L'impossible décompte du bilan des civils tués en Ukraine

Des soldats ukrainiens portent le cercueil du défunt militaire ukrainien Mykola Kovalskyi lors d'une cérémonie funéraire au cimetière de Lychakiv à Lviv le 1er juin 2023, en pleine invasion russe de l'Ukraine. (AFP)
Des soldats ukrainiens portent le cercueil du défunt militaire ukrainien Mykola Kovalskyi lors d'une cérémonie funéraire au cimetière de Lychakiv à Lviv le 1er juin 2023, en pleine invasion russe de l'Ukraine. (AFP)
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Publié le Mardi 06 juin 2023

L'impossible décompte du bilan des civils tués en Ukraine

  • Selon un bilan à jour publié par les autorités ukrainiennes, au moins 10 368 civils ont été tués et 14 404 blessés depuis le début de l'invasion russe en février 2022
  • Les données sont peu ou prou conformes à celles avancées par l'ONU, qui décomptait 8.709 tués et 14 666 blessés à la fin avril tout en notant que le bilan réel était sans doute «considérablement plus élevé»

OUMAN: Une frappe russe a tout pris à Oleksandre Remez: sa femme Natalia a été tuée et son appartement dans la ville ukrainienne d'Ouman ravagé. Lui a survécu, car son réveil matinal l'a éloigné de la chambre à coucher.

Fin mai, un mois après le drame, debout devant les décombres de son immeuble, il dit vouloir une chose: que toutes les victimes de cette guerre soient comptabilisées.

"Nous avons besoin de connaître les chiffres, mais aussi les noms, car personne ne doit être oublié", plaide cet homme de 63 ans, entre plusieurs sanglots.

Mais compter les morts est un exercice difficile, alors que 20% du pays environ est occupé. Selon un bilan à jour publié par les autorités ukrainiennes, au moins 10.368 civils ont été tués et 14.404 blessés depuis le début de l'invasion russe en février 2022.

Mais "ce sont uniquement les personnes connues", explique Oleg Gavrych, conseiller principal du chef du cabinet du président Volodymyr Zelensky.

"Nous estimons que le plus probable est que ce nombre est cinq fois plus élevé. Donc autour de 50.000" victimes, précise-t-il.

Les données sont peu ou prou conformes à celles avancées par l'ONU, qui décomptait 8 709 tués et 14 666 blessés à la fin avril tout en notant que le bilan réel était sans doute "considérablement plus élevé".

La Russie "doit être tenue responsable pour chaque" mort, réclame dans un cri du cœur Oleksandre Remez, devant le mémorial installé en souvenir des 23 personnes tuées, dont son épouse et quatre enfants, par la frappe russe qui le 28 avril a éventré son immeuble à Ouman.

Obstacles dans les zones occupées par la Russie, comme Bakhmout

Mais l'un des principaux obstacles pour le décompte des victimes est l'absence quasi-totale d'informations dans les zones occupées par la Russie, comme à Marioupol, où des dizaines de milliers de civils auraient trouvé la mort selon les autorités ukrainiennes lors du siège dévastateur au printemps 2022.

Selon des experts, même si les Ukrainiens parvenaient à reconquérir les territoires occupés, retrouver et compter les victimes risque d'être une tâche difficile, les Russes ayant pu cacher corps et preuves.

"Ils ont intérêt à cacher leurs crimes", observe ainsi Philip Verwimp, un expert en démographie dans les zones de conflit.

En outre, dans des zones ravagées par les combats, comme par exemple Bakhmout dans l'Est, il est souvent difficile d'établir qui a disparu, qui est mort et qui a fui.

Etablir un bilan complet pourrait donc prendre des années, comme l'a montré le conflit en Bosnie-Herzégovine dans les années 1990.

Une base de données publiée en 2007 a ainsi rassemblé les noms de près de 97.000 morts en Bosnie, un bilan deux fois moins élevé que le décompte utilisé jusque-là.

Guerre en Ukraine: «Plus jamais ça»

Selon M. Verwimp, qui a participé à l'évaluation des données de ce "Livre des morts de Bosnie", il est crucial d'obtenir des données vérifiables.

Selon lui, "les Ukrainiens sont très rapides pour faire ça: dès qu'ils reprennent des villages, ils envoient des enquêteurs pour documenter les crimes de guerre russes", exhumer des corps et interroger les témoins.

Pour Jakub Bijak, un universitaire qui a travaillé avec l'ONU afin d'établir la liste des victimes de la guerre en Bosnie, le décompte précis des victimes est important pour le deuil des familles.

Mais "c'est politiquement (important aussi) d'établir le niveau des pertes qu'un pays a subi durant une guerre", ajoute-t-il.

Dès lors, depuis le début de l'invasion russe, les autorités ukrainiennes s'efforcent d'enregistrer tous les crimes de guerre russes présumés (meurtres de civils, agressions sexuelles, destructions d'habitations et de sites culturels...).

Elles tombent par contre dans le mutisme lorsqu'il s'agit d'évoquer le bilan de ses militaires tués.

Pour Oleksandre Remez, à ce stade, sa seule source de réconfort est de documenter la mort de sa femme Natalia.

"Nous devons tout savoir, faire tout ce qui est possible pour éviter que cela ne se reproduise", jure-t-il. "Les enfants, les bébés, pourquoi meurent-ils ?"


Détroit d'Ormuz: l'Iran met en garde le Conseil de sécurité de l'ONU contre toute «action provocatrice»

 Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • Le détroit d'Ormuz, passage stratégique du marché mondial des hydrocarbures, est quasiment totalement bloqué par l'Iran en réaction à l'attaque américano-israélienne contre son territoire le 28 février
  • "M. Araghchi souligne que toute action provocatrice des agresseurs et de leurs soutiens, y compris au Conseil de sécurité de l'ONU concernant la situation dans le détroit d'Ormuz, ne fera que compliquer davantage la situation"

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz.

M. Araghchi s'exprimait jeudi et le vote était initialement prévu vendredi, avant l'annonce de son report sine die.

Le détroit d'Ormuz, passage stratégique du marché mondial des hydrocarbures, est quasiment totalement bloqué par l'Iran en réaction à l'attaque américano-israélienne contre son territoire le 28 février.

"M. Araghchi souligne que toute action provocatrice des agresseurs et de leurs soutiens, y compris au Conseil de sécurité de l'ONU concernant la situation dans le détroit d'Ormuz, ne fera que compliquer davantage la situation", selon un communiqué de son ministère.

Porté par Bahreïn, le texte fait l'objet de discussions par les 15 membres du Conseil depuis dix jours, reflétant leurs divergences.

Le dernier projet de résolution insiste sur le fait que le Conseil autoriserait tout Etat ou toute coalition d'Etats à utiliser des moyens "défensifs" pour assurer la sécurité des navires. Une stipulation de mandat défensif absente au départ.

Mais il n'est pas certain que cela soit suffisant à convaincre la Russie et la Chine, qui ont un droit de veto.

"L'Iran a fermé le détroit d'Ormuz, empêchant les navires commerciaux et les pétroliers de passer et posant des conditions pour permettre le passage de certains", a dénoncé jeudi le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jassem Al-Budaiwi, au nom de cette organisation qui regroupe l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et Oman.

"Nous appelons le Conseil de sécurité à prendre toutes ses responsabilités et à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les couloirs maritimes et assurer la poursuite en toute sécurité de la navigation internationale", a-t-il insisté à New York, avant l'annonce du report.


Le patron du Pentagone obtient le départ du chef d'état-major de l'armée de terre

Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde. (AFP)
Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde. (AFP)
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  • Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George
  • Ce très haut gradé "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur la plateforme X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite"

WASHINGTON: Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George, a fait savoir un responsable américain à propos de ce limogeage qui survient en pleine guerre contre l'Iran.

Ce très haut gradé "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur la plateforme X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite."

Il ne donne pas la raison de ce départ soudain.

CBS News, qui a révélé l'information, cite un responsable américain anonyme affirmant que Pete Hegseth souhaite nommer à sa place quelqu'un qui pourra appliquer la vision de Donald Trump et de son ministre pour l'armée de terre.

Le général Randy George, diplômé de la prestigieuse académie militaire de West Point, qui a servi en Irak et en Afghanistan, avait été nommé à ce poste en 2023, sous le mandat du président démocrate, Joe Biden.

Il s'agit d'un départ forcé de plus chez les plus hauts gradés de l'armée américaine depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.

Le président américain avait, sans explication, limogé début 2025 Charles "CQ" Brown, le chef d'état-major des armées, pour le remplacer par Dan Caine.

Depuis, ce sont les chefs de la marine, des gardes-côtes, de l'agence d'espionnage NSA, ainsi que de nombreux autres, qui ont été poussés vers la sortie par le gouvernement de Donald Trump.

Selon le Washington Post et CBS, deux autres généraux, David Hodne, chargé du Commandement de la transformation et de l'entraînement de l'armée, et William Green Jr, à la tête du corps des aumôniers militaires, ont par ailleurs été mis à l'écart en même temps que le général George.

Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde.

Des parlementaires de l'opposition démocrate se sont inquiétés d'une potentielle politisation de l'armée, traditionnellement plus isolée des batailles politiciennes que le reste de l'appareil d'Etat américain.

Pete Hegseth a aussi décidé l'an passé de réduire le nombre de plus hauts gradés de l'ensemble de l'armée.

 


Trump menace de nouvelles destructions de ponts et de centrales en Iran

Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques. (AFP)
Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques. (AFP)
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  • "Les ponts sont les prochains, puis les centrales électriques!", a mis en garde Donald Trump sur son réseau Truth Social
  • Donald Trump avait précédemment applaudi jeudi la destruction d'un pont emblématique près de Téhéran. Huit civils ont été tués dans cette frappe contre ce pont en construction, selon les médias iraniens

WASHINGTON: Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques.

"Les ponts sont les prochains, puis les centrales électriques!", a mis en garde Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Donald Trump avait précédemment applaudi jeudi la destruction d'un pont emblématique près de Téhéran. Huit civils ont été tués dans cette frappe contre ce pont en construction, selon les médias iraniens.

Les Etats-Unis n'ont "même pas commencé" leur programme de destruction des infrastructures civiles du pays, a prévenu M. Trump dans la soirée.

Le dirigeant américain a répété à plusieurs reprises que la grande majorité des sites militaires, cibles premières de l'offensive américano-israélienne débutée le 28 février en Iran, avait déjà été endommagée ou détruite.

"Les dirigeants du nouveau régime (iranien) savent ce qu’il faut faire, et qu’il faut le faire VITE!", a ajouté le président américain, qui alterne menaces et appels à Téhéran à accepter un accord de cessez-le-feu.