Brésil: procès crucial pour Bolsonaro, qui risque l'inéligibilité

L'ancien président brésilien Jair Bolsonaro prend la parole lors de la cérémonie d'ouverture du salon Agrishow à Ribeirao Preto, Sao Paulo, Brésil, le 1er mai 2023. (AFP)
L'ancien président brésilien Jair Bolsonaro prend la parole lors de la cérémonie d'ouverture du salon Agrishow à Ribeirao Preto, Sao Paulo, Brésil, le 1er mai 2023. (AFP)
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Publié le Mardi 20 juin 2023

Brésil: procès crucial pour Bolsonaro, qui risque l'inéligibilité

  • L'ancien chef de l'Etat (2019-2022) est poursuivi par le Tribunal électoral supérieur (TSE) pour s'en être pris à la justice électorale et avoir critiqué, sans preuve, la fiabilité du vote électronique

BRASILIA: A peine huit mois après sa défaite électorale, l'ancien président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro risque l'inéligibilité: il est jugé à partir de jeudi dans un procès qui pourrait le priver du scrutin de 2026.

L'ancien chef de l'Etat (2019-2022) est poursuivi par le Tribunal électoral supérieur (TSE) pour s'en être pris à la justice électorale et avoir critiqué, sans preuve, la fiabilité du vote électronique, quelques mois avant les élections remportées par son rival de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.

Lors d'un discours en juillet 2022 au palais présidentiel, il avait déclaré devant des diplomates européens vouloir "corriger des failles" dans le système électoral et demandé la "transparence" du vote.

"Nous avons le temps de résoudre le problème, avec la participation des forces armées", avait-il lancé en accompagnant d'une présentation PowerPoint son discours, diffusé en direct par la télévision publique.

Pour ces propos, M. Bolsonaro, 68 ans, pourrait être déclaré "inéligible" à des mandats publics pendant huit ans. Le parquet le poursuit pour "abus de pouvoir politique et usage indu des moyens de communication".

Le leader d'extrême droite avait attaqué sans la moindre preuve matérielle le vote électronique, un système bien connu au Brésil puisque le géant latino-américain y a recours depuis plus de 20 ans.

Durant toute sa campagne, il avait agité le risque de fraude, attisant la colère de ses partisans les plus radicaux qui, le 8 janvier, quelques jours seulement après l'entrée en fonction de Lula, avaient attaqué les sièges des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire à Brasilia. Des scènes d'émeutes et de saccage au cœur de la démocratie brésilienne, qui avaient choqué à travers le monde.

Si le tribunal ne rend pas sa décision dès jeudi, comme cela paraît probable, les délibérations pourront se poursuivre les 27 et 29 juin. Voire au-delà.

Selon une source judiciaire contactée par l'AFP, le dossier est si accablant pour M. Bolsonaro que la question est surtout de savoir "combien de votes contre" seront émis parmi les sept juges.

L'ex-président brésilien Bolsonaro cerné par les affaires judiciaires

Outre le procès pour abus de pouvoir qui commence jeudi, l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro est visé par une série de procédures judiciaires qui pourraient le conduire en prison ou lui valoir l'inéligibilité. Voici le point sur les menaces que la justice du Brésil fait planer sur l'ex-dirigeant d'extrême droite:

Devant la justice électorale

Le Tribunal supérieur électoral (TSE) se penchera jeudi sur la question de savoir s'il y a eu abus de pouvoir et utilisation abusive des médias lors d'une réunion que l'ancien dirigeant a tenue à Brasilia avec des ambassadeurs le 18 juillet 2022.

Ce jour-là, il avait présenté un exposé contenant des informations erronées sur le vote électronique et suggéré l'intervention de l'armée face à une éventuelle défaillance du système, moins de trois mois avant la présidentielle, au cours de laquelle il a été battu par Luiz Inacio Lula da Silva.

Au total, 16 affaires pour lesquelles M. Bolsonaro pourrait être déclaré "inéligible" sont en cours devant le TSE. Elles concernent notamment des attaques verbales contre le système électoral. S'il est reconnu coupable, il risque jusqu'à huit ans d'inéligibilité, ce qui l'empêcherait de participer à la présidentielle de 2026.

Devant la Cour suprême

Jair Bolsonaro est visé par cinq enquêtes devant le Tribunal suprême fédéral (STF) qui pourraient lui valoir des peines de prison.

Quatre d'entre elles portent sur des délits présumés commis durant son mandat (2019-2022), tandis que la cinquième concerne des soupçons d'incitation de ses partisans à prendre part aux émeutes du 8 janvier à Brasilia.

Dans l'une des affaires, il est accusé d'avoir interféré avec la police pour protéger des membres de sa famille soupçonnés de corruption.

Une autre concerne la diffusion d'informations erronées sur le système d'urnes électroniques. Les deux autres portent sur la diffusion sur les réseaux sociaux d'un rapport de police concernant une attaque présumée contre le système électoral et sur des déclarations à propos de la pandémie, dans lesquelles il fait un lien entre vaccin anti-Covid et sida.

Ne bénéficiant plus des privilèges liés à son ancien statut de président, il fait aussi l'objet de poursuites en première instance. Il est notamment accusé de "subversion" pour sa participation à des manifestations aux slogans antidémocratiques le 7 septembre 2021. S'il est reconnu coupable et condamné à la peine maximale, il risque jusqu'à de 40 ans de prison.

Certificat

En mai, il a également nié être impliqué dans la falsification présumée de ses certificats de vaccination anti-Covid ainsi que ceux de proches et de collaborateurs. Dans le cadre de cette enquête, la police a perquisitionné son domicile.

«Martyr»?

Ce rendez-vous judiciaire est lourd d'enjeux pour le camp bolsonariste aussi.

En cas d'inéligibilité, la droite brésilienne, qui représente à peu près la moitié des électeurs, pourrait se fracturer, selon des analystes.

M. Bolsonaro avait réuni plus de 58 millions des voix au second tour de 2022 et perdu avec seulement 1,8% d'écart face à Lula. Les partis conservateurs dominent encore le Congrès.

"Le risque de division dans le camp de la droite et de l'extrême droite existe, parce qu'il n'y a aucun présidentiable naturel, héritier de Bolsonaro", commente Leandro Consentino, professeur à l'Institut Insper de Sao Paulo.

L'ancien président, rentré au Brésil fin mars après un séjour aux Etats-Unis commencé avant même l'investiture de Lula, a admis publiquement la possibilité d'un revers judiciaire.

"Personne ne va changer notre manière d'agir (...). Nous savons comment est la justice au Brésil. Quoi qu'il advienne, nous nous préparons avec beaucoup de fierté pour chercher des alternatives", a-t-il dit la semaine dernière lors d'une cérémonie de son Parti libéral (PL).

L'ex-dirigeant n'est pas au bout de ses peines. Il fait face à une quinzaine de procédures devant le tribunal électoral.

Il est également visé par la Cour suprême dans cinq affaires, notamment celle des attaques du 8 janvier, et encourt des peines de prison.

M. Bolsonaro pourrait déposer un recours après une éventuelle condamnation par le Tribunal électoral supérieur, d'après le professeur de l'Insper, qui juge toutefois faibles ses chances de succès.

Selon lui, en cas d'échec, il pourrait être tenté de se présenter en "martyr": "Bolsonaro va tenter de tenir captive sa base la plus dure de partisans en assurant qu'il est victime de persécution politique".

Après deux mandats (2003-2010), Lula a été réélu fin 2022 à la présidence après avoir passé 18 mois en prison entre 2018 et 2019 pour corruption, avant d'être libéré par la Cour suprême.


Witkoff et Kushner à Doha, pas de pourparlers directs entre américains et iraniens

Le Premier ministre du Qatar, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani. (AFP)
Le Premier ministre du Qatar, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani. (AFP)
  • Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont annoncé dimanche avoir bombardé le pays en retour
  • En réponse, l'Iran a ciblé deux de ses voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn

DOHA: Une délégation iranienne doit rencontrer des médiateurs mercredi à Doha dans le cadre des négociations avec Washington pour mettre fin à la guerre, selon les autorités iraniennes qui soulignent leur refus de négociations directes avec les Etats-Unis.

Des émissaires américains sont arrivés mardi à Doha pour des discussions sur l'Iran avec des médiateurs qataris.

L'Iran a lui aussi annoncé l'envoi cette semaine d'une délégation au Qatar, mais exclu tout contact direct avec les responsables américains, après des échanges de frappes qui ont menacé de faire voler en éclats la trêve.

Voici ce que l'on sait de la situation:

Witkoff et Kushner à Doha 

Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, hommes de confiance du président Donald Trump, sont arrivés à Doha pour discuter avec des responsables qataris de l'Iran et de la situation au Liban, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar, Majed al-Ansari.

"A ma connaissance, aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties (américaine et iranienne) dans les prochains jours", a-t-il néanmoins ajouté.

Lundi, Donald Trump avait laissé entendre que des discussions entre Washington et Téhéran devaient se tenir mardi. "L'Iran a demandé une réunion. Elle aura lieu demain (mardi) à Doha", avait-il affirmé.

Après avoir d'abord démenti toute réunion, la diplomatie iranienne a confirmé lundi l'envoi d'une "délégation d'experts" cette semaine à Doha, menée par le vice-ministre des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi. Une première réunion est prévue avec les médiateurs mercredi selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Mais "dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau", a-t-il insisté.

Les Etats-Unis et l'Iran se sont à plusieurs reprises contredits depuis le début des discussions ayant abouti le 17 juin à la signature d'un protocole d'accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, avec des négociations se matérialisant subitement alors que la situation semblait dans l'impasse.

Ormuz, le nœud gordien 

Un diplomate au fait des pourparlers a déclaré à l'AFP que des "équipes techniques" américaines et iraniennes devaient se rencontrer pour parler de "la mise en œuvre du protocole d'accord" conclu entre les deux pays.

"Les canaux de communication pour désamorcer les incidents sont opérationnels", a-t-il ajouté.

Si la signature du pacte entre Washington et Téhéran a permis de réduire l'intensité du conflit, d'importantes tensions existent autour de la gestion du stratégique détroit d'Ormuz, où le trafic a ralenti ce weekend après deux attaques de navires.

Au total, 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, un chiffre en net recul par rapport aux jours précédents.

L'Iran répète depuis des semaines vouloir imposer un droit de passage sous une forme ou une autre, une mesure jugée inacceptable par les Etats-Unis.

Depuis la levée du blocus ayant suivi le protocole d'accord avec les Etats-Unis, l'Iran a exporté "plus de 40 millions de barils de pétrole, a déclaré le chef de l'équipe de négociation Mohammad Bagher Ghalibaf lors d'une interview diffusée mardi soir à la télévision d'Etat.

En revanche, durant les 50 à 60 jours précédents, "nous avions été dans l'impossibilité totale d'exporter ne serait-ce qu'un seul baril de pétrole", a-t-il observé.

Reflétant les incertitudes sur les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, le prix du brut progressait mercredi. Vers 01H50 GMT, le Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, montait de 0,32% à 73,18 dollars.

L'Iran prêt pour le dialogue et la guerre  

Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont annoncé dimanche avoir bombardé le pays en retour. En réponse, l'Iran a ciblé deux de ses voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn.

La situation semble depuis s'être apaisée sur le plan militaire, même si le chef de l'équipe de négociation iranienne Mohammad Bagher Ghalibaf a encore répété que l'Iran se tenait prêt pour "la guerre" - tout en privilégiant "le dialogue".

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans les pourparlers avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes ces derniers jours, malgré la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre pour une "paix durable".

L'accord-cadre prévoit notamment qu'Israël continue d'occuper le sud du Liban, comme depuis le début de cette nouvelle guerre contre le Hezbollah, jusqu'à ce que le mouvement chiite soutenu par l'Iran rende les armes - ce qu'il refuse de faire.

Une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en œuvre malgré la pression des Etats-Unis.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le nord d'Israël en soutien à l'Iran, visé par l'offensive américano-israélienne. Israël a riposté en jurant d'"éliminer" le mouvement, et déployé ses troupes dans le sud. Ses frappes ont depuis fait plus de 4.200 morts, selon Beyrouth.


Pas de négociation directe entre l'Iran et les Etats-Unis à Doha, selon le Qatar

  • "M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le L
  • "Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens"

DOHA: Le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit Iran/Etats-Unis, a affirmé mardi qu'aucune discussion directe n'était prévue dans les jours à venir à Doha, où Washington a envoyé ses émissaires pour des réunions avec des médiateurs.

Les deux camps avaient annoncé l'envoi de responsables au Qatar pour avancer après la signature mi-juin d'un protocole d'accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban.

"M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le Liban", a déclaré Majed Al Ansari, porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar.

"Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens", a-t-il précisé. Par ailleurs, selon lui, "aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties dans les prochains jours" ni aucune "réunion de haut niveau".

Côté iranien, une "délégation technique effectue des allers-retours à Doha en fonction de l'avancée des négociations. Il n'y a actuellement aucune délégation de haut niveau sur place", a ajouté le porte-parole.

Les discussions techniques portent sur des points du dossier nucléaire, des questions économiques, de performance de l'Etat ou sur la sécurité, a énuméré Majed Al Ansari.

Le Qatar a d'abord refusé de prendre le rôle de médiateur, après avoir été la cible de tirs iraniens en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran. Mais depuis plusieurs semaines, il joue un rôle plus actif dans les négociations auprès du Pakistan, autre pays médiateur.


Hostilités en pause entre Téhéran et Washington, réunions annoncées au Qatar

Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
  • L’Iran et les États-Unis prévoient des échanges au Qatar, mais Téhéran exclut toute négociation directe
  • Tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz après des attaques et un ralentissement du trafic maritime

WASHINGTON: L'Iran et les Etats-Unis ont annoncé lundi des réunions cette semaine au Qatar après leurs attaques des derniers jours, mais Téhéran évoque des rencontres techniques sans négociations directes avec le camp adverse quand Washington parle de "réunions de haut niveau".

Les deux camps ont décidé, selon un responsable américain, de cesser leurs attaques, menées en dépit de la signature d'un protocole d'accord à la mi-juin pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient.

Et le président américain a écrit sur son réseau Truth Social: "L'IRAN A DEMANDE UNE REUNION. ELLE AURA LIEU DEMAIN (mardi) A DOHA !".

Peu après, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a annoncé sur Fox News que les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner se rendraient sur place "cette semaine pour participer à des réunions de haut niveau".

D'après CNN, qui cite deux responsables américains, Steve Witkoff est déjà en route pour Doha.

Un diplomate au fait des pourparlers a confirmé à l'AFP une rencontre "ces prochains jours des équipes techniques", ajoutant que "les canaux de communication pour désamorcer les incidents étaient opérationnels".

- Tensions autour d'Ormuz -

Après avoir d'abord démenti toute réunion, la diplomatie iranienne a confirmé lundi l'envoi d'une "délégation d'experts" cette semaine à Doha. Mais "dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau", a insisté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Les tensions se cristallisent autour de la gestion du stratégique détroit d'Ormuz, où le trafic a ralenti ce week-end après deux attaques de navires.

Au total, 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, un chiffre en net recul par rapport aux jours précédents.

L'Iran répète depuis des semaines en dépit de l'opposition des Etats-Unis qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage était gratuit. Et il a menacé les navires tentés de contourner l'itinéraire autorisé.

Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont bombardé le pays en retour, et l'Iran a ciblé ses voisins du Golfe, Koweït et Bahreïn.

De quoi fragiliser le protocole d'accord signé le 17 juin entre Téhéran et Washington.

- Frais de service -

L'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur le transit dans le détroit et envisagent donc des frais de service. Pourtant la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, non ratifiée par Téhéran, garantit la liberté de navigation "sans entrave" des navires dans les détroits servant à la navigation internationale.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, cette voie maritime cruciale pour le commerce mondial d'hydrocarbures a rouvert peu après la signature du protocole d'accord.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes.

Oman entretient de son côté le flou et a annoncé l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués.

Le sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq, et le président français Emmanuel Macron ont plaidé lundi pour une "navigation libre, sans conditions ni restrictions" et convenu d'y mener des "opérations de déminage conjointes". Ce à quoi la diplomatie iranienne a répondu en sommant la France de ne pas "compliquer davantage" la situation.

- "Détermination" -

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans les pourparlers avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes ce week-end, malgré la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre pour une "paix durable".

Selon un média d'Etat libanais, une frappe israélienne a encore eu lieu lundi dans le sud du pays.

L'accord-cadre prévoit notamment qu'Israël continue à occuper le sud du Liban, comme depuis le début de cette nouvelle guerre contre le Hezbollah, jusqu'à ce que le mouvement chiite soutenu par l'Iran rende les armes.

Une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en oeuvre malgré la pression des Etats-Unis.

Lundi, le président libanais Joseph Aoun a justement affiché sa "détermination" à asseoir l'autorité de l'Etat en déployant son armée jusqu'à la frontière avec Israël, dans une zone où le Hezbollah est implanté.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le nord d'Israël en soutien à son parrain iranien, visé par l'offensive américano-israélienne. Israël a riposté en jurant d'"éliminer" le mouvement, et déployé ses troupes dans le sud. Ses frappes ont depuis fait plus de 4.200 morts, selon Beyrouth.