Le feu vert russe aux exportations de céréales ukrainiennes est vital pour l'Afrique de l'Est, selon l'ONU

Des camions chargés de grains d'orge sont vus dans un champ pendant la récolte, au milieu de l'attaque de la Russie contre l'Ukraine, dans la région d'Odessa, en Ukraine, le 23 juin 2023. (REUTERS)
Des camions chargés de grains d'orge sont vus dans un champ pendant la récolte, au milieu de l'attaque de la Russie contre l'Ukraine, dans la région d'Odessa, en Ukraine, le 23 juin 2023. (REUTERS)
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Publié le Mardi 27 juin 2023

Le feu vert russe aux exportations de céréales ukrainiennes est vital pour l'Afrique de l'Est, selon l'ONU

  • «Si l'initiative de la mer Noire n'est pas renouvelée, l'Afrique de l'Est (sera) très durement touchée», a déclaré Dominique Ferretti, spécialiste des urgences au bureau régional pour l'Afrique du Programme alimentaire mondial (PAM)
  • «Un certain nombre de pays dépendent du blé ukrainien. Sans ce blé, les prix des denrées alimentaires augmenteraient de manière significative», a-t-il mis en garde

GENEVE : Des millions d'habitants de la Corne de l'Afrique - où des gens meurent déjà de faim - dépendent du feu vert de la Russie à l'accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes, qui expire mi-juillet, a averti l'ONU lundi.

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Un vendeur vend des céréales à Nairobi le 16 mars 2022. L'Ukraine et la Russie sont toutes deux d'importants fournisseurs de blé et de céréales pour l'Afrique, et les sanctions et perturbations occidentales font déjà grimper les coûts sur tout le continent. (AFP). 

"Si l'initiative de la mer Noire n'est pas renouvelée, l'Afrique de l'Est (sera) très durement touchée", a déclaré Dominique Ferretti, spécialiste des urgences au bureau régional pour l'Afrique du Programme alimentaire mondial (PAM), lors d'une visioconférence depuis Nairobi.

"Un certain nombre de pays dépendent du blé ukrainien. Sans ce blé, les prix des denrées alimentaires augmenteraient de manière significative", a-t-il mis en garde, expliquant que l'Ukraine a toujours été "le grenier à blé" de l'Afrique.

En juillet 2022, l'Ukraine, la Russie, la Turquie et les Nations unies avaient signé l'Initiative céréalière de la mer Noire pour permettre les exportations de céréales ukrainiennes malgré l'invasion de l'Ukraine par Moscou.

A l'issue de négociations compliquées avec Moscou, cet accord avait été étendu à trois reprises, la dernière fois en mai pour 60 jours, jusqu'au 17 juillet. Mais le 13 juin, la Russie a de nouveau menacé de s'en retirer, estimant que certaines clauses sur l'exportation des engrais russes n'étaient toujours pas respectées malgré les engagements successifs de l'ONU.

Le président russe Vladimir Poutine a aussi accusé Kiev d'utiliser les couloirs maritimes prévus par cet accord pour attaquer la flotte russe avec des drones.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est dit "inquiet" pour l'avenir de l'accord, et Kiev a assuré n'être "pas très optimiste".

Sans renouvellement de l'accord, "des ménages ne seront plus en mesure de satisfaire leurs besoins élémentaires", a insisté M. Ferretti.

Le PAM - qui vient en aide directement aux populations - serait également fortement touché, l'Ukraine étant l'un de ses principaux fournisseurs.

L'accord a permis de faire sortir d'Ukraine plus de 32 millions de tonnes de grains par bateaux.

«Nous préparer»

L'organisation n'a pas mis en place de plan B, mais elle fait tout son possible pour prépositionner des denrées alimentaires. Elle se verra néanmoins contrainte de chercher d'autres fournisseurs en cas d'échec du prolongement de l'accord.

"Nous devons nous préparer à une augmentation de l'insécurité alimentaire" en cas de difficultés d'approvisionnement, a souligné depuis Nairobi Brenda Lazarus, du Bureau sous-régional pour l'Afrique de l'Est de la FAO, l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture.

Elle a expliqué que le blé occupe une grande place dans l'alimentation des populations de pays tels que la Somalie ou Djibouti. La FAO soutient les communautés locales pour les aider à remplacer le blé dans l'alimentation mais c'est un processus "très lent", a indiqué l'économiste.

L'ONU a affirmé la semaine dernière avoir "évité la famine" dans la Corne de l'Afrique grâce à la récolte de 2,4 milliards de dollars pour cette région frappée par une sécheresse catastrophique due au "chaos climatique".

Mais la situation reste grave. Le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire a doublé depuis 2016 en Afrique de l'Est (Djibouti, Kenya, Somalie, Soudan du Sud, Ouganda, Ethiopie et Soudan), pour atteindre la barre des 60 millions, a indiqué M. Ferretti, expliquant que cette crise alimentaire était notamment le résultat des conflits, de la sécheresse et des inondations.

Selon le représentant du PAM, environ 83 000 personnes, dont 40 350 en Somalie et 43 000 au Soudan du Sud, se trouvent actuellement en phase "catastrophe" (phase 5), la plus élevée de la classification sur la sécurité alimentaire (CIP).

"Cela veut dire qu'en moyenne ces ménages mangent une ou deux fois par semaine", a-t-il indiqué.

L'ONU se refuse pour l'instant à parler de famine généralisée, mais ses responsables ont affirmé à plusieurs reprises que des populations meurent déjà de faim.


Malgré les menaces de Téhéran, les discussions continuent "à un rythme rapide" selon Trump

Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
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  • Les pourparlers États-Unis–Iran sont fragiles, entre annonces d’accords et suspension du dialogue.
  • Malgré les discussions, les frappes et menaces d’escalade régionale se poursuivent, alimentant l’instabilité

TEHERAN: Donald Trump a assuré lundi que les négociations avec Téhéran pour mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient se poursuivaient "à un rythme rapide" et qu'une détente se profilait au Liban, comme exigé par la partie iranienne.

Un peu plus tôt, l'agence de presse iranienne Tasnim avait affirmé que les négociateurs du pays avaient "suspendu" le dialogue indirect avec Washington à cause des "crimes" qu'Israël "continue à commettre", sans que cette information ne soit confirmée de source officielle iranienne.

"Les Etats-Unis sont directement responsables d'une violation du cessez-le-feu contre l'Iran, et d'une violation du cessez-le-feu par le régime israélien contre le Liban", a estimé le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont estimé que "les lignes rouges franchies" à Gaza et au Liban équivalaient "à une guerre directe", en référence aux frappes quasi quotidiennes d'Israël dans le territoire palestinien et à son offensive dans le pays voisin.

"En réponse", l'Iran "est déterminé à mener des opérations défensives" et à "ouvrir de nouveaux fronts", ont averti les Gardiens.

Mais Donald Trump a annoncé avoir obtenu auprès du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, l'engagement de ne pas envoyer de troupes à Beyrouth, et auprès du Hezbollah pro-iranien celui de "cesser totalement le feu".

"Israël ne les attaquera pas et ils n'attaqueront pas Israël", a-t-il écrit.

Peu après, l'ambassade du Liban aux Etats-Unis a confirmé que le Hezbollah avait accepté une proposition américaine de "cessation mutuelle des attaques" avec Israël.

- Le pétrole fébrile -

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

D'autant que Téhéran a redit lundi que le nucléaire iranien ne faisait pas partie "à ce stade" des discussions, contrairement aux attentes de Donald Trump, qui a affirmé dimanche soir qu'un protocole d'accord devrait stipuler "très clairement que l'Iran n'aura(it) pas d'arme nucléaire".

Autre dossier clé des discussions, la navigation maritime. Selon Tasnim, l'Iran compte continuer à verrouiller le détroit d'Ormuz, et envisage de perturber le trafic dans celui de Bab el-Mandeb, de l'autre côté de la péninsule arabique - ce qui bloquerait l'accès au canal de Suez via la mer Rouge et contraindrait les navires à d'énormes détours.

Un navire a été touché par un projectile dans le Golfe qui a déclenché une forte explosion, a indiqué sans plus de détails l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

Dans ce contexte, le cours du Brent de la mer du Nord, référence mondiale du pétrole brut, est brutalement reparti à la hausse (jusqu'à environ +7%) avant de ralentir quelque peu et de terminer la séance en hausse de 4,24% à 94,98 dollars.

- Washington défend des frappes "défensives" -

L'Iran avait plus tôt dans la journée accusé les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.

L'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Les Gardiens iraniens avaient dit avoir riposté en attaquant une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire, sans nommer le pays visé - mais le Koweït a intercepté des missiles et drones "hostiles" et les a attribués à l'Iran.

La guerre a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranle l'économie mondiale.


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.

 

 


Trump a renvoyé une proposition d'accord plus stricte à l'Iran 

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  • D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran
  • Selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a renvoyé une nouvelle proposition d'accord plus stricte à l'Iran pour mettre fin à la guerre, alors qu'une entente semblait se rapprocher ces derniers jours, affirment samedi des médias américain.

D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran.

Le média américain n'est pas en mesure de préciser les changements apportés par le républicain. Mais selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens.

M. Trump a maintes fois répété qu'il était exclu que Téhéran se dote de l'arme atomique, et exige que son stock d'uranium hautement enrichi soit détruit.

La question du nucléaire est l'un des principaux points de friction dans les négociations pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre la République islamique.

Parmi les autres priorités du président figurent la réouverture et le déminage du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui en bloquant cette voie d'eau perturbe gravement les approvisionnements en carburant et l'économie mondiale en général.

Les modifications apportées par Donald Trump pourraient encore prolonger les négociations. Des sources américaines ont indiqué à l'AFP que le président n'avait pas décidé de signer la proposition sur son bureau vendredi, après une réunion de crise à la Maison Blanche.

Dans la soirée, un responsable de la présidence avait affirmé que Donald Trump ne signerait un accord "que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".