La crise en Israël est loin d’être terminée

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou préside la réunion hebdomadaire au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 2 avril 2023. (AFP).
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou préside la réunion hebdomadaire au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 2 avril 2023. (AFP).
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Publié le Mercredi 12 avril 2023

La crise en Israël est loin d’être terminée

La crise en Israël est loin d’être terminée
  • Benjamin Netanyahou, menacé par une procédure judiciaire pour corruption, voulait impérativement revenir au pouvoir pour s’en protéger, ce qu’il a d’ores et déjà fait
  • Les opposants avaient fini par rassembler beaucoup de monde, notamment dans les milieux économiques et politiques

Benjamin Netanyahou a sûrement bien fait de décréter une pause dans son ambition de réformer la Cour suprême israélienne en vue de mettre fin à son indépendance et de lui retirer le droit de juger de la conformité au droit des lois votées par le Parlement. L’engagement de ce projet à marche forcée, comme il l’avait promis pendant sa campagne électorale, lui avait certes valu le soutien de l’extrême droite religieuse et du parti Force juive, raciste antiarabe, représentant le milieu des colons de Cisjordanie, qui lui ont apporté des voix décisives pour former une coalition disposant d’une majorité législative. 

Mais les opposants avaient fini par rassembler beaucoup de monde, notamment dans les milieux économiques et politiques. Et même du côté de Tsahal, l’armée israélienne, les choses s’étaient mises à bouger de façon franchement inquiétante. Certains observateurs commençaient à évoquer un risque de guerre civile. Ainsi, l’affaire a été reportée après les vacances parlementaires de la Pâque juive en mai prochain. «Une pause pour le dialogue», a dit M. Netanyahou. 

Mais la pause dont il s’agit ne doit pas faire illusion: ce n’est que partie remise. À M. Smotrich, le ministre des Finances, chef de l’extrême droite religieuse, Benjamin Netanyahou a promis que le débat reprendrait dès la reprise des travaux de la Knesset. Et à M. Ben-Gvir, chef du parti Force juive, nommé ministre de la Sécurité nationale, il a proposé la création d’une «garde nationale», placée sous son autorité et formée de volontaires pour protéger les colonies juives de Cisjordanie, une sorte de milice antiarabe, plus ou moins privée et moins regardante sur les principes que l’est la hiérarchie policière. C’est tout dire. 

On attend aussi que les dirigeants européens, qui, autrefois, ont su peser sur les choix d’Israël, assument leurs responsabilités, ce que pour le moment ils ne font pas. 

Hervé de Charette

En fait, cette pause paraît plutôt être l’une de ces manœuvres tacticiennes dont M. Netanyahou est coutumier. Il peut espérer que la pause désarme les manifestants, d’autant que parmi eux il y a des divisions significatives entre ceux qui veulent obtenir l’abandon pur et simple du projet gouvernemental, et d’autres qui sont prêts à négocier un arrangement sur la base du contre-projet alternatif proposé par le président Herzog il y a trois semaines, lequel visait à trouver une improbable solution de compromis. 

Benjamin Netanyahou, menacé par une procédure judiciaire pour corruption, voulait impérativement revenir au pouvoir pour s’en protéger, ce qu’il a d’ores et déjà fait. Pour s’y maintenir, il a besoin des six députés de la Force juive de M. Ben-Gvir et des sept députés du parti sioniste religieux de M. Smotrich. La «pause» n’y changera rien. 

C’est donc l’impasse, une situation comme on en a rarement connu depuis la création de l’État d’Israël. Ce qui se joue en cette année décisive, c’est d’abord de savoir si ce pays continuera d’être une démocratie, ou s’il deviendra une théocratie autoritaire à la merci des groupes les plus extrémistes. Mais c’est aussi de l’avenir de la Palestine dont il s’agit. La poursuite prévisible et accélérée de la colonisation, phase ultime de l’annexion des territoires occupés, qui est l’objectif déclaré de la droite israélienne la plus dure, annonce une période de troubles explosifs. 

À ce stade, que peut-on espérer? Il y a peu de chance que M. Netanyahou, prisonnier de sa coalition liberticide, s’arrête en chemin. L’espoir est donc d’abord entre les mains de ses opposants, dans les milieux politiques, dans le monde des grands responsables de l’économie israélienne, du côté des hauts cadres de Tsahal et des réservistes qui sont très influents, du côté de la jeunesse israélienne. 

Les regards se tournent aussi vers les États-Unis et l’Europe. Les diasporas juives y sont nombreuses et organisées. Elles ne peuvent pas se taire ni même se contenter de quelques protestations estimables, mais sans lendemain. On attend aussi que les dirigeants européens, qui, autrefois, ont su peser sur les choix d’Israël, assument leurs responsabilités, ce que pour le moment ils ne font pas. 

Mais c’est surtout vers Washington que l’on se tourne. Le président américain connaît très bien Benjamin Netanyahou. C’est un ami depuis de longues années. Il a déjà parlé: «J’ai été assez clair», avait-il indiqué. C’est vrai. Il a fait savoir qu’il ne le recevrait pas à Washington tant que celui-ci n’aurait pas trouvé une issue acceptable à la crise. On ne peut qu’espérer qu’il fera ce qu’il faut pour arrêter la marche vers l’abîme avant qu’il soit trop tard. 

En attendant, des colons meurent sous les balles d’insoumis palestiniens, le Hezbollah et le Hamas lancent des attaques en territoire israélien, l’aviation israélienne bombarde le sud du Liban et Gaza. Business as usual. 

 

Hervé de Charette est ancien ministre des Affaires étrangères et ancien ministre du Logement. Il a aussi été maire de Saint-Florent-le-Vieil et député de Maine-et-Loire.  

NDLR: L’opinion exprimée dans cette section est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue d'Arab News en français.