En Allemagne, un ex-réfugié syrien devient maire d'une commune rurale

Ryyan Alshebl, maire de la commune d'Ostelsheim dans le Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest de l'Allemagne, pose lors d'une séance photo le 30 mai 2023 à Berlin, avant une conférence de presse avec l'Association de la presse étrangère en Allemagne (VAP). (Photo John MACDOUGALL / AFP)
Ryyan Alshebl, maire de la commune d'Ostelsheim dans le Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest de l'Allemagne, pose lors d'une séance photo le 30 mai 2023 à Berlin, avant une conférence de presse avec l'Association de la presse étrangère en Allemagne (VAP). (Photo John MACDOUGALL / AFP)
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Publié le Mercredi 31 mai 2023

En Allemagne, un ex-réfugié syrien devient maire d'une commune rurale

  • A 29 ans, M. Alshebl a été élu en mars à la tête du conseil municipal du paisible village d'Ostelsheim, dans le Sud-Ouest de l'Allemagne. Il doit prendre ses fonctions en juin
  • Son élection a eu un retentissement historique: il sera le premier, parmi les centaines de milliers de réfugiés syriens ayant trouvé asile en Allemagne en 2015, à prendre la tête d'une commune dans leur pays d'accueil

BERLIN: Lorsque Ryyan Alshebl a débarqué à bord d'un radeau de fortune sur l'île grecque de Lesbos, il ne pouvait pas imaginer qu'à peine huit ans plus tard, il deviendrait maire d'un paisible village allemand.

"Il faisait nuit, et pas une lumière ne brillait sur les côtes de Lesbos", se souvient-il à l'occasion d'une conférence de presse à Berlin, avant sa prise de fonction.

"Quelques heures plus tôt, nous étions dans une banale ville de Méditerranée, en Turquie. Puis, l'ambiance a changé, avec le froid, les ténèbres, et bien sûr la peur, qui accompagnent ce type de voyage", détaille-t-il.

A 29 ans, M. Alshebl a été élu en mars à la tête du conseil municipal du paisible village d'Ostelsheim, dans le Sud-Ouest de l'Allemagne. Il doit prendre ses fonctions en juin.

Son élection a eu un retentissement historique: il sera le premier, parmi les centaines de milliers de réfugiés syriens ayant trouvé asile en Allemagne en 2015, à prendre la tête d'une commune dans leur pays d'accueil.

Lorsqu'il est arrivé en Allemagne, M. Alshebl n'avait que 21 ans. Il a fui la Syrie pour échapper au service militaire obligatoire de son pays, plongé dans la guerre civile.

Il y a rejoint un frère, qui bénéficiait déjà d'un visa étudiant. Par la suite, quatre de ses amis ont eux aussi trouvé refuge en Allemagne, mais ses parents et son autre frère sont restés en Syrie.

«Prendre des responsabilités»

Après avoir accosté en Grèce, le jeune homme a traversé la Macédoine, la Serbie et la Croatie en transports publics et à pied, mettant au total 12 jours pour atteindre l'Allemagne.

Ryyan Alshebl a rapidement appris la langue de son pays d'accueil, avant de décrocher un stage d'assistant administratif à la mairie de Althengstett, un village près d'Ostelsheim.

"Si vous êtes à la campagne, vous n'avez pas le choix", explique-t-il. Après des années de présence en Allemagne, il a finalement obtenu la nationalité en 2022, essentielle pour exercer des mandats locaux.

Son expérience de l'exil lui a fait "prendre des responsabilités non seulement pour moi, mais aussi pour les autres", déclare-t-il. "Cela forge une personne, cela crée une nouvelle personnalité".

M. Alshebl s'est présenté en tant qu'indépendant lors de cette élection, réunissant 55,41% des voix de ce village de 2.700 âmes. Mais il est aussi membre des Verts, car "la protection du climat est très importante" pour lui.

Sa victoire est particulièrement retentissante dans cette ville réputée conservatrice, nichée au milieu de collines et de champs bordés de murs en pierres et de haies.

M. Alshebl explique son élection par sa capacité d'écoute des problèmes des habitants de la bourgade, et sa campagne où une attention particulière a été apportée sur les questions de la garde des enfants et du numérique.

«Ouverture»

Il admet toutefois n'avoir "rien ressenti" lors des résultats, tant il était "bouleversé".

Les jours suivant sa victoire, alors que les messages de félicitations affluaient du monde entier, il s'est progressivement rendu compte à quel point son histoire "était plus qu'une simple élection municipale dans une petite bourgade".

La grande crise migratoire de 2015 avait marqué l'essor du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD). Avec sa campagne agressive contre les migrants, la formation avait réussi deux ans plus tard à faire une entrée fracassante au Parlement.

M. Alshebl voit toutefois dans sa victoire, face à deux autres candidats locaux ayant pourtant grandi dans la région, un signe de "l'ouverture" d'esprit des électeurs.

"C'est un signe que les gens n'ont pas pris en compte l'origine, mais les qualifications aux yeux des électeurs. C'est un signe d'ouverture sur le monde", se félicite-t-il.

Les parents de Ryyan Alshebl, une professeure des écoles et un ingénieur agricole, appartiennent à la minorité druze en Syrie. Lui, se définit comme non religieux.

Lorsqu'il repense au pays qu'il a laissé derrière lui en 2015, il ressent des "sentiments mêlés".

"C'est le pays où je suis né et où j'ai grandi, où j'ai passé mon enfance et ma jeunesse, où sont mes amis et ma famille élargie. Et les gens avec lesquels j'ai grandi me manquent", dit-il.

"Mais je suis heureux d'avoir eu la chance de vivre ici. D'autres ne l'ont pas eue".


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
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  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.


Désarmement du Hamas à Gaza: Kushner dit espérer des "progrès" d'ici 30 jours

La feuille de route approuvée par le Hamas le 30 juillet prévoyait que la mise hors service des armes serait supervisée par la Force internationale de stabilisation, une unité en cours de création qui doit se déployer à Gaza si la situation s’apaise. (AFP)
La feuille de route approuvée par le Hamas le 30 juillet prévoyait que la mise hors service des armes serait supervisée par la Force internationale de stabilisation, une unité en cours de création qui doit se déployer à Gaza si la situation s’apaise. (AFP)
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  • Kushner vise un début de désarmement du Hamas sous 30 jours, sous supervision américaine
  • Israël conditionne toute reconstruction de Gaza au désarmement total du Hamas

WASHINGTON: L'émissaire américain Jared Kushner a dit lundi espérer un début de désarmement du Hamas d'ici "30 jours", qui se ferait sous supervision d'un général américain, après avoir rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Nous pourrions constater des progrès d'ici à peine 30 jours, avec, espérons-le, le début du retrait d'une partie des armes, et, espérons-le également, le comblement de certains tunnels au cours des 60 à 90 prochains jours", a-t-il déclaré depuis Tel Aviv à la chaîne américaine Fox News.

"Des progrès pourraient donc intervenir assez rapidement, mais cela nécessite la coopération des deux parties, et nous espérons bien sûr surmonter cette épreuve", a ajouté le gendre de Donald Trump.

Selon un responsable israélien, Israël et les États-Unis sont convenus lundi de charger un général américain de superviser le désarmement du Hamas.

Un tel accord vise à satisfaire Israël, après que M. Netanyahu, confronté à une difficile campagne de réélection, a rejeté publiquement le dernier volet d'un plan américain de sortie de guerre dans la bande de Gaza.

"On a eu une très, très bonne réunion aujourd'hui. On a passé près de quatre heures avec lui et son équipe à passer en revue tous les détails (...) et à dissiper certains malentendus", a affirmé M. Kushner, qui avait rencontré la veille des responsables du Hamas.

Le mouvement islamiste palestinien avait donné son accord fin juillet à ce plan américain prévoyant son désarmement et le retrait israélien du territoire palestinien, occupé à plus de 60% par Israël.

Dimanche, M. Kushner avait rencontré des membres de la direction du Hamas, insistant, selon des sources proches des négociations, sur le désarmement du mouvement et appelant à des mesures "vérifiables".

"Ils ont dit tout ce qu'il fallait mais, à l'évidence, il est très très difficile de leur faire confiance", a dit l'émissaire américain à Fox News au sujet de sa rencontre avec le Hamas.

- "Hors service" -

MM. Netanyahu et Kushner "sont convenus qu'aucun redéploiement ni aucune reconstruction n'auraient lieu dans la bande de Gaza avant que le Hamas ne soit désarmé dans l'ensemble" du territoire, a affirmé à l'AFP un haut responsable israélien.

"Il a également été convenu que la première étape vers la démilitarisation de Gaza consisterait à demander au Hamas de remettre ses armes afin qu'elles soient mises hors service sous la supervision d'un général américain", a ajouté ce responsable.

M. Kushner était accompagné de membres du "Conseil de paix" de Donald Trump, notamment l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair.

Selon un responsable de cet organe, qui n'a pas confirmé l'implication d'un général américain, "chaque arme collectée sera entièrement mise hors service".

- Pressions -

L'administration Trump a déjà nommé le général américain Jasper Jeffers à la tête de la Force internationale de stabilisation (ISF) appelée à se déployer à Gaza aux termes du plan du président américain, avalisé par l'ONU, qui a conduit à un cessez-le-feu, précaire, en octobre 2025.

Telle que rendue publique par le "Conseil de Paix" en juillet, la feuille de route prévoit que le désarmement du Hamas aille de pair avec le retrait israélien et soit supervisé par le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), un organe de technocrates palestiniens censé gérer provisoirement le territoire.

En rejetant ce texte, M. Netanyahu avait exigé un désarmement "véritable" du Hamas, dont l'attaque sans précédent du 7 octobre 2023 en Israël a déclenché la guerre à Gaza.

Au pouvoir dans ce territoire depuis 2007, le mouvement a annoncé en juillet dissoudre son administration civile et vouloir transférer ses responsabilités au NCAG.

M. Kushner avait insisté dimanche sur l'absence de tout rôle futur du Hamas dans la gouvernance de Gaza, selon les mêmes sources proches des négociations.

Le mouvement palestinien avait de son côté appelé à exercer des pressions sur M. Netanyahu pour débloquer la mise en oeuvre de la feuille de route, avait indiqué un responsable du Hamas à l'AFP.

Pendant des années, les Etats-Unis ont refusé tout contact avec le Hamas, qu'ils classent comme terroriste.

Le Hamas et Israël s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu dans le territoire dévasté et en demande d'aide humanitaire.

Au moins 1.265 Palestiniens y ont été tués depuis le début de la trêve, selon le ministère de la Santé du territoire, dont l'ONU juge les chiffres fiables.

Dans le même temps, Israël y a recensé cinq soldats et un contractuel du ministère de la Défense tués.