LFI et le RN mis dans le même sac par l'exécutif, une stratégie critiquée

Pour Elisabeth Borne, LFI et le RN sont à mettre dans le même sac. (Photo, AFP)
Pour Elisabeth Borne, LFI et le RN sont à mettre dans le même sac. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 24 mai 2023

LFI et le RN mis dans le même sac par l'exécutif, une stratégie critiquée

  • Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin lui refuse de choisir entre « la peste et le choléra» en cas de duel entre Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Marine Le Pen (RN)
  • Elisabeth Borne mise sur le vote des députés de «l'arc républicain», dont elle exclut le RN et LFI

PARIS: Face au défi d'une Assemblée divisée en trois blocs, placer sur un pied d'égalité La France insoumise et le Rassemblement national est une stratégie ancienne qui permet à l'exécutif de se positionner au centre du jeu face aux "populistes", mais fait fi de leurs divergences idéologiques.

Le débat est récurrent et divise même au sein de la majorité. Il a ressurgi à l'occasion de la démission du maire de Saint-Brevin-les-pins (Loire-Atlantique), victime de violences notamment de l'extrême droite.

"Ce qui s'est produit (à Saint-Brevin) est très choquant", avait réagi la Première ministre Élisabeth Borne.

Cela "montre qu'il y a une montée d'extrémismes dans notre pays" qui vaut "des deux côtés" de l'échiquier politique, avait-elle ajouté. De quoi susciter la colère à gauche, qui organise mercredi un grand rassemblement en soutien du maire démissionnaire, et s'est montrée mécontente de se voir renvoyée "dos à dos" avec l'extrême droite.

Les violences contre les élus, ajoutées à celles observées en marge des manifestations contre la réforme des retraites, ont alimenté la thèse d'une équivalence entre les deux formations.

"Les extrêmes se rejoignent parfois dans la violence", a ainsi estimé mardi le maire de Nevers (Renaissance) Denis Thuriot.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin lui refuse de choisir entre "la peste et le choléra" en cas de duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

Elisabeth Borne mise sur le vote des députés de «l'arc républicain», dont elle exclut le RN et LFI

Les députés LFI "constituent eux aussi une menace pour la démocratie même si les rouages ne sont pas les mêmes", nuance un autre ministre. Le RN "a une attitude plus larvée, plus insidieuse", note une députée Renaissance.

Une stratégie qui peut s'avérer utile pour un gouvernement privé de majorité absolue à l'Assemblée, où Elisabeth Borne mise sur le vote des députés de "l'arc républicain", dont elle exclut le RN et LFI.

"C'est la vieille théorie du fer à cheval" qui fait se rapprocher les extrêmes, rappelle le politologue spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus. Le politologue Bruno Cautrès évoque à ce titre l'exemple emblématique et historique de Jacques Doriot, ancien numéro deux du Parti communiste devenu collaborationniste.

Les passerelles ne concernent cependant que quelques cas individuels. Le plus médiatisé récemment fut celui de l'élu Andrea Kotarac, passé de LFI au RN en 2019.

Pourtant les divergences abondent entre ces partis qui aspirent tous deux à un "changement radical", détaille M. Cautrès. LFI, que les spécialistes ne classent pas à l'extrême gauche mais en tant que +gauche radicale+, défend un changement "de l'ordre socioéconomique, pour réduire les inégalités" quand le RN est d'abord préoccupé "par l’immigration et l'identité nationale".

Le rapprochement supposé peut aussi s'étayer par le fait que Marine Le Pen, se positionnant sur un "créneau social", sans pour autant bouger d'un iota sur l'immigration, a laissé croire qu'elle "s'approchait du socialisme", note M. Camus.

Désormais confondue avec l'extrême droite, qui fut longtemps l'ennemie N.1 du champ politique, LFI fulmine: pour la patronnes des députés insoumis, Mathilde Panot, il s'agit de "décrédibiliser une alternative" et "détourner l'attention".

Mettre LFI dans le même sac que le RN permet au camp présidentiel de «parachever son projet politique»

Ce jeu est "extrêmement dangereux", ajoute la maire PS de Nantes Johanna Rolland. Car il participerait à une entreprise de banalisation du RN, arguent plusieurs élus de gauche comme l'eurodéputé écologiste David Cormand: "les premiers responsables c'est le gouvernement (…) ils surjouent l’aspect +regardez comme ils (au RN) sont normaux+".

Première bénéficiaire de la crise des retraites, Marine Le Pen mise effectivement sur la "normalisation" de son parti pour attirer des électeurs de tous bords, même si elle juge "ringarde" la stratégie du gouvernement.

Mettre LFI dans le même sac que le RN permet au camp présidentiel de "parachever son projet politique visant à réunir le centre gauche et le centre droit", explique M. Cautrès.

Mais pour quels résultats ? De l'aveu même d'un cadre Renaissance, "aujourd'hui on est incapable, nous, d’être au centre et d’associer un Olivier Faure (PS) avec un Aurélien Pradié (LR), parce que l’anti Macron remporte tout".

Jean-Yves Camus se dit "très sceptique sur l’idée de jouer le vote par défaut. La seule stratégie gagnante est celle qui vise à constituer l'adhésion. Pas à dire que vos adversaires sont dangereux".


France: un défilé du 14-Juillet "massif", l'Ukraine à l'honneur

Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
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  • Le défilé du 14 Juillet mettra en avant le renforcement de la défense française et européenne, avec un format plus important et moderne
  • L’Ukraine sera à l’honneur, tandis que les alliés européens et de l’OTAN afficheront leur soutien et leur unité

PARIS: Des pilotes ukrainiens et français, un défilé "plus massif": la parade militaire du 14 Juillet sur les Champs Elysées aura cette année pour thème "le réveil stratégique de l'Europe" et s'attachera à montrer que la France est "déterminée" et "n'est pas seule", a annoncé lundi le gouverneur militaire de Paris.

"Nous allons avoir un défilé plus massif, plus puissant, plus moderne", a déclaré le général Loïc Mizon lors d'une conférence de presse.

La parade mobilisera près de 8.500 participants, dont 6.500 défileront à pied. Près de 300 véhicules, dont une centaine de motos, 95 avions, 35 hélicoptères, ainsi que 193 chevaux de la Garde Républicaine participeront également.

L'Ukraine, entrée dans sa cinquième année de guerre déclenchée par la Russie en 2022, sera mise à l'honneur. La Patrouille de France ouvrira le défilé aérien, accompagnée de deux Mirage 2000 pilotés par des équipages franco-ukrainiens.

Les 35 pays de la Coalition des volontaires, prêts à fournir des garanties de sécurité à l'Ukraine une fois conclu un cessez-le-feu, ont été invités à participer par le président Emmanuel Macron, qui assistera à son 10e et dernier défilé en tant que chef d'Etat.

La présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen et le général Grynkewich, commandant suprême de l'OTAN, ont aussi été conviés.

Les soldats français des bataillons multinationaux de l'Otan déployés sur le flanc Est de l'Europe (Roumanie, Estonie) descendront la célèbre avenue parisienne.

La présence des alliés et des partenaires doit ainsi témoigner que "l'Europe n'est pas seule", a dit le général Mizon.

Le but de ce défilé est aussi de concrétiser aux yeux des Français les "efforts budgétaires consacrés depuis 10 ans aux forces armées", a fait-t-il valoir.

Le commissariat numérique de Défense défilera pour la première fois, pour "souligner la transformation numérique du ministère des Armées".

Deux blocs de réservistes défileront également: l'un composé de réservistes de la SNCF et un un autre de réservistes d'Airbus France.

La Marine nationale, qui fête cette année ses 400 ans d'existence clôturera le défilé au son du bagad de Lann-Bihoué, basé près de Lorient (Morbihan).

La parade militaire durera 2 heures et se terminera par l'hymne européen, "l'Ode à la joie".


Merz et Macron se sont entendus pour arrêter le projet d'avion de combat commun SCAF, selon Berlin

Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
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  • Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont constaté l’échec du projet SCAF en raison des désaccords persistants entre Airbus et Dassault Aviation sur le développement de l’avion de combat commun
  • Le programme d’avion de combat est abandonné, mais les deux pays souhaitent maintenir la coopération sur les technologies clés du FCAS, notamment le réseau numérique reliant avions, drones et autres systèmes de défense européens

BERLIN: Friedrich Merz et Emmanuel Macron se sont entendus pour "ne plus poursuivre la construction d'un avion de combat commun", le SCAF, a appris l'AFP lundi auprès du gouvernement allemand.

Depuis des mois, le projet d'avion de combat franco-germano-espagnol, le SCAF, était en panne sur fond de tensions germano-françaises et entre Airbus et Dassault. En février, le chancelier allemand Friedrich Merz avait déjà ouvertement douté de son avenir.

Cette fois, il semble enterré définitivement.

"Le président français et le chancelier allemand sont arrivés au constat partagé que les entreprises (Airbus et Dassault Aviation, ndlr) ne parviennent pas à s'entendre sur la construction d'un avion de combat commun", indique le gouvernement allemand.

"Ils reconnaissent cette réalité. Le chancelier fédéral Merz a donc suggéré au président Macron de ne plus poursuivre la construction d’un avion de combat commun", ajoute-t-il.

Lancé en 2017 par M. Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoint par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, "un cloud de combat".

Selon le gouvernement allemand, "le véritable noyau du FCAS doit être poursuivi en tant que système de systèmes européen".

"Il s’agit en quelque sorte du système nerveux qui relie les avions, les drones et d’autres composants pour former un ensemble intégré", ajoute-t-il.

Il précise que les ministères français et allemand de la Défense "doivent formuler un plan de travail commun et contemporain pour la coopération dans l’industrie de défense, concentré sur quelques projets réalistes et pertinents", lors du conseil des ministres franco-allemand en Allemagne en juin.


G7: les ministres de l'Agriculture réunis à Paris sur la «sécurité des approvisionnements en engrais»

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
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  • La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours
  • Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...)

PARIS: La France réunit lundi les ministres de l'Agriculture du G7 pour une réunion consacrée aux engrais et à la question de la "sécurité des approvisionnements" en fertilisants dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.

Cette réunion est destinée à dresser un bilan des difficultés actuelles des agriculteurs et à identifier "des actions communes" dans un contexte de flambée des cours des fertilisants  depuis le début de la guerre en Iran fin février et la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 30% des engrais mondiaux.

Cette rencontre, qui se tient dans le cadre de la présidence française du groupe des sept puissances économiques, vise à définir comment "sécuriser les approvisionnements", "améliorer le partage d'informations et la transparence des marchés" et "renforcer la résilience des filières agricoles face aux chocs économiques et géopolitiques", selon un communiqué du ministère français.

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, réunit à midi ses homologues des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de l'Italie, du Canada et du Japon, ainsi que des représentants de l'Union européenne, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et du Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS).

Il n'est pas prévu pour l'heure de point presse à l'issue de cette rencontre.

La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours.

Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...).

Autre piste envisagée, à court terme, la constitution de stocks stratégiques d'engrais, ce qui pourrait toutefois renforcer la hausse des prix et poserait des questions de sécurité (les engrais sont potentiellement explosifs).

L'Europe et ses partenaires occidentaux sont moins exposés que l'Asie ou l'Afrique aux difficultés d'approvisionnement liées à la guerre en Iran. Mais l'impact sur les prix est global et le coût des fertilisants a augmenté d'environ 50% - et jusqu'à 70% pour l'urée, engrais azoté très consommé produit au Moyen-Orient.

Cela aura des conséquences pour la récolte 2027: si les agriculteurs s'étaient déjà approvisionnés pour leurs semis de 2026, la question se posera dès la fin de l'été pour les semis de céréales d'hiver comme le blé ou l'orge. Avec in fine un risque sur le rendement des récoltes mondiales.