Turquie: ce que l'opposition veut changer (ou pas) si elle est élue

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime lors d'un rassemblement électoral sur la place Gundogdu à Izmir , le 29 avril 2023 (Photo, AFP).
Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime lors d'un rassemblement électoral sur la place Gundogdu à Izmir , le 29 avril 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 30 avril 2023

Turquie: ce que l'opposition veut changer (ou pas) si elle est élue

  • L'opposition veut revenir à un système parlementaire dans lequel les pouvoirs de l'exécutif seront confiés à un Premier ministre élu par le Parlement
  • L'opposition promet de rompre immédiatement avec la politique défendue bec et ongles par Erdogan

ISTANBUL: L'alliance de l'opposition turque promet, en cas de victoire aux élections présidentielle et législatives en mai, de rompre avec deux décennies d'héritage du président Recep Tayyip Erdogan.

Voici ce qu'elle veut changer.

Retour au jeu démocratique

"Notre République sera couronnée de démocratie": Kemal Kiliçdaroglu, candidat de l'Alliance nationale à la présidentielle, veut en finir avec "le régime d'un seul homme", une formule qu'il répète à l'envi pour dénoncer l'extrême concentration des pouvoirs entre les mains du président Erdogan.

Dans son programme de 240 pages, l'alliance, qui réunit six partis, promet l'abandon du régime présidentiel introduit en 2018 et le retour à une séparation stricte des pouvoirs, avec un "exécutif comptable" de ses décisions.

L'opposition veut revenir à un système parlementaire dans lequel les pouvoirs de l'exécutif seront confiés à un Premier ministre élu par le Parlement. Le président sera élu pour mandat unique de sept ans.

"Changer de régime ne sera pas simple en raison du seuil parlementaire très élevé des 3/5 nécessaire pour les révisions constitutionnelles", estime toutefois Bertil Oder, professeure de droit constitutionnel à l'université Koç d'Istanbul.

Vent de libertés

L'opposition promet une "justice indépendante et impartiale" et la libération de nombreux prisonniers dont le mécène Osman Kavala, condamné à la prison à vie.

M. Kiliçdaroglu affirme aussi qu'il fera libérer Selahattin Demirtas, chef de file du parti prokurde HDP (Parti démocratique des Peuples) et bête noire du président Erdogan, emprisonné depuis 2016 pour "propagande terroriste".

L'Alliance nationale, qui compte en son sein le Bon Parti, influente formation nationaliste, n'a toutefois fait aucune proposition concrète pour résoudre la question kurde.

L'opposition veut raviver la liberté d'expression et celle de la presse, très largement reprise en main. Son dirigeant souhaite abolir le délit d'"insulte au président", qui a permis d'étouffer les voix dissonantes, promettant aux Turcs qu'ils pourront le "critiquer très facilement".

Défendre «toutes les femmes» 

Président du Parti républicain du peuple (CHP, laïque), Kemal Kiliçdaroglu veut garantir le port du voile dans la loi, afin de rassurer les électrices conservatrices qui redoutent que son parti, historiquement hostile au foulard, ne revienne sur certains acquis obtenus sous Erdogan.

"Nous défendrons les droits de toutes les femmes", a-t-il promis, s'engageant également à "respecter les croyances, modes de vie et identités de chacun", à l'opposé d'Erdogan.

Kiliçdaroglu souhaite réintégrer la Turquie dans la Convention d'Istanbul, qui impose de poursuivre les auteurs de violences contre les femmes et qu'Ankara avait quittée en 2021.

Sous le règne d'Erdogan : gagnants et perdants en Turquie

Le président Recep Tayyip Erdogan et son parti de la Justice et du développement (AKP) dominent la vie politique en Turquie depuis vingt ans.

Certains pans de la société en ont tiré bénéfice, d'autres y ont perdu, dans un pays polarisé. Quelques exemples à la veille des élections présidentielle et législatives du 14 mai.

Les gagnants

LES RELIGIEUX

La direction des affaires religieuses, ou Diyanet, est devenue une force sociale puissante sous M. Erdogan, lui-même un pieux musulman dont le parti islamo-conservateur a défié les fondements laïcs de la Turquie post-ottomane. Le Diyanet dispose de sa propre chaîne de télévision, qui pèse sur le débat politique, et bénéficie d'un budget comparable à celui d'un ministère de taille moyenne. L'étendue de ses prérogatives en a fait une cible des adversaires laïques du président qui se plaignent de l'augmentation du nombre des mosquées, des cours de Coran et de l'influence des confréries religieuses. L'ancien chef du Diyanet, Mehmet Görmez, s'est ainsi retrouvé mêlé à un scandale sur son style de vie jugé somptueux.

LE SECTEUR IMMOBILIER ET LA CONSTRUCTION

Sous M. Erdogan, l'immobilier et les grands chantiers se sont développés partout en Turquie, stimulant la croissance. Certains groupes et entrepreneurs considérés comme proches du gouvernement se sont vu octroyer des marchés publics juteux. Cette frénésie a remodelé ce pays, offrant des logements neufs à des millions de personnes tout en modifiant profondément la silhouette de villes comme Istanbul, soudain couvertes de gratte-ciel. Cette frénésie de développement a accompagné l'appétit du chef de l'Etat pour les "projets fous", de méga-investissements ambitieux de plusieurs milliards de dollars - ponts, autoroutes, aéroports,etc. - dont le Canal Istanbul, imaginé pour doubler le Bosphore mais toujours dans les limbes.

LES FEMMES CONSERVATRICES

M. Erdogan a défendu les droits des musulmans conservateurs après des décennies d'un régime résolument laïc. Les femmes pieuses ont ainsi été progressivement autorisées à porter le foulard - jusqu'alors interdit de fait - dans les universités, la fonction publique, la police et au parlement. Le chef de l'Etat en a fait une affaire personnelle parce que ses deux filles, couvertes comme leur mère, n'avaient "pas été autorisées à porter le foulard" à l'université.

Les perdants 

LES MEDIAS

Le paysage médiatique turc, autrefois cité en exemple pour son pluralisme, s'est progressivement étriqué sous M. Erdogan. Les observateurs estiment que 90% des médias turcs sont désormais sous le contrôle du gouvernement ou de ses partisans. Le président sortant a favorisé l'acquisition de journaux et de chaînes de télévision par des hommes d'affaires proches du pouvoir auxquels des prêts publics ont été accordés. Parallèlement, s'engageait la répression des voix critiques, en particulier de celles des médias kurdes, encore renforcée après le coup d'État manqué de 2016. Selon l'association turque P24, soixante-quatre journalistes sont actuellement emprisonnés.

LES MILITAIRES

L'armée turque, profondément laïque et coutumière des coups d'État, a progressivement perdu son influence sur la scène politique. Le processus s'est accéléré après qu'une faction a organisé une tentative de coup d'État en 2016, imputée à un prédicateur musulman exilé aux États-Unis. Le président Erdogan a répliqué par des purges qui ont envoyé des milliers de soldats en prison – à vie pour des centaines d'entre eux. Les militaires ayant les grades les plus élevés ont été décimés, altérant les capacités de la principale force sur le flanc oriental de l'Otan. L'armée de l'air, en particulier, a perdu nombre de ses pilotes et de ses officiers.

Bilans nuancés 

KURDES

Réprimés par les gouvernements laïcs comme la plupart des minorités en Turquie, les Kurdes ont aidé M. Erdogan à se faire élire et l'ont soutenu à ses débuts. Le chef de l'Etat a tenté de promouvoir leurs droits culturels et linguistiques, ouvrant des négociations pour mettre fin à la lutte armée d'une partie d'entre eux et leur octroyer une plus large autonomie dans le sud-est. Mais après l'échec de ces pourparlers et une flambée de violences en 2015-2016, la communauté kurde (15 à 20 millions de personnes) s'est retrouvée sous une pression croissante. Des dizaines de dirigeants kurdes ont été emprisonnés ou démis de leurs fonctions électives. Le principal parti prokurde, le HDP, dont le chef de file est emprisonné, risque d'être interdit comme bien d'autres avant lui, accusé de "terrorisme".

LA CLASSE MOYENNE

La Turquie a connu un boom économique au cours de la première décennie au pouvoir de M. Erdogan, générant une nouvelle classe moyenne florissante. Mais, depuis 2013, l'économie passe d'une crise à une autre. Selon la Banque mondiale, le produit intérieur brut actuel de la Turquie - qui mesure la richesse d'un pays - est retombé au niveau des cinq premières années au cours desquelles M. Erdogan a été au pouvoir. Avec une inflation officielle de plus de 85% atteinte l'an dernier, les économies de millions de ménages sont parties en fumée. Et de nombreuses familles peinent à finir le mois désormais.

Economie: retour à l'orthodoxie

L'opposition promet de rompre immédiatement avec la politique défendue bec et ongles par Erdogan qui, à rebours des théories économiques classiques, entend continuer de baisser les taux d'intérêt malgré une inflation supérieure à 50%.

L'Alliance nationale assure qu'elle ramènera l'inflation "à un chiffre d'ici deux ans" et "rendra sa crédibilité à la livre turque", qui a perdu près de 80% de sa valeur en cinq ans face au dollar.

"Quel que soit le vainqueur des élections, il est peu probable que l'économie turque se rétablisse rapidement", juge cependant Erdal Yalçin, professeur d'économie internationale à l'université de Constance (Allemagne).

Diplomatie apaisée

L'opposition vise "une pleine adhésion à l'Union européenne", affirme Ahmet Ünal Çeviköz, conseiller spécial de Kemal Kiliçdaroglu. Mais diplomates et observateurs n'escomptent pas d'avancée à court ou moyen terme.

Consciente qu'Ankara a irrité ses alliés de l'Otan en nouant depuis 2016 une relation privilégiée avec Moscou, elle veut réaffirmer la place de la Turquie au sein de l'Alliance tout en maintenant un "dialogue équilibré" avec la Russie, convaincue de pouvoir aider à mettre fin au conflit en Ukraine.

Mais la priorité, selon M. Çeviköz, sera de renouer avec la Syrie de Bachar al-Assad: une réconciliation indispensable pour assurer le retour, "sur une base volontaire" et en moins de deux ans, des 3,7 millions de réfugiés syriens vivant en Turquie, une promesse qui inquiète les défenseurs des droits humains.

Turquie : Erdogan face au péril jeunes

Emre Ali Ferli a 18 ans et n'a connu que Recep Tayyip Erdogan au pouvoir. Cet étudiant votera à la présidentielle du 14 mai en Turquie pour le principal opposant au chef de l'Etat, Kemal Kiliçdaroglu.

"Je suis fatigué de me lever chaque jour en pensant à la politique. Lorsque le président Erdogan ne sera plus là, les jeunes pourront se concentrer sur leurs examens et s'exprimer librement", prophétise-t-il.

Comme Emre, 5,2 millions de primo-votants ayant grandi sous l'ère Erdogan, soit 8% environ de l'électorat, sont appelés aux urnes mi-mai.

"C'est par vous que le printemps arrivera", a lancé Kemal Kiliçdaroglu, le chef du CHP (social-démocrate) et candidat d'une alliance de six partis d'opposition, à des jeunes réunis mi-avril à Ankara.

Selon un récent sondage, seuls 20% des 18-25 ans voteront pour le président turc et son parti aux élections présidentielle et législatives du 14 mai, considérées comme les plus périlleuses pour M. Erdogan depuis son accession au pouvoir en 2003.

A l'approche du double scrutin, MM. Erdogan et Kiliçdaroglu, âgés respectivement de 69 et 74 ans, rivalisent de promesses pour séduire la génération Z (taxe supprimée sur l'achat des téléphones portables, forfait internet gratuit, carte jeunes, etc.). D'autant qu'un troisième homme, Muharrem Ince, cherche à se poser en candidat de la jeunesse.

"Le vote Erdogan est moindre chez les jeunes. Les primo-votants sont plus modernes et moins religieux que l'électeur moyen et plus de la moitié sont insatisfaits de la vie qu'ils mènent", résume Erman Bakirci, chercheur à l'institut de sondages Konda.


Washington offre une récompense de 10 millions de dollars pour des informations sur les dirigeants iraniens

Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
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  • Les États-Unis offrent une récompense de 10 millions de dollars pour toute information sur plusieurs dirigeants iraniens, dont Mojtaba Khamenei et Ali Larijani
  • Washington affirme que ces responsables dirigent des éléments du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, accusé de planifier et de mener des actes terroristes à travers le monde

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé vendredi offrir une récompense de 10 millions de dollars en vue d'informations sur le sort des dirigeants iraniens, y compris le nouveau guide suprême, mais visant en particulier les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran.

L'appel vise aussi bien Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême, que le chef de la sécurité Ali Larijani, selon un avis diffusé par le département d'Etat américain.

Le ministre iranien de l'Intérieur, Eskandar Momeni, et le ministre du Renseignement et de la Sécurité, Esmaïl Khatib, figurent également parmi les dix personnes inscrites sur la liste du département d'Etat.

"Ces personnes commandent et dirigent divers éléments du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, qui planifie, organise et mène des actes terroristes à travers le monde", a déclaré le département d'Etat.

Il exhorte les informateurs éventuels à envoyer des informations via Signal notamment: "Vos informations pourraient vous permettre de bénéficier d'une réinstallation et d'une récompense".

Le dirigeant iranien Ali Khamenei, qui dirigeait l'Iran depuis 1989, a été tué dans une frappe le 28 février au début de la guerre.

Il a été remplacé par son fils Mojtaba mais les spéculations sur son état de santé perdurent, après les annonces par la télévision d'Etat et certains responsables qu'il avait été blessé dans les frappes.

Il a fait diffuser un message jeudi sans contenu vidéo ni audio.

Les Etats-Unis et Israël ont indiqué avoir tué nombre de responsables des Gardiens de la Révolution depuis le début des opérations militaires le 28 février.


Mojtaba Khamenei appelle à maintenir Ormuz fermé, le pétrole flambe

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  • Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale
  • Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE)

TEHERAN: Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a appelé jeudi à maintenir fermé le détroit d'Ormuz, passage hautement stratégique du commerce de pétrole mondial, accélérant la flambée des cours.

Désigné dimanche à la place de son père Ali Khamenei, tué au début des attaques israélo-américaines sur l'Iran, il a également promis de "venger" le "sang versé par les victimes de ces bombardements.

Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale. Il y a également appelé les pays de la région à fermer les bases américaines qu'ils abritent sur leurs sols.

Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en bombardant les intérêts occidentaux dans le Golfe et ailleurs, quitte à "détruire" l'économie mondiale.

L'armée américaine a annoncé jeudi avoir frappé environ 6.000 cibles depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des bombardements américains et israéliens contre la République islamique.

Le conflit pénalise l'approvisionnement en or noir de l'économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace ses services financiers.

Le géant français TotalEnergies a ainsi annoncé suspendre ou être sur le point de suspendre l'équivalent de 15% de sa production mondiale de pétrole et de gaz dans plusieurs Etats du Golfe.

La navigation est pratiquement bloquée dans le détroit d'Ormuz, de facto contrôlé par l'Iran et par où transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

"En réponse à l'ordre" de leur "commandant en chef" Khamenei, les Gardiens de la Révolution iraniens ont promis de garder le détroit fermé et de porter "les coups les plus sévères à l'agresseur", a indiqué le commandant des forces navales Alireza Tangsiri.

Pétroliers attaqués 

Mais le gouvernement iranien a laissé entendre dans le même temps qu'il pourrait autoriser certains navires, de pays jugés non hostiles, à emprunter le détroit.

Interrogé par l'AFP, le vice-ministre des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, a assuré que Téhéran a "coopéré" avec plusieurs "pays" qui ont demandé à l'emprunter. Il n'a pas nommé ces pays mais souligné que ceux qui se sont joints aux Etats-Unis et Israël "ne devraient pas bénéficier d'un passage sûr dans le détroit d'Ormuz".

Le ministre a démenti jeudi auprès de l'AFP que l'Iran posait des mines dans le détroit d'Ormuz, comme Washington l'en accuse.

Plusieurs explosions ont secoué le Golfe jeudi. Sur un réservoir d'hydrocarbures à Bahreïn, un immense champ pétrolier en Arabie saoudite, un aéroport au Koweit, un port à Oman.

Au moins trois navires ont été attaqués, soit un total de six depuis mercredi et 16 depuis le début du conflit, selon l'agence maritime britannique (UKMTO).

Une vidéo diffusée par le média d'Etat iranien IRIB montre une de ces attaques iraniennes, menée mercredi soir contre un pétrolier à environ 50 km des côtes irakiennes.

On y voit, dans la nuit noire, l'avant d'un pétrolier exploser, puis s'envelopper d'une énorme boule de feu, frappé de plein fouet par un projectile tiré depuis ce qui semble être un hors-bord de la marine iranienne. "Dieu est grand. Contre l'impérialisme américain dans le nord du golfe Persique, au nom de l'imam Khamenei, au nom de la République islamique d'Iran, ces eaux appartiennent aux défenseurs de l'islam", se réjouit l'un des Iraniens à bord.

L'attaque, visant deux pétroliers, a fait un mort, selon les autorités irakiennes, qui précisent avoir secouru plus de 50 membres d'équipage.

Côté américain, entre la poursuite de la guerre et les cours du pétrole, le président Donald Trump dit avoir fait son choix: la nécessité de "stopper" l'Iran passe avant les prix du pétrole car il faut "empêcher un empire du mal, l'Iran, de se doter d'armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier".

En Iran, au 13e jour de la guerre, la vie quotidienne des habitants de la région s'organise entre privations, angoisses et espoir d'un lendemain meilleur.

"On peut toujours faire ses courses. L'exception, c'était le jour où ils ont frappé les dépôts de pétrole: avec la pluie noire, ça faisait apocalyptique", explique à l'AFP une habitante de 39 ans, contactée depuis Paris.

Les frappes, certes, sont difficiles à vivre. Mais "je ne comprends pas les gens qui disent +non à la guerre+", explique-t-elle. Après la violente répression des manifestations de janvier en Iran, "il n'y a aucune autre solution que l'intervention étrangère" pour changer le pouvoir politique.

Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre, selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Téhéran "n'a plus rien à perdre" 

Entre blocage d'Ormuz et discours guerriers, les cours du pétrole, qui ont pour certains grimpé de plus de 40% depuis le début de la guerre, continuent de flamber, malgré la décision la veille des pays de l'AIE d'utiliser leurs réserves stratégiques pour soutenir l'offre.

Jamais l'approvisionnement mondial en pétrole n'a été aussi perturbé, estime l'AIE. Selon elle, le blocage d'Ormuz a contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production pétrolière, grevant l'offre mondiale de 7,5%.

Donald Trump a ces derniers jours promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans le détroit d'Ormuz. Son ministre de l'Energie a toutefois précisé que l'armée n'était "pas prête" pour le moment à escorter des pétroliers dans le détroit.

"Le régime iranien, qui n'a plus rien à perdre, entretiendra une guerre d'usure contre les Etats-Unis et Israël pour les punir de leur agression", a estimé auprès de l'AFP Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques.

Economiquement, l'opération est un gouffre pour les Etats-Unis. La première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times, en s'appuyant sur des sources parlementaires.

 

 


Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution pour l'arrêt des frappes iraniennes sur les États du Golfe et la Jordanie

Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
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  • La résolution déclare que les attaques violent le droit international et constituent une "grave menace pour la paix et la sécurité internationales"
  • Les actions iraniennes visant à fermer la navigation internationale à travers le détroit d'Ormuz sont également condamnées

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté mercredi une résolution condamnant les attaques de missiles et de drones iraniens contre les États du Golfe et la Jordanie. Treize membres du Conseil ont voté en faveur de cette résolution, tandis que la Russie et la Chine se sont abstenues.

La résolution 2817, présentée par Bahreïn au nom du Conseil de coopération du Golfe, a été coparrainée par 135 pays, ce qui représente l'une des plus importantes manifestations de soutien à une résolution du Conseil de sécurité de ces dernières années.

Elle "condamne sans équivoque, dans les termes les plus forts", les frappes de missiles et de drones iraniens visant les territoires des pays du Golfe et de la Jordanie, décrivant ces attaques comme une violation du droit international et une grave menace pour la paix et la sécurité internationales.

Elle exige que Téhéran mette fin "immédiatement et sans condition" à ses attaques et provocations contre les États voisins, y compris par l'intermédiaire de forces mandataires, et demande l'arrêt immédiat de toutes les frappes. Elle exprime son soutien résolu à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États du Golfe et de la Jordanie, et réaffirme leur droit à l'autodéfense en vertu de l'article 51 de la Charte des Nations unies.

La résolution déplore ce qu'elle décrit comme le ciblage délibéré par l'Iran de civils et d'infrastructures civiles, notamment des aéroports, des installations énergétiques, des installations de production et de distribution de denrées alimentaires et d'autres infrastructures essentielles.

Elle fait également référence à la résolution 552 du Conseil de sécurité (adoptée en 1984 et condamnant les attaques iraniennes contre la navigation dans le Golfe), réaffirmant ainsi l'importance de la liberté de navigation dans les eaux internationales et les voies maritimes, alors que les menaces pesant sur le trafic maritime dans la région suscitent des inquiétudes.

Elle met en garde contre toute menace pesant sur la navigation maritime, en particulier sur les voies navigables d'importance stratégique que sont le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab Al-Mandab, et souligne l'importance de la région pour l'approvisionnement énergétique mondial et les flux commerciaux internationaux.

S'exprimant après le vote, l'ambassadeur du Bahreïn auprès des Nations unies, Jamal Alrowaiei, a déclaré que le large soutien apporté à la résolution reflétait l'inquiétude mondiale face aux récentes attaques contre des États de la région.

"Le fait que 135 pays aient coparrainé cette résolution témoigne d'une prise de conscience collective de la dangerosité des attaques iraniennes contre le CCG et la Jordanie", a-t-il déclaré.

Les frappes iraniennes ont visé des infrastructures civiles, des zones résidentielles et des installations essentielles dans toute la région, faisant des victimes parmi les civils, a-t-il ajouté.

"Notre région est un pilier essentiel de la stabilité régionale et mondiale, de la sécurité énergétique et de la sécurité des échanges commerciaux", a-t-il poursuivi.

"La protection de notre région n'est pas seulement une question régionale, c'est une responsabilité internationale commune étroitement liée à la stabilité de l'économie mondiale et des chaînes d'approvisionnement internationales.

Jérôme Bonnafont, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, a déclaré que la résolution envoyait un signal clair en condamnant les "frappes aveugles menées par l'Iran contre ses voisins régionaux".

Il a ajouté : "Depuis une douzaine de jours, le Moyen-Orient est à nouveau plongé dans la guerre. Cette guerre fait peser de graves risques sur la sécurité régionale et doit cesser maintenant."

L'Iran porte une responsabilité majeure dans cette escalade, a déclaré M. Bonnafont, citant le programme de missiles du pays, son soutien aux milices régionales et les menaces liées à ses activités nucléaires.

James Kariuki, chargé d'affaires à la mission du Royaume-Uni auprès des Nations unies, a déclaré que le Conseil avait raison de condamner des attaques qui "constituent une menace sérieuse pour nos partenaires du Golfe et pour la Jordanie, et risquent de provoquer une nouvelle conflagration régionale et mondiale".

Le Royaume-Uni participe à des opérations défensives régionales coordonnées et continuera à soutenir les États du Golfe et la Jordanie, a-t-il ajouté.

L'ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a déclaré que Téhéran attaquait les États de la région par désespoir, car la patience de la communauté internationale à l'égard de ses actions s'épuisait.

"Le régime de Téhéran tente d'exporter la terreur et la destruction, mais même le Conseil de sécurité est à bout de patience face à l'agression iranienne", a-t-il ajouté.

L'ambassadeur des États-Unis, Mike Waltz, a déclaré : "La stratégie de l'Iran consistant à semer le chaos, à prendre ses voisins en otage et à ébranler la détermination de la région s'est clairement retournée contre lui, comme l'a montré le vote d'aujourd'hui.

L'ambassadeur de Chine aux Nations unies, Fu Cong, a déclaré que Pékin condamnait les attaques contre les civils et les cibles non militaires et soutenait les préoccupations des États du Golfe en matière de sécurité, mais qu'il s'était abstenu lors du vote parce qu'il estimait que la résolution ne reflétait pas correctement les causes plus larges du conflit.

"Le principal moyen d'empêcher une nouvelle détérioration de la situation est que les États-Unis et Israël cessent leurs opérations militaires", a-t-il déclaré.

Bien que la Chine ne soutienne pas les attaques iraniennes contre les États arabes du Golfe, elle estime que la résolution manque d'équilibre et ne tient pas suffisamment compte du contexte général du conflit, a-t-il ajouté.

M. Fu a appelé toutes les parties à mettre fin à leurs opérations militaires et à reprendre le dialogue et les négociations.

L'ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassily Nebenzia, a déclaré que Moscou s'était abstenu lors du vote parce qu'il considérait lui aussi que la résolution était "extrêmement déséquilibrée".

Il a déclaré au Conseil : "Il est impossible et injuste de parler d'attaques contre des pays de la région sans tenir compte des causes profondes de l'escalade actuelle, à savoir l'agression des États-Unis et d'Israël contre la République islamique d'Iran.

La résolution "confond la cause et l'effet" et ne mentionne pas les attaques contre l'Iran lui-même, a déclaré M. Nebenzia, estimant que le texte pourrait donner l'impression que Téhéran a mené des frappes non provoquées contre des États arabes.

Mais il a ajouté : "Les frappes contre les civils et les infrastructures civiles ne sont acceptables en aucune circonstance - ni en Iran, ni à Bahreïn, ni en Jordanie, ni au Qatar, ni au Koweït, ni à Oman, ni en Arabie saoudite, ni aux Émirats arabes unis, ni en Israël".

De nombreux diplomates ont déclaré que l'importance du soutien international à la résolution soulignait un sentiment croissant d'inquiétude face aux effets des attentats sur la stabilité régionale, les marchés mondiaux de l'énergie et les routes commerciales internationales.

L'ambassadeur du Pakistan auprès des Nations unies, Asim Iftikhar Ahmad, a déclaré qu'Islamabad avait voté en faveur de la résolution pour montrer sa solidarité avec les États du Golfe et la Jordanie, tout en appelant à une solution diplomatique plus large au conflit.

Il a condamné les attaques visant les civils et les infrastructures civiles et a réaffirmé le soutien de son pays à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États touchés.

Il a appelé à une cessation immédiate des hostilités et à un retour à la table des négociations, avertissant que le conflit avait déjà eu de graves conséquences régionales, notamment des pertes civiles et des perturbations économiques.

Le Pakistan est également préoccupé par l'instabilité en Iran, a déclaré M. Ahmad, et il a réitéré le soutien d'Islamabad à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Iran.

Des millions de ressortissants pakistanais vivant dans les pays du Golfe ont été exposés aux retombées du conflit, a-t-il ajouté, tandis que les perturbations de l'approvisionnement en énergie et des transports aériens affectaient déjà l'économie pakistanaise.

M. Ahmad a appelé toutes les parties à faire preuve d'une "retenue maximale" et à reprendre rapidement la voie de la diplomatie afin de parvenir à une résolution négociée et durable de la crise.