L'assassinat d'un baron syrien du Captagon fait monter la pression sur les trafiquants du Moyen-Orient

Une photo du site web syrien Suwayda24 montre le complexe appartenant au chef du cartel de Captagon, Merhi al-Ramthan, après les frappes aériennes (Photo fournie).
Une photo du site web syrien Suwayda24 montre le complexe appartenant au chef du cartel de Captagon, Merhi al-Ramthan, après les frappes aériennes (Photo fournie).
La Jordanie effectue depuis longtemps des patrouilles le long de sa frontière pour lutter contre la contrebande de drogues en provenance de Syrie (Photo, AFP).
La Jordanie effectue depuis longtemps des patrouilles le long de sa frontière pour lutter contre la contrebande de drogues en provenance de Syrie (Photo, AFP).
Saisie de Captagon en provenance de la Syrie par les la douane saoudienne (Photo fournie).
Saisie de Captagon en provenance de la Syrie par les la douane saoudienne (Photo fournie).
Un agent de la direction du contrôle des stupéfiants du ministère saoudien de l'Intérieur effectue une vérification de stupéfiants saisis (Photo, AFP/ Archives).
Un agent de la direction du contrôle des stupéfiants du ministère saoudien de l'Intérieur effectue une vérification de stupéfiants saisis (Photo, AFP/ Archives).
Le ministre libanais de l'Intérieur, Bassam Mawlawi (à gauche), donne une conférence de presse sur la saisie d'une cache de comprimés de Captagon qui étaient cachés dans des boîtes de thé pour être passés en contrebande, à Beyrouth, capitale du Liban, le 25 janvier 2022 (Photo, AFP/ Archives).
Le ministre libanais de l'Intérieur, Bassam Mawlawi (à gauche), donne une conférence de presse sur la saisie d'une cache de comprimés de Captagon qui étaient cachés dans des boîtes de thé pour être passés en contrebande, à Beyrouth, capitale du Liban, le 25 janvier 2022 (Photo, AFP/ Archives).
Une photo prise lors d'une visite organisée par l'armée jordanienne montre un drone survolant un poste d'observation le long de la frontière avec la Syrie, le 17 février 2022 (Photo, AFP/ Archives).
Une photo prise lors d'une visite organisée par l'armée jordanienne montre un drone survolant un poste d'observation le long de la frontière avec la Syrie, le 17 février 2022 (Photo, AFP/ Archives).
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Publié le Jeudi 11 mai 2023

L'assassinat d'un baron syrien du Captagon fait monter la pression sur les trafiquants du Moyen-Orient

  • Merhi al-Ramthan, l'une des personnes les plus recherchées de Jordanie, a été tué lors d'une frappe aérienne à Sweida le 8 mai
  • Plusieurs hauts responsables syriens ont été sanctionnés par les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Union européenne pour leur rôle dans le commerce du Captagon

DUBAÏ/AMMAN: Quelques jours seulement après qu'Ayman Safadi, ministre jordanien des Affaires étrangères, a déclaré dans une interview accordée à CNN que son pays «ne prenait pas la menace de la contrebande de drogue à la légère» et qu'il était prêt «à faire le nécessaire pour contrer cette menace», Merhi al-Ramthan, un baron de la drogue syrien réputé, a été tué lorsque des frappes aériennes ont visé sa maison dans le village de Chuab, dans le gouvernorat de Sweida.

Des médias citant l'Observatoire syrien des droits de l'homme, basé en Grande-Bretagne, ont indiqué qu'une deuxième frappe aérienne avait visé une installation soupçonnée de fabriquer de la drogue à Daraa, un gouvernorat du sud de la Syrie. Un militant de l'opposition syrienne a révélé que l'installation était utilisée par des groupes soutenus par l'Iran pour produire et stocker des drogues avant de les faire passer en contrebande vers la Jordanie.

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Carte illustrant un deuxième site bombardé par l'armée de l'air jordanienne. Il s'agit d'une station d'eau abandonnée dans l'ouest de la province de Daraa, qui aurait été utilisée par les cartels pro-Assad pour fabriquer du Captagon (Photo, Réseaux sociaux).

Longtemps considéré comme l'homme le plus recherché de Jordanie, Al-Ramthan opérait aux frontières de la Jordanie, ayant recours à des chômeurs pour faire sortir clandestinement des pilules de Captagon de Syrie par des points de passage et des frontières poreuses.

Selon un article paru dans le journal jordanien Al-Ghad en juillet de l'année dernière, la Cour de sûreté de l'État a donné à Al-Ramthan et à d'autres personnes un délai de dix jours pour se rendre. Elle a déclaré qu'un tribunal jordanien l'avait reconnu coupable d'avoir importé des substances narcotiques dans l'intention d'en faire le trafic.

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Paquets de Captagon saisis dans le port d'Al Haditha en Jordanie (Photo avec l'aimable autorisation de la Zakat, Autorité fiscale et douanière).

Le Captagon, une amphétamine qui crée une forte dépendance, agit en stimulant le système nerveux, ce qui permet à l'utilisateur d'être plus alerte et de mieux se concentrer tout en dormant peu. Ce stupéfiant est devenu très populaire au plus fort de la guerre civile syrienne, lorsque les combattants de tous les camps étaient soupçonnés de l'utiliser.

Un rapport publié en avril 2022 par l’institut New Lines pour la stratégie et la politiques sur le commerce du Captagon au Moyen-Orient a indiqué que la Syrie est devenue «la plaque tournante d'une production de taille industrielle».

Le rapport a en outre affirmé que «des membres du gouvernement syrien sont les principaux moteurs du commerce du Captagon, avec des complicités ministérielles dans la production et la contrebande, utilisant ce commerce comme un moyen de survie politique et économique au milieu des sanctions internationales».

Caroline Rose, analyste principale au sein du groupe de réflexion de Washington, a déclaré à Arab News en février qu'il ne fait aucun doute que «le Captagon est produit et trafiqué par un ensemble d'individus très proches du régime de Bachar al-Assad, dont certains sont des cousins et des parents de membres du régime».

Al-Ramthan était connu pour être un fervent partisan du président Al-Assad et du groupe armé libanais Hezbollah. Il opérait librement grâce à la couverture de sécurité que lui fournissaient les branches militaires et les services de renseignement du régime, ainsi que le Hezbollah.

 

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Le baron du cartel du Captagon, Merhi al-Ramthan, était connu pour son soutien au président syrien, Bachar al-Assad, qu'il a même remercié publiquement sur des affiches (Photo, Réseaux sociaux).

Éleveur de bétail devenu trafiquant de drogue, Al-Ramthan a profité du chaos qui s'est abattu sur la Syrie après 2011 pour former sa propre milice chargée de mener des «missions de sécurité» en faveur du régime.

Alors que les pilules de Captagon inondent le pays déchiré par la guerre, il devient fabricant et trafiquant de drogue, établissant des centres de production prétendument supervisés par un homme appelé «Ali Bilan» à Sweida.

Selon certaines sources, la fortune d’Al-Ramthan n'a cessé de croître au fil de sa carrière, ce qui lui a permis d'acheter des terrains et des propriétés dans sa ville natale ainsi qu'à Damas.

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Des agents de la direction du contrôle des stupéfiants du ministère saoudien de l'Intérieur trient les comprimés de Captagon (fénétylline) saisis lors d'une opération spéciale au début de l'année. Sur l'image, un gros plan de la pilule contenue dans du Captagon caché dans une fausse orange (Photo, AFP).

Pour faire sortir clandestinement des pilules de Captagon de Syrie, il était connu pour faire appel à des sans-abri et à de jeunes garçons, dont l'un – un adolescent de 14 ans – a été tué lors d'affrontements avec les forces de sécurité jordaniennes en avril dernier.

Les passeurs étaient généreusement payés, souvent en milliers de dollars, s'ils réussissaient à mener à bien leur mission, ont indiqué les sources.

La frappe qui a tué Al-Ramthan, ainsi que sa femme et ses six enfants, est intervenue quelques jours seulement après que la Syrie a été officiellement réintégrée au sein de la Ligue arabe. Ahmad Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue, a déclaré que la décision du 7 mai marquait le début d'un processus visant à résoudre la crise en Syrie et qu'il appartenait à chaque État de reprendre ses relations avec le pays.

La Ligue arabe avait exclu la Syrie de ses membres en raison de la répression qu'elle avait exercée contre des manifestants pacifiques au début du soulèvement en 2011.

Le ministère syrien des Affaires étrangères a déclaré qu'il traitait la décision de la Ligue arabe «avec beaucoup d'attention» et il a appelé à «une plus grande coopération et un plus grand partenariat arabes».

Une réunion des ministres des Affaires étrangères de Syrie, d'Égypte, d'Irak, d'Arabie saoudite et de Jordanie, qui s'est tenue à Amman, la capitale jordanienne, le 1er mai, a donné lieu à une déclaration dans laquelle Damas s'engageait à identifier les producteurs et les transporteurs de la drogue.

La déclaration a ajouté que la Syrie avait accepté de «prendre les mesures appropriées afin de mettre fin à la contrebande aux frontières avec la Jordanie et l'Irak».

La Jordanie n'a pas revendiqué les frappes à Sweida et Daraa, mais les analystes estiment fort probable que le royaume hachémite les ait menées, soulignant que le ministre jordanien des Affaires étrangères n'avait pas exclu le recours à la force militaire.

«Notre pays a énormément souffert et nous ferons tout ce qu'il faut pour contrer cette menace, y compris une action militaire à l'intérieur de la Syrie pour éliminer cette menace extrêmement dangereuse», avait prévenu Safadi.

À la suite des frappes, il a déclaré: «Chaque fois que nous prenons des mesures pour protéger notre sécurité nationale et que nous faisons face à des menaces, nous l'annonçons au moment opportun.»

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Des combattants affiliés au groupe rebelle syrien «Hayat Tahrir al-cham» montrent des drogues saisies précédemment à un de leurs postes de contrôle à Daret Ezza, dans la campagne occidentale de la province d'Alep, le 10 avril 2022 (Photo, AFP).

Dans une série de tweets après les frappes de lundi, Rose, de l’institut New Lines, a déclaré: «La semaine dernière, nous avons vu la carotte, mais aujourd'hui, ces frappes pourraient représenter le “bâton” – une police d'assurance pour contrebalancer l'interaction et la coopération accrues avec Damas.

«Il convient de rappeler que les violentes opérations de contrebande menées à l'automne 2021 et à l'hiver 2022 (dont l'une a coûté la vie à un officier jordanien) ont incité les forces armées jordaniennes à assouplir les règles d'engagement et Amman à freiner la normalisation avec Damas», a-t-elle précisé.

«Au milieu de tous ces efforts de normalisation, des problèmes de confiance subsistent encore concernant les politiques de lutte contre les stupéfiants pour Amman – en particulier pour les forces armées jordaniennes qui ont dû faire face à une augmentation des affrontements violents avec les contrebandiers du régime syrien et de l'Iran depuis l'ouverture du point de passage de Nassib/Jaber.

L'ouverture du poste frontière syro-jordanien de Nassib, le 29 septembre 2021 (Photo, AFP/Archives).

«Ces frappes pourraient servir de message à Damas… qu'Amman dispose non seulement de renseignements précis sur les réseaux pro-régime du sud qui produisent/trafiquent le #captagon, mais qu'elle a aussi la capacité de les éliminer lorsque l’occasion se présente.»

Contactés par Arab News mercredi, les responsables des forces armées jordaniennes ou du gouvernement jordanien n'ont pas souhaité commenter les frappes. Des responsables de la sécurité et des hommes politiques au Caire ont déclaré à Arab News qu'ils ne disposaient d'aucune information sur une éventuelle implication de l'Égypte dans les opérations menées à l'intérieur de la Syrie.

Les cargaisons de Captagon interceptées dans la région sont généralement destinées aux pays du Golfe, notamment une cargaison récente de 10 millions de pilules en provenance du Liban.

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Cette image tirée d'une vidéo diffusée le 1er mars 2022 montre des agents antidrogue saoudiens arrêtant des trafiquants de Captagon lors d'une opération spéciale dans le district de Tayseer, à l'est de Djeddah (Vidéo du ministère saoudien de l'Intérieur via l’AFP).

L'Arabie saoudite a, à plusieurs reprises, exprimé ses inquiétudes face aux tentatives d'introduction clandestine de Captagon dans le pays à l'intérieur de cargaisons de fruits et d'autres produits alimentaires. En septembre, les autorités saoudiennes ont saisi la plus importante cargaison de drogues illicites de l'histoire de l’Arabie saoudite après la découverte de 47 millions de pilules d'amphétamine dissimulées dans une cargaison de farine. Les pilules de Captagon ont été saisies dans un entrepôt de la capitale, Riyad.

Au cours des six dernières années, les autorités saoudiennes ont intercepté à leurs frontières environ 600 millions de pilules de Captagon.

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Des agents saoudiens chargés du contrôle des stupéfiants trient des comprimés de Captagon saisis lors d'une opération spéciale menée au début de l'année le long de la frontière entre la Jordanie et l'Arabie saoudite (Photo, SPA/Archives).

Les gouvernements occidentaux estiment que la production de drogue a généré des milliards de dollars de revenus pour le président Al-Assad, ses associés et ses alliés, au fil des ans.

Ces derniers mois, plusieurs proches d'Al-Assad et de hauts responsables syriens se sont retrouvés sur les listes de sanctions des grandes puissances occidentales pour leur implication dans le commerce du Captagon.

Les autorités américaines, britanniques et européennes ont formellement accusé le gouvernement syrien de produire et d'exporter cette drogue, désignant Maher al-Assad – chef de la quatrième division de l'armée et frère du président – comme un personnage clé.

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Une décennie de guerre civile effroyable a laissé la Syrie fragmentée et en ruines, mais une chose traverse toutes les lignes de front: la fénétylline, connue sous le nom commercial de «Captagon» (Photo, AFP/Archives).

De nombreux experts décrivent la Syrie comme un «État narcotique», dont le gouvernement dépend des exportations de Captagon et d'autres drogues pour rester à flot. L'économie et les infrastructures syriennes ont été détruites par douze années de guerre, qui ont poussé 90% de la population sous le seuil de pauvreté.

Un activiste syrien qui a souhaité garder l'anonymat a déclaré à Arab News: «Al-Ramthan n'aurait pas pu opérer aussi longtemps sans la couverture du régime d’Al-Assad qui aurait pu le livrer en quelques heures à la Jordanie. Le régime a préféré le vendre car il ne leur est plus utile.»

D'autres activistes ont estimé que l'assassinat d'Al-Ramthan montrait que, bien qu'étant un important trafiquant de drogue, il n'avait pas les relations politiques nécessaires qui auraient pu lui sauver la vie.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


«Si le Liban echoue, cela impactera sur la région et sur l'Europe», déclare Haneen Sayed, ministre des Affaires sociales, à Arab News

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  • Haneen Sayed avertit que la guerre et les déplacements risquent d'accélérer l'effondrement institutionnel et le déclin économique du Liban
  • Beyrouth appelle à un cessez-le-feu et à un soutien mondial pour reconstruire l'autorité de l'État et contenir l'influence du Hezbollah

NEW YORK CITY : Haneen Sayed, ministre libanaise des Affaires sociales, a profité de sa visite à New York et à Washington cette semaine pour souligner le besoin urgent de renforcer les institutions de l'État alors que le pays est confronté aux pressions combinées de la guerre, des déplacements massifs de population et de la pression économique.

Elle a déclaré que le renforcement de l'État libanais, de l'armée aux services sociaux, est essentiel non seulement pour répondre à la crise humanitaire immédiate, mais aussi pour restaurer la confiance du public et prévenir toute nouvelle érosion institutionnelle à un moment critique.

Mme Sayed a également souligné l'importance des pourparlers directs entre le Liban et Israël qui auront lieu cette semaine à Washington et qui visent à obtenir un cessez-le-feu entre Israël et la milice du Hezbollah soutenue par l'Iran, affirmant que l'arrêt de la violence est une première étape nécessaire pour rendre les négociations viables.

S'adressant à Arab News au siège des Nations unies à New York avant de participer aux réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, M. Sayed a décrit l'ampleur de la crise à laquelle le Liban est confronté.

"Lorsque le Hezbollah a décidé de lancer six missiles sur la frontière (israélienne) le 2 mars, ce qui nous a entraînés dans cette guerre, notre économie ne s'était pas encore rétablie", a-t-elle déclaré.

"Notre secteur financier et les réformes que nous avons entreprises l'année dernière en tant que gouvernement n'ont pas encore porté leurs fruits. Au niveau régional, nos partenaires du Golfe font face à leurs propres défis et, au niveau mondial, les financements sont en baisse depuis deux ans.

"Nous comprenons les contraintes, mais notre message à la communauté internationale est que le Liban ne peut pas échouer : en tant que pays, en tant que gouvernement ou en tant qu'idée. L'échec du Liban aurait des conséquences pour ses voisins, la région et même l'Europe."

Le 2 mars, le Hezbollah a lancé des roquettes et des drones sur le nord d'Israël en représailles à l'assassinat par les États-Unis et Israël du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 28 février. Israël a répondu par une nouvelle offensive aérienne et terrestre contre le Liban.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Les perspectives de paix restent incertaines après qu'Israël a déclaré le 11 avril qu'il ne discuterait pas d'un cessez-le-feu avec le Hezbollah lors des discussions avec les responsables libanais à Washington, selon les médias.

À ce jour, le conflit a fait plus de 2 000 morts, plus de 6 500 blessés et plus d'un million de personnes déplacées à travers le pays, selon les autorités libanaises.

M. Sayed a vivement critiqué le rôle du Hezbollah dans le conflit et son impact plus large sur le pays. "Le Hezbollah est un groupe armé dont les activités sont illégales", a-t-elle déclaré.

"Je ne crois pas que le Hezbollah ait réussi à défendre le pays et son peuple. Il n'a fait qu'apporter la dévastation à son peuple, à son pays.

Ces propos ont été tenus alors que le chef du Hezbollah, Naim Qassem, a appelé le gouvernement libanais à annuler les pourparlers directs avec Israël à Washington, les qualifiant d'"inutiles" et d'une forme de "soumission et de capitulation".

Il a également promis que le Hezbollah poursuivrait ses opérations militaires et ne rendrait jamais ses armes, affirmant que le groupe se battrait "jusqu'à son dernier souffle" et qu'il était prêt à une confrontation prolongée.

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Environ 85 % des personnes déplacées ne se trouvent pas dans des abris officiels. (AFP)



La réponse de M. Sayed à cette menace reflète une réalité difficile mais inéluctable. Nous ne nous attendions pas à ce que Naim Qassem vienne nous dire : "D'accord, nous allons nous asseoir à la table avec vous", a-t-elle déclaré.

"Et bien sûr, il y a un facteur externe majeur, à savoir les soutiens du Hezbollah, y compris l'Iran, et cela se joue sur un autre front. Je pense que les décisions ne sont pas prises uniquement par le Hezbollah lui-même.

Il y a, en quelque sorte, un "grand frère" qui prend ces décisions, ce qui est préjudiciable à notre pays. Nous espérons que cette question sera abordée dans le cadre d'un accord régional plus large.

La priorité du Liban reste le renforcement de l'État lui-même, a-t-elle déclaré. "Il faut du temps et de la patience, et maintenir le cap en voulant ce qu'il y a de mieux pour le pays.

"Nous voulons une armée forte. Si l'armée libanaise est en mesure de protéger les citoyens, c'est ce que nous voulons, plutôt qu'une faction armée, qui n'a pas réussi à protéger les gens. Elle a semé la dévastation sur son propre territoire".

M. Sayed a également souligné que l'État devait être le principal fournisseur de services et de sécurité. "Les gens ont besoin d'être rassurés sur la présence de l'État et sur le fait qu'en fin de compte, seul l'État peut vraiment les protéger.

Elle a ajouté que le renforcement des capacités de l'État doit aller de pair avec le soutien international, car le Liban est confronté à des pressions à la fois sécuritaires et sociales. Ces pressions ont alimenté les craintes d'instabilité interne.

Si Mme Sayed s'est déclarée convaincue que le Liban pourrait éviter un retour à la guerre civile, elle a néanmoins reconnu la pression qu'elle subit. "Pour être honnête, nous sommes à bout de souffle", a-t-elle déclaré. "On ne peut pas s'en cacher, et toutes les communautés sont anxieuses.

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Une pelleteuse dégage les décombres d'un bâtiment dans le quartier de Hay al-Selloum à Beyrouth, visé par une frappe israélienne. (AFP)
 


Elle a expliqué qu'elle se rendait régulièrement dans des abris pour personnes déplacées et qu'elle était témoin des difficultés croissantes. "On voit le désespoir sur les visages des mères, les maris et les fils assis dans les abris, attendant que quelque chose se passe.

Selon elle, l'aggravation des conditions pourrait intensifier la pression sur des communautés déjà fragiles, d'autant plus que la plupart des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels mais restent dans des communautés d'accueil ou comptent sur des économies qui s'épuisent rapidement.

La situation humanitaire est gérée sous une forte pression financière. Le Liban a lancé un appel d'urgence de 308 millions de dollars auprès des Nations unies, mais n'a reçu qu'à peine 30 % des fonds nécessaires.

"Nous sommes déjà dans le deuxième mois, et nous ne savons pas exactement où cela va nous mener", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné la nécessité d'un soutien urgent en matière d'abris, de nourriture, d'eau et de services d'assainissement, notant que les municipalités sont également soumises à une forte pression alors que les systèmes d'infrastructure luttent pour absorber l'impact des déplacements massifs.

Environ 85 % des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels - elles vivent avec des proches, louent un logement ou comptent sur leurs économies.

"Ces économies s'épuiseront si la guerre se prolonge", a-t-elle averti, ajoutant que l'économie libanaise, déjà fragile, pourrait voir sa croissance récente s'inverser si le conflit se poursuit.

"L'économie se contracte et les 5 % de croissance atteints en 2025 pourraient être effacés en quelques mois. Si la guerre se poursuit pendant l'été, période où le Liban reçoit habituellement des envois de fonds et des activités touristiques, la contraction de l'économie devrait s'aggraver de manière significative."


Les services municipaux des régions accueillant des populations déplacées, notamment Beyrouth, Sidon et le Mont-Liban, sont particulièrement sollicités, avec une demande accrue d'eau, d'électricité et de services de gestion des déchets.

Malgré la crise, M. Sayed a déclaré que le renforcement des institutions de l'État était une priorité essentielle. "Les institutions de l'État sont encore plus importantes aujourd'hui, c'est une priorité absolue", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que l'armée libanaise était une institution clé nécessitant un soutien, aux côtés des services publics tels que l'éducation et les programmes de protection sociale.

"Nous avons mis au point un programme très solide", a-t-elle déclaré, faisant référence aux transferts directs d'argent liquide conçus pour créer un lien plus fort entre les citoyens et l'État. "Le citoyen sait alors que c'est le gouvernement qui l'aide.

Elle a également souligné l'importance de maintenir la présence de l'État sur le terrain. "L'État est là, nous sommes là pour aider les gens", a-t-elle déclaré.

Mme Sayed a déclaré que la crise libanaise avait des implications plus larges au-delà des frontières du pays. "Le Liban ne peut pas échouer en tant que pays, en tant que gouvernement, en tant qu'idée", a-t-elle déclaré. "L'échec du Liban aura des conséquences ... pour les voisins, pour la région et même pour l'Europe.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a exhorté Israël et le Liban à saisir une "occasion historique" lors de l'ouverture mardi à Washington de pourparlers directs - les premiers depuis 1993 - afin de tracer la voie vers un cessez-le-feu et une stabilité à long terme.

Ces pourparlers interviennent alors que les États-Unis craignent que le conflit entre Israël et le Hezbollah ne déstabilise le fragile cessez-le-feu lié à l'impasse plus large avec l'Iran, après que la diplomatie avec Téhéran la semaine dernière n'a pas abouti à une percée.

Le Hezbollah a lancé des salves de roquettes simultanées sur 13 villes du nord d'Israël peu après le début des pourparlers, soulignant ainsi l'instabilité de la situation.

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Une boule de feu s'élève d'un bâtiment touché par une frappe aérienne israélienne dans la région d'Abbasiyeh, à la périphérie de la ville de Tyr, au sud du Liban, le 8 avril. (AFP)



Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré mardi qu'il était peu probable que les pourparlers aboutissent à une percée immédiate. "Personne ne s'attend à ce que ces pourparlers aujourd'hui résolvent tous les problèmes", mais il a souligné qu'ils pourraient contribuer à modifier des dynamiques de longue date.

Il a décrit un cycle dans lequel "le Hezbollah et Israël se sont toujours aidés mutuellement à déstabiliser le gouvernement libanais", les actions de chaque partie fournissant à l'autre une justification pour l'escalade.

Les opérations israéliennes, a-t-il dit, permettent au Hezbollah d'affirmer que "nous ne pouvons pas désarmer", tandis que les tirs de roquettes du Hezbollah donnent à Israël des raisons de mener de nouvelles attaques à grande échelle.

M. Guterres a souligné que le gouvernement libanais recherchait à la fois l'intégrité territoriale et "le monopole de l'usage de la force", ce qui implique le désarmement du Hezbollah, et a appelé à une évolution vers la coopération afin que le Liban ne soit plus "la victime" de ce cycle "négatif".

M. Sayed a déclaré qu'un arrêt immédiat de la violence était essentiel.

"Avant toute chose, nous avons besoin d'un cessez-le-feu. Nous devons arrêter les bombes qui nous tombent sur la tête", a-t-elle déclaré, ajoutant qu'un cessez-le-feu rendrait également les négociations plus réalisables.

"J'espère qu'il y aura une désescalade et un cessez-le-feu. Je pense qu'en fin de compte, même pour les Israéliens, ce n'est pas dans leur intérêt. S'il y a un véritable conflit civil au Liban, cela ne fera qu'engendrer le chaos".

Le 8 avril, le Liban a été frappé par une importante vague de frappes aériennes israéliennes qui ont touché plusieurs zones, notamment Beyrouth, la banlieue sud, Sidon, Tyr et la vallée de la Bekaa, quelques heures seulement après l'annonce d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran et alors que le Hezbollah signalait une pause dans ses attaques.

Les frappes ont touché sans préavis des quartiers résidentiels et commerciaux très fréquentés, ont submergé les hôpitaux de blessés et ont fait au moins 350 morts et plus de 1 000 blessés, certains rapports libanais et internationaux faisant état d'un bilan encore plus lourd.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Certains Libanais craignent qu'Israël n'essaie délibérément d'attiser les divisions sectaires internes au Liban avec de telles attaques.

"C'est possible, c'est possible", a déclaré M. Sayed. "Je pense que ce qu'a fait Israël aurait pu facilement attiser les tensions. Mais heureusement, je fais confiance aux Libanais pour qu'ils voient plus loin. Il y a eu de la retenue et beaucoup de sympathie. Les communautés se sont rassemblées.

Elle a également répondu aux avertissements israéliens selon lesquels le Liban pourrait connaître le même sort que Gaza, en déclarant que la population libanaise est profondément consciente des risques, mais qu'elle s'efforce d'éviter l'escalade.

"Ces menaces, nous les avons entendues à maintes reprises de la part des Israéliens. Il faut prendre au sérieux ce que disent les Israéliens, surtout après ce qui s'est passé lors du 'mercredi noir' il y a une semaine. Ils ne s'arrêteront probablement pas là.

"Le peuple libanais se méfie donc et c'est pourquoi, en tant que gouvernement, nous avons pris des mesures. Le président a déclaré il y a plus d'un mois que nous étions prêts pour des négociations et des pourparlers directs, et c'est ce qui se passe.

"Espérons que ce sera le début d'un processus.

Mme Sayed a déclaré que le but ultime de sa visite était d'obtenir un soutien humanitaire et politique de la part de la communauté internationale - "l'assurance pour le peuple libanais que la communauté internationale est toujours à ses côtés".


Le Hezbollah a tiré une trentaine de roquettes sur le nord d'Israël mercredi matin 

Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah
  • "Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite

JERUSALEM: Les combattants du mouvement libanais Hezbollah ont tiré une trentaine de roquettes sur Israël à partir du Liban mercredi matin, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'armée israélienne.

Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah. A l'issue de ces discussions, Israël et le Liban ont accepté d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable, selon le département d'Etat américain qui accueillait la rencontre.

"Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite, allié de l'Iran.

 

 


Liban: frappe israélienne au sud de Beyrouth 

Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
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  • "L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle)
  • Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques

BEYROUTH: Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable.

"L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques.