La volte-face d'Erdogan sur l'OTAN: Qu'est-ce que le président turc a à gagner?

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, salue le président turc, Recep Tayyip Erdogan, lors du sommet de l'OTAN à Vilnius, en Lituanie, mardi 11 juillet 2023 (Photo, AP).
Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, salue le président turc, Recep Tayyip Erdogan, lors du sommet de l'OTAN à Vilnius, en Lituanie, mardi 11 juillet 2023 (Photo, AP).
Short Url
Publié le Mardi 11 juillet 2023

La volte-face d'Erdogan sur l'OTAN: Qu'est-ce que le président turc a à gagner?

  • Erdogan a précédemment conditionné la candidature de la Suède à l'OTAN à l'acceptation par l'UE de la Turquie, candidate à l'adhésion à l'Union depuis 1999
  • La relance des relations de la Turquie avec les États-Unis et l'Europe renforcera l'économie turque, en l'aidant à attirer des investissements étrangers et à soutenir les réserves de la banque centrale

ANKARA: Dans un geste important avant le sommet historique de l'OTAN à Vilnius, la Turquie a lâché du lest par rapport à la candidature d'adhésion de la Suède, soulevant des questions sur les concessions obtenues en retour par Ankara et sur la manière dont son rôle au sein de l'Alliance évoluera à la suite de cette décision cruciale.

Avant cette décision, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a tenu une réunion avec le chef du Conseil de l'Union européenne (UE), Charles Michel, au cours de laquelle les deux hommes ont exploré les possibilités de relancer la coopération entre la Turquie et l'UE et de redynamiser leurs liens.

Erdogan avait précédemment conditionné la candidature de la Suède à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) à l'acceptation par l'UE de la Turquie, candidate à l'adhésion à l'Union depuis 1999, dont les négociations d'adhésion sont gelées depuis 2018. La Turquie souligne également l'importance d'assouplir les règles en matière de visas et de mettre à jour les accords d'union douanière.

La relance des relations avec les États-Unis et l'Europe renforcera également l'économie turque, en l'aidant à attirer des investissements étrangers et à soutenir les réserves de la banque centrale.

Ryan Bohl, analyste principal pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord au sein du réseau RANE, a déclaré que la Turquie bénéficiait désormais du soutien total de Stockholm pour ses aspirations à l'adhésion à l'UE.

«Bien qu'il n'y ait pas eu de percée en termes de reprise des négociations avec la Turquie, Stockholm a promis de soutenir les efforts turcs en ce sens. Il semble également qu'Erdogan ait décroché la promesse de renforcer les liens économiques entre la Turquie et la Suède», a-t-il déclaré à Arab News.

EN BREF

Erdogan avait précédemment conditionné la candidature de la Suède à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) à l'acceptation par l'UE de la Turquie, candidate à l'adhésion à l'Union depuis 1999, dont les négociations d'adhésion sont gelées depuis 2018. La Turquie souligne également l'importance d'assouplir les règles en matière de visas et de mettre à jour les accords d'union douanière.

En préparation du sommet de l'OTAN, les responsables américains ont mené une diplomatie intensive, organisant plusieurs réunions avec leurs homologues turcs. Avant leur rencontre avec Erdogan mardi soir, le président américain, Joe Biden a exprimé sa volonté de collaborer avec la Turquie pour renforcer la défense et la dissuasion dans la zone euro-atlantique.

L'une des principales priorités d'Ankara est la modernisation de sa flotte de F-16, qu’Erdogan a demandée en octobre 2021 avec l'accord de 6 milliards de dollars qui couvre la vente de 40 avions à réaction ainsi que des kits de modernisation pour 79 avions de guerre turcs.

Selon Bohl, la récente décision de la Turquie sera bien accueillie à Washington et augmentera la probabilité que la Maison Blanche transmette au Congrès le projet de loi relatif à la vente de F-16.

«Des obstacles subsisteront en raison des préoccupations de certains membres du Congrès concernant le respect des droits de l'homme par la Turquie, mais la Maison Blanche usera probablement de son influence pour les surmonter à temps», a-t-il ajouté.

Lundi, le président de la commission des affaires étrangères du Sénat américain, Bob Menendez, a révélé que les discussions entre la Turquie et l'administration Biden concernant la suspension de la vente potentielle de F-16 à Ankara étaient en cours, indiquant qu'une décision pourrait être prise la semaine prochaine.

La Maison Blanche donne également des signaux positifs à ce sujet, Biden étant «clair et sans équivoque» sur l'envoi de F-16 à la Turquie, a déclaré mardi le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, lors d'une conférence de presse à Vilnius.
«Il en va de notre intérêt national et de l'intérêt de l'OTAN que la Turquie obtienne cette capacité», a-t-il ajouté.

Lors d'une conversation avec Fareed Zakaria, de la chaîne CNN, Biden a indiqué qu'il travaillait sur un accord avec la Turquie et la Grèce pour renforcer les capacités de défense de l'OTAN tout en facilitant l'entrée de la Suède dans l'Alliance.

La Turquie présentera bientôt le protocole d'adhésion de la Suède au parlement turc, qui votera ensuite son approbation. Toutefois, aucun calendrier précis n'a été annoncé pour l'adhésion immédiate de la Suède, et le parlement turc, qui est principalement contrôlé par une coalition dirigée par le parti d'Erdogan, sera bientôt en vacances.

La Turquie accuse depuis longtemps la Suède de permettre au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit en Turquie, d'opérer et de collecter des fonds, tout en critiquant Stockholm pour les récentes manifestations islamophobes, notamment l’autodafé du Coran.

Malgré ces difficultés, les deux pays ont collaboré étroitement pour répondre aux préoccupations de la Turquie en matière de sécurité. La Suède a récemment modifié sa constitution, renforcé ses lois antiterroristes et repris ses exportations d'armes vers la Turquie. La Suède a également coopéré avec les responsables sécuritaires turcs pour traquer les activités terroristes.

Emre Caliskan, chercheur au Foreign Policy Centre, basé au Royaume-Uni, estime qu'il s'agit d'un exemple typique du leadership d'Erdogan, pour qui le processus est toujours plus important que le résultat.

«Son objectif est de montrer que la Turquie est un élément indispensable du système occidental, mais en même temps de clarifier qu’il ne se soumettra pas. Ce faisant, il a forcé les dirigeants occidentaux, qui refusaient de le rencontrer auparavant, à l'appeler une fois par semaine», a déclaré Caliskan.

En outre, la Turquie et la Suède ont convenu d'établir un nouveau pacte de sécurité bilatéral, et Stockholm a présenté une feuille de route pour ses efforts de lutte contre le terrorisme. L'OTAN nommera également un coordinateur spécial pour la lutte contre le terrorisme au sein de l'Alliance.

Selon Bohl, si les efforts de la Turquie pour mettre fin aux boycotts de défense des nouveaux membres de l'OTAN que sont la Finlande et la Suède peuvent renforcer la cohésion au sein de l'Alliance, il est probable que la Turquie maintiendra ses propres relations de travail avec la Russie, ce qui pourrait faire d'Ankara un cas isolé de l'OTAN dans sa confrontation avec Moscou.

Après la victoire d'Erdogan aux élections présidentielles de mai, la décision de ne pas faire obstacle à l'adhésion de la Suède pourrait susciter un optimisme politique et économique important, renforçant sa position dans le contexte de la dépréciation actuelle de la livre turque.

Paul T. Levin, directeur de l'Institut d'études turques de l'université de Stockholm, ne pense pas qu'Ankara puisse tirer parti de l'adhésion de la Suède à l'OTAN pour forcer l'UE à ouvrir des négociations d'adhésion ou pour pousser à la modernisation de l'union douanière et à la libéralisation des visas.

«Par exemple, Ankara n'a pas rempli un certain nombre de critères pour la libéralisation des visas, dont des amendements à sa loi sur le terrorisme. Mais je m'attends à ce que l'accord sur les F-16 soit conclu. Les promesses américaines de renforcer la coopération en matière de défense étaient la condition préalable pour qu'Ankara dise oui à l'adhésion de la Suède», a-t-il précisé à Arab News.

Selon Levin, le pacte de sécurité bilatéral est un moyen pour Ankara et le public turc de se sentir un peu plus détendus face au travail continu de la Suède en matière de lutte contre le terrorisme, après qu'Ankara a levé son veto.

«D'après les conversations que j'ai eues avec les responsables suédois, ils sont déterminés à se montrer durs envers le PKK en particulier et ils ne reviendront pas sur leur lutte contre le terrorisme», a-t-il poursuivi.

Pour Levin, la saga de l'adhésion de la Suède a permis à Erdogan de se positionner au centre des affaires liées à l'élargissement de l'OTAN.

«Mais il s'agit d'une victoire à court terme. À long terme, Erdogan a nui à la position de la Turquie au sein de l'Alliance en apparaissant comme un fauteur de troubles. C'est une arme à double tranchant», a-t-il ajouté.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Après l'afflux migratoire à Ceuta, mesures sécuritaires en France et Italie

Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • L'Italie et la France renforcent leurs contrôles aux frontières avec l'Espagne après l'entrée illégale d'environ 60.000 migrants à Ceuta
  • Cette crise ravive les tensions au sein de l'UE, tandis que Madrid appelle à l'unité et renforce les moyens de sécurité à Ceuta

CEUTA: L'Italie et la France durcissent samedi leurs contrôles frontaliers avec l'Espagne après l'entrée illégale cette semaine de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l'enclave espagnole de Ceuta, ouvrant une crise au sein de l'Union européenne.

Dès jeudi, l'Italie avait annoncé vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, une mesure pour laquelle Rome a obtenu le soutien de la Finlande et du Danemark. Mais la proposition a été qualifiée de "démagogique" par l'Espagne.

La portée de cette proposition reste incertaine, des juristes consultés par l'AFP assurant qu'il est impossible de l'appliquer dans le cadre légal actuel.

Par ailleurs, à compter de samedi selon le ministère italien de l'Intérieur, des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l'Espagne sont établis sur les ressortissants non européens arrivant d'Espagne.

En France, le nombre de policiers et gendarmes déployés en renfort à la frontière franco-espagnole est multiplié par cinq à compter de samedi, a annoncé vendredi le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Cette annonce faisait suite à la demande du président Emmanuel Macron de "renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne".

De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré sur X: "ce n'est pas le moment de se diviser. C'est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie".

Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l'extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l'espace Schengen.

- "Pas de futur" -

"Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville", a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d'une conférence de presse vendredi, soit "70% de la population de Ceuta", et déplorant la mort de 34 migrants, dont beaucoup par noyades.

La plupart de ces migrants - en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents - seraient cependant retournés au Maroc, selon les autorités espagnoles.

Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).

Dans la nuit de vendredi à samedi, des groupes de jeunes erraient dans les rues et le long de la plage de Ceuta, où sont déployés de nombreux militaires, notamment autour du port d'où partent les ferries pour le continent européen.

Vendredi soir, de nombreux policiers patrouillaient dans les rues de la ville, certains à moto poursuivant des groupes de jeunes hommes pour les disperser, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Sur une plage, des dizaines d'hommes dormaient dans le sable, et certains ont allumé des feux, à quelques mètres d'un véhicule de police.

"Ils viennent car ils n'ont pas de futur au Maroc, ils tentent le rêve européen", selon Mohamed, 35 ans chauffeur de taxi à Ceuta qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.

Au poste-frontière aux alentours de minuit, devant un important déploiement policier et militaire, de nombreux jeunes rebroussaient chemin. Certains saluent les militaires qui leur indiquent la porte d'un "adiós!", ou "good bye!" avant de retraverser la frontière.

"La prochaine fois, je viens avec le passeport!", lance Oussam aux militaires, en se dirigeant vers la frontière. Le jeune homme de 25 ans, qui tient un salon de coiffure, dit avoir voulu quitter son pays car "c'est la misère au Maroc, on n'a pas de futur". Il est venu en nageant "trois kilomètres" : il rêve lui aussi de l'Europe mais en attendant, il rentre chez lui "pour prendre une douche et manger", car comme beaucoup, il n'a rien avalé depuis deux jours.

- Crise migratoire -

Arrivé vendredi matin avec son ministre de l'Intérieur, Pedro Sánchez a évoqué "une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" et accusé des "mafias" d'être à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière.

Le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé l'envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu'un bateau et des drones.

A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l'enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à "l'invasion d'un pays", accusant sur X l'Espagne de mener des "efforts délibérés" ayant favorisé cette immigration clandestine.

Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d'un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l'Espagne.

Plus de 10.000 migrants avaient alors atteint Ceuta depuis le Maroc en deux jours.


Le Pakistan fait état de négociations entre Washington et Téhéran

Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Short Url
  • La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions
  • Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix

TEHERAN: Le Pakistan, médiateur dans le conflit entre Washington et Téhéran, a affirmé jeudi que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade après une nouvelle série de bombardements américains sur l'Iran dans la nuit, et des tirs de représailles iraniens.

En attendant une éventuelle percée dans ces discussions, le conflit au Moyen-Orient s'étend à de nouveaux pays: après l'Irak, où des groupes pro-iraniens ont été ciblés par des frappes conjointes américaines et saoudiennes, l'Egypte a fait état d'une attaque de drone dans le port de Damiette (nord).

La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions.

Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.

Ce processus a déraillé depuis début juillet avec une reprise des frappes menées par les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient.

Plus tôt jeudi, le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir "frappé des dizaines de cibles" des Gardiens de la Révolution en Iran.

Mettre fin à "l'escalade" 

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par cette puissante force armée de la République islamique, de "multiples missiles balistiques" contre "les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que ces missiles avaient été interceptés.

Les Gardiens ont, eux, annoncé jeudi que trois de leurs membres avaient été tués dans une attaque américaine  dans le nord-ouest du pays, tandis que les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans des provinces méridionales.

Trois membres d'une même famille ont été tués dans une frappe contre une maison sur l'île de Qeshm, selon l'agence Fars.

Alors que l'Egypte a fait état d'une frappe de drone qui a touché deux navires, dont un américain, dans le port de Damiette mercredi, le président Abdel Fattah al-Sissi a appelé la communauté internationale à mettre fin à "l'escalade" dans la région.

Il s'agit de la première attaque en Egypte depuis le début de la guerre. M. Sissi a précisé qu'une enquête se poursuivait sur les circonstances de l'attaque qui n'a pas été revendiquée.

Les rebelles Houthis au Yémen, alliés de Téhéran et qui contrôlent une partie des rives de la mer Rouge, ont dit ne pas être derrière cette frappe.

Des pays de la région accueillant des forces américaines ont été visés de nouveau jeudi.

Le Koweït a rapporté qu'une personne avait été tuée par un bombardement iranien sur une entreprise chinoise.

La Jordanie a de son côté annoncé avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran. Les Gardiens ont revendiqué avoir ciblé, en représailles à la frappe à Qeshm, des avions américains stationnés sur la base aérienne d'Al-Azraq.

"Notre tour" 

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait menacé mercredi le président américain Donald Trump.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes, ce qu'ils ont démenti.

Ces attaques à travers l'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué cette alliance de groupes armés irakiens qui inclut des factions pro-iraniennes.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les Houthis à l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite.

"La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a commenté pour l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision.


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Short Url
  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.