Erdogan vs Kiliçdaroglu: deux voies pour la Turquie

Le président turc arrive pour une prière nocturne lors de sa visite à la grande mosquée Sainte-Sophie dans le cadre de sa campagne présidentielle avant les élections présidentielles et législatives du 14 mai, à Istanbul, le 13 mai 2023. (AFP).
Le président turc arrive pour une prière nocturne lors de sa visite à la grande mosquée Sainte-Sophie dans le cadre de sa campagne présidentielle avant les élections présidentielles et législatives du 14 mai, à Istanbul, le 13 mai 2023. (AFP).
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Publié le Dimanche 14 mai 2023

Erdogan vs Kiliçdaroglu: deux voies pour la Turquie

  • La Turquie choisit dimanche entre Recep Tayyip Erdogan, le tribun au pouvoir depuis vingt ans, et Kemal Kiliçdaroglu, à la tête d'une large coalition
  • Le pouvoir d'un seul homme ou une direction collégiale, l'autocratie ou le rétablissement promis de l'état de droit: deux avenirs possibles, deux choix de société s'ouvrent à ce pays de 85 millions d'habitants, clivé comme jamais

ISTANBUL : L'un hurle au risque de chaos, l'autre promet le retour du printemps.

La Turquie choisit dimanche entre Recep Tayyip Erdogan, le tribun au pouvoir depuis vingt ans, et Kemal Kiliçdaroglu, à la tête d'une large coalition.

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan (à droite) prononce un discours lors d'un rassemblement dans le quartier de Beyoglu à la veille des élections présidentielles et législatives, sur la rive européenne d'Istanbul, le 13 mai 2023. (AFP). 

Le pouvoir d'un seul homme ou une direction collégiale, l'autocratie ou le rétablissement promis de l'état de droit: deux avenirs possibles, deux choix de société s'ouvrent à ce pays de 85 millions d'habitants, clivé comme jamais.

Entre Erdogan, 69 ans, qui joue son maintien au pouvoir, et Kiliçdaroglu, 74 ans, ce n'est pas une affaire de génération mais de style et de conviction.

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Le président du Parti républicain du peuple (CHP) et candidat à la présidence de la Turquie, Kemal Kilicdaroglu (C), se rend à Anitkabir, le mausolée du fondateur de la Turquie Mustafa Kemal Ataturk, lors d'une campagne électorale à Ankara, le 13 mai 2023. (AFP). 

Le chef de l'Etat, issu d'une famille humble installée dans un quartier populaire d'Istanbul sur la Corne d'or, musulman dévot, chantre des valeurs familiales, demeure le champion de la majorité conservatrice longtemps dédaignée par une élite urbaine et laïque.

'Notre chef'

"Erdogan est notre chef et nous sommes ses soldats!", clamait samedi une fervente supportrice, Sennur Henek, 48 ans, attendant le "Reis", comme le surnomment ses plus fidèles partisans, pour son dernier meeting de campagne dans son quartier d'origine, Kasimpasa.

Ancien maire d'Istanbul (1994-1998), Erdogan s'est hissé au pouvoir en 2003 après la victoire l'année précédente aux élections du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) qu'il a fondé.

Kemal Kiliçdaroglu, né dans un milieu modeste à Dersim (aujourd'hui Tunceli) en Anatolie orientale, économiste de formation et ancien haut fonctionnaire, il a dirigé la puissante Sécurité sociale turque.

Il est depuis 2010 le chef du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) fondé par le père de la nation turque, Mustafa Kemal Atatürk, qui a longtemps promu une laïcité dure.

Preuve de leurs convictions respectives, Erdogan a terminé sa campagne samedi soir devant l'ex-basilique Sainte-Sophie d'Istanbul, qu'il a convertie en mosquée en 2020, quand son opposant se recueillait à Ankara devant le mausolée d'Atatürk.

Kiliçdaroglu appartient à la communauté alévie, une branche hétérodoxe de l'islam considérée comme hérétique par les sunnites rigoristes, ce qui a été longtemps vu comme un obstacle possible à son élection.

Mais le candidat de l'opposition a su contourner cet écueil, dans une courte vidéo où il a abordé frontalement la question, vue plus de 100 millions de fois sur Twitter.

Il a su également rassurer certains conservateurs en promettant une loi pour garantir aux femmes le droit de porter le voile, telles qu'on les croise fréquemment dans ses meetings.

Elections en Turquie, mode d'emploi

La Turquie est appelée aux urnes dimanche pour désigner son nouveau président et renouveler son parlement. Mode d'emploi.

Primo-votants et observateurs

Quelque 64 millions d'électeurs (sur 85 millions d'habitants) sont inscrits.

Parmi eux, 3,4 millions qui ont déjà voté à l'étranger, et 5,2 millions de jeunes primo-votants qui n'ont connu que M. Erdogan et sa dérive autocratique depuis les grandes manifestations de 2013 et le coup d'Etat raté de 2016.

Des centaines d'observateurs sont déployés dans les 50 000 bureaux de vote ouverts entre 08h00 (05H00 GMT) et 17h00 (14h00 GMT), y compris dans les zones du sud du pays dévastées par le séisme du 6 février.

Le Conseil de l'Europe doit par exemple dépêcher 350 observateurs, en plus de ceux désignés par les partis, dont les 300 000 mobilisés par l'opposition.

En 2018, le taux de participation avait dépassé les 86%.

Duel entre deux camps

Quatre noms figurent sur les bulletins de la présidentielle: celui de Recep Tayyip Erdogan, 69 ans dont vingt au sommet de l'Etat, et chef du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur).

Face à lui Kemal Kiliçdaroglu, chef du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate et laïque fondé par Mustafa Kemal sur les ruines de l'empire ottoman). L'ancien fonctionnaire de 74 ans mène une coalition de six formations allant de la droite nationaliste au centre-gauche libéral.

Sinan Ogan, un ancien député d'extrême droite, est également en lice, crédité de moins de 5% des intentions de vote dans les dernières enquêtes d'opinion.

Un quatrième candidat, Muharrem Ince, s'est désisté jeudi, mais trop tard pour voir son nom retiré des bulletins.

Si aucun candidat n'obtient la majorité dimanche, un second tour aura lieu le 28 mai.

L'enjeu des législatives

Elles permettent dans un scrutin proportionnel de désigner les 600 membres de la Grande assemblée nationale, un parlement monocaméral au rôle éclipsé depuis la réforme constitutionnelle de 2017 et par le régime présidentiel fort qui en a découlé.

Le bloc formé par l'AKP de M. Erdogan et ses alliés du mouvement nationaliste MHP détient actuellement la majorité.

L'opposition ambitionne de lui ravir et même d'obtenir la majorité des deux tiers requise pour modifier la Constitution.

Une cohabitation est possible mais rendrait la gouvernance difficile.

Président jusqu'en 2028 ?

Le président ne peut théoriquement siéger que pour deux mandats de cinq ans.

M. Erdogan peut prétendre endosser pour la troisième fois la fonction suprême car il n'a pas été tenu compte du mandat effectué après sa victoire à la présidentielle de 2014 sous l'ancien système, après 12 années passés en tant que Premier ministre.

M. Erdogan, pourrait donc en théorie rester à la tête du pays jusqu'en 2028.

M. Kiliçdaroglu quant à lui a suggéré qu'il ne resterait qu'un seul mandat s'il est élu dimanche.

'Ramener la démocratie'

Erdogan, bretteur infatigable, s'empare des foules, hausse le ton, manie l'invective et même l'insulte, traite son adversaire de "terroriste", dénonce un complot de l'Occident, peut parler plus d'une heure en scène jusqu'à trois fois par jour.

Il défend son bilan, le développement du pays et des infrastructures au cours de ses deux décennies de pouvoir - mais glisse sur la crise économique qui engloutit son pays avec une inflation toujours supérieure à 40% et une monnaie dévaluée de moitié en deux ans.

Kiliçdaroglu a privilégié la collégialité de ses meetings: fréquemment accompagné sur scène des très populaires maires CHP d'Istanbul Ekrem Imamoglu et d'Ankara, Mansur Yavas, et des dirigeants des partis alliés, il parle peu.

Privé d'accès à la plupart des chaînes de télévision turque, qui retransmettent chacun des meetings du président en direct, il a misé sur les réseaux sociaux et a développé sa vision de l'avenir dans de courtes vidéos faites maison, tournées notamment dans sa cuisine et qui ont fait un carton sur Twitter.

"Kemal", comme il s'annonce sur ses affiches, se pose aussi en "Monsieur Propre", dénonçant depuis des années la corruption et le népotisme qui gangrènent selon lui les sommets de l'Etat.

"Êtes-vous prêts pour ramener la démocratie dans ce pays ? A ramener la paix ?", a-t-il demandé vendredi soir en clôture de son dernier meeting à Ankara.

S'il est élu, Kiliçdaroglu a l'intention de réintégrer le palais présidentiel choisi par Mustafa Kemal à Ankara en 1923, lors de la proclamation de la République. Et de délaisser le fastueux palais de plus de 1.100 pièces construit par Erdogan.

Turquie, dans Antakya dévastée : «Je ne revoterai pas pour Erdogan»

Mehmet Topaloglu est arrivé parmi les premiers dimanche pour voter : «il faut du changement, ça suffit», lance cet habitant d'Antakya, ville du sud de la Turquie anéantie par le séisme du 6 février.

Les élections présidentielle et législatives turques qui se déroulent cette année sont pour lui différentes «en raison du tremblement de terre et de l'économie».

«J'ai voté (Recep Tayyip) Erdogan pour ses deux premiers mandats, mais là, je ne revoterai pas pour lui, même si c'était mon père», lâche l'éleveur et père de quatre enfants, à l'entrée d'une école de la ville transformée en bureau de vote.

Semra Karakas et sa fille Aylin, 23 ans, ont fait quatorze heures de car pour revenir voter à Antakya. Leur appartement n'a pas résisté au séisme du 6 février qui a fait plus de 50.000 morts dans le sud de la Turquie. Les deux femmes vivent depuis à Antalya, sur la côte sud du pays.

«Avant même le séisme mon vote était défini, mais avec le séisme ça s'est confirmé», lâche la fille, étudiante en architecture, pantalon noir et veste blanche, devant un des douze conteneurs blancs acheminés dans la cour de l'école pour permettre aux électeurs de voter.

Plus de 5,3 millions de jeunes gens votent pour la première fois cette année et se sentent durement affectés par la crise économique, l'inflation et la dévaluation de la monnaie.

«L'Etat ne nous est pas venu en aide» et ses représentants «sont arrivés trois ou quatre jours après» le sinistre, reprend Aylin Karakas, affirmant que les votes pour le président turc Erdogan, au pouvoir depuis vingt ans, «vont beaucoup baisser» cette année dans la province d'Hatay, celle d'Antakya, particulièrement meurtrie par le drame qui a fait aussi trois millions de disparus.

- «Bébés morts» -

Sa mère évoque avec émotion «les bébés morts» dans les décombres en attendant les secours qui n'arrivaient pas, certains, souligne-t-elle, «de froid».

«Cette catastrophe va impacter le vote», affirme-t-elle, alors que les sondages placent le principal opposant au chef de l'Etat, Kemal Kiliçdaroglu, en bonne posture.

Un groupe de jeunes entre dans la cour : «Tayyip Erdogan doit se casser !», lance l'un d'eux, Sercan, qui refuse de donner son nom de famille après avoir qualifié le président de tous les noms d'oiseaux.

«Toutes les élections sont importantes mais celle-ci l'est plus que les autres à cause du séisme», explique plus doctement Cemil Kanatçi, béret gris sur le crâne, quelques mètres en arrière.

Votera-t-il différemment que par le passé ? «C'est possible», dit pudiquement le septuagénaire.

«Ces élections sont beaucoup plus importantes», affirme également Deryer Deniz, 35 ans.

Cette travailleuse médicale, longues boucles blondes, vit avec six autres personnes dans une tente depuis le séisme. Elle dit connaître «beaucoup d'électeurs qui votaient coûte que coûte pour Erdogan» et ne voteront plus pour le chef de l'Etat sortant cette année, sans savoir si cela sera suffisant pour faire basculer le scrutin.

«Mais si le gouvernement tombe, (la province de) Hatay aura eu son rôle», lâche-t-elle.


Etats-Unis et Iran échangent des frappes

Des avions de chasse F-16 en patrouille au Moyen-Orient. Des appareils militaires américains ont bombardé vendredi des sites de missiles, de drones et de radars en Iran. (Commandement central des États-Unis)
Des avions de chasse F-16 en patrouille au Moyen-Orient. Des appareils militaires américains ont bombardé vendredi des sites de missiles, de drones et de radars en Iran. (Commandement central des États-Unis)
  • L’Iran affirme avoir visé des cibles américaines dans le Golfe en riposte aux frappes américaines contre des sites militaires iraniens, après une attaque contre un navire dans le détroit d’Ormuz
  • Malgré cette escalade, le trafic maritime reprend progressivement dans le détroit d’Ormuz, tandis que les États-Unis ont dévoilé un accord-cadre entre Israël et le Liban pour une paix durable

TEHERAN: L'Iran a affirmé samedi avoir riposté, en attaquant des cibles américaines dans le Golfe, à des frappes menées la veille par Etats-Unis contre son territoire.

Les frappes américaines, les premières connues depuis la signature du protocole d'accord entre Washington et Téhéran le 17 juin, ont été lancées à la suite de l'attaque d'un navire commercial ayant franchi le détroit d'Ormuz la veille et attribuée à l'Iran par les Etats-Unis.

"Si l'agression se répète, notre réponse sera plus large que ça", ont averti les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, cités par la télévision d'Etat Irib.

De son côté, l'armée américaine avait annoncé avoir "ciblé des lieux de stockage de missiles et de drones et des sites radar côtiers en Iran", en réponse "à l'attaque de la veille contre un navire commercial qui transitait par le détroit d'Ormuz". Elle a ensuite publié sur X une vidéo de sa frappe contre l'Iran.

La télévision d'Etat iranienne a fait état vendredi soir d'une explosion et d'un impact de projectile sur un quai de la ville de Sirik, dans le sud du pays, ainsi que plusieurs tirs d'avertissement visant ce que Téhéran qualifie de "navires en infraction" dans le détroit d'Ormuz.

"Le port de Sirik n'a subi aucun dommage lors de l'attaque ennemie", a plus tard indiqué un responsable des ports de la région d'Hormozgan, cité par l'agence de presse iranienne Mehr.

Le vice-président américain JD Vance a écrit sur X que l'Iran avait "signé un accord de cessez-le-feu. Nous l'avons respecté. S'ils ont des désaccords sur la mise en œuvre du protocole d'accord, ils peuvent décrocher leur téléphone. Mais la violence n'engendrera que la violence".

Plus tôt dans la journée, Donald Trump a qualifié l'attaque du cargo de "violation stupide" du cessez-le-feu, alors que les deux belligérants sont entrés dans une phase de soixante jours de négociations pour parvenir à un accord final.

"Vous verrez bien", a-t-il répondu de manière évasive aux questions sur une éventuelle réponse militaire américaine.

 

- Accord-cadre entre Liban et Israël -

 

Des navires ont néanmoins continué vendredi à traverser le détroit d'Ormuz, que l'Iran a rouvert suite au protocole d'accord entre Washington et Téhéran.

Et plusieurs bateaux ont emprunté une route non approuvée par Téhéran, même si l'autorité maritime iranienne avait averti que "tout passage en dehors du cadre défini ne bénéficierait pas des garanties de passage sécurisé".

Vendredi, 29 navires commerciaux ont franchi le détroit, selon les données du site de suivi Kpler en fin d'après-midi. Dix-sept ont suivi une route longeant les côtes d'Oman. Après un pic de 57 navires mercredi, 42 étaient passés jeudi.

Suspendu après l'attaque du cargo, le processus d'évacuation des quelque 600 navires, avec 11.000 marins à bord bloqués dans le Golfe depuis le début de la guerre, sera relancé dès l'obtention de "confirmations supplémentaires" sur les garanties de sécurité, a expliqué l'Organisation maritime internationale (OMI).

Depuis son lancement mardi, quelque 2.500 marins et 115 navires ont été évacués jusque-là, selon l'OMI.

Sur l'autre front, Washington a publié vendredi le texte d'un accord-cadre sous l'égide des Etats-Unis, entre Israël et le Liban, avec l'objectif affiché de "paix et sécurité durables" entre les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies.

 

- "Vers une guerre civile" -

 

Dans une vidéo diffusée juste après l'annonce, Benjamin Netanyahu a semblé dévoiler les succès obtenus côté israélien, à commencer par le maintien de son armée dans le sud du Liban "tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé", malgré la mise en place de deux "zones pilotes" rendues au contrôle de l'armée libanaise.

Il a également averti que la population civile déplacée ne pourrait pas revenir.

"L'Iran essaie de nous contraindre à nous retirer du sud du Liban par la pression, mais en réalité, Israël, le Liban et les États-Unis lui répondent: cela ne vous regarde pas", a-t-il considéré.

L'accord est "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté entière du Liban sans "occupation", "subordination" ni "tutelle", a réagi son président Joseph Aoun.

Tant l'ambassade libanaise à Washington que le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio ont évoqué dans leurs communications la question du désarmement du Hezbollah.

Les "autorités libanaises seront incapables d'imposer" sa mise en oeuvre, à moins "qu'elles ne se dirigent, avec le soutien américain, vers une guerre civile", a réagi Hassan Fadlallah, député du Hezbollah, le mouvement pro-iranien armé très implanté dans le sud du Liban et qui a toujours rejeté ces négociations directes.

Le député a aussi qualifié l'accord de "tentative de perturber" celui conclu le 17 juin entre Washington et Téhéran pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris au Liban - sur l'insistance de l'Iran qui ne veut pas dissocier les deux dossiers.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à son parrain iranien, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran le 28 février.


Une vérification nucléaire «très poussée» est nécessaire en Iran après la guerre, selon le chef de l'AIEA

Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
  • "L'objectif de cet accord (entre les États-Unis et l'Iran) est de garantir qu'il n'y ait pas de développement d'armes nucléaires en Iran. Le gouvernement iranien a déclaré très clairement que ce n'est pas son intention", a indiqué Rafael Grossi
  • "Mais bien sûr, les intentions ne suffisent pas. Nous devons mettre en place un système de vérification très poussé (...) dès que possible", a ajouté M. Grossi

TOKYO: Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

"L'objectif de cet accord (entre les États-Unis et l'Iran) est de garantir qu'il n'y ait pas de développement d'armes nucléaires en Iran. Le gouvernement iranien a déclaré très clairement que ce n'est pas son intention", a indiqué Rafael Grossi lors d'une conférence de presse au Japon.

"Mais bien sûr, les intentions ne suffisent pas. Nous devons mettre en place un système de vérification très poussé (...) dès que possible", a ajouté M. Grossi.

Il a également indiqué que l'organisme de surveillance avait "à peine entamé" des discussions avec l'Iran à la suite de son récent accord préliminaire avec les États-Unis sur le devenir du stock d'uranium de Téhéran.

"Des discussions initiales ont eu lieu (...) Nous nous attendons à ce que ce travail s'accélère prochainement", a déclaré M. Grossi.

Téhéran a toujours nié chercher à se doter de la bombe atomique, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile complète.

En vertu d'une loi votée par le Parlement, les autorités iraniennes ont suspendu en juillet 2025 la coopération avec l'AIEA.

Elles avaient toutefois accepté en septembre d'accueillir de nouveau des inspecteurs, après s'être mis d'accord sur un nouveau cadre et des membres de l'agence se sont rendus ces derniers mois sur place, y compris en juin 2026 pour visiter la centrale nucléaire de Bouchehr. Mais ils n'ont pas eu accès aux sites bombardés.

 


Séisme au Venezuela: au moins 235 morts, recherche effrénée des disparus

Les recherches effrénées continuent vendredi au Venezuela dans les décombres d'immeubles effondrés pour tenter de secourir d'éventuels survivants dans les décombres, deux jours après un double séisme dévastateur qui a fait au moins 235 morts, selon le dernier bilan officiel. (AFP)
Les recherches effrénées continuent vendredi au Venezuela dans les décombres d'immeubles effondrés pour tenter de secourir d'éventuels survivants dans les décombres, deux jours après un double séisme dévastateur qui a fait au moins 235 morts, selon le dernier bilan officiel. (AFP)
  • "Malheureusement, nous avons accueilli environ 235 patients qui sont arrivés sans signes vitaux ou qui sont décédés dès leur arrivée dans nos établissements de santé"
  • Deux Espagnols, un Portugais, deux Brésiliens, un Italo-vénézuélien, deux Chinois figurent parmi les morts. Le ministère des Affaires étrangères espagnol a par ailleurs fait état vendredi matin de 80 Espagnols encore non localisés

LA GUAIRA: Les recherches effrénées continuent vendredi au Venezuela dans les décombres d'immeubles effondrés pour tenter de secourir d'éventuels survivants dans les décombres, deux jours après un double séisme dévastateur qui a fait au moins 235 morts, selon le dernier bilan officiel.

"Malheureusement, nous avons accueilli environ 235 patients qui sont arrivés sans signes vitaux ou qui sont décédés dès leur arrivée dans nos établissements de santé", a déclaré le ministre de la Santé Carlos Alvarado à la télévision d'Etat.

Deux Espagnols, un Portugais, deux Brésiliens, un Italo-vénézuélien, deux Chinois figurent parmi les morts. Le ministère des Affaires étrangères espagnol a par ailleurs fait état vendredi matin de 80 Espagnols encore non localisés.

Le séisme a fait également au moins 4.300 blessés à travers le pays, selon le ministre. Mais aussi un Italien, deux Brésiliens et deux Chinois, selon les autorités de leurs pays d'origine.

Bâtiments aplatis, montagnes de gravats où des familles en détresse tentent de retrouver des personnes ensevelies: à l'épicentre du tremblement de terre, les équipes de l'AFP ont constaté d'impressionnantes scènes de destruction qui font craindre un bilan bien plus lourd.

La zone la plus durement touchée est celle de La Guaira, au nord de la capitale Caracas, où se trouvent l'aéroport international de Maiquetia qui, endommagé, a été fermé, et la ville côtière de Catia la Mar, où plusieurs immeubles se sont écroulés.

Voix d'outre-tombe 

Comme celui où habite Antonio Bermudez: "Il y a un endroit d'où une jeune femme appelée Jennifer, du onzième étage, me répond. Mais nous n'avons aucun outil, nous n'avons aucun moyen pour aider" à l'extraire des décombres, explique-t-il.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos ont montré des scènes glaçantes de voix comme venues d'outre-tombe, audibles en certains endroits sous les monceaux de gravats, cris désespérés des enterrés vivants appelant au secours.

Lisbeth Vazquez, 37 ans, raconte à l'AFP comment les siens se sont échappés in extremis par les fenêtres de l'appartement familial lorsque l'immeuble était "en train de s'enfoncer complètement" dans le sol. "C'était terrifiant", dit-elle : "Des voisins des étages inférieurs sont ensevelis, on essaie de les sortir".

"Il ne nous reste plus rien. Rien, pas même la force ni le courage d'entrer là-dedans", soupire Larry Rojas, 49 ans, devant un tas de décombres sous lequel sont ensevelis ses proches.

"On a besoin de gens qui viennent aider. Il y a ici une petite fille qui est coincée depuis hier soir, on peut la sortir, on a besoin d'une pelleteuse", s'écrie désespéré Dani Rizo, un autre habitant du bâtiment, âge de 48 ans.

L'assistance internationale s'organise. Les Etats-Unis ont promis une réponse "importante", "rapide et efficace", par la voix de leur secrétaire d'Etat, Marco Rubio. Le département d'Etat a également annoncé l'envoi de secouristes et le déblocage d'une aide de 150 millions de dollars. L'armée américaine a fait savoir qu'elle déploierait des navires militaires, des avions et des hélicoptères en soutien aux secours.

Le Brésil a annoncé l'envoi d'aide à son voisin. De même que la Chine, l'Inde, de nombreux pays européens et latino-américains et même l'Iran, un traditionnel allié de Caracas ravagé par la guerre contre les Etats-Unis et Israël.

"Ca tremble" 

La présidente par intérim, Delcy Rodriguez, a décrété l'état d'urgence peu après la double secousse de magnitude 7,2 et 7,5, qui s'est produite mercredi à 18H04 (22H04 GMT).

D'après les données du Service géologique des Etats-Unis (USGS), le tremblement de terre de 7,5 est le plus fort depuis 1900 à avoir frappé le Venezuela, un pays de près de 30 millions d'habitants à l'économie en crise depuis des années.

La première secousse s'est produite à une profondeur de 21,9 km, à environ 200 km à l'ouest de Caracas. Elle a été suivie d'une seconde à 10 km de profondeur, enregistrée 39 secondes plus tard à 45 km de là, puis d'une vingtaine de répliques, selon l'USGS.

Dans la capitale, où de nombreux immeubles se sont effondrés, des rues sont jonchées de débris de verre et beaucoup de gens ont passé la nuit dehors, souvent dans leur voiture, tremblant à chacune des répliques.

Les lieux sinistrés ont également été victimes de pillages. A Catia la Mar, des hommes et des femmes sortaient les bras chargés de sacs remplis de victuailles d'un commerce d'alimentation en partie incendié, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Des coupures d'électricité sont signalées et le ministre de l'Intérieur, Diosdado Cabello, a dit avoir ordonné la coupure de l'alimentation en gaz pour "éviter tout accident".

Jeudi matin, quasiment aucun commerce n'était ouvert et la circulation automobile était dense, de nombreux habitants de Caracas cherchant à se réfugier loin des immeubles en péril.

"Ça tremble, ça tremble en ce moment", se sont mis à crier au moment d'une réplique des personnes rassemblées autour d'un immeuble déjà à terre.

"Avant même ces séismes, près de huit millions de personnes au Venezuela avaient besoin d'une aide humanitaire", a rappelé le secrétaire général adjoint de l'ONU aux Affaires humanitaires, Tom Fletcher.

Si l'aéroport international de Maiquetia a été fermé en raison de "graves dommages dans ses infrastructures" selon Mme Rodriguez, Caracas pourra disposer de l'aéroport militaire de La Carlota, situé en pleine zone métropolitaine, pour l'aide internationale.