Turquie: ce que l'opposition veut changer (ou pas) si elle est élue

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime lors d'un rassemblement électoral sur la place Gundogdu à Izmir , le 29 avril 2023 (Photo, AFP).
Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime lors d'un rassemblement électoral sur la place Gundogdu à Izmir , le 29 avril 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 30 avril 2023

Turquie: ce que l'opposition veut changer (ou pas) si elle est élue

  • L'opposition veut revenir à un système parlementaire dans lequel les pouvoirs de l'exécutif seront confiés à un Premier ministre élu par le Parlement
  • L'opposition promet de rompre immédiatement avec la politique défendue bec et ongles par Erdogan

ISTANBUL: L'alliance de l'opposition turque promet, en cas de victoire aux élections présidentielle et législatives en mai, de rompre avec deux décennies d'héritage du président Recep Tayyip Erdogan.

Voici ce qu'elle veut changer.

Retour au jeu démocratique

"Notre République sera couronnée de démocratie": Kemal Kiliçdaroglu, candidat de l'Alliance nationale à la présidentielle, veut en finir avec "le régime d'un seul homme", une formule qu'il répète à l'envi pour dénoncer l'extrême concentration des pouvoirs entre les mains du président Erdogan.

Dans son programme de 240 pages, l'alliance, qui réunit six partis, promet l'abandon du régime présidentiel introduit en 2018 et le retour à une séparation stricte des pouvoirs, avec un "exécutif comptable" de ses décisions.

L'opposition veut revenir à un système parlementaire dans lequel les pouvoirs de l'exécutif seront confiés à un Premier ministre élu par le Parlement. Le président sera élu pour mandat unique de sept ans.

"Changer de régime ne sera pas simple en raison du seuil parlementaire très élevé des 3/5 nécessaire pour les révisions constitutionnelles", estime toutefois Bertil Oder, professeure de droit constitutionnel à l'université Koç d'Istanbul.

Vent de libertés

L'opposition promet une "justice indépendante et impartiale" et la libération de nombreux prisonniers dont le mécène Osman Kavala, condamné à la prison à vie.

M. Kiliçdaroglu affirme aussi qu'il fera libérer Selahattin Demirtas, chef de file du parti prokurde HDP (Parti démocratique des Peuples) et bête noire du président Erdogan, emprisonné depuis 2016 pour "propagande terroriste".

L'Alliance nationale, qui compte en son sein le Bon Parti, influente formation nationaliste, n'a toutefois fait aucune proposition concrète pour résoudre la question kurde.

L'opposition veut raviver la liberté d'expression et celle de la presse, très largement reprise en main. Son dirigeant souhaite abolir le délit d'"insulte au président", qui a permis d'étouffer les voix dissonantes, promettant aux Turcs qu'ils pourront le "critiquer très facilement".

Défendre «toutes les femmes» 

Président du Parti républicain du peuple (CHP, laïque), Kemal Kiliçdaroglu veut garantir le port du voile dans la loi, afin de rassurer les électrices conservatrices qui redoutent que son parti, historiquement hostile au foulard, ne revienne sur certains acquis obtenus sous Erdogan.

"Nous défendrons les droits de toutes les femmes", a-t-il promis, s'engageant également à "respecter les croyances, modes de vie et identités de chacun", à l'opposé d'Erdogan.

Kiliçdaroglu souhaite réintégrer la Turquie dans la Convention d'Istanbul, qui impose de poursuivre les auteurs de violences contre les femmes et qu'Ankara avait quittée en 2021.

Sous le règne d'Erdogan : gagnants et perdants en Turquie

Le président Recep Tayyip Erdogan et son parti de la Justice et du développement (AKP) dominent la vie politique en Turquie depuis vingt ans.

Certains pans de la société en ont tiré bénéfice, d'autres y ont perdu, dans un pays polarisé. Quelques exemples à la veille des élections présidentielle et législatives du 14 mai.

Les gagnants

LES RELIGIEUX

La direction des affaires religieuses, ou Diyanet, est devenue une force sociale puissante sous M. Erdogan, lui-même un pieux musulman dont le parti islamo-conservateur a défié les fondements laïcs de la Turquie post-ottomane. Le Diyanet dispose de sa propre chaîne de télévision, qui pèse sur le débat politique, et bénéficie d'un budget comparable à celui d'un ministère de taille moyenne. L'étendue de ses prérogatives en a fait une cible des adversaires laïques du président qui se plaignent de l'augmentation du nombre des mosquées, des cours de Coran et de l'influence des confréries religieuses. L'ancien chef du Diyanet, Mehmet Görmez, s'est ainsi retrouvé mêlé à un scandale sur son style de vie jugé somptueux.

LE SECTEUR IMMOBILIER ET LA CONSTRUCTION

Sous M. Erdogan, l'immobilier et les grands chantiers se sont développés partout en Turquie, stimulant la croissance. Certains groupes et entrepreneurs considérés comme proches du gouvernement se sont vu octroyer des marchés publics juteux. Cette frénésie a remodelé ce pays, offrant des logements neufs à des millions de personnes tout en modifiant profondément la silhouette de villes comme Istanbul, soudain couvertes de gratte-ciel. Cette frénésie de développement a accompagné l'appétit du chef de l'Etat pour les "projets fous", de méga-investissements ambitieux de plusieurs milliards de dollars - ponts, autoroutes, aéroports,etc. - dont le Canal Istanbul, imaginé pour doubler le Bosphore mais toujours dans les limbes.

LES FEMMES CONSERVATRICES

M. Erdogan a défendu les droits des musulmans conservateurs après des décennies d'un régime résolument laïc. Les femmes pieuses ont ainsi été progressivement autorisées à porter le foulard - jusqu'alors interdit de fait - dans les universités, la fonction publique, la police et au parlement. Le chef de l'Etat en a fait une affaire personnelle parce que ses deux filles, couvertes comme leur mère, n'avaient "pas été autorisées à porter le foulard" à l'université.

Les perdants 

LES MEDIAS

Le paysage médiatique turc, autrefois cité en exemple pour son pluralisme, s'est progressivement étriqué sous M. Erdogan. Les observateurs estiment que 90% des médias turcs sont désormais sous le contrôle du gouvernement ou de ses partisans. Le président sortant a favorisé l'acquisition de journaux et de chaînes de télévision par des hommes d'affaires proches du pouvoir auxquels des prêts publics ont été accordés. Parallèlement, s'engageait la répression des voix critiques, en particulier de celles des médias kurdes, encore renforcée après le coup d'État manqué de 2016. Selon l'association turque P24, soixante-quatre journalistes sont actuellement emprisonnés.

LES MILITAIRES

L'armée turque, profondément laïque et coutumière des coups d'État, a progressivement perdu son influence sur la scène politique. Le processus s'est accéléré après qu'une faction a organisé une tentative de coup d'État en 2016, imputée à un prédicateur musulman exilé aux États-Unis. Le président Erdogan a répliqué par des purges qui ont envoyé des milliers de soldats en prison – à vie pour des centaines d'entre eux. Les militaires ayant les grades les plus élevés ont été décimés, altérant les capacités de la principale force sur le flanc oriental de l'Otan. L'armée de l'air, en particulier, a perdu nombre de ses pilotes et de ses officiers.

Bilans nuancés 

KURDES

Réprimés par les gouvernements laïcs comme la plupart des minorités en Turquie, les Kurdes ont aidé M. Erdogan à se faire élire et l'ont soutenu à ses débuts. Le chef de l'Etat a tenté de promouvoir leurs droits culturels et linguistiques, ouvrant des négociations pour mettre fin à la lutte armée d'une partie d'entre eux et leur octroyer une plus large autonomie dans le sud-est. Mais après l'échec de ces pourparlers et une flambée de violences en 2015-2016, la communauté kurde (15 à 20 millions de personnes) s'est retrouvée sous une pression croissante. Des dizaines de dirigeants kurdes ont été emprisonnés ou démis de leurs fonctions électives. Le principal parti prokurde, le HDP, dont le chef de file est emprisonné, risque d'être interdit comme bien d'autres avant lui, accusé de "terrorisme".

LA CLASSE MOYENNE

La Turquie a connu un boom économique au cours de la première décennie au pouvoir de M. Erdogan, générant une nouvelle classe moyenne florissante. Mais, depuis 2013, l'économie passe d'une crise à une autre. Selon la Banque mondiale, le produit intérieur brut actuel de la Turquie - qui mesure la richesse d'un pays - est retombé au niveau des cinq premières années au cours desquelles M. Erdogan a été au pouvoir. Avec une inflation officielle de plus de 85% atteinte l'an dernier, les économies de millions de ménages sont parties en fumée. Et de nombreuses familles peinent à finir le mois désormais.

Economie: retour à l'orthodoxie

L'opposition promet de rompre immédiatement avec la politique défendue bec et ongles par Erdogan qui, à rebours des théories économiques classiques, entend continuer de baisser les taux d'intérêt malgré une inflation supérieure à 50%.

L'Alliance nationale assure qu'elle ramènera l'inflation "à un chiffre d'ici deux ans" et "rendra sa crédibilité à la livre turque", qui a perdu près de 80% de sa valeur en cinq ans face au dollar.

"Quel que soit le vainqueur des élections, il est peu probable que l'économie turque se rétablisse rapidement", juge cependant Erdal Yalçin, professeur d'économie internationale à l'université de Constance (Allemagne).

Diplomatie apaisée

L'opposition vise "une pleine adhésion à l'Union européenne", affirme Ahmet Ünal Çeviköz, conseiller spécial de Kemal Kiliçdaroglu. Mais diplomates et observateurs n'escomptent pas d'avancée à court ou moyen terme.

Consciente qu'Ankara a irrité ses alliés de l'Otan en nouant depuis 2016 une relation privilégiée avec Moscou, elle veut réaffirmer la place de la Turquie au sein de l'Alliance tout en maintenant un "dialogue équilibré" avec la Russie, convaincue de pouvoir aider à mettre fin au conflit en Ukraine.

Mais la priorité, selon M. Çeviköz, sera de renouer avec la Syrie de Bachar al-Assad: une réconciliation indispensable pour assurer le retour, "sur une base volontaire" et en moins de deux ans, des 3,7 millions de réfugiés syriens vivant en Turquie, une promesse qui inquiète les défenseurs des droits humains.

Turquie : Erdogan face au péril jeunes

Emre Ali Ferli a 18 ans et n'a connu que Recep Tayyip Erdogan au pouvoir. Cet étudiant votera à la présidentielle du 14 mai en Turquie pour le principal opposant au chef de l'Etat, Kemal Kiliçdaroglu.

"Je suis fatigué de me lever chaque jour en pensant à la politique. Lorsque le président Erdogan ne sera plus là, les jeunes pourront se concentrer sur leurs examens et s'exprimer librement", prophétise-t-il.

Comme Emre, 5,2 millions de primo-votants ayant grandi sous l'ère Erdogan, soit 8% environ de l'électorat, sont appelés aux urnes mi-mai.

"C'est par vous que le printemps arrivera", a lancé Kemal Kiliçdaroglu, le chef du CHP (social-démocrate) et candidat d'une alliance de six partis d'opposition, à des jeunes réunis mi-avril à Ankara.

Selon un récent sondage, seuls 20% des 18-25 ans voteront pour le président turc et son parti aux élections présidentielle et législatives du 14 mai, considérées comme les plus périlleuses pour M. Erdogan depuis son accession au pouvoir en 2003.

A l'approche du double scrutin, MM. Erdogan et Kiliçdaroglu, âgés respectivement de 69 et 74 ans, rivalisent de promesses pour séduire la génération Z (taxe supprimée sur l'achat des téléphones portables, forfait internet gratuit, carte jeunes, etc.). D'autant qu'un troisième homme, Muharrem Ince, cherche à se poser en candidat de la jeunesse.

"Le vote Erdogan est moindre chez les jeunes. Les primo-votants sont plus modernes et moins religieux que l'électeur moyen et plus de la moitié sont insatisfaits de la vie qu'ils mènent", résume Erman Bakirci, chercheur à l'institut de sondages Konda.


Plus personne à la rue : un défi de taille pour le nouveau Premier ministre britannique

Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham promet d'en finir avec le sans-abrisme, malgré un bilan mitigé à Manchester et une hausse record des sans-abri en Angleterre
  • Les experts jugent que 340 M£ ne suffiront pas et réclament davantage de logements sociaux et d'investissements

LONDRES: En arrivant à Downing Street, Andy Burnham s'est engagé à ce que plus personne ne dorme dans la rue au Royaume-Uni. Une promesse ambitieuse que le nouveau Premier ministre avait déjà faite en tant que maire du Grand Manchester, avec un résultat mitigé.

Sur une petite place du centre de Londres, Kevin, 60 ans, vend "The Big Issue", un journal au profit des sans-abri.

"Ca me permet de tenir le coup", dit cet homme sans domicile fixe depuis sa sortie de prison en 2010.

Interrogé sur l'engagement du nouveau chef du gouvernement travailliste, qui a pris ses fonctions le 20 juillet, il se montre sceptique : "Je pense que ça ne veut rien dire: il vient de Manchester et n'a pas réussi à régler le problème là-bas".

Pour Kevin, qui dort sous une tente, les centres d'hébergement ne sont pas toujours préférables à la rue. "J'ai fréquenté trois foyers différents dans le centre de Londres et je n'y mettrais même pas mon chien. C'était dégoûtant. On voyait des seringues partout".

- Records -

En 2017, tout juste élu maire de l'agglomération de Manchester, Andy Burnham avait annoncé le programme "A Bed Every Night" ("Un lit chaque nuit"), qui a permis de faire passer le nombre des personnes dormant dans la rue de 268 cette année-là à 90 en 2021, selon les autorités locales. Mais ce chiffre est remonté à 197 en 2025.

Dans toute l'Angleterre, le nombre des gens à la rue a atteint en 2025 un record de 4.793, selon les chiffres du gouvernement. Et le groupe de réflexion Institute for Public Policy Research (IPPR) s'attend à voir ce chiffre augmenter de 25% d'ici à 2030.

Plus largement, 382.000 personnes n'avaient pas de domicile permanent en 2025 en Angleterre, selon l'association Shelter.

Les collectivités locales, compétentes pour s'occuper des sans-abri mais confrontées à des coupes budgétaires, peinent à lutter contre ce phénomène.

Des associations prennent le relais, telle "Hackney Night Shelter" qui offre gratuitement un lit à une vingtaine de personnes pendant deux semaines au maximum.

Les stores à lamelles grises des dortoirs rappellent le passé du bâtiment, qui abritait autrefois des bureaux, même si l'association a su aménager l'espace pour le rendre accueillant.

Mark Palframan, 61 ans, son directeur, salue l'objectif d'Andy Burnham. "C'est un objectif réaliste", estime-t-il, à condition d'y consacrer les ressources suffisantes.

- Travailleurs sans abri -

Situation préoccupante, beaucoup de personnes sans domicile fixe ont un emploi. Le refuge a en particulier hébergé des assistants d'éducation et des professionnels du cinéma.

"Autrefois, le travail permettait de sortir du sans-abrisme", souligne M. Palframan, pour qui il serait utile de s'attaquer au coût de la vie, d'améliorer les droits des locataires et d'accélérer les procédures d'asile.

Eddie, un Lituanien de 46 ans, a travaillé pendant la moitié des 20 années qu'il a passées au Royaume-Uni.

Portant un treillis militaire, il se prépare à passer une nouvelle nuit dehors dans le quartier branché d'Hackney, à Londres.

"Je travaillais pour une entreprise de déménagement. Quand elle a arrêté de me payer, (...) je n'ai plus pu payer mon loyer, alors j'ai vécu dans le camion que j'utilisais pour le travail", explique-t-il.

Bénéficiaire d'allocations pour handicap, Eddie a aussi vécu dans un squat qui a été fermé après l'interdiction en 2012 des occupations illégales d'immeubles résidentiels abandonnés.

- Bâtiments vides -

"Il y a des bâtiments vides, pourquoi ne pas laisser les gens y vivre ?", interroge-t-il.

L'association londonienne Street Storage, quant à elle, met des espaces de stockage à la disposition des sans-abri.

Il y avait un chef cuisinier qui "rangeait ici sa tenue et ses couteaux de cuisine, dormait dehors pendant la journée, venait les récupérer le soir, travaillait de nuit, les rapportait le matin", raconte sa dirigeante, Rachel Woolf.

Andy Burnham s'est engagé à consacrer 340 millions de livres (près de 400 millions d'euros) pour mettre fin au sans-abrisme "au plus vite".

Cette somme ne suffira pas "à régler le problème", commente Maya Singer Hobbs, chercheuse à l'IPPR, qui insiste sur la nécessité de construire plus de logements sociaux.

Ce qui requiert un "investissement initial" important mais permettrait de "réaliser des économies" sur le long terme, souligne-t-elle. Le coût s'élèverait toutefois à plusieurs "milliards" et il ne faut donc pas s'attendre à des annonces avant que le gouvernement ne présente son budget plus tard dans l'année.


Séisme au Japon: plusieurs dizaines de blessés, des personnes piégées dans un centre commercial

Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé. (AFP)
Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé. (AFP)
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  • Le tremblement de terre survenu à 16H27 (07H27 GMT) sur l'île de Kyushu, était de magnitude 7,1 selon l'agence météorologique nippone JMA. Une alerte au tsunami émise après la secousse a été levée
  • La secousse a par ailleurs atteint le niveau maximum (7) sur une échelle distincte utilisée au Japon, qui mesure la force avec laquelle les séismes sont ressentis à un endroit donné, selon la JMA

TOKYO: Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé.

A Kashima, dans le département de Kumamoto touché par la secousse, le deuxième étage d'un centre commercial s'est effondré, piégeant de "nombreuses personnes" à l'intérieur, ont annoncé les services de secours. Une déflagration y avait été entendue.

Selon la chaîne de télévision privée TBS, un "nombre considérable" de personnes y ont trouvé la mort. Contactée par l'AFP, la police locale s'est dite incapable de confirmer d'éventuelles victimes à ce stade.

Le tremblement de terre survenu à 16H27 (07H27 GMT) sur l'île de Kyushu, était de magnitude 7,1 selon l'agence météorologique nippone JMA. Une alerte au tsunami émise après la secousse a été levée.

La secousse a par ailleurs atteint le niveau maximum (7) sur une échelle distincte utilisée au Japon, qui mesure la force avec laquelle les séismes sont ressentis à un endroit donné, selon la JMA.

Des images de télévision montraient des ponts routiers en partie détruits, des bâtiments éventrés et des wagons de trains de marchandises renversés.

"Nous évaluons encore l'ampleur des blessés et des dégâts matériels", a déclaré la Première ministre Sanae Takaichi lors d'une intervention télévisée.

"Des coupures de courant et des incendies se produisent dans certaines zones, des routes et ponts ont été endommagés, et des bâtiments se sont effondrés", a-t-elle ajouté.

La télévision publique NHK faisait état d'au moins 50 personnes hospitalisées après le séisme et de 12 habitations effondrées près de la ville de Yatsushiro.

"Terrifiée"

"La secousse a été assez forte et a duré longtemps. J'étais terrifiée", a confié à l'AFP Chiharu Hara, une recruteuse de 35 ans en déplacement professionnel dans le département de Kumamoto.

Dans les locaux de son client, "rien n'est tombé du plafond, mais le bâtiment a violemment oscillé. J'ai eu peur qu'il s'effondre. Tout le monde a paniqué", explique-t-elle, ajoutant que les routes sont partiellement fermées et faisant état de problèmes de connexion téléphonique.

"Lorsque le séisme s'est produit, les secousses étaient si fortes que je ne pouvais pas rester debout", a déclaré à la télévision un employé de la NHK dans le département de Kumamoto

"C'était vraiment très fort. Les secousses se poursuivent à l'heure où je vous parle", ajoutait-il.

Aucune anomalie immédiate n'a été constatée dans les centrales nucléaires de la région, selon l'Autorité japonaise de régulation nucléaire.

Quelque 45.000 foyers et installations sont privés d'électricité dans le département de Kumamoto, selon l'opérateur Kyushu Electric Power, qui a précisé que trois réacteurs nucléaires de la région continuaient de fonctionner normalement.

Le géant taïwanais des puces électroniques TSMC, qui a ouvert une usine de semi-conducteurs à Kumamoto en 2024 et en construit une autre dans cette région, a indiqué à l'AFP avoir évacué son personnel par mesure de précaution.

Séismes meurtriers 

Kumamoto avait été frappé en 2016 par deux séismes dévastateurs -- l'un de magnitude 6,5, suivi deux jours plus tard par un autre de magnitude 7,3. Ils ont fait 273 morts et plus de 2.800 blessés.

Un séisme de magnitude 7,2 avait par ailleurs frappé le nord du Japon le 25 juin dernier, sans faire de morts ni causer de dégâts importants.

Le Japon est l'un des pays les plus exposés aux séismes au monde, situé à la jonction de quatre grandes plaques tectoniques le long de la bordure occidentale de la "ceinture de feu" du Pacifique.

L'archipel, qui compte environ 125 millions d'habitants, enregistre généralement plusieurs centaines de secousses chaque année et représente environ 18% des séismes recensés dans le monde.

La très grande majorité d'entre eux sont de faible intensité, même si les dégâts qu'ils provoquent varient en fonction de leur localisation et de la profondeur à laquelle ils se produisent sous la surface terrestre.

Le pays reste marqué par le gigantesque séisme sous-marin de magnitude 9,0 survenu en 2011, qui avait déclenché un tsunami faisant quelque 18.500 morts ou disparus et provoqué la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima.

 


Première rencontre Netanyahu-Trump, sur fond de tensions, depuis le début de la guerre en Iran

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se serrent la main à la résidence Mar-a-Lago de Donald Trump, à Palm Beach, en Floride. (Photo d'archives/AFP)
Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se serrent la main à la résidence Mar-a-Lago de Donald Trump, à Palm Beach, en Floride. (Photo d'archives/AFP)
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  • Benjamin Netanyahu rencontre Donald Trump mardi à Washington pour discuter de l'Iran, de Gaza, du Liban et des dossiers régionaux, malgré des tensions récentes entre les deux dirigeants
  • Les deux alliés cherchent à afficher leur unité, tout en poursuivant les discussions sur la sécurité régionale, la normalisation et l'après-guerre à Gaza

JERUSALEM: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu doit rencontrer mardi le président américain Donald Trump à Washington, pour la première fois depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, qui a fait surgir des tensions entre eux.

Les divergences apparues entre les deux alliés ont toutefois été tempérées par des déclarations rassurantes de part et d'autre.

Leurs discussions doivent être centrées sur les dossiers régionaux, en particulier l'Iran, alors que Washington affirme vouloir redonner une chance à la diplomatie, après deux semaines de bombardements sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

Israël, qui avait lancé conjointement avec les Etats-Unis l'offensive sur Téhéran le 28 février ayant déclenché la guerre régionale, n'a pas pris part à la dernière vague d'affrontements.

Le rendez-vous "est un grand privilège, mais aussi une grande responsabilité", a déclaré M. Netanyahu avant son départ d'Israël lundi.

"Nous discuterons de tous les sujets (...) avant tout de l'Iran, naturellement, notre objectif est de garantir notre sécurité, mais aussi d'élargir le cercle de la paix autour de nous", a-t-il ajouté.

Les relations entre les deux dirigeants s'étaient fortement dégradées en avril, lors des négociations sur un premier cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, Donald Trump s'en prenant alors vertement à son allié israélien accusé de faire obstacle aux efforts diplomatiques.

Le président américain avait notamment qualifié Benjamin Netanyahu de "type très difficile" lors d'une interview.

Ce dernier a concédé des "désaccords tactiques", tout en assurant partager avec Donald Trump les mêmes objectifs dans la guerre.

- "Pas de rupture" -

Mardi, ils doivent aussi discuter de la mise en oeuvre de l'accord-cadre conclu sous l'égide des Etats-Unis entre Israël et le Liban - en vue de leur sortie de l'état de guerre - dont l'application reste difficile sur le terrain.

Dimanche encore, l'armée libanaise a condamné la poursuite des opérations militaires d'Israël dans le sud du pays, où, malgré les demandes de retrait de Beyrouth, il occupe un pan de territoire affirmant vouloir neutraliser le Hezbollah pro-iranien.

Les discussions devraient également porter sur la bande de Gaza, sur fond d'impasse des efforts diplomatiques pour amorcer la reconstruction du territoire palestinien dévasté par deux ans de guerre entre le Hamas et Israël.

La situation humanitaire y est catastrophique et malgré le fragile cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025, des Palestiniens continuent d'être tués régulièrement par des tirs israéliens, selon les autorités palestiniennes et des sources médicales, l'armée israélienne disant viser des combattants.

Selon Yonatan Freeman, expert en relations internationales à l'Université hébraïque de Jérusalem, le rendez-vous vise avant tout à dissiper les spéculations sur un refroidissement des relations.

"L'enjeu principal est de montrer au monde entier, à l'Iran, mais aussi au Liban et à d'autres pays en particulier, qu'il n’y a pas de rupture ni de désaccord majeur entre les Etats-Unis et Israël", a-t-il dit à l'AFP, jugeant qu'il existe "davantage de points d'accord que de désaccord" entre eux.

Les éventuelles divergences portent davantage, selon lui, sur les moyens (calendrier, intensité des opérations militaires ou objectifs immédiats) que sur les finalités.

Selon lui, Donald Trump devrait se concentrer sur ses deux priorités régionales, l'Iran et l'élargissement des accords d'Abraham de normalisation des relations des pays arabes avec Israël.

Selon d'autres observateurs, les échanges pourraient aussi porter sur les modalités d'un éventuel allègement de la présence militaire israélienne dans la région (Liban, Syrie, Gaza).

Plusieurs médias israéliens, citant des sources politiques, ont rapporté que le cabinet de sécurité avait approuvé le cadre juridique permettant le déploiement d'une force internationale de stabilisation (ISF) à Gaza, une décision présentée comme un geste envers Washington.

Cette force internationale, qui s'inscrit dans le cadre du "Conseil de paix" promu par Donald Trump, constitue l'un des volets du dispositif américain envisagé pour l'après-guerre à Gaza.

La visite de Benjamin Netanyahu intervient par ailleurs alors qu'il brigue un nouveau mandat, lors des législatives du 27 octobre.

Les derniers sondages le donnent en difficulté, une partie de l'opinion lui reprochant toujours l'échec de son gouvernement à empêcher l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.