En Libye, des prémices de rapprochement entre rivaux de l'Est et l'Ouest

Les forces de sécurité libyennes affiliées au Premier ministre intérimaire basé à Tripoli, Abdelhamid Dbeibah, participent à un défilé marquant le 6e anniversaire de la "libération de Syrte" du groupe État islamique (EI), dans la ville de Misrata, dans le nord-ouest du pays, le 17 décembre 2022. (AFP).
Les forces de sécurité libyennes affiliées au Premier ministre intérimaire basé à Tripoli, Abdelhamid Dbeibah, participent à un défilé marquant le 6e anniversaire de la "libération de Syrte" du groupe État islamique (EI), dans la ville de Misrata, dans le nord-ouest du pays, le 17 décembre 2022. (AFP).
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Publié le Mercredi 24 mai 2023

En Libye, des prémices de rapprochement entre rivaux de l'Est et l'Ouest

  • La Libye, pays riche en pétrole, est en proie au chaos et à de profondes divisions depuis le soulèvement de 2011 qui a renversé la dictature de Mouammar Kadhafi
  • Deux gouvernements s'y disputent le pouvoir depuis un an: l'un installé à Tripoli (ouest), dirigé par Abdelhamid Dbeibah, l'autre dans l'Est, soutenu par le très puissant maréchal Khalifa Haftar

TRIPOLI : A quelques semaines d'une échéance en vue d'organiser des élections en Libye, la mise à l'écart du chef du gouvernement parallèle de l'Est reflète un début de rapprochement en coulisses entre l'homme fort de cette région et le camp de l'Ouest, reconnu par l'ONU, selon des analystes.

La Libye, pays riche en pétrole, est en proie au chaos et à de profondes divisions depuis le soulèvement de 2011 qui a renversé la dictature de Mouammar Kadhafi.

Deux gouvernements s'y disputent le pouvoir depuis un an: l'un installé à Tripoli (ouest), dirigé par Abdelhamid Dbeibah, l'autre dans l'Est, soutenu par le très puissant maréchal Khalifa Haftar.

Désigné "Premier ministre" en mars 2022 par le Parlement siégeant dans l'Est en vue de déloger le gouvernement de Tripoli, Fathi Bachagha a été "suspendu" le 16 mai, après avoir échoué à évincer son rival.

Cette suspension a été votée lors d'une séance à huis-clos du Parlement dans des conditions opaques et en l'absence du président de cette instance Aguila Saleh.

"Le départ humiliant de Bachagha traduit des divergences au sein du camp de l'Est, notamment entre le clan Haftar" et Aguila Saleh, l'autre grande figure de l'Est, analyse pour l'AFP Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève.

«Date de péremption»

Dans l'intervalle, "Dbeibah a profité de la paralysie du gouvernement de l'Est pour consolider son emprise sur la vie politique et économique en Libye", ajoute-t-il.

En mai 2022, M. Bachagha avait tenté un coup de force pour entrer à Tripoli, mais après des affrontements violents, ses partisans avaient été repoussés.

Installé depuis avec son gouvernement à Syrte (centre), il s'est progressivement effacé et semble avoir perdu l'indispensable soutien du maréchal Haftar.

Originaire de Misrata, grand port de l'ouest, Fathi Bachagha s'était rapproché de Haftar fin 2021 au nom de la "réconciliation nationale" après le report d'élections devant mettre fin aux affrontements ayant suivi la chute et la mort de Kadhafi.

Ancien ministre de l'Intérieur, M. Bachagha s'était aussi allié avec Aguila Saleh.

Pour le clan Haftar, "Bachagha a toujours eu une date de péremption et son utilité a pris fin le jour où il a perdu la possibilité de s'installer à Tripoli", estime Emadeddin Badi, du centre de réflexion Global Initiative.

La suspension de M. Bachagha a été décidée un mois avant la mi-juin, échéance fixée par l'ONU pour amener les rivaux libyens à s'accorder sur une base juridique permettant la tenue fin 2023 d'élections présidentielle et législatives reportées depuis deux ans et censées pacifier le pays.

Elle survient surtout sur fond de rapprochement entre les entourages de MM. Haftar et Dbeibah, selon les médias et les experts.

Vers des élections ?

"Ibrahim Dbeibah, neveu du Premier ministre de Tripoli, et Saddam Haftar, le fils le plus actif du maréchal, sont depuis des mois en pourparlers quasi continuels", explique à l'AFP le chercheur Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye. Leur volonté de s'entendre "constitue l'une des raisons de la chute de Bachagha", selon lui.

Mais il souligne aussi que si M. Bachagha a été écarté c'est "en grande partie" parce qu'il aurait refusé d'octroyer "de manière irrégulière" des fonds publics au maréchal Haftar.

Les deux clans ont noué "un dialogue qui a maintenant suffisamment mûri pour que les Haftar offrent la suspension de Bachagha" comme cadeau aux autorités de Tripoli, renchérit M. Badi de la Global Initiative.

Et ce avec la "bénédiction" de l'Egypte, alliée du camp de l'Est et jusque-là farouchement opposée à M. Dbeibah.

L'analyste politique libyen Abdallah al-Rayes fait lui aussi état de "négociations discrètes au Caire" entre les représentants de Haftar et Dbeibah en vue de "former un nouveau gouvernement de coalition" ou un exécutif remanié. Une étape indispensable avant tout éventuel accord pour organiser des élections, selon lui.

Mais pour M. Harchaoui, "les élites déjà bien en place aujourd'hui (...) n'ont absolument aucune intention de quitter le pouvoir de façon à permettre des élections crédibles et authentiques".


Israël continuera à opérer dans le sud du Liban 

 L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais. (AFP)
L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais. (AFP)
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  • Depuis l'annonce lundi de l'accord entre Téhéran et Washington, signé mercredi soir par les présidents de deux pays, l'intensité des violences a drastiquement baissé dans le sud du Liban
  • Mais des échanges de tirs limités sont signalés et au moins huit personnes ont depuis été tuées dans des frappes israéliennes, dont trois sur la seule journée de jeudi selon un média d'Etat libanais

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais.

L'armée a publié une carte de ce qu'elle déclare être son "espace de sécurité", s'étendant sur une dizaine de kilomètres à l'intérieur du territoire libanais.

Elle indique que des troupes continueront d'y être déployées "afin d'éliminer les menaces et d'améliorer la défense des habitants du nord d'Israël".

Un responsable militaire israélien a précisé que l'armée pourrait également agir pour "neutraliser" les risques identifiés au-delà de la zone de sécurité, et appelé les civils libanais à ne pas y pénétrer.

Depuis l'annonce lundi de l'accord entre Téhéran et Washington, signé mercredi soir par les présidents de deux pays, l'intensité des violences a drastiquement baissé dans le sud du Liban et le Hezbollah pro-iranien n'a plus revendiqué d'attaques contre Israël.

Mais des échanges de tirs limités sont signalés et au moins huit personnes ont depuis été tuées dans des frappes israéliennes, dont trois sur la seule journée de jeudi selon un média d'Etat libanais.

L'armée israélienne a pour sa part annoncé la mort de l'un de ses soldats dans la nuit de mercredi à jeudi, lors d'un incident survenu dans le sud du Liban. Sept soldats ont également été blessés.

Le groupe armé Hezbollah soutenu par l'Iran a entraîné le Liban dans la guerre début mars en attaquant Israël pour venger l'assassinat du guide suprême de la République islamique au début de la campagne américano-israélienne.

Israël a riposté par de vastes frappes à travers le Liban et par le lancement d'une invasion terrestre dans le sud, région frontalière d'Israël et de longue date sous l'influence du Hezbollah.

Le Liban et Israël mènent depuis avril des pourparlers directs à Washington afin de tenter de mettre fin aux hostilités et de dissocier leur conflit de la guerre régionale.

"D'autres étapes sont en cours de discussion" dans le cadre de ces pourparlers, a déclaré jeudi la même source militaire, ajoutant que "les représentants se rencontreront à nouveau la semaine prochaine".

 


Iran: le guide suprême dit avoir approuvé l'accord avec les Etats-Unis, malgré une «opinion différente»

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a déclaré jeudi avoir approuvé l'accord avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre, malgré une "opinion différente" sur la question, sans plus de détails. (AFP)
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a déclaré jeudi avoir approuvé l'accord avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre, malgré une "opinion différente" sur la question, sans plus de détails. (AFP)
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  • "J'avais une opinion différente, mais j’ai donné mon autorisation en raison de l’engagement que le respectable président (iranien), en tant que président du Conseil suprême de sécurité nationale, a pris envers moi en son nom"
  • Selon lui, le président l'a aussi assuré que "si la partie américaine formule des exigences excessives" dans la suite des négociations en vue d'un accord final, "ils ne s’y soumettront pas"

TEHERAN: Le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a déclaré jeudi avoir approuvé l'accord avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre, malgré une "opinion différente" sur la question, sans plus de détails.

"J'avais une opinion différente, mais j’ai donné mon autorisation en raison de l’engagement que le respectable président (iranien), en tant que président du Conseil suprême de sécurité nationale, a pris envers moi en son nom et au nom des autres membres pour protéger les droits de la nation iranienne et du front de la résistance" à Israël, a déclaré Mojtaba Khamenei, dans un message écrit lu à la télévision d’État.

Selon lui, le président l'a aussi assuré que "si la partie américaine formule des exigences excessives" dans la suite des négociations en vue d'un accord final, "ils ne s’y soumettront pas".

"Il est évident que les négociations en face-à-face qui se tiendront à l'avenir ne présagent pas de l'acceptation du point de vue de l'ennemi", a souligné le guide suprême, dans cette première réaction à l’accord irano-américain visant à mettre fin à la guerre, signé tôt jeudi par les présidents américain Donald Trump et iranien Masoud Pezeshkian.

Le dirigeant n’a pas été vu en public depuis son entrée en fonction en mars, à la suite de l’assassinat de son père et prédécesseur, l’ayatollah Ali Khamenei, lors des premières frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février, qui ont déclenché la guerre régionale.

Mojtaba Khamenei a encore affirmé que Donald Trump avait "par désespoir, actionné toutes sortes de leviers" pour obtenir cet accord avec l’Iran,  afin de mettre fin à la guerre.


Trump et Netanyahu sur le Liban, un « petit différend »

Donald Trump a vanté mercredi, depuis le sommet du G7 en France, son "formidable partenariat" avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un changement de ton après ses critiques acerbes de la veille. (AFP)
Donald Trump a vanté mercredi, depuis le sommet du G7 en France, son "formidable partenariat" avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un changement de ton après ses critiques acerbes de la veille. (AFP)
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  • "Pour être tout à fait juste envers Bibi (surnom du Premier ministre israélien) Netanyahu, qui se trouve être un homme bien, il s'emporte un peu parfois", a-t-il déclaré
  • "Nous avons un partenariat formidable", a-t-il ajouté, qualifiant leur désaccord sur le Liban de "petit différend"

EVIAN: Donald Trump a vanté mercredi, depuis le sommet du G7 en France, son "formidable partenariat" avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un changement de ton après ses critiques acerbes de la veille.

"Pour être tout à fait juste envers Bibi (surnom du Premier ministre israélien) Netanyahu, qui se trouve être un homme bien, il s'emporte un peu parfois", a-t-il déclaré.

"Nous avons un partenariat formidable", a-t-il ajouté, qualifiant leur désaccord sur le Liban de "petit différend".

Le président américain a indiqué que le protocole d'accord avec l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient serait signé "bientôt", "peut-être" jeudi ou vendredi.

La signature a été annoncée pour vendredi à Genève.

Interrogé sur son intention de rester en Europe pour la signature, il a répondu qu'il "pourrait" rester, tout en ajoutant: "Ce n'est pas le genre de document que je devrais signer".

Sur "la partie libanaise, c'est une chose sur laquelle il va falloir qu'on travaille un peu", a reconnu Donald Trump, alors que les Iraniens exigent qu'Israël cesse ses frappes contre le groupe armé pro-iranien Hezbollah au Liban.

"C'est en fait une toute petite pièce du puzzle, mais elle fait quand même beaucoup de bruit", a également commenté Donald Trump, estimant que "le vrai sujet, c'est l'accord avec l'Iran".

Car "c'est là qu'est l'argent, là que se trouvait le pouvoir", a-t-il ajouté.

Il a en outre répété que les Etats-Unis "prendront" l'uranium hautement enrichi de l'Iran même s'il est "sans valeur".

Le président américain a par ailleurs promis une discussion "parallèle" avec les pays du Golfe portant sur les missiles balistiques.

Ces pays ont été la cible des frappes de Téhéran durant la guerre américano-israélienne contre la République islamique iranienne.

Donald Trump était depuis lundi à Evian, station thermale des Alpes, pour le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de sept des plus grandes puissances industrialisées (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni).

Il prolonge son séjour en France avec un dîner au château de Versailles avec Emmanuel Macron.