Grand âge: l'examen d'une proposition de loi suspendu à l'Assemblée

Le ministre des Solidarités Jean-Christophe Combe assiste à une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris, le 11 avril 2023 (Photo, AFP).
Le ministre des Solidarités Jean-Christophe Combe assiste à une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris, le 11 avril 2023 (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Vendredi 14 avril 2023

Grand âge: l'examen d'une proposition de loi suspendu à l'Assemblée

  • L'Assemblée, unanime, a voté pour l'obligation d'une loi de programmation budgétaire pluriannuelle pour le grand âge
  • L'Assemblée nationale a adopté jeudi plusieurs dispositions du texte porté par la majorité présidentielle

PARIS: Les députés ne sont pas parvenus à achever jeudi l'examen en première lecture d'une proposition de loi sur le grand âge décriée pour son manque d'ambition, qui devra se poursuivre dans les prochaines semaines à une date encore incertaine.

"Je m'engage au nom du gouvernement à ce que nous puissions réinscrire à l'ordre du jour de l'Assemblée rapidement la suite" du texte, a assuré le ministre des Solidarités Jean-Christophe Combe à la clôture de la séance à minuit, marquant le début d'une pause parlementaire de deux semaines.

Même si ses mesures "n'ont pas forcément des coûts extrêmement importants", la proposition de loi "lève des verrous qui vont permettre de développer des actions importantes", a plaidé le ministre.

L'Assemblée nationale a adopté jeudi plusieurs dispositions du texte porté par la majorité présidentielle, comme la création d'une instance territoriale "de recueil et de traitement des alertes de maltraitances".

Adoptée à une large majorité, cette mesure fait écho au scandale Orpea, à la suite de la publication en 2022 du livre-enquête "Les Fossoyeurs" du journaliste Victor Castanet sur des maltraitances de pensionnaires du groupe privé de maisons de retraite.

Cette nouvelle instance vise à faciliter la coopération entre tous les acteurs impliqués, notamment l'autorité judiciaire en cas de traitement pénal d'un signalement. Il s'agit aussi de rassembler les alertes et de suivre leur traitement.

Les députés ont par ailleurs adopté à l'unanimité la création d'ici 2025 d'une carte professionnelle pour faciliter le quotidien des intervenants à domicile.

"Est-ce qu'elle ouvrira des droits au stationnement?", a demandé l'Insoumis François Ruffin. Le ministre a répondu qu'il s'agissait de l'un des objectifs, mais que la question relevait des collectivités, qui seront "fortement" incitées à permettre cette gratuité.

«Coquille vide»

L'Assemblée, unanime, a aussi voté pour l'obligation d'une loi de programmation budgétaire pluriannuelle pour le grand âge, un secteur confronté à des besoins criants de financements.

Les députés ont voté en ce sens des amendements identiques venant de la gauche, de la droite et même de 20 élus macronistes du groupe Renaissance.

Il est ainsi prévu "avant le 1er septembre 2023, puis tous les cinq ans", une loi de programmation pluriannuelle.

Les députés ont également adopté un article réaffirmant le droit pour une personne accueillie dans un établissement médical ou médico-social à recevoir des visites.

Une mesure créant un statut de curateur ou de tuteur "de remplacement" a été adoptée, pour éviter qu'une personne vulnérable se retrouve isolée en cas de décès de son tuteur.

Mercredi, l'Assemblée s'était prononcée en faveur de la création d'un guichet unique de l'autonomie à l'échelle des départements, avec pour objectif affiché de simplifier le parcours des personnes en perte d'autonomie.

Bien que favorables à certaines mesures, les oppositions ont critiqué un manque d'ambition du texte, en appelant de leurs voeux une vaste loi sur le grand âge, comme promis dès 2018 par Emmanuel Macron.

"Cette proposition de loi est une coquille vide qui n'est pas du tout à la hauteur des enjeux", a ainsi déploré la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot.

Certains députés de la majorité ont également exprimé des réserves. La députée Renaissance Monique Iborra a renoncé à être rapporteure, dénonçant un "grand gâchis" en l'absence d'une loi plus vaste.


Des milliers de personnes manifestent en France pour l'Ukraine

Un participant agite le drapeau ukrainien lors d'un rassemblement pour l'Ukraine à l'occasion du deuxième anniversaire de l'invasion russe, à Paris, le 24 février 2024 (Photo, AFP).
Un participant agite le drapeau ukrainien lors d'un rassemblement pour l'Ukraine à l'occasion du deuxième anniversaire de l'invasion russe, à Paris, le 24 février 2024 (Photo, AFP).
Short Url
  • A Paris et dans une dizaine d'autres villes françaises, des Ukrainiens, des Français, souvent enroulés dans le drapeau jaune et bleu de l'Ukraine, se sont rassemblés pour dire leur solidarité
  • Parmi les manifestants, quelques opposants russes de l'association Russie Libertés, et des élus, comme le sénateur écologiste Yannick Jadot

PARIS: Des milliers de personnes ont manifesté samedi en France pour marquer leur soutien à l'Ukraine, deux ans après l'invasion du pays par les troupes de Moscou, ont constaté des journalistes de l'AFP.

A Paris et dans une dizaine d'autres villes françaises, des Ukrainiens, des Français, souvent enroulés dans le drapeau jaune et bleu de l'Ukraine, se sont rassemblés pour dire leur solidarité mais aussi leur inquiétude au moment où les forces de Kiev, en manque d'armes et de munitions, sont dans une position très difficile face aux troupes russes.

Dans la capitale, quelques milliers de personnes ont marché entre les places de la République et de la Bastille, dans un calme imposant, parfois rompu par des "Poutine assassin !" "Russie hors d'Ukraine !".

Parmi les manifestants, quelques opposants russes de l'association Russie Libertés, et des élus, comme le sénateur écologiste Yannick Jadot.

A Marseille (sud-est), ville jumelée avec le grand port ukrainien d'Odessa, entre 150 et 200 personnes, dans un flot de drapeaux ukrainiens, se sont rassemblées devant l'hôtel de ville et ont observé une minute de silence en mémoire des Ukrainiens morts à la guerre.

"C'est une guerre épouvantable. Poutine est en lien avec toutes sortes de dictateurs et fait grimper les fascismes, c'est pourquoi il est normal de soutenir l'Ukraine", a témoigné à l'AFP Nina Navarro, 65 ans.

A Nice (sud-est) 500 personnes ont défilé sur la promenade des Anglais, selon l’Association franco-ukrainienne de la Côte d’Azur (Afuca).

"Il ne faut pas le dire mais nous sommes épuisés. Cela fait deux ans que l’Ukraine paye très très cher. Nous, on a fait nos preuves, maintenant il faut que l’Europe ouvre les yeux et comprenne que cela ne sert à rien de chercher un compromis avec Poutine", a expliqué à l’AFP Irina Bourdelles, la présidente de l’Afuca.

A Toulouse (sud-ouest), environ 200 personnes se sont rassemblées devant une statue du célèbre poète ukrainien Taras Chevtchenko.

"Qu'on se retrouve tous ensemble, dans une sorte de communion, ça nous aide", a confié à l'AFP Savin Oleg, un Franco-Ukrainien de 51 ans installé en France depuis près de 30 ans.

A Bordeaux, plusieurs centaines de manifestants ont défilé sous les slogans "aider l’Ukraine" et "armer l’Ukraine".

Dans l'est, à Strasbourg, au moins 300 personnes se sont rassemblées devant le consulat de Russie, brandissant des drapeaux ukrainiens et européens.

Une petite dizaine d'enfants sont allés déposer des peluches maculées de rouge devant le consulat, pendant que les manifestants scandaient "Poutine terroriste !", "Arrêtez la guerre !" ou encore "Armez l'Ukraine !"

A Rouen (ouest) environ 500 personnes se sont rassemblées devant l'hôtel de ville et une gerbe de fleurs a été déposée en l'honneur des morts ukrainiens.

"L'Ukraine défend sa souveraineté mais aussi des valeurs, un idéal qui sont ceux de l'Europe. Oui, l'Europe est en guerre. Nous ne pouvons pas rester spectateurs de ce combat", a déclaré le maire de la ville, Nicolas Mayer-Rossignol.

Ils étaient quelques centaines à manifester à Brest, Rennes ou Vannes, dans l'ouest.

"Poutine ne gagnera pas, l’Ukraine vaincra", a lancé pour sa part la maire de Lille (nord) Martine Aubry, lors d’un rassemblement, avant d'appeler la France à "augmenter fortement son aide à l'Ukraine".


«On est là pour se causer»: Macron débat finalement avec des agriculteurs

Emmanuel Macron regarde une vache lors de sa visite au 60e Salon international de l'agriculture, à Paris, le 24 février 2024 (Photo, AFP).
Emmanuel Macron regarde une vache lors de sa visite au 60e Salon international de l'agriculture, à Paris, le 24 février 2024 (Photo, AFP).
Short Url
  • Macron a rencontré samedi matin, au cours d'un échange improvisé, des agriculteurs et des représentants des différentes organisations syndicales au Salon de la profession, en mettant en avant son envie de «dialogue»
  • Le président a recueilli les doléances des agriculteurs regroupés autour de lui, chacun portant un signe distinctif de son organisation syndicale: bonnets jaunes, casquettes vertes ou rouges

PARIS: Le débat aura finalement bien eu lieu: malgré les vives tensions à son arrivée, Emmanuel Macron a rencontré samedi matin, au cours d'un échange improvisé, des agriculteurs et des représentants des différentes organisations syndicales au Salon de la profession, en mettant en avant son envie de "dialogue".

Pendant deux heures, accoudé sur une table mange-debout, veste de costume tombée, le président a recueilli les doléances des agriculteurs regroupés autour de lui, chacun portant un signe distinctif de son organisation syndicale: bonnets jaunes, casquettes vertes ou rouges.

"Je veux bien parler à tout le monde, simplement tout le monde siffle (...) on est là pour se causer", a lancé le chef de l'Etat, entouré de ses ministres Marc Fesneau et Agnès Pannier-Runacher.

Notant les questions sur une feuille de papier, tentant parfois difficilement de répondre entre les éclats de voix et protestations, le président a notamment été interpellé pêle-mêle sur les conséquences de la guerre en Ukraine, la simplification administrative, l'écologie vécue comme "punitive" par certains agriculteurs ou encore la rémunération des agriculteurs.

"Il y a des excès sur l'Ukraine. Il y a des milliardaires, j'ai été le premier à le dénoncer. Le milliardaire du poulet, qui est-ce qui a été le premier à en parler pour taper dessus à Bruxelles?", a mis en avant le chef de l'Etat, en référence à la suspension des droits de douanes pour les importations d'Ukraine qui ont notamment profité à un industriel.

"C'est la maison qui rend fou dans Les Douze Travaux d'Astérix", l'a interpellé un néo-agriculteur, ancien commercial en informatique, à propos des "huit organismes" auxquels il doit "envoyer des papiers similaires".

"C'est ubuesque, l'installation on doit simplifier", a convenu Emmanuel Macron.

L'un des interlocuteurs du président a notamment souhaité aborder le thème du suicide, précisant avoir lui-même "failli passer à l'acte" au mois d'août.

«C'est moche»

Le chef de l'Etat voulait tenter de calmer la colère qui s'est exprimée plus tôt dans la matinée au parc des expositions de la porte de Versailles. Mais aussi parvenir à tenir un débat, après avoir annulé le grand échange, un temps espéré, et qui constitue sa recette habituelle par gros temps pour déminer les crises.

Ce débat avait été abandonné après la colère suscitée chez les syndicats agricoles par l'invitation du collectif écologiste Les Soulèvements de la terre.

"Je suis en train de vous dire que le boulot est fait sur le terrain, on a repris les copies, on est en train de faire toute la simplification", a-t-il déclaré devant des représentants de trois syndicats, FNSEA, Jeunes agriculteurs et Coordination rurale, notamment.

"Je préfère toujours le dialogue à la confrontation (...) La confrontation, ça ne produit rien", a asséné le chef de l'Etat. Ajoutant: "il faut que le salon se passe bien parce que pour vos collègues, c'est parfois des mois, voire des années de boulot. Ils sont montés avec leurs bêtes, avec leur travail pour le montrer".

Cédant au tutoiement au fur et à mesure que l'heure tournait, parlant parfois avec un langage familier et demandant à ce qu'on lui "fasse confiance", Emmanuel Macron a également appelé à un peu d'optimisme.

"La ferme France, elle reste forte, elle produit (...) c'est faux de dire qu'elle est en train de se casser la gueule", a-t-il asséné, exhortant à ne "pas dresser un portrait catastrophiste de notre agriculture".

"Non, c'est moche", répond-il quand un homme arborant d'un t-shirt "Paysans sans président" l'interpelle, avant de lui demander d'enlever ce vêtement. Et de lui serrer la main, une fois chose faite.

"J'ai fait mon job, je vais continuer (...) je compte pas m'arrêter en chemin", a assuré le président d'un ton volontariste pour conclure l'échange.

Cristallisant la colère des agriculteurs, il était arrivé autour de 08H00 au Salon pour prendre un petit-déjeuner avec plusieurs représentants des syndicats de la profession, après plusieurs semaines de crise agricole.

Mais au même moment, des manifestants, certains munis de sifflets et scandant "Macron démission" ou "rendez-le", se sont précipités dans l'entrée principale où des heurts se sont produits avec le service d'ordre, obligeant les CRS à intervenir pour tenter de ramener le calme.


Des propos rapportés de Macron sur les «smicards» font polémique, l'Elysée dément

Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une discussion avec des agriculteurs français membres des syndicats agricoles au parc des expositions de la porte de Versailles, le jour de l'ouverture du 60ème Salon international de l'agriculture, à Paris, le 24 février 2024 (Photo, AFP).
Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une discussion avec des agriculteurs français membres des syndicats agricoles au parc des expositions de la porte de Versailles, le jour de l'ouverture du 60ème Salon international de l'agriculture, à Paris, le 24 février 2024 (Photo, AFP).
Short Url
  • L'Elysée a démenti fermement des propos rapportés du président au sujet des «smicards» qui préfèreraient des «abonnements VOD à une alimentation plus saine»
  • Lucie Illy, vice-présidente du Modef et présente à la réunion, a affirmé que «le président ne s’est pas exprimé en ces termes, mais le fond est le même»

PARIS: L'Elysée a démenti fermement samedi des propos rapportés du président au sujet des "smicards" qui préfèreraient des "abonnements VOD à une alimentation plus saine", tenus devant un syndicat agricole pour qui "le président ne s'est pas exprimé en ces termes, mais le fond est le même".

La polémique a été suscitée par le journal La Marseillaise, qui a relayé en Une de son édition de samedi cette citation prêtée au chef de l'Etat lors d'une rencontre avec le syndicat Modef, le 14 février à l'Elysée: "les smicards préfèrent des abonnements VOD à une alimentation plus saine".

L'entourage de M. Macron, concédant que "le sujet de la part de l'alimentation dans le budget des ménages" ait pu être évoqué, réfute absolument ces mots, ajoutant que "publier entre guillemets des propos rapportés sans vérification est par ailleurs curieux déontologiquement".

Interrogée par l'AFP, Lucie Illy, vice-présidente du Modef et présente à cette réunion, a affirmé que "le président ne s’est pas exprimé en ces termes, mais le fond est le même".

Cette arboricultrice bio dans les Hautes-Alpes a notamment interpellé le président sur les "marges abusives que l’on constate parfois sur le bio, et la difficulté pour des personnes qui touchent le Smic de se fournir en produits bio".

"Il m’a dit d’abord qu’il n’y avait pas de marges abusives en bio. Puis il a dit que 'bien se nourrir est un choix de vie. Alors qu’on a 70 chaînes gratuites en France', on peut se passer d’un abonnement (télé) pour se payer des pommes bio", a-t-elle relaté.

Se disant "un peu choquée", Mme Illy a fait valoir que "quand on travaille et qu’on gagne le Smic, c’est dur de s’entendre dire de choisir entre bien manger et les loisirs, ça peut aller loin".

Face à ces propos, le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a immédiatement dénoncé "le mépris de classe jusqu’au bout de la part de celui qui, de toute sa vie, n’aura jamais eu d’arbitrage à faire entre manger mieux et avoir accès à la culture".

La cheffe des députés RN Marine Le Pen a également épinglé un "mépris de classe permanent" du président. "Communication blessante et provocatrice, Emmanuel Macron, dérangeant dans ses attitudes, inquiétant dans ses comportements, incompétent dans sa fonction, accentue la crise politique", a-t-elle insisté.