Elections en Espagne: Pedro Sánchez veut croire en sa «remontada»

Le Premier ministre espagnol et candidat du Parti socialiste espagnol (PSOE), Pedro Sanchez, prononce un discours lors du rassemblement de clôture de la campagne à Getafe, dans la banlieue de Madrid, le 21 juillet 2023 avant les élections générales du 23 juillet. (AFP)
Le Premier ministre espagnol et candidat du Parti socialiste espagnol (PSOE), Pedro Sanchez, prononce un discours lors du rassemblement de clôture de la campagne à Getafe, dans la banlieue de Madrid, le 21 juillet 2023 avant les élections générales du 23 juillet. (AFP)
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Publié le Samedi 22 juillet 2023

Elections en Espagne: Pedro Sánchez veut croire en sa «remontada»

  • Lors d'une interview à la télévision publique, le Premier ministre avait présenté son bilan, plutôt bon en matière économique, comme son «principal argument» pour convaincre les indécis
  • Si le socialiste veut croire en sa «remontada», les enquêtes d'opinion les plus récentes donnent, elles, le PP de son rival Alberto Núñez Feijóo en tête de ce scrutin anticipé

MADRID: Au pouvoir depuis cinq ans, le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez jette vendredi ses dernières forces dans la campagne des législatives, espérant pouvoir faire mentir les sondages qui prédisent une victoire dimanche des conservateurs du Parti populaire.

"Nous allons gagner les élections, et nous allons les gagner haut la main!", s'est-il exclamé vendredi, lors du dernier meeting de sa campagne à Getafe, près de Madrid, sous les acclamations de ses soutiens.

Plus tôt dans la journée, lors d'une interview à la télévision publique, le Premier ministre avait présenté son bilan, plutôt bon en matière économique, comme son "principal argument" pour convaincre les indécis, estimés à environ 20% de l'électorat.

Si le socialiste veut croire en sa "remontada", les enquêtes d'opinion les plus récentes donnent, elles, le PP de son rival Alberto Núñez Feijóo en tête de ce scrutin anticipé, convoqué fin mai par M. Sánchez au lendemain de la déroute de la gauche aux élections locales.

Aucun de ces sondages, dont les derniers ont été publiés lundi, ne voit toutefois le Parti populaire en mesure de conquérir à lui seul la majorité absolue au Parlement. Cela pourrait l'obliger à s'allier avec la formation ultranationaliste Vox et à la faire entrer au gouvernement, ce qui serait une première pour l'extrême droite dans le pays depuis la fin de la dictature franquiste, en 1975.

Une absence de majorité viable et donc de nouvelles élections ne sont pas à exclure, selon les analystes, dans un pays qui a déjà connu une telle instabilité avec quatre élections générales entre 2015 et 2019.

Législatives en Espagne: derrière les polémiques, les programmes

La campagne des législatives de dimanche en Espagne s'est principalement disputée à coup de slogans, esquivant souvent le débat de fond sur les programmes des deux principaux candidats et ceux de leurs alliés des extrêmes, dont ils auront besoin pour gouverner.

Le Parti Populaire (PP, conservateur) d'Alberto Núñez Feijóo, auquel les sondages prédisent la victoire, mais sans majorité absolue au Parlement s'il ne s'allie pas avec le parti d'extrême droite Vox, déroule ses propositions sur 112 pages et 365 mesures sous le titre: "le moment est venu".

"En avant" pour une "meilleure Espagne", peut-on lire dans le programme de 272 pages du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) du Premier ministre sortant Pedro Sánchez, qui veut gouverner avec la gauche radicale de Sumar.

 

Economie: mesures sociales contre baisses d'impôts 

Le PSOE met en avant le bilan économique du gouvernement Sánchez, avec une croissance forte (5,5% en 2022) et une inflation repassée sous les 2% en juin, une performance globalement meilleure que celle de ses voisins européens.

Le PP accuse les socialistes d'avoir négligé le pouvoir d'achat des familles et propose une baisse temporaire de la TVA sur la viande, le poisson et les conserves.

Il promet surtout de "réduire la pression fiscale" pour "les familles, les travailleurs indépendants (et) les entreprises", au moyen d'une "réforme intégrale du système fiscal" qui inclura l'élimination de l'impôt sur les grandes fortunes.

Dans ce domaine, le PSOE envisage la "prolongation" de la taxation temporaire des bénéfices des banques, des fournisseurs d'énergie et des grandes fortunes, que Sumar veut pérenniser.

Après avoir augmenté le salaire minimum et réformé le marché du travail afin de lutter contre la précarité, le PSOE propose un "pacte pour le plein emploi avec les partenaires sociaux" et un plan d'action contre le chômage des jeunes, très élevé en Espagne.

Le PP a admis que la réforme du marché du travail était "substantiellement bonne" et indiqué qu'il ne reviendrait pas dessus.

Il propose aussi de lutter contre l'accroissement de la dette publique, qui dépasse 110% du PIB, et de réduire le déficit budgétaire, après des années d'endettement "incontrôlé".

Le PP veut également abolir la récente loi destinée à freiner la hausse des loyers.

 

Environnement: le clash 

Priorité de l'extrême gauche, "la transition écologique juste" occupe aussi une place de choix chez les socialistes, avec, par exemple, des objectifs chiffrés de protection des espaces naturels, contrairement au PP, dont les députés au Parlement européen ont voté la semaine dernière contre la loi de restauration des écosystèmes, un texte-phare du Pacte vert de l'UE.

Prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires et développement de l'hydrogène vert sont les mesures énergétiques phares du PP, alors que le PSOE, hostile au nucléaire, insiste sur les énergies renouvelables.

Sur la question cruciale de l'eau, dans un pays dont l'agriculture dépend de l'irrigation pour exporter ses fruits et légumes dans toute l'Europe, le leader du PP a promis "d'amener l'eau là où il n'y en a pas". La gauche dénonce des propositions "irréalistes" et insiste sur la nécessité de nouveaux modèles d'agriculture.

Pour sa part, Vox, ouvertement climatosceptique et défenseur acharné de la ruralité et de l'agriculture intensive, prône une sortie de l'Accord de Paris et l'abolition de la loi de 2021 sur le changement climatique et la transition énergétique.

 

Fracture sur la société 

Alberto Núñez Feijóo s'est engagé à "abolir le sanchisme" (du nom de Pedro Sánchez), c'est-à-dire "toutes ces lois inspirées des minorités et qui portent atteinte aux majorités".

Sur l'immigration, les socialistes veulent augmenter les capacités d'accueil, alors que le PP demande un système d'immigration choisie et un renforcement des contrôles aux frontières.

Le PP souhaite enfin abolir la loi dite de "mémoire démocratique", adoptée en octobre 2022 pour réhabiliter la mémoire des victimes de la Guerre civile et du franquisme.

Narcotrafiquant

Pour son dernier meeting, en Galice (nord-ouest), région dont il est originaire et où il a construit sa carrière politique, M. Feijóo s'en est pris à la gauche et a demandé un large appui pour pouvoir gouverner seul: "Ils n'ont pas su arriver, ils n'ont pas su y être, et ils ne savent pas s'en aller. Moi je promets que je saurai arriver, et je vous assure que je veux y arriver seul", a-t-il déclaré, en allusion à Vox.

Abattant ses dernières cartes, le Premier ministre a ressorti ces derniers jours celle de la relation personnelle passée entre M. Feijóo et un narcotrafiquant notoire, Marcial Dorado.

Moquant l'argument de son adversaire sur l'absence à l'époque de Google "pour savoir des choses" sur l'activité de ce trafiquant, M. Sánchez a jugé jeudi que M. Feijóo avait "perdu une opportunité de clarifier réellement sa relation avec ce trafiquant de drogue".

"Je ne m'attendais pas à ce que le chef du gouvernement utilise ces arguments sortis de la poubelle pour jeter l'opprobre sur son adversaire", a réagi vendredi matin le chef du PP, embarrassé depuis des années par des photos le montrant sur le yacht de ce trafiquant galicien.

«Pulsion de changement»

Le PP, chassé du pouvoir en 2018 par le dépôt d'une motion de censure au Parlement par M. Sánchez, veut croire que "le moment est venu" pour lui de revenir aux affaires.

"Je sens une pulsion de changement" dans le pays, a déclaré vendredi, dans une interview au quotidien El Mundo, M. Feijóo, qui a fait campagne sur l'"abrogation du sanchisme", c'est-à-dire l'annulation des réformes adoptées ces dernières années par M. Sánchez et son gouvernement de coalition avec la gauche radicale.

Refusant de participer au dernier débat télévisé mercredi soir, ce qui a été très critiqué, le candidat conservateur pourrait aussi pâtir de ses dernières tergiversations sur les retraites, un sujet sensible dans l'opinion.

Affirmant que son parti avait toujours indexé les pensions sur l'inflation lorsqu'il était au pouvoir, il a été obligé de revenir sur ses propos.

La dynamique du PP a également souffert durant la campagne des négociations avec Vox d'accords de gouvernement dans plusieurs régions, durant lesquelles le parti d'extrême droite a tenu bon sur ses priorités, comme la négation de l'existence de la "violence de genre" ou celle du changement climatique.

Pour la première fois organisé en plein été, ce scrutin a obligé environ 2,5 millions d'électeurs à voter par correspondance. Un chiffre inédit, signe, selon les instituts de sondage, que la participation pourrait être élevée, malgré la chaleur et le nombre d'Espagnols en vacances.


Le patrimoine mondial en péril face aux conflits et aux urgences écologiques

Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
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  • L’Unesco examinera cette semaine plusieurs inscriptions d’urgence au patrimoine mondial en péril, notamment les châteaux du Mont Amel et Tyr au Liban, ainsi que des sites en Cisjordanie, en Crimée et au Soudan du Sud
  • Face aux conflits et aux menaces environnementales, l’Unesco veut renforcer la protection des sites menacés, dont le lac Baïkal, tout en mobilisant des financements pour leur préservation

PARIS: Forteresses médiévales au Sud-Liban, site archéologique en Crimée, lac Baïkal, parcs naturels au Soudan du Sud... Face à la multiplication des conflits et des menaces environnementales, plusieurs sites devraient rejoindre cette année la liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco.

Réunis à Busan (Corée du Sud), les 196 Etats membres de l'organisation onusienne examineront à partir de lundi une trentaine de nouvelles candidatures souhaitant venir s’ajouter plus de 1.200 sites déjà inscrits à la célèbre liste du patrimoine mondial.

Trois feront l'objet d'un classement en procédure d'urgence, à la fois sur la liste du patrimoine mondial et sur la liste du patrimoine en péril.

Deux sont situés au Moyen-Orient: le site archéologique de Sébastia, la Samarie de la Bible, dans le nord de la Cisjordanie occupée, auquel Israël s'intéresse depuis des années pour son potentiel touristique, et cinq châteaux du Mont Amel, dans le sud du Liban bombardé par Israël depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

L'une des plus connues, datant de l'époque des Croisades et conquise fin mai par l'armée israélienne, la forteresse de Beaufort, lui avait déjà servi de base durant les deux décennies d'occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000.

Israël a quitté l'Unesco en 2017 (comme les Etats-Unis, dont le départ sera effectif fin 2026) mais reste membre du Comité du patrimoine mondial et est signataire de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits armés et de la Convention du patrimoine mondial.

Enfin, le Soudan du Sud intègrera pour la première fois le patrimoine mondial avec un site nécessitant une attention particulière tant en raison du conflit persistant entre forces gouvernementales et milices d'opposition que du réchauffement climatique.

Les savanes de Boma-Badingilo, zone de 37.500 km2 située entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne, abritent la plus grande migration terrestre de mammifères au monde, notamment d'antilopes.

- "Se reconstruire" -

"Nous n'avons peut-être pas les moyens d'envoyer des Casques bleus (...) mais nous pouvons faire passer un message au monde entier : ces sites sont importants, il faut tout faire pour empêcher leur destruction", explique à l'AFP le directeur Centre du patrimoine mondial de l'Unesco Lazare Eloundou Assomo.

"Le patrimoine permet aux communautés qui ont été traumatisées, victimes des conflits, de commencer à revenir, à se reconstruire", ajoute M. Assomo, insistant sur le fait que l'inscription sur la liste en péril n'est pas une sanction : il permet "de mobiliser des financements, des partenaires et l'attention" pour bénéficier d'une protection accrue.

Outre ces procédures d'urgence, d'autres sites devraient s'ajouter à la liste des biens en péril, comme Tyr, ancienne cité phénicienne du sud du Liban touchée ces derniers mois par des bombardements israéliens, ou la cité antique de Chersonèse Taurique et sa chôra, située en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie depuis 2014.

Cette dernière est affectée par des fouilles non autorisées, des constructions de grande ampleur et des déplacements d'artefacts.

En Ukraine, le patrimoine local est ravagé par la guerre lancée par Moscou en 2022. Le dernier site emblématique endommagé a été la cathédrale de la Dormition à Kiev, touché par une frappe aérienne russe en juin.

- Alerte sur le Lac Baïkal -

Selon l'Unesco, le lac Baïkal, plus grande réserve d'eau douce liquide au monde, en Russie, pâtit lui de la pollution, de la pression touristique, d’un projet hydroélectrique en amont (Mongolie) ou encore de l'exploitation forestière à grande échelle.

Après avoir à maintes reprises appelé Moscou à agir pour stopper "la dégradation écologique du lac (...) de toute urgence", l'Unesco juge les mesures prises insuffisantes.

L'an dernier, l'organisation alertait déjà sur la multiplication des menaces climatiques avec près de trois-quarts des sites du patrimoine mondial "confrontés à des risques hydriques graves, pénuries d'eau ou inondations".

De même, sur la cinquantaine de biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, la moitié l'était en raison des conséquences directes des conflits.

Parmi les nouvelles candidatures au Patrimoine mondial, les plages du Débarquement allié du 6 juin 1944, dans le nord-ouest de la France, deux théâtres construits dans l'Amazonie brésilienne et le village tunisien de Sidi Bou Saïd devraient faire leur entrée dans la prestigieuse liste.


Bombardé pour la septième nuit de suite, l'Iran menace de déclencher une "offensive totale"

Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dit avoir riposté contre des bases liées aux forces américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn
  • Les tensions s'aggravent dans le détroit d'Ormuz, alimentant les craintes d'une escalade régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la septième nuit consécutive samedi et Téhéran a une nouvelle fois riposté en frappant des cibles en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn, tout en menaçant de passer à une "offensive totale".

Un mois après la signature, le 17 juin, d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis censé ouvrir une période de pourparlers de paix, l'escalade continue au Moyen-Orient avec des échanges de frappes quotidiens et des incidents maritimes en série.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a dit avoir attaqué dans la nuit en Iran "des sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des dépôts souterrains d'armes et des moyens maritimes", sans mentionner de cibles civiles.

Les autorités de la province d'Hormozgan, dans le sud de l'Iran, ont annoncé que des frappes américaines y avaient fait au moins trois morts et huit blessés, et ciblé deux ponts et un tunnel routiers, selon l'agence officielle Irna.

Toujours selon Irna, les Etats-Unis ont également bombardé les villes d'Ahvaz et Bouchehr (sud-ouest), Bandar Abbas, l'île de Qeshm, Lar, Darab (sud), et Yazd (centre).

- Jordanie et Koweït attaqués -

En riposte, l'armée iranienne, citée par la télévision d'Etat, a affirmé avoir frappé le camp militaire d'Al-Adiri et la base d'Ali Al-Salem au Koweït, la base aérienne d'Al-Azraq en Jordanie, et celle de Sheikh Isa à Bahreïn, accusant l'armée américaine d'attaquer son territoire depuis ces installations.

"Nos défenses aériennes ont intercepté et abattu 10 missiles iraniens visant le territoire du Royaume", et qui n'ont fait ni victime ni dégât, a indiqué un responsable de l'état-major jordanien.

Au Koweït, l'armée a dit faire face à "des attaques de drones hostiles". Les sirènes d'alerte aérienne ont également retenti à Bahreïn, a annoncé le ministère de l'Intérieur de ce pays.

Téhéran va entrer dans "une phase d'offensive totale" si les frappes américaines se poursuivent au-delà de "deux-trois jours", a menacé vendredi Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par la télévision d'Etat.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont prévenu que les frappes "se poursuivront jusqu'au retour du calme sur la côte sud et dans le détroit d'Ormuz", où le trafic maritime est à nouveau pratiquement à l'arrêt.

- L'Iran "stoppe" quatre navires -

Ce détroit stratégique, par lequel transitait avant la guerre au Moyen-Orient un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, est à nouveau verrouillé par l'Iran depuis plus d'une semaine, après la reprise des hostilités avec les Etats-Unis. Ces derniers, en représailles, ont réimposé un blocus des ports iraniens.

Les Gardiens de la Révolution ont annoncé samedi avoir "stoppé" quatre navires qui tentaient de franchir sans leur autorisation le détroit où, toujours selon Téhéran, deux pétroliers ont par ailleurs sauté sur des mines.

"Au cours des dernières heures, quatre navires en infraction, soutenus par l'armée terroriste américaine, ont tenté de traverser le détroit d'Ormuz, et les quatre navires ont été stoppés sur place lors d'une opération combinée de missiles et de drones", ont déclaré les Gardiens, cités par la télévision d'Etat.

"Deux pétroliers, qui tentaient de traverser le champ de mines situé au sud du détroit d'Ormuz, trompés par les services de renseignement américains, ont explosé et pris feu", ont-ils également indiqué, selon Irna, sans préciser la nationalité des navires ni s'il y avait des victimes.

Le Commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient (Centcom) a démenti. "Comme la plupart des revendications du Corps des gardiens de la Révolution islamique, ceci est faux", ont-ils écrit sur X, sans fournir plus d'explications.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques iraniennes contre des navires dans le Golfe. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

"Le détroit d'Ormuz est en train de devenir un piège pour les deux belligérants. La logique de l'escalade leur échappe de plus en plus", a analysé David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, en soulignant le "risque d'une confrontation régionale plus large".


Climat : face à la grogne de l'industrie, l'Europe révise son marché du carbone

Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
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  • L'UE veut assouplir son marché carbone en prolongeant les quotas gratuits pour les industriels jusqu'en 2038
  • La réforme oppose les partisans de la compétitivité industrielle aux défenseurs d'objectifs climatiques plus stricts

BRUXELLES: Une trajectoire climatique moins exigeante pour les entreprises : la Commission européenne a proposé vendredi d'assouplir sa tarification du carbone, pilier de la politique environnementale de l'UE, au cœur d'une bataille féroce entre Etats, industriels et ONG.

Face à la grogne de l'industrie chimique allemande, de pays d'Europe centrale et de l'Italie, Bruxelles a mis sur la table une série de concessions, soumises aux Vingt-Sept et aux eurodéputés pour une négociation qui devrait durer plusieurs mois.

Dans l'ensemble, l'industrie européenne devrait être autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

Et les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Il y a plus de vingt ans, l'Union européenne a mis en place ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), outil pionnier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.

Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement dans l'UE.

Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués.

Ils devaient disparaître en 2034, mais la Commission propose de les prolonger tout comme elle veut réduire moins vite que prévu l'ensemble des quotas disponibles sur le marché.

Pour montrer que ses ambitions climatiques demeurent, l'UE a néanmoins présenté vendredi un objectif "indicatif" d'électrification de son énergie. Elle souhaite que l'électricité représente 46% de sa consommation finale d'énergie en 2040, soit deux fois plus qu'actuellement.

- Scandinavie vs Europe centrale -

Depuis plusieurs années, cette part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%, car elle coûte nettement plus cher que le gaz et parce que l'Europe peine à se priver des fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports.

Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.

Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

La réforme du carbone était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme l'Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.

Entre ces deux camps, la France va être "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Vendredi, la Commission a également poussé  pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Bruxelles avance par ailleurs prudemment sur l'extension de son marché du carbone à de nouveaux secteurs.

L'exécutif propose d'intégrer "graduellement" le secteur des incinérateurs de déchets à ETS. Avec une possibilité de dérogation jusqu'en 2035 pour les Etats, s'ils remplissent des objectifs de recyclage ou disposent déjà d'une taxe nationale équivalente.

Concernant l'aviation, face à la forte pression des compagnies aériennes et aux réticences de certains Etats, dont la France, la Commission a renoncé à directement intégrer les vols internationaux à son marché du carbone.

A la place, elle plaide pour une solution intermédiaire régionale à partir de 2029, avec l'intégration à ETS de vols internationaux dont le point d'atterrissage se situe à 5.000 kilomètres maximum du décollage en Europe. Un vol depuis Francfort vers Dubaï ou Istanbul serait couvert par ETS, mais Francfort-Tokyo ne le serait pas.

Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.

Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.