez-vous fait pour élire un président ?», s’est interrogé le patriarche dans une déclaration remise aux députés.

Le Hezbollah et le mouvement Amal ont choisi de soutenir la candidature de Sleiman Frangié à la présidence, une décision rejetée par les députés chrétiens. Le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt souhaite pour sa part élire un président centriste.

Frangié est une personnalité chrétienne de premier plan, soutenue par le Hezbollah et ses alliés qui considèrent les Forces libanaises et le député Michel Mouawad, nommé par l'opposition, comme un «candidat polémique». Les députés du Hezbollah ont voté blanc et se sont retirés des seconds tours de scrutin pendant 11 sessions parlementaires, ce qui a entraîné une perte de quorum.

Aucun des deux candidats ne pourra devenir président, les deux camps politiques étant incapables de réunir les 65 voix nécessaires pour l'emporter au sein d'un Parlement composé de 128 députés.

L’envoyé qatari Al-Khulaifi a réitéré l'engagement de son gouvernement à aider le Liban à élire un président et a exhorté les responsables à mettre en œuvre les réformes exigées par la communauté internationale afin de lancer un processus de redressement économique.

Par ailleurs, le bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor des États-Unis a imposé des sanctions aux frères libanais Raymond et Teddy Rahme et à leurs trois sociétés, dont ZR Energy.

«Les frères Rahme ont utilisé leur richesse, leur pouvoir et leur influence pour se livrer à des pratiques de corruption qui contribuent à l'effondrement de l'État de droit au Liban» a accusé le Trésor américain dans un communiqué.

Les deux frères entretiennent des liens étroits avec de nombreuses personnalités politiques chrétiennes, dont le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, et Frangié.

Lors d'une conférence de presse en 2020, ce dernier a affirmé qu'il n'avait pas «honte» de ses liens étroits avec Raymond Rahme, qui remontent aux années 1980.

À la suite de l'annonce des sanctions américaines, les réseaux sociaux ont été inondés de commentaires et de photos concernant les la fratrie. En 2020, le Trésor américain avait aussi imposé des sanctions à Bassil.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.


Accord-cadre entre Liban et Israël, qui laisse deux "zones pilotes" à l'armée libanaise

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
  • Israël, le Liban et les États-Unis ont signé un accord-cadre pour avancer vers une paix durable, incluant le désarmement progressif du Hezbollah
  • Israël maintiendra ses troupes dans le sud du Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah, tandis que Washington promet un soutien humanitaire et sécuritaire

WASHINGTON: Israël, le Liban et les Etats-Unis ont signé vendredi à Washington un accord-cadre visant à trouver "une paix durable" entre les deux pays du Proche-Orient, Israël assurant que son armée resterait au Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah pro-iranien.

"Nous sommes heureux d'annoncer un accord-cadre entre le gouvernement souverain du Liban et le gouvernement d'Israël, avec la médiation et le soutien des Etats-Unis", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio avant la signature.

Ce texte pose la première pierre d'"un cadre pour une paix et une sécurité durables", a-t-il estimé.

Il s'agit d'un "premier pas" vers la restauration de la souveraineté du Liban, sans "occupation", "subordination", ni "tutelle", a déclaré de son côté le président libanais Joseph Aoun.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a lui estimé que le texte faisait courir un risque de "guerre civile" en cas d'application par les autorités libanaises.

L'un des points clés est le "désarmement vérifié des groupes armés non étatiques et du démantèlement des infrastructures qui leur sont associées", dont le Hezbollah pro-Téhéran qui s'est toujours opposé aux négociations.

Après l'annonce de l'accord, des partisans du mouvement ont manifesté dans les rues de Beyrouth, notamment dans les quartiers proches du Parlement et le long d'une route menant à l'aéroport, et ont bloqué au moins une route avec des pneus enflammés, selon l'ANI, une agence officielle.

Un correspondant de l'AFP a également vu des postes de contrôle temporaires de l'armée libanaise être mis en place dans plusieurs rues.

- "Zones pilotes" -

Le Liban et Israël avaient entamé mi-avril des discussions directes à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Cette session de pourparlers était la cinquième.

L'accord-cadre prévoit notamment de confier progressivement à l'armée libanaise le contrôle de deux "zones pilotes", qui ont vocation à se multiplier jusqu'à ce que les forces étatiques aient la main sur tous les secteurs concernés, devant y permettre à terme le retour des civils.

L'une des deux premières zones est située au sud et l'autre au nord du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.

Le retrait israélien devrait être limité puisque Benjamin Netanyahu a répété que son armée resterait dans le sud du Liban jusqu'à ce que le Hezbollah "soit désarmé".

La disparition de cette menace" éliminera toute nécessité future d'une intervention militaire ou d'une présence des Forces de défense d'Israël au Liban", et "le gouvernement israélien déclare n'avoir aucune ambition territoriale au Liban", dispose ainsi l'accord.

- "Début du début" -

A Washington, Marco Rubio a décrit le texte comme "le début du début". Il a annoncé dans un communiqué une "aide humanitaire immédiate de 100 millions de dollars, en coordination avec les Nations unies", ainsi qu'un versement de "plus de 30 millions de dollars" aux Forces armées libanaises "en faveur d'une paix durable au Liban".

Le chef de l'aide humanitaire à l'ONU, Tom Fletcher, a ainsi plaidé pour un accès "sûr, continu et libre" des organisations aux personnes dans le besoin, un déminage et la réparation prioritaire des infrastructures essentielles.

Selon l'accord-cadre, les Etats-Unis soutiendront plus généralement le gouvernement libanais pour la reconstruction du pays, la relance économique et les "perspectives de prospérité". De son côté, Beyrouth s'engage à s'assurer que les fonds n'atterrissent pas entre les mains de groupes armés et d'entités liées.

Les hostilités sur le front libanais ont repris début mars après des tirs du Hezbollah pro-iranien vers Israël, déclenchés en soutien à Téhéran visé par une offensive militaire israélo-américaine.

L'armée israélienne a mené de vastes frappes aériennes au Liban et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon les autorités libanaises. Elle occupe une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de sa frontière, censée protéger les habitants du nord d'Israël.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.


Le président libanais salue les efforts de Paris et Rome pour former une coalition succédant à la Finul

Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
  • Le Liban soutient le projet franco-italien de coalition multinationale pour remplacer la Finul après 2026 et renforcer sa souveraineté
  • Les tensions persistent dans le sud malgré une accalmie, tandis que l'ONU défend le maintien d'une présence internationale

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a salué vendredi les efforts de la France et de l'Italie pour former une coalition multinationale appelée à succéder à la force de maintien de la paix de l'ONU dans son pays, dont le mandat expire fin 2026.

Sous pression américaine, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en août dernier de fixer à décembre la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Rome et Paris, importants contributeurs à cette mission, veulent préparer un relais.

Dans un communiqué, M. Aoun a qualifié cette initiative d'"expression sincère de l'engagement international en faveur du soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban, et une reconnaissance réelle du rôle joué par l'(armée libanaise) dans le maintien de la sécurité et l'extension de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble de son territoire", en particulier dans le sud du pays, actuellement occupé en partie par l'armée israélienne.

Le Liban, a-t-il ajouté, est disposé à adopter "toute formule internationale qui renforce les capacités de ses forces armées et préserve son intégrité territoriale".

Le président français Emmanuel Macron et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, ont annoncé jeudi vouloir mettre en place une "coalition" multinationale sous leur direction, pour renforcer la "souveraineté au Liban" et empêcher que le pays ne devienne "une base pour une escalade régionale".

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays.

Ils sont déployés dans le sud du Liban, le long de la Ligne bleue qui s'étend sur 120 kilomètres, traçant une frontière de facto entre le Liban et Israël.

Depuis le 2 mars, le conflit entre Israël et le mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, fortement implanté dans cette région, a repris après l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

L'armée israélienne a entrepris son incursion militaire la plus profonde au Liban depuis l'an 2000.

Malgré une accalmie sur le terrain, les frappes israéliennes se sont poursuivies ces derniers jours, faisant au moins sept morts depuis mardi, selon les autorités libanaises.

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU.

Il a proposé trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme pour permettre notamment de surveiller le cessez-le-feu et soutenir les forces armées libanaises.