L'assassinat d'un baron syrien du Captagon fait monter la pression sur les trafiquants du Moyen-Orient

Une photo du site web syrien Suwayda24 montre le complexe appartenant au chef du cartel de Captagon, Merhi al-Ramthan, après les frappes aériennes (Photo fournie).
Une photo du site web syrien Suwayda24 montre le complexe appartenant au chef du cartel de Captagon, Merhi al-Ramthan, après les frappes aériennes (Photo fournie).
La Jordanie effectue depuis longtemps des patrouilles le long de sa frontière pour lutter contre la contrebande de drogues en provenance de Syrie (Photo, AFP).
La Jordanie effectue depuis longtemps des patrouilles le long de sa frontière pour lutter contre la contrebande de drogues en provenance de Syrie (Photo, AFP).
Saisie de Captagon en provenance de la Syrie par les la douane saoudienne (Photo fournie).
Saisie de Captagon en provenance de la Syrie par les la douane saoudienne (Photo fournie).
Un agent de la direction du contrôle des stupéfiants du ministère saoudien de l'Intérieur effectue une vérification de stupéfiants saisis (Photo, AFP/ Archives).
Un agent de la direction du contrôle des stupéfiants du ministère saoudien de l'Intérieur effectue une vérification de stupéfiants saisis (Photo, AFP/ Archives).
Le ministre libanais de l'Intérieur, Bassam Mawlawi (à gauche), donne une conférence de presse sur la saisie d'une cache de comprimés de Captagon qui étaient cachés dans des boîtes de thé pour être passés en contrebande, à Beyrouth, capitale du Liban, le 25 janvier 2022 (Photo, AFP/ Archives).
Le ministre libanais de l'Intérieur, Bassam Mawlawi (à gauche), donne une conférence de presse sur la saisie d'une cache de comprimés de Captagon qui étaient cachés dans des boîtes de thé pour être passés en contrebande, à Beyrouth, capitale du Liban, le 25 janvier 2022 (Photo, AFP/ Archives).
Une photo prise lors d'une visite organisée par l'armée jordanienne montre un drone survolant un poste d'observation le long de la frontière avec la Syrie, le 17 février 2022 (Photo, AFP/ Archives).
Une photo prise lors d'une visite organisée par l'armée jordanienne montre un drone survolant un poste d'observation le long de la frontière avec la Syrie, le 17 février 2022 (Photo, AFP/ Archives).
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Publié le Jeudi 11 mai 2023

L'assassinat d'un baron syrien du Captagon fait monter la pression sur les trafiquants du Moyen-Orient

  • Merhi al-Ramthan, l'une des personnes les plus recherchées de Jordanie, a été tué lors d'une frappe aérienne à Sweida le 8 mai
  • Plusieurs hauts responsables syriens ont été sanctionnés par les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Union européenne pour leur rôle dans le commerce du Captagon

DUBAÏ/AMMAN: Quelques jours seulement après qu'Ayman Safadi, ministre jordanien des Affaires étrangères, a déclaré dans une interview accordée à CNN que son pays «ne prenait pas la menace de la contrebande de drogue à la légère» et qu'il était prêt «à faire le nécessaire pour contrer cette menace», Merhi al-Ramthan, un baron de la drogue syrien réputé, a été tué lorsque des frappes aériennes ont visé sa maison dans le village de Chuab, dans le gouvernorat de Sweida.

Des médias citant l'Observatoire syrien des droits de l'homme, basé en Grande-Bretagne, ont indiqué qu'une deuxième frappe aérienne avait visé une installation soupçonnée de fabriquer de la drogue à Daraa, un gouvernorat du sud de la Syrie. Un militant de l'opposition syrienne a révélé que l'installation était utilisée par des groupes soutenus par l'Iran pour produire et stocker des drogues avant de les faire passer en contrebande vers la Jordanie.

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Carte illustrant un deuxième site bombardé par l'armée de l'air jordanienne. Il s'agit d'une station d'eau abandonnée dans l'ouest de la province de Daraa, qui aurait été utilisée par les cartels pro-Assad pour fabriquer du Captagon (Photo, Réseaux sociaux).

Longtemps considéré comme l'homme le plus recherché de Jordanie, Al-Ramthan opérait aux frontières de la Jordanie, ayant recours à des chômeurs pour faire sortir clandestinement des pilules de Captagon de Syrie par des points de passage et des frontières poreuses.

Selon un article paru dans le journal jordanien Al-Ghad en juillet de l'année dernière, la Cour de sûreté de l'État a donné à Al-Ramthan et à d'autres personnes un délai de dix jours pour se rendre. Elle a déclaré qu'un tribunal jordanien l'avait reconnu coupable d'avoir importé des substances narcotiques dans l'intention d'en faire le trafic.

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Paquets de Captagon saisis dans le port d'Al Haditha en Jordanie (Photo avec l'aimable autorisation de la Zakat, Autorité fiscale et douanière).

Le Captagon, une amphétamine qui crée une forte dépendance, agit en stimulant le système nerveux, ce qui permet à l'utilisateur d'être plus alerte et de mieux se concentrer tout en dormant peu. Ce stupéfiant est devenu très populaire au plus fort de la guerre civile syrienne, lorsque les combattants de tous les camps étaient soupçonnés de l'utiliser.

Un rapport publié en avril 2022 par l’institut New Lines pour la stratégie et la politiques sur le commerce du Captagon au Moyen-Orient a indiqué que la Syrie est devenue «la plaque tournante d'une production de taille industrielle».

Le rapport a en outre affirmé que «des membres du gouvernement syrien sont les principaux moteurs du commerce du Captagon, avec des complicités ministérielles dans la production et la contrebande, utilisant ce commerce comme un moyen de survie politique et économique au milieu des sanctions internationales».

Caroline Rose, analyste principale au sein du groupe de réflexion de Washington, a déclaré à Arab News en février qu'il ne fait aucun doute que «le Captagon est produit et trafiqué par un ensemble d'individus très proches du régime de Bachar al-Assad, dont certains sont des cousins et des parents de membres du régime».

Al-Ramthan était connu pour être un fervent partisan du président Al-Assad et du groupe armé libanais Hezbollah. Il opérait librement grâce à la couverture de sécurité que lui fournissaient les branches militaires et les services de renseignement du régime, ainsi que le Hezbollah.

 

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Le baron du cartel du Captagon, Merhi al-Ramthan, était connu pour son soutien au président syrien, Bachar al-Assad, qu'il a même remercié publiquement sur des affiches (Photo, Réseaux sociaux).

Éleveur de bétail devenu trafiquant de drogue, Al-Ramthan a profité du chaos qui s'est abattu sur la Syrie après 2011 pour former sa propre milice chargée de mener des «missions de sécurité» en faveur du régime.

Alors que les pilules de Captagon inondent le pays déchiré par la guerre, il devient fabricant et trafiquant de drogue, établissant des centres de production prétendument supervisés par un homme appelé «Ali Bilan» à Sweida.

Selon certaines sources, la fortune d’Al-Ramthan n'a cessé de croître au fil de sa carrière, ce qui lui a permis d'acheter des terrains et des propriétés dans sa ville natale ainsi qu'à Damas.

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Des agents de la direction du contrôle des stupéfiants du ministère saoudien de l'Intérieur trient les comprimés de Captagon (fénétylline) saisis lors d'une opération spéciale au début de l'année. Sur l'image, un gros plan de la pilule contenue dans du Captagon caché dans une fausse orange (Photo, AFP).

Pour faire sortir clandestinement des pilules de Captagon de Syrie, il était connu pour faire appel à des sans-abri et à de jeunes garçons, dont l'un – un adolescent de 14 ans – a été tué lors d'affrontements avec les forces de sécurité jordaniennes en avril dernier.

Les passeurs étaient généreusement payés, souvent en milliers de dollars, s'ils réussissaient à mener à bien leur mission, ont indiqué les sources.

La frappe qui a tué Al-Ramthan, ainsi que sa femme et ses six enfants, est intervenue quelques jours seulement après que la Syrie a été officiellement réintégrée au sein de la Ligue arabe. Ahmad Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue, a déclaré que la décision du 7 mai marquait le début d'un processus visant à résoudre la crise en Syrie et qu'il appartenait à chaque État de reprendre ses relations avec le pays.

La Ligue arabe avait exclu la Syrie de ses membres en raison de la répression qu'elle avait exercée contre des manifestants pacifiques au début du soulèvement en 2011.

Le ministère syrien des Affaires étrangères a déclaré qu'il traitait la décision de la Ligue arabe «avec beaucoup d'attention» et il a appelé à «une plus grande coopération et un plus grand partenariat arabes».

Une réunion des ministres des Affaires étrangères de Syrie, d'Égypte, d'Irak, d'Arabie saoudite et de Jordanie, qui s'est tenue à Amman, la capitale jordanienne, le 1er mai, a donné lieu à une déclaration dans laquelle Damas s'engageait à identifier les producteurs et les transporteurs de la drogue.

La déclaration a ajouté que la Syrie avait accepté de «prendre les mesures appropriées afin de mettre fin à la contrebande aux frontières avec la Jordanie et l'Irak».

La Jordanie n'a pas revendiqué les frappes à Sweida et Daraa, mais les analystes estiment fort probable que le royaume hachémite les ait menées, soulignant que le ministre jordanien des Affaires étrangères n'avait pas exclu le recours à la force militaire.

«Notre pays a énormément souffert et nous ferons tout ce qu'il faut pour contrer cette menace, y compris une action militaire à l'intérieur de la Syrie pour éliminer cette menace extrêmement dangereuse», avait prévenu Safadi.

À la suite des frappes, il a déclaré: «Chaque fois que nous prenons des mesures pour protéger notre sécurité nationale et que nous faisons face à des menaces, nous l'annonçons au moment opportun.»

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Des combattants affiliés au groupe rebelle syrien «Hayat Tahrir al-cham» montrent des drogues saisies précédemment à un de leurs postes de contrôle à Daret Ezza, dans la campagne occidentale de la province d'Alep, le 10 avril 2022 (Photo, AFP).

Dans une série de tweets après les frappes de lundi, Rose, de l’institut New Lines, a déclaré: «La semaine dernière, nous avons vu la carotte, mais aujourd'hui, ces frappes pourraient représenter le “bâton” – une police d'assurance pour contrebalancer l'interaction et la coopération accrues avec Damas.

«Il convient de rappeler que les violentes opérations de contrebande menées à l'automne 2021 et à l'hiver 2022 (dont l'une a coûté la vie à un officier jordanien) ont incité les forces armées jordaniennes à assouplir les règles d'engagement et Amman à freiner la normalisation avec Damas», a-t-elle précisé.

«Au milieu de tous ces efforts de normalisation, des problèmes de confiance subsistent encore concernant les politiques de lutte contre les stupéfiants pour Amman – en particulier pour les forces armées jordaniennes qui ont dû faire face à une augmentation des affrontements violents avec les contrebandiers du régime syrien et de l'Iran depuis l'ouverture du point de passage de Nassib/Jaber.

L'ouverture du poste frontière syro-jordanien de Nassib, le 29 septembre 2021 (Photo, AFP/Archives).

«Ces frappes pourraient servir de message à Damas… qu'Amman dispose non seulement de renseignements précis sur les réseaux pro-régime du sud qui produisent/trafiquent le #captagon, mais qu'elle a aussi la capacité de les éliminer lorsque l’occasion se présente.»

Contactés par Arab News mercredi, les responsables des forces armées jordaniennes ou du gouvernement jordanien n'ont pas souhaité commenter les frappes. Des responsables de la sécurité et des hommes politiques au Caire ont déclaré à Arab News qu'ils ne disposaient d'aucune information sur une éventuelle implication de l'Égypte dans les opérations menées à l'intérieur de la Syrie.

Les cargaisons de Captagon interceptées dans la région sont généralement destinées aux pays du Golfe, notamment une cargaison récente de 10 millions de pilules en provenance du Liban.

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Cette image tirée d'une vidéo diffusée le 1er mars 2022 montre des agents antidrogue saoudiens arrêtant des trafiquants de Captagon lors d'une opération spéciale dans le district de Tayseer, à l'est de Djeddah (Vidéo du ministère saoudien de l'Intérieur via l’AFP).

L'Arabie saoudite a, à plusieurs reprises, exprimé ses inquiétudes face aux tentatives d'introduction clandestine de Captagon dans le pays à l'intérieur de cargaisons de fruits et d'autres produits alimentaires. En septembre, les autorités saoudiennes ont saisi la plus importante cargaison de drogues illicites de l'histoire de l’Arabie saoudite après la découverte de 47 millions de pilules d'amphétamine dissimulées dans une cargaison de farine. Les pilules de Captagon ont été saisies dans un entrepôt de la capitale, Riyad.

Au cours des six dernières années, les autorités saoudiennes ont intercepté à leurs frontières environ 600 millions de pilules de Captagon.

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Des agents saoudiens chargés du contrôle des stupéfiants trient des comprimés de Captagon saisis lors d'une opération spéciale menée au début de l'année le long de la frontière entre la Jordanie et l'Arabie saoudite (Photo, SPA/Archives).

Les gouvernements occidentaux estiment que la production de drogue a généré des milliards de dollars de revenus pour le président Al-Assad, ses associés et ses alliés, au fil des ans.

Ces derniers mois, plusieurs proches d'Al-Assad et de hauts responsables syriens se sont retrouvés sur les listes de sanctions des grandes puissances occidentales pour leur implication dans le commerce du Captagon.

Les autorités américaines, britanniques et européennes ont formellement accusé le gouvernement syrien de produire et d'exporter cette drogue, désignant Maher al-Assad – chef de la quatrième division de l'armée et frère du président – comme un personnage clé.

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Une décennie de guerre civile effroyable a laissé la Syrie fragmentée et en ruines, mais une chose traverse toutes les lignes de front: la fénétylline, connue sous le nom commercial de «Captagon» (Photo, AFP/Archives).

De nombreux experts décrivent la Syrie comme un «État narcotique», dont le gouvernement dépend des exportations de Captagon et d'autres drogues pour rester à flot. L'économie et les infrastructures syriennes ont été détruites par douze années de guerre, qui ont poussé 90% de la population sous le seuil de pauvreté.

Un activiste syrien qui a souhaité garder l'anonymat a déclaré à Arab News: «Al-Ramthan n'aurait pas pu opérer aussi longtemps sans la couverture du régime d’Al-Assad qui aurait pu le livrer en quelques heures à la Jordanie. Le régime a préféré le vendre car il ne leur est plus utile.»

D'autres activistes ont estimé que l'assassinat d'Al-Ramthan montrait que, bien qu'étant un important trafiquant de drogue, il n'avait pas les relations politiques nécessaires qui auraient pu lui sauver la vie.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Pourquoi Israël bombarde-t-il des ponts strategiques dans le sud du Liban ?

Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
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  • Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage visent à créer une division géographique qui isolerait une grande partie du sud du pays
  • Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales

BEYROUTH : Le ciblage systématique par Israël des ponts sur le Litani marque une escalade significative dans sa campagne militaire au Liban, qui passe des frappes aériennes et des avertissements d'évacuation à la coupure délibérée du Sud-Liban du reste du pays.

Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage reliant les zones situées au nord et au sud du Litani visaient à créer une division géographique qui isolerait de grandes parties du sud, perturberait les opérations d'aide et de secours et restreindrait les déplacements dans la région.

Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales.

Le ministre israélien de la défense, Israël Katz, a déclaré qu'il avait ordonné à l'armée de détruire tous les ponts qui enjambent le fleuve reliant le sud à Beyrouth et à la région de la Bekaa, car ils étaient utilisés pour transporter des armes vers le Hezbollah.

Pourquoi les ponts sont-ils si importants ?

Le Litani, le plus long fleuve du Liban (environ 170 km), prend sa source à l'ouest de Baalbek et traverse la vallée de la Bekaa. Il se situe entre 6 et 30 km de la frontière israélo-libanaise, ses points les plus proches se trouvant dans le secteur oriental et le district de Nabatieh.

Les zones situées au sud de la rivière sont connues sous le nom de "frontière sud". Elles comprennent des parties des gouvernorats du Sud et de Nabatieh, notamment les districts de Tyr, de Bint Jbeil et de Marjayoun.

L'armée israélienne a identifié au moins 15 ponts et ponceaux, s'étendant de la région côtière à la Bekaa occidentale, comme cibles à détruire.

Parmi les plus importants figurent les ponts de Qasmiyeh, Tayr Falsay et Khardali, dont la perte couperait des voies de transport essentielles reliant le Sud-Liban au reste du pays et isolerait effectivement les régions situées au sud du fleuve.

Les frappes sur les ponts interviennent dans un contexte d'intensification des combats entre Israël et le Hezbollah dans des villes frontalières comme Khiam et Naqoura et d'une augmentation des démolitions, par les forces israéliennes, de maisons dans les villages de la ligne de front - des mesures qui, selon les observateurs, pourraient préparer le terrain pour une incursion terrestre plus large.

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre contre l'Iran le 2 mars en lançant six roquettes sur un site militaire dans le nord d'Israël. Cette action répondait à ce que le groupe militant décrit comme la poursuite des attaques israéliennes contre le Liban, malgré l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024 et l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le même jour, Israël a lancé une nouvelle offensive contre le Liban, menant des frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth ainsi que sur des zones situées au sud et à l'est du Liban. Le lendemain, il entame une incursion terrestre limitée dans le sud.

Quel est l'impact des bombardements sur les ponts ?

Le pont d'Al-Qasmiyeh, qui a été visé dimanche par des frappes aériennes israéliennes intensives, est l'un des points de passage les plus importants. Situé près de l'endroit où le fleuve rencontre la mer Méditerranée, il fait partie de la principale route côtière reliant Sidon et Tyr et est utilisé par les piétons, les voitures et les camions.

Sa destruction a gravement perturbé la principale artère reliant le sud du pays à la capitale.

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié le bombardement des ponts d'"escalade dangereuse et de violation flagrante de la souveraineté libanaise", de "prélude à une invasion terrestre" et de "tentative de rompre le lien géographique entre la région méridionale du Litani et le reste du territoire libanais".

Une source militaire a déclaré à Arab News qu'Israël avait jusqu'à présent visé 70 % des ponts.

"D'un point de vue militaire, l'objectif est de couper les lignes d'approvisionnement du Hezbollah.

Pourquoi Israël veut-il isoler le Sud-Liban ?

La source a déclaré que l'incursion dans le Sud-Liban et l'isolement de cette région avaient pour but d'accroître les gains d'Israël sur le terrain afin de renforcer sa position dans les négociations.

"L'impact que la supériorité israélienne imposera au Liban dans les étapes à venir reste incertain", a déclaré la source.

"Nous savons seulement qu'elle possède des capacités militaires supérieures et redoutables, inégalées par toute autre force au Moyen-Orient, ainsi qu'une importante supériorité aérienne et technologique.

"En revanche, le Hezbollah ne dispose d'aucune ligne de ravitaillement, ni depuis la Syrie ni depuis l'Irak, et l'armée libanaise est confrontée à d'importantes limitations en termes de capacités et de ressources, s'efforçant de maintenir sa présence militaire par tous les moyens possibles."

La source a indiqué que, sur la base d'informations fournies par des unités de l'armée libanaise stationnées au sud du Litani, à environ 10 km de la frontière, les forces israéliennes étaient entrées dans la ville de Khiam, sans que l'on connaisse l'ampleur de l'incursion.

L'analyste politique Ali Al-Amin a déclaré à Arab News que les opérations menées par le Hezbollah dans le sud du Liban n'empêcheraient pas les Israéliens d'avancer, mais qu'elles en augmenteraient le coût.

"L'objectif d'Israël était d'établir une zone tampon, ce dont il avait déjà discuté lors de la dernière guerre, sur une région vidée de sa population, de ses installations résidentielles et agricoles et de ses infrastructures.

La zone tampon s'étendrait probablement sur une profondeur de 3 à 5 km.

"L'armée israélienne pourrait pénétrer plus loin, mais je pense que l'opération se limitera à des incursions et à des retraits sans maintenir une présence permanente.

Sur la base de ses précédentes guerres au Sud-Liban, Israël a compris qu'une occupation terrestre serait coûteuse, a déclaré M. Al-Amin.

"Grâce à sa supériorité technologique, il n'a pas besoin d'occuper un territoire. Il a déjà forcé des gens à quitter leurs maisons par des menaces et des barrages routiers aériens, sans avoir besoin de troupes au sol."

Il a ajouté qu'il pensait que les Israéliens poursuivraient leurs destructions et chercheraient à relier les zones méridionales à Hasbaya, Arqoub et aux villages chrétiens - des zones qui n'ont pas été détruites, contrairement aux villages chiites.

Les habitants de ces zones pourraient être contraints d'évacuer après avoir perdu l'accès aux routes d'approvisionnement en nourriture ou de recourir aux provisions israéliennes, a-t-il ajouté.

"Toutefois, cela ne signifie pas un retour à la bande frontalière que le Liban a connue dans les années 1970. Elle pourrait au contraire devenir une bande frontalière sans chiites, car ceux-ci seraient empêchés de reconstruire leurs villages ou d'y retourner.

"Si des négociations devaient s'ouvrir entre le Liban et Israël, la situation changerait alors, car Israël, disposant d'un levier important, serait en mesure d'imposer ses conditions", a-t-il ajouté.

Quel est le coût de cette nouvelle escalade ?

Il n'existe pas encore d'estimation officielle des pertes résultant de la destruction des ponts dans le sud du Liban.

La Banque mondiale a déjà estimé le coût de la réhabilitation des infrastructures libanaises à plusieurs milliards de dollars. La reconstruction des ponts ne ferait qu'alourdir les dépenses.

Le bilan humanitaire est également lourd : plus de 1 070 personnes ont été tuées et plus d'un million ont été déplacées, soit environ 14 % de la population, selon l'unité de gestion des risques de catastrophes du bureau du Premier ministre et du ministère des Affaires sociales.


Le Hezbollah refuse toute négociation «sous le feu» avec Israël

Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
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  • Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation"
  • Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

BEYROUTH: Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban.

Les frappes israéliennes ont tué 1.094 personnes, dont 121 enfants, fait plus de 3.000 blessés et plus d'un million de déplacés depuis le 2 mars, selon un nouveau bilan mercredi du ministère de la Santé.

Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation", alors que le gouvernement libanais appelle à des pourparlers avec le pays ennemi.

Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

Sur le terrain, le Hezbollah a affirmé avoir mené mercredi plus de 80 attaques contre des positions de l'armée israélienne et des localités en Israël, le nombre d'attaques en un jour le plus élevé depuis le début de la guerre avec Israël.

La formation pro-iranienne a aussi affirmé avoir visé des troupes israéliennes dans neuf villages libanais à la frontière.

Le groupe a aussi revendiqué une série d'attaques contre des localités du nord d'Israël, notamment Kiryat Shmona, qui n'ont pas fait de victimes selon les autorités israéliennes.

"Transformer en profondeur" 

Selon une vidéo diffusée par son bureau, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui affirmé en soirée qu'Israël était en train d'élargir la "zone tampon" au Liban pour "éloigner la menace des missiles" du Hezbollah. "Nous sommes résolus à transformer en profondeur la situation", a-t-il dit.

La veille, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait affirmé que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

Dans le même temps, l'aviation israélienne avait mené une frappe dans la nuit de mardi à mercredi contre la banlieue sud de la capitale, selon l'agence libanaise ANI.

Israël avait ordonné mardi aux habitants de sept quartiers de cette banlieue qu'il considère comme un fief du Hezbollah d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Un correspondant de l'AFP a vu une rue jonchée de débris, de morceaux de ciment et de métal tordu, et un appartement endommagé, après une frappe tôt mercredi matin.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, Israël pilonne la banlieue sud de Beyrouth, vidée de la majorité de ses habitants qui ont fui.

Huit personnes tuées 

Huit personnes ont par ailleurs été tuées dans les frappes israéliennes dans le sud du Liban, selon le ministère libanais de la Santé.

A Nabatiyeh, dans le sud, deux secouristes, vêtus de leur uniforme et qui circulaient sur un scooter, ont été tués par une frappe israélienne mardi, a indiqué mercredi le ministère, portant à 42 le nombre de soignants libanais tués par Israël.

Celui-ci a dénoncé dans un communiqué "une obstruction délibérée des opérations de sauvetage et une violation flagrante du droit international humanitaire".

L'armée israélienne a déclaré de son côté mercredi matin avoir visé "un centre de commandement" du Hezbollah dans la banlieue sud, ainsi que des stations essence de l'entreprise Al-Amana dont elle dit qu'elles appartiennent au mouvement et le financent.

Israël avait aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants de la formation, sans en préciser le nombre.

"Le Hezbollah doit cesser de lancer des attaques contre Israël. Et Israël doit cesser ses opérations militaires et ses frappes contre le Liban, où les civils sont le plus touchés", a pour sa part plaidé mercredi le secrétaire général de l'ONU. "Le modèle de Gaza ne doit pas être reproduit au Liban", a insisté Antonio Guterres.

Dans la ville millénaire de Tyr, à une vingtaine de km de la frontière israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné par les frappes - et dans quelques écoles.

"Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici", a affirmé Khalil, l'un de ceux qui ont décider de rester dans la ville, désormais très isolée.

 


Israël déterminé à poursuivre la guerre au Liban, même si elle cesse avec l'Iran

De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé le village libanais du sud de Dayr Seryan le 25 mars 2026. (AFP)
De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé le village libanais du sud de Dayr Seryan le 25 mars 2026. (AFP)
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  • Israël affirme sa détermination à intensifier sa campagne militaire au Liban contre le Hezbollah, cherchant à créer une zone tampon et à désarmer le mouvement chiite malgré les discussions diplomatiques de Washington avec l’Iran
  • Depuis le 2 mars, le conflit a déjà fait plus de 1 000 morts au Liban et déplacé des centaines de milliers de civils, tandis qu’Israël mobilise potentiellement jusqu’à 400 000 réservistes pour une offensive majeure

JERUSALEM: A l'heure où Washington semble chercher une porte de sortie diplomatique à la guerre américano-israélienne contre l'Iran, Israël manifeste au contraire sa détermination à poursuivre et intensifier sa campagne militaire au Liban contre le mouvement islamiste Hezbollah, allié de Téhéran.

"La question du démantèlement du Hezbollah reste centrale", et "nous sommes déterminés à changer fondamentalement la situation au Liban", a déclaré mercredi soir le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

"Nous menons des opérations dans l'ensemble du Liban afin de frapper le Hezbollah et d'aboutir, au terme de ce processus, à son désarmement", avait déclaré la veille le général de brigade Effie Defrin, porte-parole de l'armée israélienne.

"C'est une tâche très difficile" et l'armée israélienne "aimerait disposer de davantage de temps pour s'occuper du Liban après le cessez-le-feu avec l'Iran", dit à l'AFP Orna Mizrahi, de l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv, cercle de réflexion proche de l'établissement militaro-sécuritaire israélien.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué par une frappe israélienne au début de la guerre régionale déclenchée le 28 février par l'attaque israélo-américaine sur l'Iran.

Depuis lors, Israël mène des bombardements massifs au Liban et a déployé des troupes dans le sud de ce pays afin d'établir une "ligne de défense avancée" face à la menace des missiles du Hezbollah.

- Elargir la zone tampon -

"Nous avons créé une véritable zone de sécurité [au Liban que] nous élargissons [pour] créer une zone tampon plus étendue", a déclaré M. Netanyahu mercredi soir peu avant que la Maison Blanche assure que les discussions avec l'Iran continuaient et étaient "productives", comme l'affirme le président Donald Trump en dépit des démentis iraniens.

Si les choses ne dépendaient que de lui, Israël "resterait au Liban, comme il le fait à Gaza, jusqu'à ce qu'il considère que le travail est terminé", affirme à l'AFP Joost Hiltermann, du cercle de réflexion américain International Crisis Group (ICG).

Mais "cela dépend vraiment de ce que fera Trump quand il décidera de mettre fin à l'implication des États-Unis dans la guerre", ajoute-t-il: "Dira-t-il à Israël d'en faire autant ou pas? Est-ce que cela concerne à la fois l'Iran et le Liban, ou seulement l'Iran?"

Selon un sondage réalisé pour le compte de l'INSS après deux semaines de guerre contre l'Iran, une majorité relative d'Israéliens (48%) estime que la campagne militaire actuelle au Liban ne permettra d'assurer "de nombreuses années de calme sur le plan de la sécurité" que "dans une faible ou une très faible mesure".

Le Hezbollah s'était joint à la guerre déclenchée par le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 à partir de Gaza en ouvrant un deuxième front contre Israël à sa frontière nord, avant d'être défait militairement à l'automne 2024.

- "Calcul rationnel" -

Israël argue que le mouvement chiite aurait dû se retirer du sud du Liban conformément aux termes du cessez-le-feu entré en vigueur fin novembre 2024 après une médiation de la France et des Etats-Unis.

L'Etat hébreu reproche en outre au gouvernement libanais d'avoir failli à son engagement de désarmer le Hezbollah et déclare régulièrement devoir se charger du travail lui-même.

Depuis le 2 mars, plus de 1.000 personnes ont été tuées au Liban, selon les autorités libanaises, et des centaines de milliers d'habitants ont fui leurs maisons dans le sud du pays sous la pression des appels à évacuer et des bombardements israéliens.

En Israël, une femme a été tuée dans le nord du pays après des tirs de roquette en provenance du Liban. Un autre civil israélien a été tué près de la frontière nord, victime de tirs d'artillerie de l'armée israélienne, qui a fait état d'"erreurs opérationnelles".

Alors qu'Israël semble sourd aux appels de Paris à saisir une occasion "historique" de discussions avec le Liban, pays avec lequel il est en état de guerre depuis 1948, Mme Mizrahi estime que le désarmement du Hezbollah ne peut être atteint "uniquement par des moyens militaires".

"Au bout du compte, il faudra un accord", dit-elle. Mais pour M. Hiltermann, M. Netanyahu pourrait être tenté de prolonger la campagne afin de redorer son bilan avant les élections devant avoir lieu d'ici fin octobre.

"Son calcul est assez différent de ce que serait [...] le calcul rationnel de responsables sécuritaires", juge-t-il.

Selon plusieurs médias israéliens, le gouvernement pourrait décider ces jours-ci de mobiliser au total 400.000 réservistes jusqu'à la fin mai en vue d'une offensive militaire de grande ampleur au Liban.