Avec l’opération militaire de Jénine, Israël impose une sanction collective aux Palestiniens

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Publié le Mardi 04 juillet 2023

Avec l’opération militaire de Jénine, Israël impose une sanction collective aux Palestiniens

  • Depuis lundi matin, Jénine est le terrain de violents bombardements aériens et d’incursions terrestres par l’armée israélienne, impliquant des forces spéciales d’élite et des véhicules blindés entre autres
  • Le gouvernement israélien du Premier ministre, Benjamin Netanyahou, affirme que l’offensive «porte un coup dur aux terroristes à Jénine»

DUBAÏ: L’offensive terrestre massive menée par Israël dans un camp de réfugiés palestiniens densément peuplé au nord de la Cisjordanie donne une forte impression de déjà-vu, du moins pour ceux qui se souviennent des raids et des affrontements de 2002 qui ont transformé la bataille de Jénine en un symbole de la résistance palestinienne.

Bien que vingt et un ans se soient écoulés entre les deux opérations militaires israéliennes, la situation dans les territoires palestiniens occupés demeure largement inchangée. Au contraire, le très faible espoir d’une résolution pacifique du conflit au Moyen-Orient qui existait en 2002 s’est évanoui avec la suprématie politique de l’extrême droite israélienne.

Depuis lundi matin, Jénine est le terrain de violents bombardements aériens et d’incursions terrestres par l’armée israélienne, impliquant des forces spéciales d’élite, des véhicules blindés de transport de troupes, des bulldozers, des hélicoptères et des drones. L’assaut a commencé par une attaque de drone contre un appartement en plein cœur du camp de réfugiés.

L’armée israélienne déclare que cet appartement est un «centre de commandement opérationnel conjoint» pour les Brigades de Jénine, une unité composée de groupes militants dont les membres appartiennent principalement au Hamas et au Djihad islamique. On estime que plus de 10 000 Palestiniens résident à moins d’un demi-kilomètre de la cible apparente.

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Des affrontements ont éclaté à Jénine alors qu’Israël a lancé lundi une opération militaire massive dans la ville de Cisjordanie, ravivant les souvenirs d’une offensive terrestre similaire menée il y a vingt et un ans. (Reuters).

Constituée en grande partie de camps initialement mis en place dans les années 1950, la ville de Jénine abrite plus de 22 000 Palestiniens expulsés de leurs foyers d’origine en 1948 lors de la Nakba, qui représente le nettoyage ethnique de la Palestine par les milices sionistes pour mettre en place l’État d’Israël.

Pour les Palestiniens, l’enclave incarne la résistance armée contre l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza. Pour les Israéliens, Jénine est un foyer de militantisme qui appartient à des groupes qui couvrent toute la gamme idéologique – du Hamas et du Djihad islamique au Fatah.

Mansour al-Saadi, le vice-gouverneur de Jénine, déclare à Arab News que l’armée israélienne avait isolé le camp de réfugiés de la ville en utilisant des monticules de terre que ses bulldozers ont entassés à toutes les entrées. «Si l’opération militaire se poursuit pendant une période plus longue, la situation dans le camp de Jénine se transformera en une catastrophe humanitaire», souligne-t-il.

S’adressant à Arab News, Abdallah Amawi, un résident palestinien d’un camp de réfugiés au Liban, affirme: «Des membres de ma famille se trouvent à Jénine. Nous restons en contact sur les réseaux sociaux parce que je ne peux pas les appeler directement. Sur toutes les photos, on voit de la fumée, des incendies et des résidents blessés. Tout ce que je peux faire, c’est prier: prier pour leur sécurité, un toit permanent au-dessus de leur tête et, au bout du compte, leur liberté.»

Exprimant son inquiétude face à l’assaut israélien, Lynn Hastings, coordinatrice humanitaire de l’Organisation des nations unies (ONU), écrit sur Twitter: «Des attaques aériennes ont été lancées en direction du camp de réfugiés densément peuplé, entraînant de nombreux décès et blessures graves. L’accès à tous les blessés devrait être garanti.»

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Des affrontements ont éclaté à Jénine alors qu’Israël a lancé lundi une opération militaire massive dans la ville de Cisjordanie, ravivant les souvenirs d’une offensive terrestre similaire menée il y a vingt et un ans. (AFP).

Un porte-parole du président palestinien, Mahmoud Abbas, a condamné l’offensive israélienne qu’il considère comme «un nouveau crime de guerre contre notre peuple sans défense». Il ajoute: «Notre peuple palestinien ne courbera pas l’échine, ne se rendra pas et restera inébranlable face à cette agression brutale.»

Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue arabe, a écrit sur Twitter lundi: «Le bombardement de villes et de camps par des avions et la destruction de maisons et de routes est une punition collective et une vengeance qui ne fera que conduire à une nouvelle dégradation de la situation.»

Le lieutenant-colonel Richard Hecht, porte-parole de l’armée israélienne, déclare que les frappes aériennes visaient à «minimiser les frictions» pour les soldats déployés sur le terrain. Il ajoute que l’opération cherche à mettre fin à «la mentalité de refuge sûr» dans les camps de réfugiés qui, selon lui, abritent 19 personnes soupçonnées d’avoir mené des attaques contre des Israéliens.

Au cours des dernières vingt-quatre heures, de nouvelles frappes aériennes israéliennes ont été lancées et des milliers de soldats ont été déployés à Jénine pour tenter de saisir des armes. Selon des responsables du ministère palestinien de la Santé, 8 Palestiniens sont morts et 50 ont été blessés jusqu’à présent.

Le gouvernement israélien du Premier ministre, Benjamin Netanyahou, affirme que l’offensive «porte un coup dur aux terroristes à Jénine». L’armée israélienne n’a publié aucune déclaration pour indiquer quand son opération prendra fin, tandis que la radio de l’armée israélienne a déclaré que l’offensive, qui implique 1 000 soldats et des dizaines de drones, pourrait durer plusieurs jours.

Alors que la fusillade faisait rage entre les troupes israéliennes et les combattants palestiniens lundi, les Brigades de Jénine déclarent dans un communiqué: «Nous combattrons les forces d’occupation jusqu’au dernier souffle. Nous travaillons ensemble. Toutes les factions et formations militaires sont unies.»

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La bataille de Jénine a provoqué la mort de 50 civils et combattants palestiniens et de 23 soldats israéliens en avril 2002.

Avant l’assaut israélien, une roquette avait été tirée depuis la région de Jénine vers une communauté israélienne et avait explosé peu de temps après son tir, selon des images vidéo.

Les tensions avaient augmenté dans la région à la suite d’une opération militaire israélienne le 19 juin à Jénine. Cinq Palestiniens avaient été tués dans une fusillade, dont une Palestinienne de quinze ans. Des dizaines d’autres ont été blessés, selon les autorités sanitaires palestiniennes.

Jénine et Naplouse ont été les deux principales cibles de l’opération israélienne Breakwater, programmée il y a plus d’un an. Cette opération a donné lieu à des raids israéliens nocturnes et à certains des affrontements les plus violents dans les territoires occupés depuis le deuxième soulèvement populaire palestinien ou intifada.

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Des médecins palestiniens transportent une personne blessée dans un hôpital alors que les forces israéliennes commençaient leur offensive contre Jénine lundi. (AFP).

L’offensive israélienne en cours est la plus intense depuis la bataille de Jénine, qui a provoqué la mort de 50 civils et combattants palestiniens et de 23 soldats israéliens en l’espace d’un peu plus d’une semaine en 2002. Treize soldats avaient été tués dans une seule embuscade alors qu’ils tentaient de traverser les rues piégées du camp de réfugiés.

L’offensive avait commencé le 9 avril 2002, lorsque les forces israéliennes, soutenues par des avions de chasse, eurent envahi le camp avec plus de 150 chars blindés et bulldozers. L’assaut avait été lancé quelques jours après un attentat-suicide palestinien qui avait fait 30 morts lors d’un grand rassemblement pour la fête juive de Pessah.

Les affrontements qui avaient suivi entre les militants palestiniens et les troupes israéliennes durèrent plus de dix jours, rasant une grande partie de la ville de Jénine. Quelque 3 000 Palestiniens se retrouvèrent sans logement. Des allégations selon lesquelles des exécutions extrajudiciaires auraient été menées par l’armée israélienne ont été formulées et le bilan final des morts n’est toujours pas tranché.

Le gouvernement israélien de l’époque a conçu l’opération baptisée «Bouclier défensif» – la plus grande mobilisation militaire du pays depuis 1967 – comme une mesure défensive et une réponse aux attentats-suicides commis à l’intérieur d’Israël qui ont fait 56 morts et des centaines de blessés.

Au lieu de traiter l’Autorité palestinienne comme un partenaire de sécurité pendant la période séparant les deux offensives, les gouvernements israéliens successifs ont pris des mesures qui l’ont affaiblie. Simultanément, des groupes de colons d’extrême droite se sont emparés du pouvoir politique en Israël aux dépens des partis qui soutiennent une solution à deux États.

Le résultat est une désillusion croissante des Palestiniens vis-à-vis des politiques du gouvernement de Mahmoud Abbas et la popularité croissante des groupes armés à Jénine et Naplouse, entre autres villes.

L’année écoulée, au cours de laquelle plus de 140 Palestiniens ont trouvé la mort, principalement dans des affrontements ou en tant que simples passants, s’avère la plus meurtrière depuis plus d’une décennie. Près de 30 Israéliens ont perdu la vie au cours de la même période.

L’opération militaire à Jénine a jusqu’à présent été largement approuvée par les Israéliens. Même le centriste Yaïr Lapid a exprimé son soutien. «C’est une mesure justifiée contre une infrastructure terroriste, fondée sur des renseignements précis et de haute qualité», écrit-il sur Twitter.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Combats à Gaza, réunion à l'ONU pour maintenir l'aide de l'Unrwa

Des Palestiniens déplacés font la queue pour recevoir de l'aide devant le centre de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 28 janvier 2024, alors que les combats se poursuivent entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas. (AFP).
Des Palestiniens déplacés font la queue pour recevoir de l'aide devant le centre de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 28 janvier 2024, alors que les combats se poursuivent entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas. (AFP).
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  • Au cours de la nuit, des témoins ont fait état de frappes israéliennes dans plusieurs secteurs du sud et du centre de la bande de Gaza
  • En parallèle, les craintes d'une plus importante extension du conflit ont ressurgi après la mort de trois soldats américains tués en Jordanie dans une attaque de drone, imputée par Washington à des groupes pro-Iran

TERRITOIRES PALESTINIENS: D'intenses combats font rage mardi à Khan Younès, principale ville du sud de Gaza, au moment où le chef de l'ONU s'active en coulisses pour tenter de convaincre des donateurs échaudés de maintenir en pleine crise leur soutien à l'agence pour les réfugiés palestiniens (Unrwa).

Au cours de la nuit, des témoins ont fait état de frappes israéliennes dans plusieurs secteurs du sud et du centre de la bande de Gaza, et le Croissant-Rouge palestinien de tirs d'artillerie autour de l'hôpital al-Amal de Khan Younès.

Le ministère de la Santé du Hamas a dénombré de lundi soir à mardi matin au moins 128 morts, dont des "dizaines" à Khan Younès, où la situation demeure critique dans les principaux hôpitaux locaux.

"Au cours des dernières semaines, nos opérations se sont concentrées sur Khan Younès (...) qui est la capitale du Hamas pour le sud de Gaza", a déclaré le porte-parole de l'armée israélienne Daniel Hagari, faisant état de "plus de 2.000 terroristes éliminés" dans cette ville.

"Nous opérons sur terre et sous terre de façon simultanée. Il s'agit d'un nouveau mode d'opération qui comprend l'usage de technologie de pointe dont certaines sont déployées pour la première fois", a-t-il déclaré sans épiloguer sur ces technologies.

En parallèle, les craintes d'une plus importante extension du conflit ont ressurgi après la mort de trois soldats américains tués en Jordanie dans une attaque de drone, imputée par Washington à des groupes pro-Iran, sur fond de tensions au Yémen, en mer Rouge, en Irak, au Liban et en Syrie...

Le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant a d'ailleurs indiqué lundi soir que des soldats postés à Gaza "montent vers le nord (du pays) et se préparent pour la suite", une référence à la frontière israélo-libanaise, théâtre d'échanges avec le Hezbollah, soutenu par l'Iran et allié du Hamas.

Et selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) des missiles israéliens ont visé dans la nuit "une base du Hezbollah libanais et des Gardiens de la Révolution", l'armée idéologique du régime iranien, faisant huit morts, dans la banlieue de Damas.

« Très sombres »

Ces incidents coïncident, sans lien direct, avec une crise à l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) dont 12 de ses 30.000 employés régionaux sont accusés par Israël d'être impliqués dans l'attaque du Hamas le 7 octobre.

L'attaque sans précédent du Hamas ce jour-là en sol israélien a entraîné la mort d'environ 1.140 personnes en Israël, majoritairement des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de chiffres officiels israéliens.

En riposte, Israël a juré d'"anéantir" ce mouvement islamiste, au pouvoir à Gaza depuis 2007, et lancé une vaste opération militaire qui a fait 26.637 morts, en grande majorité des femmes, des enfants et des adolescents, selon le ministère de la Santé du Hamas. Et la Cour internationale de Justice (CIJ) a appelé Israël à empêcher tout éventuel acte de "génocide" à Gaza.

Peu après les accusations contre l'Unrwa, 12 pays donateurs, dont les Etats-Unis, le Canada, l'Allemagne et désormais la Nouvelle-Zélande, ont suspendu leur financement à l'agence dans l'attente que la lumière soit faite sur ces allégations.

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, dont le pays est le premier bailleur de l'Unrwa, a jugé lundi "impératif" que cette agence enquête sur ces accusations tout en qualifiant son travail à Gaza "d'absolument nécessaire".

Les suspensions ont été vivement critiquées par les Palestiniens et des ONGs tandis que le N.1 de la diplomatie israélienne Israël Katz a annulé une réunion prévue mercredi avec le chef de l'Unrwa, Philippe Lazzarini, dont il réclame la démission.

D'ici là, le grand patron de l'ONU Antonio Guterres réunit, dès mardi à New York, les principaux donateurs de l'agence pour tenter de maintenir son financement d'autant que la situation humanitaire dans la bande de Gaza est critique avec en filigrane le risque de famine.

"Son message aux donateurs, notamment ceux qui ont suspendu leurs contributions, est d'au moins assurer la continuité des opérations de l'agence", a déclaré lundi soir son porte-parole Stéphane Dujarric. Sans ce financement, "les perspectives pour l'Unrwa et les millions de gens qu'elle aide (...) sont très sombres" a-t-il ajouté.

"Nous vivons de l'aide que nous apporte l'Unrwa. Si elle s'arrêtait, nous mourrions de faim et personne ne viendrait à notre secours", confie Sabah Masabih, 50 ans, à Rafah, ville à la pointe sud de la bande de Gaza où se sont réfugiés environ 1,3 million de Gazaouis.

« Espoir » de trêve

En marge des combats à Gaza et de la polémique sur l'Unrwa, des tractations se poursuivent en coulisses -- sous l'égide du Qatar, de l'Egypte et des Etats-Unis -- en vue d'une nouvelle trêve, après celle de novembre.

Un cadre pour une trêve accompagnée de nouvelles libérations d'otages va être transmis au Hamas, a annoncé lundi à Washington le Premier ministre du Qatar, Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, faisant état de "progrès notables" lors d'une réunion dimanche à Paris entre le directeur de la CIA, William Burns, et de hauts responsables égyptiens, israéliens et qataris.

Selon le New York Times, le projet d'accord impliquerait une trêve de deux mois et la libération de tous les otages contre des prisonniers palestiniens détenus en Israël, selon le New York Times.

"Un travail très important et productif a été accompli", a déclaré lundi soir le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, en ajoutant: "Il y a un réel espoir pour l'avenir".


Cisjordanie: trois personnes tuées par des forces israéliennes dans un hôpital

Des personnes en deuil regardent le cortège funèbre des Palestiniens Moataz Atbeish et Muhannad al-Fasfus, qui sont morts des suites de blessures subies lors d'un raid israélien, dans la ville de Dura, au sud de la ville d'Hébron, en Cisjordanie occupée, le 29 janvier 2024. (AFP).
Des personnes en deuil regardent le cortège funèbre des Palestiniens Moataz Atbeish et Muhannad al-Fasfus, qui sont morts des suites de blessures subies lors d'un raid israélien, dans la ville de Dura, au sud de la ville d'Hébron, en Cisjordanie occupée, le 29 janvier 2024. (AFP).
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  • Des membres des forces israéliennes ont tué trois personnes mardi matin à l'intérieur de l'hôpital Avicenne de Jénine
  • Dans un communiqué commun, l'armée, la sécurité intérieure et la police israélienne affirment avoir "neutralisé" au cours d'une opération conjointe un "terroriste du Hamas"

RAMALLAH: Des membres des forces israéliennes ont tué trois personnes mardi matin à l'intérieur de l'hôpital Avicenne de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, a annoncé le ministère de la Santé palestinien, l'armée israélienne indiquant de son côté avoir "neutralisé" trois "terroristes" dans cet hôpital.

"Trois martyrs (ont été) abattus par les forces d'occupation à l'intérieur de l'hôpital Avicenne", écrit le ministère. Dans un communiqué commun, l'armée, la sécurité intérieure et la police israélienne affirment avoir "neutralisé" au cours d'une opération conjointe un "terroriste du Hamas" qui "se cachait" dans cet hôpital, ainsi que "deux autres terroristes".

 


L’ONU avertit que la vie des Palestiniens est en jeu, après les allégations concernant l'UNRWA

Stephane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déclaré à Arab News que l'ONU « ferait tout ce qui est en son pouvoir pour apaiser les inquiétudes des donateurs. Et bien sûr, nous avons aussi ces préoccupations » (Photo, Reuters).
Stephane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déclaré à Arab News que l'ONU « ferait tout ce qui est en son pouvoir pour apaiser les inquiétudes des donateurs. Et bien sûr, nous avons aussi ces préoccupations » (Photo, Reuters).
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  • Le secrétaire général Antonio Guterres s'est dit «horrifié» par les allégations selon lesquelles des travailleurs de l’UNRWA ont participé aux attaques du 7 octobre contre Israël
  • Stephane Dujarric, porte-parole du secrétaire général, déclare à Arab News que l'ONU est préoccupée par les attaques contre l'Unrwa et le manque de financement de l'agence

NEW YORK: L'ONU a déclaré qu'elle prenait des « mesures rapides » en réponse aux allégations de ces derniers jours selon lesquelles plusieurs employés de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa) ont participé aux attaques du 7 octobre contre Israël.

Stephane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général Antonio Guterres, a révélé qu'une enquête du Bureau des services de contrôle interne de l'ONU (BSCI) avait été immédiatement lancée.

Il a déclaré à Arab News que les Nations unies « feraient tout ce qui est en leur pouvoir pour apaiser les inquiétudes des donateurs. Et bien sûr, nous avons aussi ces préoccupations ».

Plusieurs donateurs importants, dont le Royaume-Uni, la Finlande et l'Union européenne, se sont joints aux États-Unis pour annoncer, au cours du week-end, la suspension du financement de l’Unrwa.

Cette annonce intervient alors que la Cour internationale de justice de La Haye a appelé à une action « immédiate et efficace » pour garantir l'acheminement de l'aide humanitaire aux civils de Gaza.

Lors d'un appel téléphonique avec Guterres dimanche, Josep Borrell, haut représentant de l'Union européenne (UE) pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a exprimé sa « vive inquiétude » face à la situation humanitaire désastreuse à Gaza. Il s'est engagé à ce que l'UE, l'un des principaux donateurs de l'Unrwa, ne prévoie pas de verser de nouveaux fonds à l'agence avant au moins la fin du mois de février, mais qu'elle continue néanmoins à fournir une aide essentielle aux Palestiniens de Gaza « sans relâche, par l'intermédiaire d'organisations partenaires ».

La Commission européenne a indiqué qu'elle réexaminerait la décision de suspendre le financement lorsque l'enquête de l'ONU sur l'agence sera terminée. Elle a ajouté qu'elle attendait de l'Unrwa qu'il accepte que des experts indépendants nommés par l'UE procèdent à un audit de l'agence et, en particulier, des systèmes mis en place « afin d’empêcher l'implication éventuelle de son personnel dans des activités terroristes ».

La commission a également demandé une vérification de « tout le personnel de l'Unrwa (pour) confirmer qu'il n'a pas participé aux attaques du 7 octobre ».

M. Dujarric a signalé que Guterres était personnellement horrifié par les accusations portées contre les employés de l'Unrwa, mais il a ajouté que le message du secrétaire général aux donateurs, en particulier ceux qui ont suspendu leur financement, est de « garantir au moins la continuité des opérations de l'Unrwa, car nous avons des dizaines de milliers d'employés dévoués qui travaillent dans toute la région ».

Ce n'est pas tant l'existence de l'Unrwa qui est en jeu, a prévenu M. Dujarric, « c'est la vie des personnes que l'agence sert qui est en jeu ».

Les perspectives pour l'agence et « les millions de personnes qu'elle sert, non seulement à Gaza, mais aussi à Jérusalem-Est, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et en Syrie, sont très sombres », a-t-il ajouté.

Martin Griffiths, sous-secrétaire général des Nations unies aux affaires humanitaires, a insisté sur le fait que la population de Gaza endurait depuis des mois « des horreurs et des privations impensables ». Leurs besoins n'ont jamais été aussi importants et la capacité humanitaire des Nations unies à leur venir en aide n'a jamais été aussi menacée, a-t-il alerté.

« Nous devons être à plein régime pour donner à la population de Gaza un moment d'espoir. Ce n'est pas le moment de les laisser tomber », a souligné M. Griffiths.

Dès qu'il a été informé de l'implication présumée d'employés de l'Unrwa dans les attaques contre Israël, le commissaire général de l'agence, Philippe Lazzarini, a déclaré qu'il avait immédiatement mis fin à leurs contrats et lancé une enquête sur ces allégations.

« Tout employé de l'Unrwa impliqué dans des actes de terrorisme devra rendre des comptes, notamment par le biais de poursuites pénales », a assuré M. Lazzarini, faisant écho à l'engagement pris par M. Dujarric.

« Ces allégations choquantes surviennent alors que plus de deux millions de personnes à Gaza dépendent de l'aide vitale que l'agence fournit depuis le début de la guerre. Quiconque trahit les valeurs fondamentales des Nations unies trahit également ceux que nous servons à Gaza, dans la région et ailleurs dans le monde », a-t-il mentionné.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles une procédure régulière n'a pas été suivie pour couper les liens avec les employés visés par les allégations, M. Dujarric a répondu: « Historiquement, les chefs d'agence et le secrétaire général ont le pouvoir de licencier immédiatement du personnel lorsqu'ils disposent d'informations qui les amènent à penser que ce personnel doit être licencié immédiatement. »

Plusieurs organisations humanitaires se sont déclarées choquées par la décision « irréfléchie » de certains donateurs de suspendre leur financement à l'Unrwa et ont réitéré leurs avertissements concernant les risques croissants de famine et d'épidémies dans la bande de Gaza.

Les organisations non gouvernementales ont demandé aux pays donateurs de réaffirmer leur soutien à l'agence, d'annuler les suspensions de financement et d'augmenter les niveaux d'aide humanitaire qu'ils fournissent afin de répondre aux besoins urgents à Gaza et dans l'ensemble de la région.

M. Dujarric s'est félicité de ce message de soutien à l'agence: « Je crois que les membres de la communauté des organisations non gouvernementales comprennent le travail essentiel que l'Unrwa accomplit actuellement pour maintenir les gens en vie, les résultats qu'ils ont obtenus depuis le début de ce conflit, mais aussi, plus largement, tout le travail qu'ils accomplissent, non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et en Jordanie. »

Interrogé par Arab News sur le moment de ces allégations contre les 12 employés de l'Unrwa et sur le lien éventuel entre ces allégations et la décision de la Cour internationale de justice selon laquelle des actes de génocide pourraient être commis à Gaza, M. Dujarric a répondu : « Nous n’avons aucun contrôle ni aucun commentaire sur le continuum espace-temps dans lequel nous vivons. »

Sur la question de savoir si Guterres est préoccupé par la possibilité qu’il y ait un effort délibéré pour détruire l'Unrwa, étant donné que le gouvernement israélien n'a cessé d'attaquer l'agence depuis le début de la guerre et qu'un ministre a même déclaré que la guerre ne pouvait être gagnée sans sa destruction, M. Dujarric a répondu : « Bien sûr. Bien sûr, nous sommes préoccupés par les attaques et le manque de financement de l'Unrwa. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com