Borne promet des «moyens massifs» pour «protéger les Français» le 14 juillet

"Les moyens seront massifs pour protéger les Français" les 13 et 14 juillet, affirme samedi la Première ministre Elisabeth Borne dans un entretien au Parisien (Photo, AFP).
"Les moyens seront massifs pour protéger les Français" les 13 et 14 juillet, affirme samedi la Première ministre Elisabeth Borne dans un entretien au Parisien (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 13 juillet 2023

Borne promet des «moyens massifs» pour «protéger les Français» le 14 juillet

  • Un décret, publié dimanche, interdira en outre la «vente», le «port» et le «transport de mortiers d'artifice»
  • Sur le plan judiciaire, les émeutes qui ont secoué la France ont donné lieu à 3.734 gardes à vue dont près de 400 incarcérations

PARIS: Rassemblements interdits, mortiers d'artifice prohibés et "moyens massifs" promis pour le 14-Juillet: le gouvernement poursuit son virage sécuritaire pour montrer coûte que coûte qu'il reprend la main après les émeutes.

"Les moyens seront massifs pour protéger les Français" les 13 et 14 juillet, affirme samedi la Première ministre Elisabeth Borne dans un entretien au Parisien, alors que l'exécutif craint un nouvel embrasement dans les cités.

Un décret, publié dimanche, interdira en outre la "vente", le "port" et le "transport de mortiers d'artifice", fréquemment utilisés par les émeutiers, annonce la cheffe du gouvernement. "Seuls les professionnels, qui organiseront les feux d'artifice dans les communes, pourront en acheter".

Concernant d'éventuelles sanctions pour les familles de jeunes auteurs de violences, la Première ministre prévient que l'exécutif "fera évoluer la loi (...) si le cadre légal existant n’est pas suffisant".

Le gouvernement réfléchit en l'occurrence à une amende spécifique pour les mineurs, sur le modèle de l'amende forfaitaire pour les adultes quand ils commettent de tels actes. "C'est rapide et efficace", souligne Elisabeth Borne.

Depuis les violences qui ont suivi la mort du jeune Nahel, tué par un policier lors d'un contrôle routier, Emmanuel Macron a érigé le rétablissement d'un "ordre durable" en priorité absolue.

Les rassemblements en mémoire d'Adama Traoré, décédé peu après son arrestation par des gendarmes en juillet 2016, ont été interdits dans le Val-d'Oise et à Paris, ce qui n'a pas empêché 2.000 personnes de se rassembler samedi après-midi dans la capitale. Le frère d'Adama, Youssouf Traoré, a été interpellé en marge du rassemblement et placé en garde à vue pour violences sur personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion.

«Pente autoritaire»

La France insoumise et les écologistes ont déploré ces interdictions de rassemblement qui placent la France "au ban des démocraties".

"D'interdiction en répression, de Pétain à Valeurs actuelles, le chef de l'arc républicain entraîne la France dans un régime déjà vu. Danger. Danger", a tweeté le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon.

"Petit à petit les libertés publiques perdent du terrain (...) Ne plus pouvoir manifester contre un pouvoir, c’est en accepter le discours (...) Là est la pente autoritaire", a abondé Sandrine Rousseau, présente, malgré l'interdiction, au rassemblement parisien en mémoire d'Adama Traoré. Une dizaine de députés insoumis et écologistes avaient également fait le déplacement.

Sur le plan judiciaire, les émeutes qui ont secoué la France ont donné lieu à 3.734 gardes à vue dont près de 400 incarcérations, selon les données du ministère de la Justice. Parmi ces gardés à vue, 1.163 étaient des mineurs.

"Emmanuel Macron doit impérativement montrer aux Français que toutes les mesures sont prises", relève à l'AFP le politologue Bruno Cautrès. "Si les violences repartent cet été, l'effet sera très négatif pour le gouvernement. Il faut un été calme pour pouvoir repartir sur des réformes à partir de la rentrée".

Elisabeth Borne, qui a assuré samedi "avoir délivré" la feuille de route des "100 jours" fixée par Emmanuel Macron en avril pour relancer son quinquennat après la crise des retraites, a notamment réaffirmé l'objectif de "débattre d'un texte à l'automne" sur l'immigration.

A plus long terme, "sur le plan de la sécurité, l'exécutif ne doit pas laisser le champ libre à la droite radicale", relève Bruno Cautrès.

Augmentation des places de prison, majorité pénale à 16 ans, responsabilité pénale parentale: pendant les violences qui ont suivi le décès de Nahel, plusieurs élus Les Républicains, dont le président du parti Éric Ciotti et le patron des sénateurs Bruno Retailleau, ont formulé des propositions parfois en phase avec l’extrême droite.

"Le gouvernement ne veut clairement pas se laisser dépasser par la droite, quitte à flirter parfois avec les limites du cadre juridique", souligne la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina, de l'Université de Rouen. "Au risque de recevoir de nouvelles mises en garde de la part de certains juges, des instances de protection des libertés en France et à l'international".

Dans la foulée des émeutes, un comité de l'ONU a dénoncé "l'usage excessif de la force par les forces de l'ordre". Des propos contestés samedi par Paris qui les juge "excessifs" et "infondés".

La députée écologiste Sandrine Rousseau s'est dite samedi soir "inquiète" de potentiels débordements qui pourraient éclater le 14-Juillet.

"Le gouvernement doit annoncer des mesures" contre les violences policières, a déclaré l'élue sur BFMTV, dénonçant un pouvoir exécutif qui "ne comprend pas la France profonde".


Budget: "Il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans ce contexte international, affirme Wauquiez

Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
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  • Laurent Wauquiez exclut toute censure du gouvernement, estimant qu’elle serait irresponsable dans le contexte international et budgétaire actuel
  • Le chef des députés LR juge le budget imparfait mais non idéologique, tout en critiquant le manque d’économies et la pression sur les grandes entreprises

PARIS: Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a affirmé mercredi qu'il "ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans le contexte international actuel, écartant une censure de l'exécutif de Sébastien Lecornu de la part de la cinquantaine de députés LR.

"Dans le contexte international de danger qui est celui de la France et de menace d'une guerre commerciale, il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement et de laisser la France sans budget", a déclaré Laurent Wauquiez devant l'Association des journalistes parlementaires (AJP).

Le patron des députés LR a nié que ce budget soit "socialiste" comme l'a affirmé le patron de son parti Bruno Retailleau.

"Ce n'est pas un budget socialiste, ce n'est pas un budget de droite. C'est un budget qui est le fruit d'une situation politique pleine de tempêtes dans laquelle il n'y a pas de majorité dans notre Assemblée nationale", a-t-il expliqué.

Laurent Wauquiez a estimé que le travail parlementaire de la droite a permis d'éviter "l'hérésie fiscale" du projet de budget initial, tout en reconnaissant que la version adoptée par 49.3 est "imparfaite".

A ses yeux, le "gros point de noir de ce budget" est le manque d'économies sur les dépenses et le "poids mis sur les grandes entreprises".

Laurent Wauquiez a sévèrement taclé David Lisnard, le maire libéral de Cannes, qui a appelé mardi les élus de droite à faire tomber le gouvernement et dont la députée Alexandra Martin, qui porte les couleurs de son parti Nouvelle Energie au sein du groupe LR, a promis de voter la censure.

"Ceux qui veulent censurer ou ne pas censurer, la meilleure façon c'est d'avoir le courage de se présenter aux élections législatives", a affirmé le député de Haute-Loire, en allusion au patron de l'Association des maires de France (AMF). David Lisnard est candidat à sa réélection à Cannes en mars et il a annoncé qu'il se présenterait à la présidentielle l'an prochain, si la primaire à droite qu'il souhaite n'est pas organisée.


La France demande «un exercice de l'Otan» au Groenland, se dit «prête à y contribuer»

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
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  • "La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française
  • Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan

PARIS: La France veut un "exercice de l'Otan" au Groenland et est "prête à y contribuer", a indiqué mercredi l'Elysée, alors que le président américain Donald Trump répète qu'il veut s'emparer de ce territoire autonome danois.

Ses menaces concernant le Groenland ont jeté un froid dans les relations déjà complexes entre le président américain, qui doit s'exprimer mercredi au Forum de Davos, et les puissances européennes.

"La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française.

Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan, mais en dehors du cadre de l'alliance atlantique et donc sans l'implication des Etats-Unis.

Cela avait provoqué la colère de Donald Trump, qui avait menacé ses alliés participant à ces manœuvres d'imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu'à 25%.

Le dirigeant martèle que le Groenland, par ailleurs riche en minéraux, est vital pour la sécurité des Etats-Unis et de l'Otan face à la Russie et à la Chine. Un exercice de l'Otan à proprement parler permettrait d'impliquer Washington et d'afficher le fait que la sécurité en Arctique est prise au sérieux par les Européens, juge-t-on à Paris.

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez".

"Je pense qu'il va se passer quelque chose qui sera très positif pour tout le monde", a-t-il assuré.


G7, Groenland, Russie: Macron face au défi de ne pas rompre le fil avec Trump

Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
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  • "Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain
  • "Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il

PARIS: Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements.

"Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain.

"Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il.

Il propose d'"organiser une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi", et se dit prêt, "en marge" de ce sommet, à "inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes".

Une présence officielle de dirigeants russes à Paris serait inédite depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine il y a bientôt quatre ans. La Russie a été expulsée du G8, redevenu G7, à la suite de l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, même si Donald Trump a plusieurs fois exprimé le vœu de la réintégrer.

La réponse du président américain n'a pas été rendue publique, et rien ne dit à ce stade que ce sommet se fera. Le Kremlin a assuré n'avoir reçu aucune invitation.

Emmanuel Macron estime avoir appris à gérer sa relation avec Donald Trump lors du premier mandat à la Maison Blanche et depuis son retour il y a un an.

Face à des tensions à nouveau au plus haut en raison de la volonté américaine de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois, et des menaces de taxes douanières accrues contre les Etats européens qui s'y opposent, le président français tente de jouer sur les codes de la diplomatie disruptive de son homologue.

"Le président Trump aime faire des opérations. J'ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien", avait reconnu Emmanuel Macron en octobre au sujet de ses "coups" qui sèment souvent la sidération.

Accusé d'être trop accommodant il y a deux semaines sur le Venezuela, le chef de l'Etat français est monté en première ligne pour défendre la souveraineté du Danemark et du Groenland, en dépêchant des militaires sur l'île arctique aux côtés de l'Allemagne notamment.

Puis il a été le plus ferme des dirigeants de l'UE à s'élever contre les menaces douanières, en demandant d'activer son "instrument anti-coercition", considéré comme le "bazooka" en cas de guerre commerciale.

Parallèlement, Paris a été le premier grand pays à dire clairement "non" à l'invitation américaine à un "Conseil de la paix" qui ressemble à un substitut de l'ONU, mais totalement à la main de Donald Trump.

Fin de mandat 

Ce dernier a réagi à ce refus en moquant son homologue français, dont "personne ne veut car il va bientôt terminer son mandat", et en agitant le spectre de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes.

Hasard du calendrier, cette séquence intervient le jour de la diffusion, prévue mardi sur la chaîne France 2, d'un documentaire dans lequel on voit Emmanuel Macron appeler le dirigeant américain en mai depuis Kiev pour lui dire que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accepté sa proposition de cessez-le-feu. "Prix Nobel pour ça!", "tu es le meilleur", répond l'intéressé.

Les deux hommes, qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver aux affaires en 2017, avaient d'abord noué une relation particulière, entre séduction et rapport de forces. Mais la vraie-fausse idylle a depuis connu des hauts mais aussi beaucoup de bas.

A tel point qu'Emmanuel Macron est régulièrement accusé, en France et parfois en Europe, d'en faire trop pour plaire à Donald Trump.

L'ex-président François Hollande a estimé que son successeur à l'Elysée avait tort de vouloir ménager l'Américain "pour essayer de l'influencer" et de "tout faire pour garder Donald Trump sur le terrain européen".

C'est bien la stratégie d'Emmanuel Macron: "garder Trump au plus près de nous" lorsque les intérêts européens sont en cause, sur l'Ukraine, le Groenland ou le commerce. "Gérer ses à-coups" et les poussées de tensions, quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue.

"Il pense qu'il faut choisir ses batailles", analyse Célia Belin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales. "C'est un principe de réalité: quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles", dit-elle à l'AFP.

Selon elle, "l'Europe a besoin que la France", pays doté de l'arme nucléaire et porteuse par tradition gaulliste d'une voix à part, "se mette plus en avant dans la confrontation avec Trump".