Riyad pourrait-elle devenir la prochaine capitale culinaire du Moyen-Orient?

La terrasse de Bujairi de Riyad à Diriyah propose une gamme d'expériences gastronomiques raffinées (Photo fournie).
La terrasse de Bujairi de Riyad à Diriyah propose une gamme d'expériences gastronomiques raffinées (Photo fournie).
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Publié le Jeudi 06 avril 2023

Riyad pourrait-elle devenir la prochaine capitale culinaire du Moyen-Orient?

  • Des dizaines de restaurants étoilés Michelin se sont installés dans la capitale saoudienne au cours des trois dernières années
  • Les locaux et les étrangers peuvent désormais déguster un éventail de plats saoudiens traditionnels ou remis au goût du jour à Riyad

RIYAD: Dans un restaurant haut de gamme, des verres polis trônent sur une table en bois au design épuré, entourée de plantes vertes luxuriantes. Sur la table, des spécialités grecques sont amoureusement présentées : tzatziki, salade de Santorin, purée d'aubergine et tacos de gyros de bœuf. À première vue, on pourrait se croire dans les îles grecques, ou du moins dans un restaurant méditerranéen haut de gamme de Londres ou de Dubaï.

Il s'agit toutefois de Meraki Riyad, la chaîne de restaurants grecs haut de gamme populaire qui a ouvert ses portes à Londres en 2017 et s'est installée à l’hôtel Mandarin Oriental de la capitale saoudienne en septembre 2021. Si Meraki ne choquerait guère les convives d'une autre ville plus reconnue en la matière, à Riyad – où la scène gastronomique fut autrefois assez fade – il s’agit d'une surprise bienvenue.

Meraki Riyad, une chaîne de restaurants grecs haut de gamme très prisée, a ouvert ses portes à l’hôtel Mandarin Oriental de Riyad en septembre 2021 (Photo fournie).

Au cours des trois dernières années, une multitude de restaurants gastronomiques ont ouvert leurs portes dans la capitale saoudienne, coïncidant avec la grande transformation sociale et économique de l'Arabie saoudite, dont le fer de lance est la Vision 2030. L'ambitieux plan de réforme du prince héritier Mohammed ben Salmane vise à faire passer les dépenses des ménages consacrées aux activités culturelles et de divertissement à 6%, soit une hausse de 2,9% par rapport au moment où la Vision a été dévoilée en 2016.

Sushi, caviar, tapas, pain babka, dim sum et fondue – quantités de plats internationaux sont désormais servis dans la capitale saoudienne, alors que certains des meilleurs restaurants et chaînes du monde ouvrent leurs portes, parallèlement à l'essor des établissements saoudiens locaux qui proposent un mélange de plats traditionnels et de cuisine fusion.

«Riyad a, sans aucun doute, une scène gastronomique bouillonante», a déclaré à Arab News Ciara Philips, une stratège culturelle britannique qui s'est installée à Riyad fin 2020.

Dans un pays où près de 70% de la population a moins de 40 ans, le renforcement des secteurs du divertissement et de l'hôtellerie est primordial, non seulement pour l'afflux d'étrangers, mais aussi pour les locaux qui, il y a encore quelques années, ne trouvaient pas un choix aussi vaste de nourriture.

Dîner raffiné dans le nouveau restaurant saoudien haut de gamme de fusion contemporaine MAIZ (Photo fournie).

«J'ai vécu dans des villes du monde entier, de New York à Londres, en passant par Paris et Dubaï... (Riyad) se classe parmi les meilleures, voire les surpasse, en termes d'entrepreneuriat alimentaire local, de concepts branchés, d'intérieurs incroyables, de service et d'hospitalité exceptionnels», a indiqué Philips. «L'attention portée aux détails, l'amour et l'accueil positif de la nouveauté, ainsi qu'une économie nocturne en plein essor ajoutent à ce dynamisme.»

«Cela va de pair avec l'accueil chaleureux et la générosité des Saoudiens – la nourriture est si souvent partagée et offerte au travail et lorsque l'on reçoit des invités à la maison – et j'ai pris des kilos en trop pour le prouver», a signalé Phillips.

En novembre 2022, le site Cool Inc a dévoilé qu'une vingtaine de restaurants détenteurs d'étoiles Michelin très convoitées dans leur ville d'origine proposeraient leurs spécialités culinaires à Riyad et à Djeddah cette année. Ces noms viendront s'ajouter à la liste croissante des meilleurs restaurants de la capitale et de Djeddah, qui comprend déjà la cuisine cantonaise de Hakkasan, le restaurant japonais Roka, les délices français de La Petite Maison et les restaurants italiens de haute gastronomie tels que Scallini, Angelina et Cipriani.

Dîner raffiné dans le nouveau restaurant saoudien haut de gamme de fusion contemporaine MAIZ (Photo fournie).

En janvier, Cool Inc a sélectionné une gamme diversifiée de restaurants, dont les fameux Spago et Cut de Wolfgang Puck, le restaurant de fruits de mer WAGYUMAFIA de Scott et le Gymkhana à thème indien, qui ouvriront leurs portes à Riyad. En outre, Cool Inc a annoncé son initiative Destination Dining & Member's Clubs, qui vise à mettre l’Arabie saoudite en contact avec des experts et des visionnaires de l'industrie culinaire mondiale.

Fin 2022, la tant attendue terrasse de Bujairi, a ouvert ses portes dans le quartier historique de Diriyah, surplombant Turaif, autrefois siège du premier État saoudien. Proposant une multitude d'expériences culinaires saoudiennes et internationales haut de gamme sur une surface de 15 000 mètres carrés, son ouverture a marqué la première phase du projet de 50 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,92 euro) de la Diriyah Gate Development Authority.

«Berceau de la civilisation arabe depuis des siècles, l'Arabie saoudite a accueilli et hébergé des personnes issues de toute la région et du monde entier depuis sa création», a déclaré à Arab News Kiran Haslam, directeur marketing de la société Diriyah. «Des premiers commerçants et marchands aux pèlerins traversant le continent, en passant par les érudits, les architectes et les visionnaires, Diriyah a été l'épicentre de la péninsule arabique pendant des centaines d'années.»

La terrasse de Bujairi à Diriyah, propose une large gamme d'expériences gastronomiques (Photo fournie).

«La terrasse de Bujairi réunit effectivement le monde par le biais de la nourriture», a signalé Haslam. «Elle offre une expérience inégalée en matière de découverte gastronomique et constitue un catalyseur parfait, à l'instar du projet plus vaste de la Diriyah, pour les immenses progrès accomplis tout autour de nous en vue de faire du Royaume un véritable grand lieu de rassemblement mondial.»

L'essor de la gastronomie à Riyad n'est pas seulement dû à la pléthore de grands noms internationaux. De nombreux restaurants locaux proposant une cuisine saoudienne remise au goût du jour font leur apparition dans toute la capitale.

Sous l'égide du ministère de la Culture, la Commission des arts culinaires s'efforce de mettre en valeur et de développer les traditions culinaires saoudiennes et de positionner le pays comme une destination mondiale de la gastronomie. Le premier festival européen en la matière organisé par la commission s'est tenu en mars de cette année, l'association des chefs saoudiens organisant un concours de cuisine saoudienne et internationale.

Dans le restaurant Takya de la terrasse de Bujairi, les clients locaux et internationaux peuvent déguster des plats traditionnels saoudiens joliment préparés et agrémentés d'une touche moderne.

Le restaurant Takya, situé à la terrasse de Bujairi, propose une fusion contemporaine de plats saoudiens traditionnels provenant des différentes régions du pays (Photo fournie).

«L'idée était de créer un endroit où les gens peuvent dîner dans le confort et la paix», a déclaré à Arab News Hessah al-Mutawa, copropriétaire de Takya. Le restaurant propose une fusion contemporaine de plats saoudiens traditionnels provenant des différentes régions du pays. La conception du restaurant, réalisée par la sœur de Hessah et copropriétaire du restaurant, Hadeel, s'inspire de divers éléments architecturaux et culturels saoudiens. «Nous voulons que l'intérieur du restaurant raconte une histoire.»

Les expatriés vivant à Riyad sont enthousiasmés par les nouveaux restaurants dirigés par des Saoudiens, séduisants et uniques. Moe Inani, chef saoudien et copropriétaire du restaurant Chifty et du salon cosmopolite de Riyad, estime toutefois que ce qui manque encore à la scène culinaire en plein essor de Riyad, c'est un fort contingent de restaurants locaux.

Originaire de Djeddah, Inani est devenu sous-chef à Saison, un restaurant étoilé de San Francisco, où il a appris à préparer des sushis. Il met aujourd'hui son expérience à profit pour créer de nouvelles versions de mets locaux traditionnel, comme le poisson de la mer Rouge.

Moe Inani, chef saoudien et copropriétaire du restaurant Chifty, a été formé à San Francisco (Photo fournie).

«Je pense que la scène s'est définitivement améliorée au cours des deux dernières années, mais à mon avis, la plupart des marques et des restaurants que nous avons sont internationaux et importés, principalement d'Europe et des États-Unis, par des hommes d'affaires du secteur de la restauration», a expliqué Inani à Arab News. «La plupart des marques locales de restauration fine sont des fast-foods servant des hamburgers et des shawarmas.»

Inani a souligné qu'il faudrait du temps et de l'expérience pour pouvoir créer des «marques locales à succès».

«Pour les concepts locaux, ce qui est nécessaire, c'est avant tout l’expérience», a-t-il précisé. «Je pense que le pays est sur le bon chemin en envoyant des étudiants ou des personnes intéressées par le domaine culinaire étudier dans différentes écoles de cuisine à travers le monde.»

Il ne suffit pas de poursuivre des études d’arts gastronomiques, souligne Inani. L’apprentissage des différents aliments sur le long terme est également essentielle. «Une fois que les Saoudiens auront acquis de l'expérience en travaillant avec des chefs à l'étranger, ils peuvent revenir au pays et l'utiliser pour améliorer l'offre culinaire locale de l'Arabie saoudite», a-t-il suggéré.

Le restaurant japonais ROKA a connu un succès immédiat auprès des amateurs de cuisine locale lorsqu'il a ouvert ses portes à Riyad (Photo fournie).

Selon Inani, Riyad a le potentiel pour devenir une capitale culinaire mondiale. Mais pour cela, il est essentiel qu'elle développe sa propre identité et ses propres chefs grâce à des concepts novateurs résolument saoudiens.

Cependant, le changement est déjà en cours. Dans le nouveau restaurant saoudien haut de gamme de fusion contemporaine MAIZ, les convives locaux et internationaux boivent avidement des mocktails faits maison et dégustent des plats tels que le caviar sur les crêpes de masabeeb, avec du caviar provenant d'esturgeons élevés localement et de la crème fouettée à base de citrons verts locaux séchés.

«Les propositions de fusion à cette échelle n'existaient pas il y a quelques années», lance un client du restaurant.

Comme le mentionne Philips: «Oubliez New York : Riyad est la ville qui ne dort jamais en ce qui concerne l'incroyable offre de nourriture, des snacks aux fast-foods en passant par les grands restaurants; vous pouvez manger ce que vous voulez à tout moment de la journée.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Haute couture: ode à la nature pour les premiers pas de Matthieu Blazy chez Chanel

Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
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  • Débuts très attendus de Matthieu Blazy chez Chanel : une première collection haute couture poétique et aérienne, célébrant la nature à travers transparences, plumes et motifs de champignons, sous la verrière du Grand Palais
  • Une semaine marquée par le renouveau des grandes maisons : Jonathan Anderson chez Dior, Armani sans Giorgio pour la première fois, et des défilés spectaculaires signés Rolland et Fournié, illustrant un vaste mercato qui redessine la haute couture

PARIS: Des oiseaux, des champignons et beaucoup de légèreté: Matthieu Blazy a fait mardi à Paris ses débuts en haute couture chez Chanel avec une collection toute en transparence, délicatesse et plumes, véritable ode à la nature et à la poésie.

Sous la verrière du Grand Palais, métamorphosée pour l'occasion en une forêt onirique peuplée de champignons géants et de saules pleureurs roses, le créateur franco-belge de 41 ans a voulu, à travers ce premier vestiaire, "sonder et explorer le coeur de Chanel", explique un communiqué.

Matthieu Blazy réinvente ainsi une nouvelle fois l'emblématique tailleur de la maison dans une superposition de mousseline de soie transparente aux couleurs pastel et aux broderies en forme de champignons, sous laquelle se dessinent d'élégants sous-vêtements.

Le champignon, envoyé sous forme de pendentif en guise d'invitation, se décline dans les talons de certains escarpins.

La transparence et la légèreté s'invitent également dans des robes vaporeuses et des ensembles débardeurs et jupes, assortis d'écharpes qui traînent jusqu'au sol, et même sur un pantalon en jean.

Progressivement, les matières gagnent en densité: les tissus s’épaississent, se structurent, et la collection bascule vers des tailleurs et des manteaux en tweed, dont les extrémités s'ornent de plumes légères.

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Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)

Ces plumes, d'abord discrètes, finissent par s'imposer. Elles encerclent les ourlets des robes, soulignent les lignes d'une jupe ou d'un top, avant d'envahir entièrement certains tailleurs et silhouettes du soir, transformant les mannequins en femmes-oiseaux.

Le défilé s'est conclu par la traditionnelle mariée en ensemble jupe et haut à manches longues, entièrement rebrodé comme une nuée de minuscules plumes blanches.

Une première incursion dans la haute couture qui a attiré un parterre de stars, de Nicole Kidman à Dua Lipa, en passant par Penelope Cruz et Tilda Swinton.

- Mercato -

Ce premier défilé était l'un des plus attendus de cette semaine de la haute couture, avec celui de Jonathan Anderson lundi chez Dior.

Le créateur nord-irlandais de 41 ans avait également mis la nature à l'honneur, mais à travers des silhouettes très fleuries à la fois sculpturales et aériennes.

La nomination, ces derniers mois, de ces deux quadragénaires à la tête de deux des plus prestigieuses maisons a été le point d'orgue du vaste mercato qui agite la mode depuis près de deux ans.

Débauché de Bottega Veneta en décembre 2024, Matthieu Blazy avait déjà créé l’événement. Lors de son premier défilé de prêt‑à‑porter en octobre, le créateur avait revisité les codes fondateurs de Chanel en jouant sur les contrastes — tweeds effilochés, mailles colorées, tailleurs déhanchés et jupes en plumes — un passage ovationné et salué par une critique unanime.

- Armani sans Giorgio -

Autre temps fort de cette journée, Armani a présenté en début de soirée la première collection haute couture de la maison italienne sans la supervision de son fondateur Giorgio, décédé début septembre à l'âge de 91 ans.

Cette collection est signée par sa nièce Silvana Armani, qui avait travaillé à ses côtés sur le prêt-à-porter féminin et signe ses premiers pas en haute couture.

Un premier vestiaire, que l'Italienne a voulu "comme du Armani classique, mais avec une touche d'originalité", dans lequel se déclinaient de nombreux tailleurs pantalons souples et satinés, de somptueuses robes du soir scintillantes et des blouses rebrodées de perles, dans une palette noire, blanche, rose nude et vert d'eau.

De son côté, le couturier Stéphane Rolland a investi le Cirque d'hiver pour présenter une nouvelle collection aux silhouettes toujours très structurées, entre robes de soirée, combinaisons ajustées ou aux pantalons bouffants, dans ses couleurs fétiches que sont le rouge, le noir et le blanc.

Incarné par les mannequins Adriana Karembeu et Coco Rocha, le show s'est achevé par un lâcher de colombes et la performance aérienne d'une acrobate, le tout sous le regard de la première dame Brigitte Macron, du chanteur Marc Lavoine et du cinéaste Claude Lelouch.

Julien Fournié a de son côté dévoilé un vestiaire mêlant robes de soirée aux jupes volumineuses, pièces richement ornées de strass et de broderies – parfois inspirées du graffiti, des mangas ou du cinéma de genre – ainsi que des ensembles associant vestes en jean et transparences constellées de strass façon tatouage.


«American Doctor», ou la brutalité de la guerre à Gaza vue par des médecins

Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
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  • Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza
  • Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes.

PARK CITY: Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer.

Teng craint de devoir flouter la scène pour protéger la dignité des enfants. Mais sa décision fait débat.

"On ne leur rend pas justice à moins de laisser leur mémoire, leurs corps, raconter l'histoire de ce traumatisme, de ce génocide. On ne leur rend pas service en ne les montrant pas ", estime le médecin juif américain Mark Perlmutter au Festival du film de Sundance, où le film a été présenté en avant-première vendredi.

"Voilà ce que mes impôts ont fait. Voilà ce que vos impôts ont fait. Voilà ce que les impôts de mon voisin ont fait. Les gens ont le droit de connaître la vérité", souligne-t-il.

"Vous avez la responsabilité, comme moi, de dire la vérité. Si vous floutez cela, c'est une faute professionnelle journalistique".

Malgré un cessez-le-feu fragile, les violences se poursuivent entre les forces israéliennes et le Hamas, faisant des victimes parmi les non combattants dont des dizaines d'enfants, selon l'Unicef.

Des enquêteurs de l'ONU ont accusé Israël de commettre un génocide à Gaza, accusation qu'Israël a qualifiée de "déformée et fausse", tout en taxant ses auteurs d'antisémitisme.

Contrebande d'antibiotiques 

Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza depuis qu'Israël a répondu à l'attaque du Hamas, le 7 octobre 2023.

Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes. On les voit également en d'autres occasions dans les couloirs du pouvoir à Washington et dans les médias israéliens et américains.

Le documentaire montre aussi les difficultés pratiques auxquelles ils sont confrontés, les blouses chirurgicales et les antibiotiques qu'ils doivent faire passer en contrebande à travers la frontière pour contourner le blocus israélien. Et les refus de dernière minute des autorités israéliennes de les laisser entrer.

Le film décrit le courage d'hommes qui vont volontairement travailler dans des hôpitaux frappés à plusieurs reprises par l'armée israélienne. Comme l'hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, cible d'une double frappe en août 2025.

Israël affirme viser des "terroristes" dans ces établissements et soutient que des combattants du Hamas sont retranchés dans des tunnels sous les hôpitaux.

"Complices du meurtre d'enfants" 

Feroze Sidwha, peut-être le plus loquace des trois médecins, répète n'avoir jamais vu de tunnels. Et de toute façon, insiste-t-il, même la présence de combattants blessés dans un hôpital n'en fait pas une cible légitime.

"Les Américains méritent de savoir ce qui se passe, à quoi sert leur argent, et tout simplement de pouvoir décider", dit-il. "Voulez-vous vraiment qu'on fasse cela?", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Je suis à peu près sûr que la réponse est +non+. Je veux juste continuer à m'exprimer et à faire savoir aux gens qu'ils n'ont pas à être complices du meurtre d'enfants. Nous le sommes tous, à l'heure actuelle".

Le film est dédié aux quelque 1.700 soignants tués dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre en octobre 2023.

Selon Reporters sans frontières (RSF), près de 220 journalistes ont également été tués, faisant d'Israël le plus grand tueur de journalistes dans le monde pour la troisième année consécutive.

Le Festival de Sundance se tient jusqu'au 1er février.


Haute couture: Jonathan Anderson signe un baptême floral chez Dior

Une mannequin lors du défilé pour Christian Dior de la collection Haute Couture Printemps/Été 2026 pour femmes, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, à Paris, le 26 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin lors du défilé pour Christian Dior de la collection Haute Couture Printemps/Été 2026 pour femmes, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, à Paris, le 26 janvier 2026. (AFP)
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  • Jonathan Anderson a lancé la semaine de la haute couture à Paris avec sa première collection Dior haute couture, célébrant la nature à travers des silhouettes fleuries, sculpturales et aériennes
  • Le défilé, très attendu, a rassemblé célébrités et figures de la mode et ouvre la voie à un programme intense, avec notamment la première collection haute couture de Matthieu Blazy chez Chanel mardi

PARIS: Un jardin d'Eden de luxe: Jonathan Anderson a lancé lundi à Paris la semaine de la haute couture avec une première collection florale pour Dior, entre célébration de la nature et hommage aux savoir‑faire.

Le show, organisé au coeur d'une structure éphémère installée dans les jardins du musée Rodin, était l'un des moments les plus attendus de ces quatre jours de défilés, avec les débuts en haute couture de Matthieu Blazy chez Chanel mardi.

"En imitant la nature, on apprend toujours quelque chose", annonçait la note d'intention du défilé.

Cette première proposition haute couture se veut ainsi pensée comme un "cabinet de curiosités" où pièces d'exception et merveilles naturelles "sont rassemblées et recontextualisées".

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Le défilé Dior s’est tenu au cœur des jardins du musée Rodin, dans une structure éphémère pensée pour la haute couture. (Photo: AFP)

Sous un plafond recouvert de fleurs, Jonathan Anderson a livré une vision bucolique aux silhouettes fleuries, à la fois sculpturales et aériennes, où des robes bouffantes aux plissés twistés côtoient des robes courtes à volants et des jupes longues aux drapés asymétriques semblant retenir un plateau posé en équilibre.

Le Nord-Irlandais de 41 ans revisite une nouvelle fois l'emblématique veste Bar, à la taille très cintrée, transformée en manteau long en laine, en cuir crocodile ou en queue‑de‑pie, tandis que la maille se fait omniprésente, du pull‑robe à jupe patineuse aux modèles finement travaillés, dotés d'un haut boule et d'une jupe fluide toute en transparence.

Les mannequins défilent avec de petits bouquets de cyclamens roses en guise de boucles d'oreilles — les mêmes que ceux adressés aux invités — et parfois une longue frange rose ou violette.

Le défilé s'est achevé par la traditionnelle robe de mariée blanche au bustier asymétrique twistée et au jupon drapé et rebrodé de fleurs blanches.

Cette entrée remarquée dans la couture a attiré un parterre de personnalités, de Rihanna à Jennifer Lawrence, en passant par son prédécesseur John Galliano et Brigitte Macron.

- Aristo-punk -

Souvent présenté comme l'un des enfants prodiges de la mode, Jonathan Anderson, ancien directeur artistique de Loewe, est devenu en juin le premier styliste depuis Christian Dior à superviser les trois lignes de la maison-phare de LVMH.

Après une première collection homme saluée en juin et une ligne femme accueillie en octobre de façon plus mesurée, le styliste a présenté mercredi à Paris un deuxième vestiaire masculin plus extravagant.

Entre tops à sequins, manteaux-capes inspirés des imprimés de Paul Poiret, vestes Bar en pied-de-poule et chaussures à motifs lézard, le tout surmontés de perruques jaune acide, le couturier a livré une ligne aristo-punk plus fidèle à son esprit subversif que la précédente qui n'a pas manqué de faire réagir.

- Blazy très attendu -

L'attente est également très forte chez Chanel, où Matthieu Blazy présentera mardi au Grand Palais sa toute première collection haute couture.

Le Franco-Belge de 41 ans, arrivé en décembre 2024 après son passage remarqué chez Bottega Veneta (Kering), avait impressionné dès octobre avec une première collection prêt-à-porter féminin encensée.

Il a également démontré sa maîtrise des savoir-faire de la maison lors du défilé Métiers d'art présenté en décembre à New York, un show marquant organisé dans le métro.

Jusqu'à jeudi, 28 maisons présentent leurs créations dans le cadre de la semaine de la haute couture.

Comme à son habitude, la maison italienne Schiaparelli a ouvert lundi matin le bal avec une collection sculpturale très animalière, où ailes et queue de scorpions complètent des silhouettes glamour, sous le regard de personnalités comme Jeff Bezos et son épouse Lauren Sánchez ou l'actrice Demi Moore.

Chez Georges Hobeika, la femme se fait bijou, des têtes couvertes de diadèmes aux traînes chamarrées. Des perles géantes sont suspendues aux robes fourreaux, des diamants couvrent les lourds drapés et les voiles bouffants. Les parures se confondent avec les corps, dans cette collection baptisée "Amour".

L'écru domine le vestiaire du créateur libanais, associé à son fils Jad, qui ont donné à voir leurs modèles dans la cathédrale américaine de Paris, alliant solennité et mystique.