Autodafé du Coran en Suède: Face à l’intolérance, pas de tolérance qui tienne

Des policiers suédois interviennent tardivement après qu'un groupe d'islamophobes a brûlé un exemplaire du Coran, le livre saint des musulmans, devant la mosquée centrale de Stockholm, le 28 juin 2023. (Photo, TT News Agency/Caisa Rasmussen/via Reuters).
Des policiers suédois interviennent tardivement après qu'un groupe d'islamophobes a brûlé un exemplaire du Coran, le livre saint des musulmans, devant la mosquée centrale de Stockholm, le 28 juin 2023. (Photo, TT News Agency/Caisa Rasmussen/via Reuters).
Le 30 juin 2023, des partisans du religieux chiite irakien Moqtada al-Sadr protestent près de l'ambassade de Suède à Bagdad contre un homme qui a déchiré et brûlé un exemplaire du Coran à l'extérieur d'une mosquée dans la capitale suédoise, Stockholm (Photo, Reuters/Saba Kareem).
Le 30 juin 2023, des partisans du religieux chiite irakien Moqtada al-Sadr protestent près de l'ambassade de Suède à Bagdad contre un homme qui a déchiré et brûlé un exemplaire du Coran à l'extérieur d'une mosquée dans la capitale suédoise, Stockholm (Photo, Reuters/Saba Kareem).
Des Iraniens brûlent un drapeau suédois lors d'une manifestation, le 30 juin 2023, devant l'ambassade de Suède à Téhéran, pour protester contre l'incendie d'un Coran en Suède (Photo, AP/Vahid Salemi).
Des Iraniens brûlent un drapeau suédois lors d'une manifestation, le 30 juin 2023, devant l'ambassade de Suède à Téhéran, pour protester contre l'incendie d'un Coran en Suède (Photo, AP/Vahid Salemi).
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Publié le Dimanche 02 juillet 2023

Autodafé du Coran en Suède: Face à l’intolérance, pas de tolérance qui tienne

  • Les autorités suédoises sont condamnées pour avoir autorisé la profanation du livre saint de l'islam par un immigrant irakien à Stockholm
  • L'incident soulève des questions sur les limites de la liberté d'expression et sur l'inégalité de traitement des différents textes, religieux ou laïques

DJEDDAH: La Suède, pays connu pour ses valeurs progressistes et son engagement en faveur des droits de l'homme, se trouve au centre d'une violente tempête diplomatique après qu'un membre d'un parti suédois d'extrême droite a brûlé un exemplaire du Coran, le livre saint de l'islam.

Cet incendie, que les autorités suédoises ont autorisé le 28 juin à Stockholm, a suscité la colère et l'indignation des musulmans du monde entier.

L'Organisation de la coopération islamique, un groupe de 57 pays, a déclaré qu'elle tiendrait une «réunion d'urgence» pour discuter de la situation, les discussions devant avoir lieu dimanche.

Selon un porte-parole, le comité exécutif de l'OCI se réunira dans la ville saoudienne de Djeddah pour «discuter des mesures à prendre contre cet acte odieux et adopter une position collective sur la marche à suivre».

L'incident s'est produit à l'extérieur de la mosquée centrale de Stockholm pendant l'Aïd Al-Adha, une fête islamique majeure et la fin du pèlerinage annuel du Hajj à La Mecque, en Arabie Saoudite.

Salwan Momika, qui a fui l'Irak pour s'installer en Suède il y a plusieurs années, proteste devant une mosquée de Stockholm le 28 juin 2023, pendant la fête de l'Aïd Al-Adha. Il a ensuite déchiré et brûlé un exemplaire du livre saint des musulmans (Photo, Jonathan Nackstrand /AFP).

L'acte a été commis par Salwan Momika, un immigré irakien de 37 ans vivant en Suède, qui prétendait exprimer son opinion sur le Saint Coran.

La police de Stockholm avait accordé une autorisation pour la manifestation après qu'un tribunal suédois a jugé que son interdiction porterait atteinte au droit à la liberté d'expression et que les forces de l'ordre ne disposaient pas de preuves suffisantes pour interdire de telles manifestations.

Dans une interview accordée au journal suédois Expressen jeudi, Momika a nié que son action constituait un «crime de haine» ou une «agitation envers un groupe quelconque». Il a également révélé qu'il a l'intention de brûler un autre exemplaire du livre saint dans les dix jours suivant sa première manifestation.

Selon un communiqué publié sur le site web du ministère suédois des Affaires étrangères, «le gouvernement suédois rejette fermement l'acte islamophobe commis par des individus en Suède. Cet acte ne reflète en aucun cas les opinions du gouvernement suédois».

La police suédoise a permis à Salwan Momika, un Irakien résidant en Suède, de déchirer et de brûler un exemplaire du Coran lors d'une manifestation non provoquée devant une mosquée de Stockholm, le 28 juin 2023, alors que les musulmans du monde entier célèbrent l'Aïd Al-Adha. (Photo, Jonathan Nackstrand/AFP).

Un porte-parole du service diplomatique de l'Union européenne a publié une déclaration à ce sujet: «L'UE se joint au ministère suédois des Affaires étrangères pour rejeter fermement l'incendie d'un Coran par un individu en Suède. Brûler le Coran ou tout autre livre saint est offensant et irrespectueux et constitue un acte de provocation évident. Les manifestations de racisme, de xénophobie et de tolérance qui en découlent n'ont pas leur place en Europe.»

Arab News a posé une série de questions au ministère suédois des Affaires étrangères, mais n'avait pas reçu de réponse au moment de la publication de cet article.

En réaction à l'incident de Stockholm, plusieurs pays à majorité musulmane ont exprimé leurs préoccupations et condamné l'acte comme une provocation délibérée et une attaque contre leur religion.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a publié une déclaration condamnant fermement l'incendie, soulignant que de tels actes incitent à la haine, à l'exclusion et au racisme, ce qui va à l'encontre des efforts visant à promouvoir la tolérance, la modération et le rejet de l'extrémisme.

«Le ministère des Affaires étrangères exprime la ferme condamnation et la dénonciation par le Royaume d'Arabie saoudite de l'incendie d'un exemplaire du Saint Coran par un extrémiste devant la mosquée centrale de Stockholm, en Suède, après la prière de l'Aïd Al-Adha», a déclaré le ministère.

«Ces actes haineux et répétés ne peuvent être acceptés avec aucune justification et incitent clairement à la haine, à l'exclusion et au racisme, et contredisent directement les efforts internationaux visant à diffuser les valeurs de tolérance, de modération et de rejet de l'extrémisme. Ils sapent le respect mutuel nécessaire aux relations entre les peuples et les États», a-t-il ajouté.

EN BREF

• Plus de 140 000 immigrés d'origine irakienne constituent le deuxième groupe d'immigrés en Suède.

• Rasmus Paludan, homme politique danois d'extrême droite, a brûlé un exemplaire du Saint Coran à Stockholm, le 21 janvier dernier.

Pour sa part, le Maroc a convoqué l'ambassadeur de Suède à Rabat et rappelé son propre ambassadeur, tandis que la Jordanie a exprimé son mécontentement à l'envoyé de Suède, qualifiant l'incendie d'acte de haine et de racisme.

Les Émirats arabes unis ont également convoqué l'ambassadeur de Suède et ont exprimé leur profond mécontentement quant à l’autorisation de l'action de Momika. Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis, a déclaré dans un communiqué: «Les attaques flagrantes et répétées contre notre foi islamique sous le prétexte de la liberté d'opinion perpétuent la haine et la rivalité.»

Ce jeudi, une foule de manifestants irakiens, dirigée par le religieux chiite Moqtada al-Sadr, a fait irruption dans l'ambassade de Suède à Bagdad, mais l'a quittée au bout de 15 minutes lorsque les forces de sécurité sont arrivées sur les lieux.

Des partisans du leader musulman chiite Moqtada al-Sadr manifestent dans la cour et à l'extérieur de l'ambassade de Suède à Bagdad, le 29 juin 2023, pour protester contre l'incendie du Coran par un Irakien vivant en Suède (Photo, Ahmad Al-Rubaye /AFP).

Le ministère irakien des Affaires étrangères a condamné la décision de la Suède d'autoriser un «extrémiste» à brûler un exemplaire du Coran, déclarant que de tels actes «enveniment les sentiments des musulmans du monde entier et représentent une dangereuse provocation».

Le ministère a indiqué qu'il avait convoqué l'ambassadeur de Suède à Bagdad pour lui faire part de la «vive protestation» de son pays à l'égard de la décision d'autorisation.

Recep Tayyip Erdogan, le président turc, a critiqué la Suède pour avoir autorisé une telle manifestation, qui pourrait avoir encore affaibli les chances du pays nordique d'adhérer à l'OTAN — une démarche à laquelle la Turquie, membre de l'OTAN, oppose depuis longtemps son veto.

«Nous finirons par apprendre aux Occidentaux arrogants qu'insulter les musulmans ne relève pas de la liberté de pensée», a averti Erdogan lors d'une allocution télévisée. «Nous montrerons notre réaction dans les termes les plus forts possibles, jusqu'à ce qu'une victoire déterminée soit remportée contre les organisations terroristes et l'islamophobie.»

Des commentateurs politiques ont mis en garde contre le fait que l'acte de brûler une copie du Coran ne fait pas qu'attiser les tensions existantes entre les communautés musulmanes et non musulmanes en Suède, mais fait également le jeu d'éléments extrémistes qui exploitent de tels incidents pour alimenter la haine et polariser davantage les sociétés.

Des incidents antérieurs impliquant la profanation de textes sacrés ont également été condamnés. En 2015, un homme politique d'extrême droite a brûlé un exemplaire du Coran à l'extérieur d'une mosquée et, au début de l'année, un Égyptien vivant en Suède a projeté de brûler la Torah devant l'ambassade d'Israël à Stockholm, afin de susciter un débat sur la cause palestinienne.

Cependant, les leaders musulmans de Suède sont intervenus pour empêcher l'action et les religieux musulmans et juifs ont dénoncé la profanation de textes sacrés en guise de protestation.

Ulf Kristersson, le Premier ministre suédois, a déclaré que l'action de Momika était «légale mais pas appropriée».

Le Premier ministre suédois, Ulf Kristersson, s'adresse aux médias au siège de l'UE à Bruxelles, le 29 juin 2023 (Photo, AFP).

Salmane al-Ansari, chercheur politique saoudien, a déclaré à Arab News: «J'ai visité la Suède. C'est un pays magnifique avec des gens formidables qui accordent de l'importance au respect des autres.»

«Toutefois, il est très regrettable que certains extrémistes aient exploité la Suède et ses lois peu contraignantes en matière de liberté d'expression. Le peuple suédois est l'un des plus aimables que j'aie jamais rencontrés», a-t-il ajouté.

«Je suis absolument certain que le peuple suédois n'est pas d'accord avec les discours et les actes de haine. Si brûler le livre sacré de 1,8 milliard de personnes n'est pas de la haine, alors qu'est-ce qui constitue un discours et un acte de haine ?», a-t-il demandé.

Soulignant les préoccupations relatives à une approche sélective de la liberté d'expression, certains analystes politiques affirment que la réaction d'un pays occidental aurait pu être différente si la manifestation avait été dirigée contre une autre religion ou une cause politique populaire.

Ils affirment que la profanation d'un symbole religieux juif, par exemple, aurait probablement donné lieu à des accusations d'antisémitisme. De même, toute manifestation dirigée contre les Noirs aurait certainement été contraire aux lois interdisant le racisme.

Au cours de la dernière semaine d'avril, un groupe de satanistes autoproclamés a applaudi lorsque deux dirigeants ont ouvert la SatanCon 2023 dans la ville américaine de Boston, avec une cérémonie officielle renonçant aux «symboles de l'oppression» en déchirant une Bible et un drapeau «Thin Blue Line» représentant la police.

Commentant sur Twitter une vidéo de Fox News montrant ces actions, Al-Ansari a clairement exprimé son point de vue sur la profanation, en disant: «En tant que musulman, je dis que ces actions satanistes contre le christianisme et la Bible ne sont rien d'autre que déplorables, dégoûtantes et pleines de haine envers les personnes de toutes confessions.»

«En quoi le fait de déchirer une Bible peut-il être utile? Qui sont les complices en coulisses de ce culte de la haine?»

L'incendie d'un exemplaire du Coran n'est pas seulement considéré comme profondément offensant par les musulmans du monde entier, il soulève également des questions importantes sur les limites de la liberté d'expression et sur l'inégalité de traitement des différents textes, religieux ou laïques.

Si la liberté d'expression est un droit humain fondamental et une pierre angulaire des sociétés démocratiques, de nombreux politologues estiment qu'elle ne doit pas être considérée comme un droit absolu permettant l'incitation à la haine ou le dénigrement délibéré des croyances religieuses.

S'adressant à Arab News, Al-Ansari a déclaré: «La Suède est chère à mon cœur et je suis triste de la voir exploitée par des radicaux et des extrémistes d'extrême droite. Il est temps que le Premier ministre, Ulf Kristersson, et le Parlement suédois assèchent le marais de la haine et de l'extrémisme.»

«Le gouvernement suédois devrait rectifier le tir et tracer une ligne claire entre la liberté d'expression et les actes de haine.»

«Sinon, le gouvernement et le peuple suédois seront considérés comme des prêcheurs de haine et des hypocrites, car ils interdisent de nombreux slogans tels que les slogans nazis et autorisent la haine antimusulmane.»

«Il s'agit clairement d’une situation de deux poids deux mesures qui ne peut être justifiée de quelque manière que ce soit. La Suède mérite mieux que cela.»

Des Iraniens manifestent devant l'ambassade de Suède à Téhéran, le 30 juin 2023, pour protester contre l'incendie d'un Coran par des islamophobes dans la capitale suédoise (Photo, AP).

Se référant à Momika, Al-Ansari a déclaré: «L'auteur de cette action serait un membre actif de la milice irakienne qui a travaillé avec des organisations radicales et militantes en Irak.»

«Il a continué à se rendre en Irak alors qu'il prétendait craindre pour sa vie. Si le fait de mentir aux services d'immigration suédois n'est pas suffisant pour révoquer son statut de demandeur d'asile, alors qu'est-ce qui l'est ?»

D'autres ont indiqué que l'incident de cette semaine souligne l'importance d'encourager le dialogue interconfessionnel, d'éduquer le public sur la signification des textes religieux et de combler les fossés par une communication respectueuse.

Pour parvenir à une coexistence harmonieuse dans les sociétés multiculturelles, les chefs religieux estiment que la tolérance et le respect des diverses croyances sont primordiaux.

Si la liberté d'expression reste essentielle, ils estiment qu'elle doit être exercée de manière responsable, en tenant compte des conséquences potentielles et en respectant les sensibilités d'autrui.

Dans une récente interview accordée à la chaîne d'information MBC, le cheikh Dr Mohammed al-Issa, secrétaire général de la Ligue musulmane mondiale, a souligné qu'une «copie du Saint Coran, et non le Coran», était tombée entre «les mains d'un extrémiste haineux et rancunier qui s'est réfugié dans une constitution qui lui permet de s'exprimer librement, «même si l'opinion qu'il exprime est une rancune qui incitera à la haine et à l'inimitié entre toutes les communautés».

Il a ajouté: «C'est la philosophie de la constitution qui le protège, et dans ce cas, il s'agit de la constitution suédoise qui représente en fait la volonté du peuple suédois en promulguant cette constitution.»

«Cependant, la majorité des Suédois font la distinction entre les articles de la constitution et le comportement qui bénéficie de la protection de ces articles de la constitution pour exprimer ces opinions, en particulier la rancune et la haine qui sont exprimées dans cet incident.»

«En général, les Suédois ne sont pas d'accord avec cette rancune et cette haine. Ils les rejettent. Cependant, ils disent ‘C'est son droit d'exprimer son opinion tant qu'il ne commet pas d'acte nuisible concret’.»

Al-Issa, qui considère l'action de Momika comme un crime, a ajouté: «Nous avons des divergences avec la philosophie de cette constitution. Nous dénonçons explicitement cet acte odieux. Nous le condamnons de toutes les manières possibles.»

En mars 2019, Arab News a pris clairement position contre ceux qui encouragent les discours de haine au nom de la religion en lançant un projet Prédicateurs de haine dont le thème portait sur le fait qu'il ne peut y avoir de tolérance à l'intolérance.  

«Chaque semaine, nous nous concentrerons sur un prédicateur particulier, nous expliquerons ses croyances, nous mettrons la lumière sur ses édits remplis de haine et, surtout, nous le tiendrons responsable de ses paroles», a écrit Faisal J. Abbas, rédacteur en chef d'Arab News, dans un article intitulé «Il ne peut y avoir de tolérance à l'intolérance», qui présente la série.

La série a présenté, contextualisé et analysé des prédicateurs extrémistes de toutes religions, origines et nationalités, afin de mettre en lumière l'impact de leurs paroles sur les populations du monde entier.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trump menace l'Iran de conséquences «très traumatisantes» s'il n'accepte pas un accord

Washington et Téhéran disent vouloir continuer à discuter après une première séance de pourparlers le 6 février à Oman. (AFP)
Washington et Téhéran disent vouloir continuer à discuter après une première séance de pourparlers le 6 février à Oman. (AFP)
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  • "Il faut passer un accord, sinon ce sera très traumatisant, très traumatisant", a déclaré le président américain pendant un échange avec la presse à la Maison Blanche
  • "Je leur parlerai aussi longtemps qu'ils le souhaitent" a-t-il encore dit, en indiquant que faute d'accord, il passerait à la "phase deux", qui serait "très dure" pour les Iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a menacé jeudi l'Iran de conséquences "très traumatisantes" s'il n'acceptait pas un accord sur son programme nucléaire, tandis que Benjamin Netanyahu a exprimé un "certain scepticisme" sur les chances de conclure l'accord en question.

"Il faut passer un accord, sinon ce sera très traumatisant, très traumatisant", a déclaré le président américain pendant un échange avec la presse à la Maison Blanche, en ajoutant qu'il espérait que les négociations avec la République islamique aboutissent d'ici un mois.

"Je leur parlerai aussi longtemps qu'ils le souhaitent" a-t-il encore dit, en indiquant que faute d'accord, il passerait à la "phase deux", qui serait "très dure" pour les Iraniens.

Il a une nouvelle fois donné en exemple le bombardement par les Etats-Unis de sites nucléaires iraniens lors d'une guerre de 12 jours déclenchée par Israël en juin.

Washington et Téhéran disent vouloir continuer à discuter après une première séance de pourparlers le 6 février à Oman.

"J'ai exprimé (à Donald Trump) un certain scepticisme quant à la qualité de tout accord avec l'Iran" a pour sa part déclaré le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, au lendemain d'une rencontre à la Maison Blanche avec le dirigeant républicain.

"J'ai dit que si un accord devait effectivement être obtenu, il devrait inclure des éléments qui sont très importants (...) pour Israël", a-t-il ajouté.

"Il ne s'agit pas simplement de la question nucléaire (mais) aussi des missiles balistiques et des (groupes armés) mandataires de l'Iran" comme le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien ou les Houthis du Yémen, a plaidé le Premier ministre israélien.

Missiles 

La question des missiles est une ligne rouge pour Israël, distant d'environ 2.000 kilomètres de l'Iran.

Il a confirmé la préférence de Donald Trump, pour l'instant, pour la voie diplomatique, même si le milliardaire de 79 ans a déployé à proximité de l'Iran de considérables moyens militaires.

Le président américain pense créer les "conditions" qui pourraient permettre de mener à un "bon accord" avec l'Iran, a constaté Benjamin Netanyahu en quittant la capitale américaine.

Après le déclenchement d'un mouvement de contestation réprimé dans le sang début janvier par les autorités iraniennes, Donald Trump a multiplié les avertissements à l'encontre de Téhéran.

En recevant mercredi Benjamin Netanyahu, il a cependant "insisté" sur sa volonté de poursuivre les discussions avec Téhéran, en dépit de positions très éloignées.

Cette divergence de vues sur l'Iran n'a pas empêché le président américain de déclarer à nouveau jeudi son soutien à Benjamin Netanyahu face aux accusations de corruption qui le visent en Israël.

Donald Trump a lancé que le président israélien Isaac Herzog "devrait avoir honte" de ne pas gracier le Premier ministre, comme ce dernier l'a demandé.

Les Etats-Unis insistent pour inclure la question des missiles et des groupes soutenus par l'Iran dans les négociations.

Téhéran pour sa part ne veut parler que du programme nucléaire, et insiste pour gagner des capacités d'enrichissement d'uranium.


L'UE veut accélérer ses réformes économiques pour résister à la Chine et à Trump

Le château d’Alden Biesen à la veille de la retraite informelle des dirigeants de l’Union européenne à Alden Biesen, dans le centre de la Belgique, le 12 février 2026. (AFP)
Le château d’Alden Biesen à la veille de la retraite informelle des dirigeants de l’Union européenne à Alden Biesen, dans le centre de la Belgique, le 12 février 2026. (AFP)
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  • Les dirigeants de l’UE se réunissent en Belgique pour accélérer les réformes visant à renforcer la compétitivité européenne face à la Chine et aux États-Unis
  • Malgré un large consensus sur l’urgence d’agir (marché unique, simplification réglementaire, financement), des divergences persistent, notamment sur la « préférence européenne » et les emprunts communs

ALDEN BIESEN: Eliminer les barrières internes, supprimer les fardeaux réglementaires et protéger le "Made in Europe": les Vingt-Sept se réunissent jeudi en Belgique pour accélérer les réformes visant à redresser la compétitivité de l'économie européenne, débordée par la concurrence chinoise exacerbée et l'hyperpuissance américaine débridée.

Les dirigeants de l'Union européenne vont se retrouver dans le cadre privilégié du château d'Alden Biesen, dans la province flamande du Limbourg. Une ancienne commanderie teutonique, à la fois monastère et forteresse militaire, dont les salles baroques entièrement restaurées servent désormais de centre de conférences.

Au programme de cette "retraite", dont le format plus informel veut trancher avec le cadre rigide des sommets bruxellois: l'urgence à réformer le marché unique européen, vaste espace de 450 millions de consommateurs, devenu au fil des décennies la colonne vertébrale de la construction européenne.

Un moteur qui menace aujourd'hui de caler, face aux assauts simultanés de la Chine qui contrôle les terres rares essentielles à l'industrie mondiale, inonde l'Europe de ses petits colis et dont l'excédent commercial gonfle sans cesse, et des Etats-Unis, qui depuis le retour au pouvoir de Donald Trump ont menacé d'annexer le Groenland, dégainé l'arme des droits de douane et tiré à boulets rouges contre les règles numériques et environnementales de l'UE.

Alors que la part de l'UE dans le PIB mondial est tombée sous les 15%, ce sombre diagnostic est largement partagé en Europe, depuis le rapport aux allures d'électrochoc présenté il y a 18 mois par l'ancien président de la BCE, Mario Draghi.

"Voulons-nous rester un simple grand marché, soumis aux priorités des autres? Ou voulons-nous prendre les mesures nécessaires pour devenir une puissance?", a martelé début février l'économiste italien, qui échangera avec les dirigeants européens à Alden Biesen.

Car de la puissance économique dépend la capacité de l'UE à financer son effort de réarmement historique, négocier des accords commerciaux plus avantageux, et éviter d'être reléguée sur la scène internationale.

Les discussions de jeudi ne visent pas à définir des solutions, déjà largement identifiées, mais à tenter d'accélérer leur mise en oeuvre.

La Commission européenne a déjà élaboré un vaste programme de réformes visant à renforcer la compétitivité du bloc, sur tous les plans.

- Traitement de choc -

Il s'agit de lever les barrières internes qui entravent l'activité économique, parfaire "l'union des marchés de capitaux" pour mettre l'épargne au service des entreprises, et réduire l'empilement des règlementations européennes et nationales.

Mais ce traitement de choc s'est en partie enlisé dans les procédures législatives de l'UE. Mercredi, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a exhorté les eurodéputés à avancer.

Elle a aussi confirmé que la Commission présenterait en mars un projet de nouveau statut juridique pour les entreprises, "EU Inc", qui réduira leurs contraintes administratives, et évoqué la possibilité de "coopérations renforcées" pour appliquer certaines réformes - autrement dit de les restreindre aux pays volontaires - s'il est trop compliqué de s'entendre à 27.

Car les Etats ne sont pas systématiquement sur la même ligne quant aux mesures à mettre en oeuvre.

Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, qui participaient mercredi à un sommet de l'industrie européenne à Anvers, ont ainsi souligné tous les deux la nécessité de réformer l'Europe sans attendre.

Mais là où le président français Emmanuel Macron a défendu avec ardeur la "préférence européenne", une obligation pour certaines entreprises bénéficiant de fonds publics, dont les constructeurs automobiles, de se fournir en composants européens, M. Merz a estimé qu'une telle solution devait être réservée "uniquement à des secteurs stratégiques et seulement en dernier ressort", et sans exclure certains pays partenaires.

La Commission a préparé un projet de loi en ce sens, attendu le 25 février.

De même, l'idée relancée par M. Macron de recourir à des emprunts communs européens pour financer des investissements dans les secteurs d'avenir a été fraîchement accueillie à Berlin. "Il n'est pas acceptable de réclamer plus d'argent sans engager les réformes", a tancé mardi une source gouvernementale allemande.

Au sein des Vingt-Sept, "il y a beaucoup de convergences", même s'il y a "des accents politiques ou nationaux qui sont un peu différents", tempère un diplomate européen qui a requis l'anonymat.


Le Canada en deuil après une rare tuerie qui a fait neuf morts

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  • L'attaque s'est déroulée à Tumbler Ridge, petite ville isolée de 2.300 habitants au pied des Montagnes Rocheuses, dans la province de Colombie-Britannique, à plusieurs heures de route de tout centre urbain
  • D'après la première "alerte" envoyée mardi par la police aux habitants, le suspect a été décrit "comme étant une femme brune portant une robe". Mais les autorités n'ont pas confirmé

MONTREAL: Le Canada est "en deuil", a déclaré mercredi le Premier ministre Mark Carney au lendemain d'une tuerie qui a fait neuf morts et une trentaine de blessés dans une petite ville isolée de l'ouest du pays, où une personne a ouvert le feu dans un collège-lycée.

"Nous surmonterons cette épreuve. Nous en tirerons des leçons", a également promis le Premier ministre, appelant les Canadiens au "rassemblement" dans un pays sous le choc, peu habitué aux tueries de ce type contrairement au voisin américain.

Les drapeaux des édifices gouvernementaux seront mis en berne pendant une semaine.

L'attaque s'est déroulée à Tumbler Ridge, petite ville isolée de 2.300 habitants au pied des Montagnes Rocheuses, dans la province de Colombie-Britannique, à plusieurs heures de route de tout centre urbain.

D'après la première "alerte" envoyée mardi par la police aux habitants, le suspect a été décrit "comme étant une femme brune portant une robe". Mais les autorités n'ont pas confirmé.

Le suspect, dont le genre fait l'objet de spéculations, serait mort après "une blessure qu'il se serait infligée", selon la police.

Ken Floyd, un responsable de la police canadienne, est resté prudent mais a indiqué que le tireur était bien la personne mentionnée dans l'alerte.

Vingt-sept personnes ont également été blessées, dont deux grièvement, a indiqué la Gendarmerie royale du Canada dans un communiqué.

"Horreur" 

Nina Krieger, ministre de le Sécurité publique de la province, a évoqué "l'une des pires tueries de masse de l'histoire" du Canada.

"Nous allons nous rassembler et faire en sorte d'être à l'écoute de ceux qui veulent parler" après cette "grande tragédie", a déclaré Darryl Krakowka, le maire de Tumbler Ridge, auprès de la chaîne publique CBC.

Mark Carney n'a pas prévu d'aller sur place mais le ministre canadien de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, et le Premier ministre de la province David Eby se rendent mercredi au chevet de la ville.

La famille royale britannique s'est dite "profondément choquée et attristée" par ce drame, dans un communiqué du roi Charles III, également chef d'Etat du Canada.

"L'horreur a frappé (...). Pensées aux familles des victimes, aux blessés et à toute la communauté éducative. La France se tient aux côtés des Canadiens", a affirmé le président français Emmanuel Macron sur X.

C'est la seconde tuerie en Colombie-Britannique en moins d'un an. En avril 2025, un homme avait tué 11 personnes à Vancouver, en fonçant avec son camion sur une foule qui célébrait un festival culturel philippin.

Ce type d'attaque est exceptionnel dans les écoles canadiennes. Elle frappe une ville connue pour son tourisme de plein air, avec la proximité des montagnes et un parc géologique.

"Mon plus jeune enfant vient tout juste de sortir du lycée (...). Ma fille aînée travaille à 300 mètres de l'école. Il s'en est fallu de peu", a raconté mardi soir à l'AFP Trent Ernst, journaliste local et ancien enseignant suppléant au lycée de Tumbler Ridge.

"Des fusillades dans des écoles au Canada, c'était une toutes les quelques années (...). Mais quand ça se produit dans votre ville, les choses déraillent complètement", a-t-il ajouté.

"Scène épouvantable" 

Darian Quist, élève dans l'établissement, a expliqué à CBC qu'il se trouvait en cours de mécanique quand on leur a annoncé le confinement de l'école.

"Nous avons pris des tables et barricadé les portes pendant plus de deux heures" jusqu'à l'arrivée de la police, a-t-il raconté.

La première alerte en début d'après-midi concernait un tireur dans l'école. Arrivées sur place, les forces de l'ordre ont d'abord découvert six corps, sans compter le suspect.

Une septième personne blessée par balle est décédée durant son transport à l'hôpital.

Par la suite, la police "a identifié un second lieu (...) lié à l'assaut, où deux autres victimes ont été retrouvées mortes dans une résidence", selon un communiqué.

Ken Floyd a décrit une "scène épouvantable" à l'arrivée des forces de l'ordre.

Si les tueries sont moins fréquentes au Canada qu'aux États-Unis, les statistiques sur la dernière décennie témoignent d'une augmentation constante des crimes commis avec des armes à feu.

En 2020, le Canada avait interdit 1.500 modèles d'armes d'assaut en réaction à la tuerie la plus meurtrière de son histoire, qui avait fait 22 morts dans la province de Nouvelle-Écosse (est).