«Il n'y a pas d'alternative à l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN», déclare le président estonien à Arab News

Alar Karis, le président de l'Estonie, a accordé un entretien exclusif à Arab News au palais présidentiel de Tallinn, la capitale (Photo, AN /Ali Salman).
Alar Karis, le président de l'Estonie, a accordé un entretien exclusif à Arab News au palais présidentiel de Tallinn, la capitale (Photo, AN /Ali Salman).
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Publié le Lundi 15 mai 2023

«Il n'y a pas d'alternative à l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN», déclare le président estonien à Arab News

  • L'Estonie fait partie des 30 pays qui demandent la création d'un tribunal spécial chargé de juger par contumace les responsables russes accusés d'avoir commis des abus en Ukraine
  • Karis a déclaré que son pays n'excluait pas d'accueillir des réfugiés soudanais

TALINN, Estonie: Il n'y a pas d'alternative à l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN, a déclaré Alar Karis, le président de l'Estonie, à Arab News dans une interview exclusive au palais présidentiel de la capitale Tallinn, en marge de la conférence annuelle Lennart Meri, vendredi.

Ces derniers jours, 95 législateurs estoniens ont signé une déclaration appelant à l'adhésion immédiate de l'Ukraine à l'OTAN lors du sommet de l'alliance qui se tiendra en juillet à Vilnius, en Lituanie, affirmant qu'il s'agit de la seule option pour garantir l'ordre, la paix et la sécurité dans le monde.

Karis a révélé que le gouvernement estonien cherche à obtenir une «feuille de route» pour l'acceptation de l'Ukraine au sein de l'OTAN afin de renforcer la sécurité collective de l'Union face à la Russie, qui a envahi l'Ukraine en février de l'année dernière.

«Il en va de même pour l'UE. Nous avons besoin de ces étapes, des étapes concrètes, de ce qu'un pays doit faire pour devenir membre», a-t-il signalé.

Toutefois, les principaux États membres de l'OTAN ne s'accordent guère sur le calendrier ou la nécessité de l'intégration de l'Ukraine dans le bloc; la Hongrie, l'Allemagne et même les États-Unis ont exprimé des inquiétudes à ce sujet.

En septembre, interrogé sur la demande d'adhésion accélérée de l'Ukraine à l'OTAN, Jake Sullivan, conseiller américain à la sécurité nationale, a déclaré que la meilleure façon de soutenir Kiev était «un soutien pratique, sur le terrain» et que «le processus à Bruxelles devrait être abordé à un autre moment».

Comment les pays situés à la périphérie orientale de l'OTAN réagissent-ils à cette attitude de l'administration Biden?

«Bien entendu, les opinions diffèrent d'un pays à l'autre», a indiqué Karis. «Il en va de même pour l'adhésion à l'UE. Cela signifie que nous devons discuter et expliquer en quoi et pourquoi c'est important. Cela ne se fait pas du jour au lendemain, mais cela ne veut pas dire que nous ne devons pas en parler. Nous devons donc discuter de la manière d'atteindre cet objectif. Cela ne signifie pas que nous devons garder le silence, même à Vilnius.»

«Il est important d'être membre d'une alliance, et le seul allié, l'allié de la défense, qui existe aujourd'hui est l'OTAN. Il n'y a pas d'autre solution. Mais pour cela, il faudrait que tous les États membres l'approuvent.»

Pour Karis et d'autres dirigeants d'Europe de l'Est, il s'agit d'une question de défense collective.

«Nous ne sommes pas les seuls. Ce n'est pas seulement l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et maintenant la Finlande. Nous sommes tous concernés. Ce n'est pas seulement l'Europe. Il y a aussi une dimension transatlantique», a-t-il expliqué.

«Comme je l'ai dit, il faut expliquer pourquoi c'est important de revenir à l'histoire, cherchant un avenir parce qu'il n'y a pas d'autre alternative. Quelle est l'alternative? Si quelqu'un propose une alternative, nous pouvons en discuter. Mais il n'y a pas d'alternative pour le moment.»

Karis a établi un parallèle avec le passé de l'État balte: «L'Estonie se trouvait dans la même situation au début des années 1990, voire à la fin des années 1980, lorsque nous étions sur le point de quitter l'Union soviétique. Nous avions déjà commencé à parler de l'OTAN.»

«Même lorsque nous avons retrouvé notre indépendance, au début des années 1990, les forces soviétiques étaient encore présentes dans notre pays. Nous avons commencé à discuter de l'adhésion à l'OTAN et nous avons réussi à l'obtenir. Aujourd'hui, nous sommes membres de l'OTAN depuis 19 ans déjà.»

«Nous devons donc entamer les mêmes discussions avec l'Ukraine, bien qu'il y ait une guerre en ce moment.»

Article 5 de l'OTAN

Tout le monde ne considère pas l'inclusion de l'Ukraine dans l'OTAN comme la meilleure garantie de sécurité. Certains affirment que l'expansion agressive de l'OTAN dans la sphère d'influence traditionnelle de la Russie a en fait provoqué Moscou, l'obligeant à agir par autodéfense.

Dans un sondage réalisé pour Arab News par l'agence de sondage britannique YouGov auprès de 7 000 personnes dans 14 pays arabes, la majorité estime que l'OTAN et le président américain, Joe Biden, étaient responsables de la situation en Ukraine.

D'autres analystes ont fait valoir que si l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN avait été accélérée avant la guerre, l'invasion russe n'aurait probablement jamais eu lieu, car Moscou n'aurait jamais osé remettre en cause l'article 5 de la charte de l'OTAN, qui oblige les membres à apporter un soutien collectif à tout autre membre lorsqu'il est attaqué.

L'Estonie est membre de l'UE et de l'OTAN depuis 2004, ce qui la place sous la protection de l'alliance élargie. Avec une frontière commune de 183 miles (294,509 Km) avec la Russie, l'Estonie et les autres États frontaliers, sont considérés comme particulièrement vulnérables aux actes d'agression ou de représailles.

Mystère de l'attaque de drone

Le 3 mai, un drone a été abattu au-dessus du Kremlin à Moscou. De nombreux commentateurs estiment que cet incident constitue une attaque directe contre le président Vladimir Poutine, ce qui fait craindre d'éventuelles représailles russes contre l'Ukraine ou un autre État membre de l'OTAN.

Du fait de son appartenance à l'OTAN et de la garantie de sécurité collective, Karis a signalé qu'il n'était pas préoccupé par l'éventualité d'une attaque de représailles.

«Tout d'abord, nous ne savons pas d'où vient cette attaque. Ce n'est donc pas clair du tout», a-t-il déclaré. «Nous sommes voisins de la Russie depuis des siècles, nous savons donc à quoi nous attendre et à quoi ne pas nous attendre. Nous n'avons peur de rien.»

«Comme je l'ai dit, nous sommes membres de l'alliance de l'OTAN. Et je crois, et nous croyons, que l'article 5 continuera à fonctionner. Nous ne craignons donc aucune menace. Certes, nous devons être préparés. C'est pourquoi nous devons augmenter notre budget de défense, avoir plus de forces de l'OTAN sur le terrain pour nous entraîner. C'est ainsi que nous pourrons dissuader la Russie.»

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Alar Karis, président de l'Estonie, s'adressant à Faisal J. Abbas, rédacteur en chef d'Arab News, à Tallinn (Photo, AN/Ali Salman).

La force de la cybersécurité

L'Estonie a été attaquée sur un autre front, celui du cyberespace. L'année dernière, elle a subi un nombre record de cyberattaques menées par des pirates informatiques pro-russes. Pourtant, Karis a assuré que les défenses de son pays en matière de cybersécurité étaient de premier ordre.

«Nous avons été attaqués pour la première fois en 2007. Nous avons commencé à nous préparer, à nous défendre, à construire notre système de défense en matière de cybersécurité. Maintenant, il est très performant», a-t-il affirmé.

«Nous sommes tous attaqués en permanence, pas seulement notre pays, mais de nombreux autres pays aussi. Rien ne s'est vraiment produit jusqu'à présent, mais nous devons continuer à préparer et à développer notre système de défense en ce qui concerne la cybersécurité.»

«Il en va de même en Ukraine. Nous avons aidé les Ukrainiens et ils se sont très bien défendus en ce qui concerne la cybersécurité ou les cyberattaques.»

Compte tenu de la position de l'Estonie en tant que leader de la transformation numérique du commerce et des services, ce pays est probablement, parmi les pays de la région, celui qui offre le plus d'opportunités aux pirates informatiques de tenter leur chance.

«Nous devons développer notre système de défense et nous le faisons constamment», a mentionné Karis. «Nous ne sommes pas les seuls à le faire, mais nous collaborons avec d'autres pays. Nous avons même le centre de sécurité et de défense de l'OTAN ici. Il y a donc de nombreuses façons de se préparer.»

Tout en soulignant les capacités de l'Estonie en matière de cybersécurité, Karis a refusé d'aborder la question de savoir si les analystes de la défense du pays avaient déterminé qui était à l'origine de l'attaque de drones du Kremlin.

«Certes, il existe de nombreuses théories du complot, parmi les Russes eux-mêmes», a-t-il confié. «Nous ne savons pas et ce n'est pas notre but de découvrir qui a fait cela, du moins de notre point de vue. Mais nous suivons certainement les résultats de ce type d'enquête.»

Tribunal international

Dans une récente interview accordée à Newsweek, Kaja Kallas, Première ministre d’Estonie, a lancé une attaque cinglante contre la conduite de la Russie en Ukraine, accusant les forces russes de faire preuve de la même «brutalité» que les troupes soviétiques en Europe centrale et orientale pendant la Seconde Guerre mondiale.

Kallas a demandé la création d'un tribunal international spécial chargé de juger par contumace les responsables russes pour les crimes de guerre et les exactions qu'ils auraient commis. Elle a affirmé que ce projet avait obtenu le soutien de 30 pays, dont l'Ukraine, la Lituanie et la Finlande, nouveau membre de l'OTAN.»

«La Russie doit rendre des comptes pour les crimes et les atrocités qu'elle a commis», a déclaré Karis. «Je me suis rendu à Kiev et dans sa banlieue, et j'ai donc vu ce que cette agression a fait en Ukraine. Cela signifie donc qu'ils doivent rendre des comptes.»

«Il convient de s'interroger sur le type de cour ou de tribunal qui aura un effet sur cette situation. C'est une discussion en cours.»

«L'Estonie et d'autres pays ont proposé la création d'un tribunal spécial... les plus concernés sont les pays voisins, qui réalisent que c'est important. Et nous avons une histoire, encore une fois, après la Seconde Guerre mondiale, l'Union soviétique n'a pas eu de tribunal pour les atrocités commises contre notre nation et d'autres de ses nations.»

Quant à la question de déterminer si la création d'un tel tribunal pour la Russie et non pour Israël concernant le traitement du peuple palestinien, constituait une politique de deux poids, deux mesures, Karis a répondu que les deux situations étaient totalement distinctes et qu'elles devaient être traitées séparément.

«Nous ne discutons que de la guerre en Ukraine et pas des autres conflits dans le monde — d'autres conflits aussi, pas seulement en Israël et en Palestine», a-t-il expliqué. «Il s'agit donc d'une affaire que nous voulons d'abord résoudre, puis nous pourrons poursuivre avec d'autres conflits dans d'autres régions du monde.»

Urmas Reinsalu, ancien ministre estonien des Affaires étrangères, a rompu avec la position de l'UE sur la question d'Israël et de la Palestine à la fin de l'année dernière en déclarant que l'État balte ne voterait plus en faveur des résolutions de l'ONU qui condamnent les actions israéliennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

«C'est la position d'un ancien ministre des Affaires étrangères. Et maintenant, nous avons un nouveau gouvernement», a avisé Karis. «Vous pouvez demander à notre nouveau ministre des Affaires étrangères quelle est son opinion ou celle de ce gouvernement.»

Réfugiés soudanais

L'Ukraine n'est pas le seul conflit à l'ordre du jour international. La violence au Soudan, qui a débuté le 15 avril entre les forces armées soudanaises et les forces paramilitaires de soutien rapide, a soulevé le spectre d'un nouvel afflux de personnes déplacées en Europe.

Les pays européens, ainsi que l'Arabie saoudite, ont réagi rapidement pour évacuer les ressortissants étrangers du Soudan et ont mobilisé des secours afin d’aider les personnes déplacées par les combats et l'effondrement des infrastructures.

Bien que confronté à l'arrivée de quelque 50 000 Ukrainiens sur le sol estonien, Karis n'a pas hésité à poser la question de savoir si, en principe, l'Estonie accueillerait des réfugiés soudanais.

«Nous discutons de la question et nous nous assurons que nous sommes en mesure d'en recevoir, et combien nous sommes en mesure d'en recevoir», a-t-il répondu.

Mais refuserait-il catégoriquement d'accueillir des réfugiés soudanais?

«Non», a-t-il déclaré, avant d'ajouter: «Nous disposons de ressources limitées et nous avons déjà accueilli un grand nombre de réfugiés en provenance d'Ukraine. Il est donc impossible d'accueillir encore, disons, 10 000 ou 20 000 migrants du Soudan. Mais bien sûr, il y a d'autres pays qui ont accueilli et qui accueilleront probablement, comme l'Allemagne et d'autres.»

«Certes, il y a un fardeau pour les pays voisins. Mais je crois que nous commençons à mieux comprendre ce qui se passe, quel type de migrants vient de différents pays.»

Pour l'instant, les Estoniens font preuve de beaucoup de bonne volonté et d'ouverture pour aider les réfugiés ukrainiens. Mais si la guerre s'éternise pendant plusieurs années et que les charges pesant sur l'économie augmentent, dans quelle mesure cette attitude est-elle viable à long terme?

«Jusqu'à présent, nous avons été en mesure de fournir des abris, d'assurer l'éducation des enfants ukrainiens et de créer des emplois», a clarifié Karis. «Mais nous ne sommes pas les seuls ici, car la Finlande est notre voisine et elle propose de prendre en charge les réfugiés s'ils sont trop nombreux et si nous ne pouvons pas les gérer. C'est pourquoi il faut des alliés et des amis.»

Karis a ajouté: «Certainement, nous sommes un petit pays avec des ressources limitées, notamment sur le plan militaire, mais nous pouvons tout de même fournir des munitions et d'autres choses encore. Le nombre de personnes qui apportent une aide humanitaire est également très élevé. Nous essayons donc de faire quelque chose.» 

«Mais il n'y a pas que l'Estonie. Les États-Unis ont aussi des ressources limitées si cette guerre dure des dizaines d'années. Nous devons donc nous assurer que cette guerre se termine le plus tôt possible.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Trump promet que la guerre contre l'Iran "va se terminer bientôt"

Le président Donald Trump à son arrivée à la Maison-Blanche à Washington, D.C., le 9 mars 2026. (Reuters)
Le président Donald Trump à son arrivée à la Maison-Blanche à Washington, D.C., le 9 mars 2026. (Reuters)
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  • Le président des États-Unis Donald Trump affirme que la guerre contre Iran pourrait « se terminer bientôt », malgré la poursuite d’attaques de missiles et de drones dans la région et des menaces liées au détroit d'Ormuz
  • Le conflit s’intensifie avec des frappes américaines et israéliennes, tandis que Mojtaba Khamenei est désigné guide suprême après la mort de Ali Khamenei, suscitant tensions régionales et fortes réactions des marchés pétroliers

TEHERAN: Donald Trump a assuré lundi que la guerre contre l'Iran allait "se terminer bientôt", sans évoquer d'échéance précise, bien que Téhéran poursuive ses attaques de missiles et de drones à travers le Moyen-Orient.

Les déclarations du président américain ont fait redescendre les cours du pétrole, qui s'étaient envolés, et grimper les marchés boursiers, notamment en Asie. A Tokyo, l'indice Nikkei a ainsi ouvert mardi en hausse de 3 % et l'indice Kospi de plus de 5 % à Séoul, après avoir tous deux clôturé sur des chutes de plus de 5 %.

"La guerre va se terminer bientôt", a affirmé Donald Trump lors d'une conférence de presse à Miami, sa première en dix jours de guerre lancée par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique.

Il a également dit que le conflit était "bien en avance" sur le calendrier de quatre à cinq semaines qu'il avait évoqué auparavant.

"C'est nous qui déciderons de la fin de la guerre", ont répliqué mardi les Gardiens de la révolution, armée idéologique de la République islamique.

Le président américain a menacé de frapper l'Iran "beaucoup plus fort" si Téhéran "prenait le monde en otage" en bloquant l'acheminement de pétrole dans la région via le détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Ce passage maritime stratégique restera impraticable tant que la guerre durera, a averti lundi le chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani.

Les Etats-Unis ont frappé en dix jours plus de 5.000 cibles dont plus de cinquante navires iraniens, a annoncé lundi l'armée américaine.

- "Déçu" par le choix de Mojtaba Khamenei -

Le président américain a maintenu l'ambiguïté sur les buts réellement poursuivis par les Etats-Unis dans cette offensive menée conjointement avec Israël.

S'il souhaite ouvertement la chute de la République islamique, ou a minima l'émergence de dirigeants alignés sur les intérêts américains, Washington affiche comme objectif de détruire les capacités balistiques de l'Iran et l'empêcher de se doter de la bombe atomique, intention que Téhéran dément nourrir.

Interrogé sur le fait de savoir si le nouveau guide suprême iranien désigné dimanche, Mojtaba Khamenei, avait désormais "une cible dans le dos", Donald Trump a dit ne pas vouloir répondre mais s'est redit "déçu par ce choix".

"Nous pensons que cela ne fera que perpétuer les problèmes que connaît déjà ce pays", a-t-il expliqué.

Israël a déjà désigné Mojtaba Khamenei comme "une cible", le qualifiant de "tyran prêt à perpétuer la brutalité du régime iranien".

L'armée israélienne a annoncé lundi soir avoir lancé une vague de frappes "de grande ampleur" sur Téhéran.

En Iran, le pouvoir a mobilisé ses partisans pour célébrer la désignation de Mojtaba Khamenei comme successeur de son père, l'ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février, au premier jour de la guerre, dans les frappes américano-israéliennes qui ont fait plus de 1.200 tués en dix jours, selon l'Iran.

L'AFP n'est pas en mesure de vérifier indépendamment les bilans fournis par les protagonistes.

"Dieu est grand", "Mort à l'Amérique", "Mort à Israël", ont scandé des milliers d'Iraniennes et d'Iraniens, vêtus de noir, sur une place centrale de Téhéran, la capitale, rassemblés en soutien au nouveau dirigeant de 56 ans, proche des Gardiens de la Révolution.

"Nous le soutiendrons et obéirons à tous ses ordres jusqu'à notre dernier souffle", dit à l'AFP une manifestante, Somayeh Marzoughi, femme au foyer de 35 ans.

Le nouveau guide suprême n'est pas encore apparu publiquement.

Des infrastructures pétrolières iraniennes ont aussi été visées par des frappes israélo-américaines. Des dépôts de carburant à Téhéran ont été touchés, provoquant des incendies qui ont plongé dimanche la capitale dans une obscurité apocalyptique.

- Trépidations des cours de l'or noir -

De son côté, l'Iran poursuit ses attaques, à titre de représailles, visant le territoire israélien mais aussi ses voisins du Golfe, y compris leurs infrastructures pétrolières, ce qui a provoqué une hausse des prix du pétrole et la crainte d'un choc stagflationniste mondial.

Bahreïn a ainsi fait état de deux morts et de plusieurs blessés tôt mardi matin dans une attaque iranienne qui a touché un immeuble résidentiel à Manama, la capitale, selon un dernier bilan.

Un deuxième missile iranien a aussi été intercepté au-dessus de la Turquie, provoquant une mise en garde d'Ankara à Téhéran.

Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a proposé lundi à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan au cours d'un entretien téléphonique la création d'une "équipe conjointe" pour enquêter sur ces incidents, selon les médias iraniens.

L'embrasement du Moyen-Orient a entraîné une flambée des cours pétroliers qui, si la guerre se prolonge, pourrait plomber l'économie mondiale.

Lundi vers 16H30 GMT, les prix du pétrole avaient cependant ralenti, les ministres des Finances du G7 ayant évoqué une possible utilisation des réserves stratégiques d'or noir.

A la suite des déclarations de Donald Trump sur la fin proche de la guerre, le Brent, référence internationale pour le pétrole, est passé brièvement sous les 84 dollars le baril. Vers 20H10 GMT, il chutait de 8,68% par rapport à sa clôture quelques heures plus tôt, à 90,93 dollars.

Son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI) reculait de 5,71%, à 89,36 dollars vers 22H30 GMT.

A des milliers de km à l'ouest de l'Iran, au Liban, le Hezbollah a prêté allégeance lundi au nouveau guide suprême.

Le président libanais, Joseph Aoun, a lui accusé ce mouvement chiite de vouloir provoquer "l'effondrement" du Liban en attaquant Israël.

"Nous n'avons pas d'autre choix que la résistance", a rétorqué le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohamed Raad.

Au moins 486 morts ont été dénombrés dans les frappes israéliennes au Liban, et plus d'un demi-million de personnes ont été déplacées, selon les autorités.

A l'étranger, le président russe, Vladimir Poutine, allié de Téhéran, a assuré Mojtaba Khamenei de son "soutien indéfectible".

L'Irak, limitrophe de l'Iran, et le sultanat d'Oman, médiateur lors de récentes négociations américano-iraniennes, ont tous deux félicité Mojtaba Khamenei pour sa désignation comme guide suprême.


Deux militaires des Émirats arabes unis tués, l'Iran poursuit ses frappes dans le Golfe

Le 8 mars 2026, des immeubles de grande hauteur se dressent sous un ciel couvert le long de la corniche de Doha. (File/AFP)
Le 8 mars 2026, des immeubles de grande hauteur se dressent sous un ciel couvert le long de la corniche de Doha. (File/AFP)
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  • De fortes explosions ont été entendues à Doha
  • Les défenses aériennes des Émirats arabes unis ont déclaré avoir détecté 15 missiles balistiques.

DUBAI : Les défenses aériennes du Qatar et des Émirats arabes unis ont intercepté des missiles et des drones lundi, alors que le conflit avec l'Iran continue de se propager dans le Golfe, les autorités des deux pays faisant état d'explosions et d'interceptions aériennes.

Les Émirats arabes unis ont déclaré que deux membres des forces armées ont été tués à la suite du crash d'un hélicoptère dû à une défaillance technique alors qu'ils exerçaient leurs fonctions dans le pays lundi.

Le ministère de la défense a présenté "ses plus sincères condoléances et sa sympathie aux familles".

Le ministère de la défense du Qatar a indiqué que les forces armées avaient intercepté une attaque au missile.

Des témoins de l'agence Reuters et des journalistes de l'AFP ont également rapporté avoir entendu de fortes explosions à Doha.

Les défenses aériennes des Émirats arabes unis ont déclaré avoir détecté 15 missiles balistiques, dont 12 ont été détruits, tandis que 3 missiles sont tombés en mer.

Au total, 18 drones ont également été détectés, dont 17 ont été interceptés, tandis qu'un autre est tombé à l'intérieur du territoire national.

Depuis le début de la guerre, les Émirats arabes unis ont déclaré avoir intercepté 233 des 253 missiles balistiques, 1 359 des 1 440 drones et détruit 8 missiles de croisière.

Ces attaques ont fait 4 morts parmi les ressortissants pakistanais, népalais et bangladais, et 117 personnes ont été légèrement blessées.


Un mort après une salve de missiles iraniens sur le centre d'Israël

 Les secouristes israéliens ont annoncé lundi la mort d'un homme d'environ 40 ans, tué sur un chantier de construction, après une salve de missiles iraniens sur le centre d'Israël qui a fait aussi un blessé grave. (AFP)
Les secouristes israéliens ont annoncé lundi la mort d'un homme d'environ 40 ans, tué sur un chantier de construction, après une salve de missiles iraniens sur le centre d'Israël qui a fait aussi un blessé grave. (AFP)
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  • Des images tournées par l'AFP ont montré des équipes de secouristes et forces de sécurité déployées dans une rue de la localité de Yehud, dans le centre d'Israël, allant ensuite inspecter un bâtiment voisin
  • Sur place, un journaliste de l'AFP a vu un monte-charge explosé sous l'effet d'un impact, qui a touché selon les secouristes une structure bétonnée encore en construction

YEHUD: Les secouristes israéliens ont annoncé lundi la mort d'un homme d'environ 40 ans, tué sur un chantier de construction, après une salve de missiles iraniens sur le centre d'Israël qui a fait aussi un blessé grave.

Des images tournées par l'AFP ont montré des équipes de secouristes et forces de sécurité déployées dans une rue de la localité de Yehud, dans le centre d'Israël, allant ensuite inspecter un bâtiment voisin.

Sur place, un journaliste de l'AFP a vu un monte-charge explosé sous l'effet d'un impact, qui a touché selon les secouristes une structure bétonnée encore en construction.

"Immédiatement après l'activation des sirènes", des équipes de secours ont été dépêchées "sur plusieurs sites du centre d'Israël", parmi lesquels le chantier de Yehud, a déclaré le Magen David Adom (MDA), l'équivalent israélien de la Croix-Rouge.

Deux hommes "souffrant de blessures graves provoquées par des débris" ont été dégagés des décombres, et l'un est décédé peu après, a ajouté le MDA.

"La situation était difficile. Les deux victimes gisaient inconscientes et souffraient de graves blessures dues à des débris", a témoigné Liz Goral, une ambulancière paramédicale du MDA, citée dans un communiqué.

Le chef de l'opposition israélienne, Yaïr Lapid, qui s'est rendu sur les lieux, a affirmé aux journalistes que "l'Iran visait des civils de manière délibérée".

"Voyez-vous des installations militaires autour de vous?", a-t-il dit, "ce qu'ils essaient de faire, c'est de transformer cette guerre, d'une guerre entre armées en une guerre contre les civils".

Dans une rue de Bat Yam, une autre localité frappée au sud de Tel-Aviv, un photographe de l'AFP a vu une voiture écrasée alors que les forces de sécurité inspectaient les lieux.

L'armée a indiqué que des soldats menaient des recherches sur plusieurs sites touchés dans le centre d'Israël.

Selon les services de secours, 11 personnes ont été tuées et des dizaines d'autres blessées, dont trois grièvement, après des tirs de missiles en Israël depuis le début de la guerre avec l'Iran, le 28 février, déclenchée par une offensive israélo-américaine massive contre la République islamique.