Frankly Speaking: Le régime d'Assad compte-t-il rompre ses liens avec le trafic de stupéfiants?

Lors de son entretien avec Katie Jensen, Caroline Rose a souligné la popularité du captagon dans le Golfe (Photo, AN).
Lors de son entretien avec Katie Jensen, Caroline Rose a souligné la popularité du captagon dans le Golfe (Photo, AN).
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Publié le Mardi 18 juillet 2023

Frankly Speaking: Le régime d'Assad compte-t-il rompre ses liens avec le trafic de stupéfiants?

  • À l'occasion de la Journée internationale contre l'abus et le trafic de drogues, l'experte doute de la volonté de la Syrie de changer malgré sa réintégration au sein de la Ligue arabe
  • Un documentaire d'Arab News enquête sur les sources du commerce du captagon et met en lumière la lutte de l’Arabie saoudite contre la drogue

DUBAÏ: À l'occasion de la Journée internationale contre l'abus et le trafic de drogues, Caroline Rose, chercheuse spécialisée dans le commerce du captagon, déclare qu'elle doute que le régime de Bachar al-Assad renonce aux revenus lucratifs de son commerce de drogues, malgré le soutien des pays arabes et les engagements pris lors du sommet de la Ligue arabe à Djeddah le mois dernier.

Lors de son passage à l'émission Frankly Speaking d'Arab News, la directrice de l'institut New Lines a souligné que la production de captagon en Syrie constituait non seulement «une source importante de revenus» pour le régime, mais qu'elle «soutenait également un délicat système de pouvoir et de patronage dans les zones contrôlées par le régime, sur lequel le régime d'Assad s'est appuyé tout au long de la guerre civile».

Selon la chercheuse, plusieurs «grands acteurs» impliqués dans le commerce du captagon, «comme Maher al-Assad», sont «des proches de Bachar al-Assad lui-même, ou des membres du puissant et influent appareil de sécurité syrien». «Ils contribuent tous à maintenir la mainmise du régime syrien sur le pouvoir et le territoire dans tout le pays», affirme-t-elle.

Interrogée sur l'impact de la frappe aérienne saoudo-jordano-égyptienne qui a tué le caïd du captagon Merhi al-Ramthan à l'intérieur de la Syrie le 8 mai, Mme Rose explique que bien qu'Al-Ramthan soit un «trafiquant et un contrebandier influent dans le sud (de la Syrie)», il ne joue pas un rôle clé dans la production, ce qui fait de lui un «petit poisson... que le régime pourrait abandonner pour prouver sa bonne volonté».

L'experte fait remarquer «qu'Al-Ramthan a été abandonné contrairement à plusieurs autres individus clés», ce qui signifie que l'opération était «une opportunité pour le régime syrien de montrer son intention sincère de s'attaquer au trafic de captagon».

L'attaque aérienne conjointe a été menée une semaine après l'engagement pris par la Syrie dans la lutte contre le trafic de stupéfiants le long de ses frontières avec la Jordanie et l'Irak. Les ministres des Affaires étrangères de la Syrie, de l'Égypte, de l'Irak, de l'Arabie saoudite et de la Jordanie se sont réunis à Amman au début du mois de mai pour élaborer la feuille de route d'un règlement politique de la guerre qui dure depuis 12 ans.

Trafic sophistiqué

Expliquant l'importance de l'assassinat d'Al-Ramthan, Mme Rose indique que dans le sud de la Syrie, qui «a pris de l'importance dans le commerce du captagon», le défunt caïd «dirigeait un vaste réseau de trafiquants recrutés, en grande partie des tribus locales ou des trafiquants impliqués dans le commerce illicite depuis des dizaines d'années».

Selon elle, Al-Ramthan «était chargé d'exporter le trafic de captagon hors de Syrie», soulignant que les trafiquants du sud de la Syrie tentaient de trouver de nouveaux itinéraires «qui pourraient ouvrir un accès aux marchés cibles du Golfe».

Mme Rose estime que l'assassinat d'Al-Ramthan a «servi de message à un certain nombre de trafiquants»: «Si vous n'êtes pas en étroite coordination avec le régime syrien, vous avez une cible dans le dos.»

C'est pourquoi, selon ses dires, le monde se prépare à faire face à «des méthodes de contrebande et de production de captagon beaucoup plus créatives et sophistiquées», mais pas nécessairement comparables à l'épidémie d'opioïdes, qui «a coïncidé avec une augmentation considérable de décès», en particulier aux États-Unis.

Avec le captagon, «nous n'avons pas nécessairement constaté le taux de mortalité associé à l'épidémie d'opioïdes, donc j'éviterais toute analogie», ajoute-t-elle.

En 2017, le département américain de la Santé et des Services sociaux a déclaré que la crise des opioïdes était une urgence de santé publique. De 1999 à 2019, plus de 760 000 décès ont été enregistrés à la suite d'overdoses et, en 2020, près de 75% des décès par overdose étaient liés aux opioïdes.

Toutefois, rappelant la diversité et la portée du trafic de captagon, Mme Rose précise que «pour ce qui est des techniques de contrebande sophistiquées et avancées, je pense que le captagon est tout à fait compétitif dans ce domaine».

«Des fruits et des légumes sont utilisés ainsi que des machines. Des sacs de marque, des bureaux d'écolier et parfois même des drones sont utilisés pour acheminer clandestinement du captagon. Cela vaut non seulement pour les cargaisons de captagon envoyées dans les ports maritimes, mais aussi pour le captagon saisi le long des postes-frontières terrestres», souligne-t-elle.

«Ces trafiquants surveillent de près les différentes évolutions du commerce, mais aussi les moyens de répression dont disposent les forces de l'ordre, et ils calculent avec précision les nouveaux mécanismes du trafic de captagon qui leur permettront d'atteindre de nouveaux marchés de destination et de se tailler de nouveaux marchés de transit.»

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Lors de l'entretien accordé à Frankly Speaking, Rose a affirmé que la popularité du captagon tenait principalement à ses «utilisations multiples» (Photo, AN).

Le mois dernier, le gouvernement Biden a déclaré qu'il publierait une stratégie approuvée par le Congrès pour freiner le flux de captagon en provenance de Syrie. Cette annonce a soulevé des interrogations sur les raisons du passage à l’action des États-Unis alors que le narcotrafic syrien a commencé à se développer après l'éclatement de la guerre en 2011.

Selon la chercheuse, la stratégie visant à endiguer le trafic de captagon en Syrie était «à l'origine un amendement du NDAA (loi d'autorisation de la défense nationale) de l'année précédente», et «il a fallu deux ans pour le faire adopter».

Elle estime que «la reconnaissance du captagon en tant que problème et crise dans la région... a pris un certain temps. Il a également fallu du temps pour rassembler et compiler les preuves de la participation du régime à ce commerce, et pour que les États-Unis comprennent qu'il ne s'agit pas d'une économie illicite quelconque dans la région, mais d'un problème aux répercussions concrètes en matière de sécurité et de géopolitique».

«Je pense aussi que cette démarche est due à la bureaucratie habituelle. Il faut beaucoup, beaucoup de temps, surtout dans le système législatif américain, pour faire passer des initiatives de ce type», poursuit-elle.

L'Arabie saoudite, un marché «lucratif»

Quant à la prévalence du captagon au Moyen-Orient et à sa propagation à l'échelle mondiale, Mme Rose explique que la popularité de cette drogue tient à son prix relativement bas et à ses «utilisations multiples»: elle permet de soulager les traumatismes, d'améliorer la productivité et de procurer une sensation d'euphorie.

La chercheuse souligne que la drogue est populaire auprès de différents groupes démographiques dans le Golfe. Certaines personnes l'utilisent à des fins récréatives alors qu'elle est également convoitée «par des étudiants universitaires qui préparent des examens afin d'augmenter leur productivité. Dans toute la région, des chauffeurs de taxi, des chauffeurs de poids lourds et des camionneurs y ont recours, de même que des travailleurs qui souhaitent faire des heures supplémentaires.»

«La principale information sur le captagon qui devrait être mieux communiquée au public, en particulier sur les marchés de destination comme l'Arabie Saoudite, est le fait que nous ne savons plus ce que contiennent les pilules» de cette drogue, avertit Mme Rose.

«Il s'agissait d'éthylène pendant les années 1960 à 1980... mais depuis le début des années 2000, des formules différentes de captagon ont été révélées par l'une des rares analyses chimiques effectuées.»

«En raison de ce manque d'uniformité, les fabricants font du captagon ce qui leur convient, ce qui suscite et devrait susciter de graves inquiétudes en matière de santé publique», poursuit-elle.

Selon la chercheuse, l'Arabie saoudite est un marché «lucratif» pour les réseaux de trafiquants, principalement en raison de sa richesse et de sa composition démographique, notamment «une population considérable de jeunes ayant beaucoup d'argent à dépenser».

Un nouveau documentaire d'Arab News, intitulé Abu Hilalain: Inside the Kingdom's crackdown on Captagon, plonge dans la lutte de l'Arabie saoudite contre le captagon à travers une enquête sur les origines, la production et le trafic de cette drogue, ainsi que sur sa consommation dans le pays.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Liban: nouvelles frappes israéliennes malgré la prolongation de la trêve

Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
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  • Israël a mené de nouvelles frappes dans le sud du Liban après avoir ordonné l’évacuation de plusieurs villages, malgré la prolongation récente de la trêve entre les deux pays lors de négociations à Washington
  • Les violences continuent d’aggraver la crise humanitaire : plus de 400 personnes ont été tuées depuis le début de la trêve et près d’un million de personnes ont été déplacées au Liban depuis le début du conflit régional

BEYROUTH: Israël mène de nouvelles frappes sur le sud du Liban samedi après avoir ordonné aux habitants de neuf villages d'évacuer, malgré la prolongation d'un mois et demi de la trêve lors de négociations entre les deux pays la veille à Washington.

"Les forces de défense israéliennes ont commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban", a affirmé l'armée israélienne dans un communiqué.

L'Agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle) a rapporté des frappes sur au moins cinq villages du sud, précédées un mouvement d'exode des habitants vers Saïda, la grande ville du sud, et Beyrouth.

L'armée israélienne avait auparavant ordonné aux habitants de neuf villages des régions de Saïda et Nabatiyé de les évacuer en prévision de frappes.

Ces frappes sur le sud dévasté se poursuivent malgré l'annonce vendredi soir de la prolongation d'une trêve entrée en vigueur le 17 avril entre les deux pays, et qui devait expirer dimanche.

Israël et le Liban mènent des négociations à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Le Hezbollah pro-iranien est opposé à ces négociations et continue de revendiquer des attaques contre l'armée israélienne qui occupe désormais une partie du sud du pays, et épisodiquement contre le nord d'Israël.

Plus de 400 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars et près de 3.000 personnes ont été tuées et plus d'un million déplacées depuis, selon les chiffres officiels.


"J'aurais voulu passer le bac": déception après l'annulation des examens au Moyen-Orient et au Mali

Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
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  • Le ministère français de l’Éducation a annulé les épreuves du brevet et du baccalauréat dans plusieurs pays du Moyen-Orient et au Mali en raison de la situation sécuritaire, remplaçant les examens par les moyennes annuelles des élèves
  • De nombreux élèves et enseignants au Liban expriment leur déception, estimant que le bac représentait une récompense symbolique pour leurs années de travail et craignant une perte du prestige du diplôme français

BEYROUTH: "J'aurais voulu passer le bac comme une récompense de mon travail": des élèves et professeurs expriment leur déception après la récente annonce de l'annulation des épreuves écrites et orales du brevet et du bac dans les établissements français de pays du Moyen-Orient et au Mali.

Cette année, les candidats scolarisés dans les établissements français homologués du Bahreïn, des Émirats arabes unis, d'Irak, d'Iran, d'Israël, du Koweït, du Liban, du Qatar et du Mali, ainsi que ceux inscrits en classes réglementées auprès du Centre national d'enseignement à distance (Cned), "se verront attribuer leur moyenne annuelle dans les enseignements concernés", a indiqué mardi le ministère français de l'Education nationale.

Cette mesure, liée à la guerre au Moyen-Orient et à la situation sécuritaire critique au Mali, concerne les épreuves écrites du diplôme national du brevet, les épreuves anticipées de français, à l'écrit comme à l'oral, et de mathématiques du baccalauréat général et technologique, ainsi que les épreuves de spécialité et de philosophie et le grand oral en classe de Terminale.

"Les candidats se présentant sous statut individuel pourront se présenter à la session de remplacement prévue en septembre 2026", tant pour le brevet que pour le baccalauréat, a précisé le ministère.

"J'aurais voulu faire le bac honnêtement, donc j'étais un peu triste d'apprendre qu'ils vont l'annuler", a réagi Yana Abdallah, 18 ans, élève du Collège des Saints-Coeurs Kfarhbab, au Liban.

Pour cette élève, qui affiche entre 16 et 17/20 de moyenne, se confronter à l'examen aurait marqué symboliquement la fin d'un cycle: "Nous avons travaillé pour le bac depuis notre entrée à l'école", rappelle-t-elle. Le passer aurait été comme une "récompense pour toute la fatigue que m'a valu mon travail".

Son école, qui se basera sur les notes du contrôle continu, n'a pas exclu la possibilité d'organiser un second bac blanc pour ne pas léser les élèves.

Les examens organisés "étaient jusqu'à présent comme une préparation mais sans que les élèves n'y mettent toute leur concentration", souligne Yana Abdallah, jugeant que son établissement essaye de les aider "autant que possible".

- "Suite désastreuse" -

Selon les chiffres de l'ambassade de France, le Liban compte en Terminale 3.166 élèves dans des établissements officiellement reconnus par les autorités et 402 élèves en candidats libres.

"Je suis contre l'annulation de ce diplôme, chaque fois que le bac a été annulé, la suite a été désastreuse", a témoigné auprès de l'AFP Hyam Merheb, 73 ans, à la retraite, ancienne enseignante de français pendant 45 ans au Liban.

"Le bac français a gardé son prestige malgré tous les événements par lesquels on est passé", juge-t-elle. "C'est la seule image encore positive que l'on peut avoir de notre pays et de l'enseignement tel qu'il était auparavant".

La décision du gouvernement est "incompréhensible", "tout le monde était prêt" pour faire passer les épreuves, avec des aménagements (moins de textes à préparer pour l'oral de français, par exemple), a aussi réagi auprès de l'AFP une enseignante et représentante syndicale du Grand lycée franco-libanais de Beyrouth, qui souhaite rester anonyme.

"Personne ne s'attendait à cette décision, les élèves de terminale avaient reçu leur convocation ce (mardi) matin", a-t-elle rapporté, déplorant avoir appris la nouvelle par la presse.

A Bamako au Mali, l’école française "Liberté" comptait à la rentrée de septembre 1.380 élèves, dont 600 en classe d'examens. "Mais, nous en avons perdu 80 en cours d'année, partis à cause de l’insécurité", a appris l'AFP auprès de membres de l’association des parents d’élèves de l’établissement.

"Notre combat est de faire en sorte que le lycée puisse ouvrir à la rentrée de septembre prochain", poursuit-on de même source.

En raison de la situation sécuritaire critique, les cours sont désormais assurés uniquement en ligne.

Selon le ministère, des mesures d'aménagement pourront également être décidées dans d'autres pays, jusqu'à 15 jours avant le début des épreuves, si les conditions locales ne permettent pas leur organisation.

Le coup d'envoi du baccalauréat sera donné le 11 juin avec l'épreuve écrite anticipée de français pour les élèves de Première.


Le Liban et Israël prolongent leur cessez-le-feu de 45 jours

Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
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  • Le Liban et Israël ont accepté de prolonger leur cessez-le-feu de 45 jours après des discussions jugées « positives » à Washington
  • Malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril, les frappes israéliennes contre le Hezbollah au Liban ont continué, causant des centaines de morts selon les autorités libanaises

WASHINGTON: Israël et le Liban ont donné leur accord à une prolongation d'un mois et demi du cessez-le-feu pendant de nouvelles négociations entre les deux pays à Washington, même si de nouvelles frappes israéliennes ont visé le sud du Liban vendredi.

Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dit avoir "reçu des messages" de Washington en faveur de la reprise des négociations pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient, ajoutant être ouvert à une aide de Pékin.

Le cessez-le-feu israélo-libanais, qui arrivait à expiration dimanche, "va être prolongé de 45 jours afin de permettre de nouveaux progrès", a annoncé la diplomatie américaine après une nouvelle session de négociations directes entre des représentants d'Israël et du Liban jeudi et vendredi.

Le département d'Etat américain a précisé qu'il organiserait un nouveau cycle de discussions les 2 et 3 juin. D'ici là, le Pentagone réunira des délégations militaires des deux pays le 29 mai.

L'ambassadeur d'Israël à Washington, Yechiel Leiter, a déclaré à l'issue des pourparlers qu'il serait essentiel de garantir la sécurité de son pays.

"Il y aura des hauts et des bas, mais les chances de réussite sont grandes ", a-t-il écrit sur le réseau X.

La délégation libanaise a salué de son côté une prolongation qui ouvre la voie "à une stabilité durable", mais insisté sur la nécessité d'un "processus par étapes et vérifiable", soutenu par Washington.

- "Irresponsable" -

S'exprimant depuis le Liban, le Premier ministre Nawaf Salam a accusé le Hezbollah pro-iranien d'avoir entraîné le pays dans une nouvelle guerre "irresponsable".

"Assez de ces aventures irresponsables servant des projets ou intérêts étrangers", a-t-il lancé, appelant au soutien des pays arabes, et plus largement de la communauté internationale, dans les négociations avec Israël.

Malgré l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 17 avril, Israël poursuit ses frappes au Liban, disant viser le Hezbollah, et le mouvement chiite continue de tirer des roquettes sur des positions israéliennes.

Le Liban a annoncé la mort de six personnes, dont trois secouristes du Comité islamique de santé, affilié au Hezbollah, dans un bombardement israélien dans le sud du pays.

Plus de 400 personnes ont péri dans des frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Au moment des discussions à Washington vendredi, l'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation pour une dizaine de secteurs dans le sud du Liban et annoncé "mener des frappes contre l'infrastructure du Hezbollah dans la région de Tyr".

- "Des femmes et enfants" -

"Il n'y a ici que des femmes, des enfants et des personnes âgées. Cette frappe cause de nouveaux déplacements de personnes", a déclaré à l'AFP Hafez Ramadan, qui vit près de l'immeuble visé par la frappe, qui abritait selon lui surtout des déplacés.

Les frappes à Tyr ont fait 37 blessés, dont six membres du personnel médical de l'hôpital, quatre enfants et neuf femmes, selon le ministère de la Santé.

Le Hezbollah a revendiqué des attaques de drones contre des casernes dans le nord d'Israël, ainsi que d'autres contre les forces israéliennes positionnées dans plusieurs localités libanaises frontalières. L'armée israélienne est déployée dans cette zone pour pouvoir, selon elle, protéger la population du nord d'Israël des tirs du mouvement pro-iranien.

Israël, comme les Etats-Unis, appelle Beyrouth à désarmer le Hezbollah.

"Le Liban négocie pour un avenir dans lequel ses frontières seront respectées (et) sa souveraineté assurée seulement" par son armée,  a souligné aussi la délégation libanaise à Washington.

Un des hauts responsables du mouvement pro-iranien, Mahmoud Qomati, a qualifié les négociations avec Israël "d'humiliantes" et dénoncé "un complot contre le pays".

- "Bonnes intentions" -

Du côté de Téhéran, le ministre des Affaires étrangères, en visite en Inde, s'est dit ouvert à une aide de la Chine pour mettre fin au conflit, au lendemain de propos à Pékin de Donald Trump, selon qui son homologue chinois Xi Jinping a proposé d'aider à rouvrir le détroit d'Ormuz.

"Nous savons que (les) Chinois ont de bonnes intentions. Toute initiative de leur part susceptible de soutenir la diplomatie serait donc la bienvenue", a déclaré M. Araghchi.

Les Gardiens de la Révolution iraniens permettent désormais à davantage de navires de passer par le détroit, quasi paralysé par Téhéran depuis le début de la guerre, a affirmé la télévision publique.

La veille, la chaîne avait fait état de plus de 30 navires autorisés à transiter par le détroit, qui voit passer d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

De son côté, le porte-avions français Charles-De-Gaulle et son escorte sont arrivés "sur zone" au large de la péninsule arabique où ils sont prépositionnés en cas de déclenchement d'une mission "neutre" pour rétablir la navigation dans le détroit d'Ormuz, a annoncé la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.