Au Soudan, le cessez-le-feu reste fragile, les évacuations se poursuivent

Des Soudanais attendent d'être enregistrés au camp près de la frontière entre le Soudan et le Tchad à Adré, au Tchad, le 26 avril 2023 (Photo, Reuters).
Des Soudanais attendent d'être enregistrés au camp près de la frontière entre le Soudan et le Tchad à Adré, au Tchad, le 26 avril 2023 (Photo, Reuters).
Short Url
Publié le Jeudi 27 avril 2023

Au Soudan, le cessez-le-feu reste fragile, les évacuations se poursuivent

  • Dans la capitale soudanaise, des affrontements autour de «lieux stratégiques» ont «largement continué et parfois même se sont intensifiés», a affirmé devant le Conseil de sécurité le chef de la mission de l'ONU au Soudan
  • Onze jours après le début des combats qui ont fait plus de 459 morts et plus de 4 000 blessés selon l'ONU

KHARTOUM : Le cessez-le-feu de 72 heures conclu au Soudan sous l'égide des Etats-Unis reste fragile et les évacuations se poursuivent avec l'arrivée mercredi en Arabie Saoudite d'un bateau transportant 1 687 civils fuyant les combats.

Les personnes évacuées, originaires de plus d'une cinquantaine de pays, avaient embarqué sur "un des navires du Royaume", a précisé la diplomatie saoudienne dans un communiqué, ajoutant avoir répondu "à tous les besoins essentiels des ressortissants étrangers".

Dans la capitale soudanaise, des affrontements autour de "lieux stratégiques" ont "largement continué et parfois même se sont intensifiés", a affirmé mardi soir devant le Conseil de sécurité le chef de la mission de l'ONU au Soudan, Volker Perthes, depuis Port-Soudan (est), où l'ONU a relocalisé une partie de son personnel.

Onze jours après le début des combats qui ont fait plus de 459 morts et plus de 4 000 blessés selon l'ONU, M. Perthes a affirmé qu'"il n'y a pour l'instant aucun signe clair que l'un ou l'autre (des deux généraux) est prêt à vraiment négocier".

Mardi, l'armée a visé avec ses avions les positions des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) qui ont répondu par des rafales de mitrailleuse lourde, dans les banlieues de Khartoum, ont rapporté des témoins à l'AFP.

De nouveaux raids aériens visant des véhicules des FSR ont eu lieu en soirée dans le nord de la capitale, d'après d'autres témoins.

Et les paramilitaires du général Mohamed Hamdane Daglo --qui s'opposent à l'armée du général rival Abdel Fattah al-Burhane, au pouvoir depuis un coup d'Etat en octobre 2021-- ont déclaré avoir pris le contrôle d'une raffinerie et d'une centrale électrique à 70 km au nord de Khartoum, d'après une vidéo mardi.

Risque biologique 'énorme'

L'armée, elle, a signalé sur Facebook un "important mouvement (des FSR) vers la raffinerie dans le but de profiter de la trêve pour (en) prendre le contrôle".

Comme à chaque annonce de trêve, les FSR et l'armée se sont mutuellement accusés de la violer.

Un cessez-le-feu local est aussi observé dans la vaste région du Darfour-Nord (ouest) depuis plusieurs jours selon des informations de l'ONU, et les intenses combats y auraient baissé en intensité depuis le début des hostilités le 15 avril.

Cependant, "près de la frontière tchadienne, les combats ont repris et des rapports de plus en plus nombreux et inquiétants font état de tribus s'armant et rejoignant les combats", a affirmé M. Perthes mardi, ajoutant que des "affrontements intercommunautaires" ont également éclaté dans la région du Nil bleu, à la frontière sud-est avec l'Ethiopie.

Des témoins ont également rapporté à l'AFP des affrontements entre l'armée et les FSR, impliquant notamment des avions de chasse, à Wad Banda, au Kordofan-Ouest (sud), région limitrophe du Darfour.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'inquiète pour sa part d'un risque biologique "énorme" après la prise "par l'une des parties combattantes" d'un "laboratoire public de santé" de Khartoum, qui renferme des agents pathogènes de la rougeole, du choléra et de la poliomyélite.

Evasion de détenus

Selon des avocats, une évasion de détenus s'est produite à la prison de Kober à Khartoum, où Omar el-Béchir, dictateur déchu en 2019 et sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour "crimes contre l'humanité" et "génocide" au Darfour, était détenu avec d'anciens membres de son régime.

Ahmed Harun, un de ses ex-collaborateurs, également recherché par la CPI a déclaré dans une allocution enregistrée à la télévision soudanaise mardi soir que d'anciens responsables du régime de M. Béchir ne sont plus en détention.

"Nous sommes restés en détention à Kober, sous le feu croisé (...) pendant neuf jours", même quand il n'y avait plus de gardiens et de prisonniers et "nous avons désormais la responsabilité de notre protection" dans un autre lieu.

L'endroit où se trouve actuellement M. Béchir n'a pas pu faire l'objet de vérifications indépendantes.

Profitant de cette potentielle accalmie, les évacuations de ressortissants étrangers vivant à Khartoum se sont poursuivies.

"Le plus difficile, c'est le bruit des bombardements et des avions de chasse qui survolent notre maison. Cela a terrifié les enfants", a déclaré Safa Abu Taher, qui a atterri avec sa famille en Jordanie dans la nuit de mardi à mercredi.

Jusqu'à 270 000 personnes pourraient encore fuir au Tchad et au Soudan du Sud voisins, a alerté mardi l'ONU.

Un rapport des Nations unies fait état de "pénuries de nourriture, d'eau, de médicaments et de carburant deviennent extrêmement graves, en particulier à Khartoum et dans les régions avoisinantes".

'Eviter la famine'

"Par endroits, l'aide humanitaire est tout ce qui permet d'éviter la famine", a déclaré mardi le chef de l'ONU, Antonio Guterres.

Ceux qui ne peuvent pas quitter la capitale de plus de cinq millions d'habitants tentent de survivre privés d'eau et d'électricité, soumis aux pénuries de nourriture et aux coupures téléphoniques et d'internet.

Selon l'ONU, "24 000 (femmes) devraient accoucher dans les semaines à venir" et font face "à d'extrêmes difficultés" dans l'accès aux soins alors que, selon le syndicat des médecins, près des trois quarts des hôpitaux sont hors service.

Le conflit risque d'"envahir toute la région et au-delà", a prévenu le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

Evacuations

Le Royaume-Uni a entamé mardi l'évacuation de ses ressortissants, trois jours après celle de ses diplomates.

Plus de 1 000 ressortissants de l'UE ont pu partir, la France annonçant mardi avoir évacué 538 personnes parmi lesquelles 209 Français.

Environ 700 employés internationaux de l'ONU, d'ONG et d'ambassades "ont été évacués vers Port-Soudan", a indiqué l'ONU.

Cinq humanitaires ont été tués dans les combats au Soudan où des dizaines d'employés humanitaires ont été évacués vers le Tchad depuis le Darfour.


Syrie: deux civils tués dans une région druze 

Deux civils ont été tués dimanche dans une région à majorité druze du sud de la Syrie, ont indiqué à l'AFP deux sources locales de sécurité, sur fond d'affrontements entre groupes armés druzes et forces gouvernementales. (AFP)
Deux civils ont été tués dimanche dans une région à majorité druze du sud de la Syrie, ont indiqué à l'AFP deux sources locales de sécurité, sur fond d'affrontements entre groupes armés druzes et forces gouvernementales. (AFP)
Short Url
  • Une des sources de sécurité druze a déclaré qu'un obus tiré depuis un secteur contrôlé par le gouvernement avait "visé la périphérie de la ville de Soueïda"
  • L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a également fait état de deux morts et de combats

SOUEIDA: Deux civils ont été tués dimanche dans une région à majorité druze du sud de la Syrie, ont indiqué à l'AFP deux sources locales de sécurité, sur fond d'affrontements entre groupes armés druzes et forces gouvernementales.

La situation est tendue dans la province de Soueïda, où vivent de nombreux membres de cette minorité issue du chiisme, depuis des affrontements meurtriers il y a un an, les pires depuis la chute du président Bachar al-Assad fin 2024.

Une des sources de sécurité druze a déclaré qu'un obus tiré depuis un secteur contrôlé par le gouvernement avait "visé la périphérie de la ville de Soueïda, touchant un tracteur et tuant les deux personnes qui se trouvaient à bord: le conducteur et une femme".

Cette source, qui a requis l'anonymat, a également indiqué que "des affrontements intermittents ont lieu entre la Garde nationale et les forces gouvernementales depuis samedi soir", faisant référence au groupe armé de l'influent chef druze Hikmat al-Hijri.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a également fait état de deux morts et de combats.

La deuxième source de sécurité, qui s'est rendue sur le site de la frappe, a dit avoir vu le tracteur "entièrement brûlé", ajoutant que les deux victimes étaient des agriculteurs.

Le gouvernement syrien n'a pas immédiatement réagi à ces informations.

Des factions druzes contrôlent la ville de Soueïda et d'autres secteurs de la province du même nom malgré des tentatives de Damas d'y rétablir son autorité.

Il s'agit de l'une des dernières zones échappant au gouvernement islamiste qui cherche, depuis fin 2024, à unifier le pays, morcelé par plus de 13 ans de guerre.

Samedi, des groupes armés druzes avaient empêché des élèves de se rendre à leurs examens dans un secteur de la province contrôlé par le gouvernement.

La province de Soueïda avait été le théâtre en juillet 2025 d'affrontements entre combattants druzes et bédouins, qui avaient dégénéré après l'intervention de forces gouvernementales, puis de combattants tribaux en appui aux Bédouins.

Ces violences, les pires depuis fin 2024, avaient fait plus de 2.000 morts, selon l'OSDH. D'après des survivants et des ONG, elles avaient été marquées par de nombreuses exactions visant les druzes.

Damas a récemment annoncé avoir renvoyé plusieurs personnes devant la justice dans le cadre de l'enquête sur ces affrontements.

En 2025, l'armée israélienne avait bombardé des positions gouvernementales, affirmant vouloir protéger la communauté druze, présente aussi en Israël.

Hikmat al-Hijri a déclaré cette semaine que "les druzes étaient partie intégrante de l'Etat d'Israël".


A Tripoli, la Syrie et la Libye officialisent leur rapprochement diplomatique

 Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a officialisé dimanche à Tripoli le retour diplomatique de la Syrie en Libye, quatorze ans après la fermeture de son ambassade dans la capitale libyenne.  (AFP)
Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a officialisé dimanche à Tripoli le retour diplomatique de la Syrie en Libye, quatorze ans après la fermeture de son ambassade dans la capitale libyenne. (AFP)
Short Url
  • "Aujourd'hui, cette ambassade revient pour affirmer l'importance et la valeur de la relation syro-libyenne"
  • Les relations entre les deux pays avaient été bouleversées par la guerre en Syrie et les violences qui ont déchiré la Libye après la chute de Mouammar Kadhafi

TRIPOLI: Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a officialisé dimanche à Tripoli le retour diplomatique de la Syrie en Libye, quatorze ans après la fermeture de son ambassade dans la capitale libyenne.

"Aujourd'hui, cette ambassade revient pour affirmer l'importance et la valeur de la relation syro-libyenne", a déclaré le ministre syrien, qui a tenu des discussions avec son homologue libyen par intérim Taher El-Baour et a été reçu par le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, chef du gouvernement libyen reconnu par l'ONU.

Les relations entre les deux pays avaient été bouleversées par la guerre en Syrie et les violences qui ont déchiré la Libye après la chute de Mouammar Kadhafi.

"Cette ambassade assurera le suivi administratif des Syriens qui se sont réfugiés en Libye pendant les années de guerre, à une époque où il n'y avait plus de représentation diplomatique, Tripoli ayant rompu ses relations avec l'ancien régime", a ajouté M. Chaibani.

Selon l'agence officielle syrienne Sana, la communauté syrienne en Libye est estimée à environ 200.000 personnes.

"Nous avons également convenu de renforcer la coordination sécuritaire pour lutter contre l'immigration clandestine, ainsi que contre les stupéfiants et les organisations terroristes", a-t-il poursuivi.

Durant les dernières années du conflit en Syrie (2011-2024), la Libye est devenue un terrain d'affrontement entre des forces loyales à Bachar al-Assad et des factions de l'opposition et islamistes syriennes.

Des mercenaires issus des deux camps y ont combattu pour le compte de leurs parrains russes et turcs respectifs, qui soutenaient des camps opposés dans le conflit libyen.

A la mi-août 2025, une délégation dépêchée par Damas avait rouvert l'ambassade de Syrie à Tripoli, fermée depuis 2012, sans toutefois reprendre immédiatement la fourniture de services consulaires.


Les Emirats arabes unis disent avoir fait face à un drone venant d'Iran

Une vue de Dubaï. (AFP)
Une vue de Dubaï. (AFP)
Short Url
  • Les Emirats arabes unis ont affirmé lundi avoir "réagi" à un drone provenant d'Iran détecté au-dessus de leurs eaux territoriales
  • Les forces aériennes émiraties "ont réagi à un drone détecté au-dessus des eaux territoriales du pays, venant d'Iran", a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué sur X

DUBAI: Les Emirats arabes unis ont affirmé lundi avoir "réagi" à un drone provenant d'Iran détecté au-dessus de leurs eaux territoriales, après que Téhéran a dit avoir attaqué une base américaine dans le pays du Golfe.

Les forces aériennes émiraties "ont réagi à un drone détecté au-dessus des eaux territoriales du pays, venant d'Iran", a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué sur X.