L'astronaute émirati Sultan al-Neyadi déclare à Arab News: «C'est une nouvelle ère pour l'exploration spatiale arabe»

Lama al-Hamawi s'adressant à Sultan al-Neyadi depuis le Centre spatial Mohammed ben Rached à Dubaï (Capture d’écran).
Lama al-Hamawi s'adressant à Sultan al-Neyadi depuis le Centre spatial Mohammed ben Rached à Dubaï (Capture d’écran).
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Publié le Dimanche 30 juillet 2023

L'astronaute émirati Sultan al-Neyadi déclare à Arab News: «C'est une nouvelle ère pour l'exploration spatiale arabe»

  • Al-Neyadi rends hommage au prince Sultan, pionnier arabe de l'espace, et se souvient de la rencontre «extraordinaire» avec les astronautes saoudiens Rayyanah Barnawi et Ali al-Qarni à bord de l'ISS
  • Il souligne l'importance des matières de science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) pour préparer et inspirer la prochaine génération d'astronautes arabes

DUBAÏ: Les missions habitées lancées par les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite marquent «une nouvelle ère dans l'exploration spatiale arabe», a déclaré l'astronaute émirati Sultan al-Neyadi à Arab News depuis la Station spatiale internationale.

Premier astronaute arabe déployé dans le cadre d'une mission spatiale de longue durée – Al-Neyadi est arrivé à l'ISS en mars aux côtés de trois Américains et de trois Russes. Il est le premier Arabe à effectuer une sortie dans l'espace en ouvrant la voie à l'industrie spatiale naissante du monde arabe.

«Honnêtement, c'est un grand honneur de suivre les traces des pionniers de l'espace dans le monde arabe: Le prince Sultan ben Salmane, Mohammed Faris et mon collègue Hazzaa al-Mansouri, qui ont voyagé dans l'espace avant moi», a-t-il déclaré lors d'une interview réalisée vendredi depuis le centre spatial Mohammed ben Rached de Dubaï, via une liaison vidéo avec l'ISS.

Al-Neyadi faisait référence au prince Sultan d'Arabie saoudite, qui s'est envolé à bord de la navette spatiale Discovery de la mission américaine STS-51-G en 1985, devenant ainsi le premier Arabe dans l'espace; Faris, le premier Syrien et le deuxième Arabe dans l'espace, voyageant à bord du Soyouz TM-3 vers la station spatiale Mir en 1987; et Al-Mansouri, le premier Émirati dans l'espace, qui a passé huit jours à bord de l'ISS en 2019.

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Adnan al-Rais, directeur général adjoint (secteur des opérations spatiales et de l'exploration) et chef de mission du programme des astronautes des EAU, fait visiter le Centre spatial Mohammed ben Rached à Dubaï à la journaliste d'Arab News Lama al-Hamawi (Photo, AN).

«C'est une grande réussite pour toutes les missions, mais nous devons continuer à relever de nouveaux défis», a indiqué Al-Neyadi.

La mission que nous menons actuellement en est un parfait exemple. Passer six mois à bord de la station spatiale est vraiment important pour participer à l'effort humain visant à repousser les limites de l'exploration spatiale.

«L'EVA (activité extravéhiculaire) que j'ai effectuée est la première du genre dans le monde arabe et ouvrira certainement la voie à de nombreux astronautes», a-t-il expliqué.

Il a ajouté: «C'est sans aucun doute une nouvelle ère. C'est une nouvelle époque pour les explorations spatiales du monde arabe.»

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Lama al-Hamawi s'adressant à Sultan al-Neyadi depuis le Centre spatial Mohammed ben Rached (Photo, AN).

L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont tous deux investi dans leurs industries spatiales respectives, en mettant l'accent sur la technologie et la recherche médicale.

L'agence spatiale saoudienne a été créée il y a quatre ans par décret royal afin d'accélérer la diversification économique, de renforcer la recherche et le développement et d'accroître la participation du secteur privé à l'industrie spatiale mondiale.

Depuis son lancement, le programme spatial de l’Arabie saoudite, financé par l'État, a conclu des accords avec plusieurs agences spatiales, entreprises astronautiques et universités de premier plan du monde entier, afin de renforcer leur coopération.

Le 22 mai, Rayyanah Barnawi, une scientifique qui est devenue la première femme saoudienne à aller dans l'espace, et Ali al-Qarni, un pilote de chasse de formation, se sont rendus à l'ISS dans le cadre d'une mission privée.

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La journaliste d'Arab News Lama al-Hamawi au Centre spatial Mohammed ben Rached (Photo, AN).

«L'arrivée des astronautes saoudiens de l'Axiom 2 à la Station spatiale internationale a été un grand moment de rencontre et d'échange sur l'intérêt de l'espace», a signalé Al-Neyadi, en faisant référence à la visite de Barnawi et d’Al-Qarni. 

«C'était, honnêtement, une expérience surréaliste. Voir deux Arabes arriver à la station spatiale et... discuter avec eux en arabe. C'était incroyable et, encore une fois, c'était passionnant de partager l'expérience avec eux. J'étais déjà en mission depuis deux mois et je leur racontais tout ce que j'avais appris et les choses amusantes qu'ils pouvaient faire.»

«Leur mission était purement scientifique. J'ai été heureux d'aider et de faciliter la plupart des activités à bord. C'était un grand honneur et un plaisir de travailler avec eux», a précisé Al-Neyadi.

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«L'arrivée des astronautes saoudiens de l'Axiom 2 à la Station spatiale internationale a été un grand moment de rencontre et d'échange sur l'intérêt de l'espace», a signalé Al-Neyadi, en faisant référence à la visite de Barnawi et d’Al-Qarni en mai (Photo fournie / L'Agence spatiale saoudienne).

Le programme des astronautes des Émirats arabes unis a été lancé en 2017 par le Cheikh Mohammed ben Rached al-Maktoum, vice-président et Premier ministre des Émirats arabes unis, et le cheikh Mohammed ben Zayed al-Nahyan, à l’époque commandant suprême adjoint des forces armées des Émirats arabes unis et actuel président des Émirats arabes unis.

Al-Neyadi, qui a remplacé Al-Mansouri lors de la première mission scientifique des Émirats arabes unis à destination de l'ISS, sous le slogan «L'ambition de Zayed», a été sélectionné pour cette mission parmi plus de 4 000 candidats à l'issue d'une série de tests physiques et mentaux.

En préparation de la mission, Al-Neyadi a commencé sa formation en septembre 2018 au Centre d'entraînement des cosmonautes Youri Gagarine à la Cité des étoiles à Moscou. Il a également suivi une formation à Houston, au Texas, et à Cologne, en Allemagne, dans le cadre d'accords de partenariat avec de grandes agences spatiales, notamment la NASA, l'ESA et la JAXA.

Al-Neyadi a suivi plus de 90 cours, soit plus de 1 400 heures de formation, notamment en matière de sécurité et de survie, de manœuvres dans une combinaison spatiale pesant jusqu'à 10 kg et de tâches quotidiennes telles que la préparation de la nourriture dans l'espace, l'utilisation d'appareils photo et les communications.

Son entraînement intensif l'a préparé à l'expérience passionnante, bien que totalement étrangère, de vivre et de travailler pendant une période prolongée en apesanteur, à 260 miles au-dessus de la surface de la Terre.

«C'est le moment de la journée que je préfère, en fait, lorsque je fais de l'exercice. Nous avons un appareil sur lequel nous nous exerçons et qui fait face à la plus grande fenêtre de la station», a révélé Al-Neyadi à Arab News.

«Je vois tout passer devant moi: les montagnes, les océans, les endroits que j'ai déjà visités.»

«La meilleure partie est donc de prendre des photos de ces endroits et de les partager avec le public, et c'est incroyable. On peut couvrir toute la Terre, et en 90 minutes, on voit le jour et la nuit. C'est surréaliste de tout voir à cette vitesse», a-t-il expliqué.

Malgré la vue imprenable sur le marbre bleu, une journée typique à bord de l'ISS semble plus familière que ce que l'on pourrait croire. «Je me réveille normalement à 4 heures du matin pour faire mes prières, puis je me rendors si je le peux», a confié Al-Neyadi.

EN BREF

* La station spatiale internationale en orbite basse est un projet auquel participent cinq agences spatiales: la NASA (États-Unis), la Roscosmos (Russie), la JAXA (Japon), l’ESA (Europe) et la CSA (Canada).

Il a poursuivi: «Sinon, je me réveille à 6h30, je prends mon petit-déjeuner, nous nous réunissons autour de l'ATU (unité terminale audio), qui est l'appareil de communication, et nous recevons les informations des différents centres de contrôle dans le monde entier.»

«Ensuite, nous commençons la routine quotidienne, qu'il s'agisse de science spatiale, d'entretien ou d'inventaire. Toutes ces activités sont en cours et nous procédons ainsi tous les jours jusqu'à midi, heure à laquelle nous nous réunissons pour la pause de midi, pour déjeuner et discuter des activités quotidiennes. Nous continuons jusqu'à 19h30, heure à laquelle nous nous réunissons pour le dernier débriefing de la journée», a ajouté Al-Neyadi.

«Il s'agit d'une routine quotidienne. Nous avons des jours spécifiques durant lesquels nous recevons des véhicules en visite ou effectuons des activités extravéhiculaires, et cela constitue ainsi l’activité de la journée. Les week-ends, nous nous réunissons tous ensemble, les sept membres de l'équipage, et nous regardons des films et prenons nos repas ensemble. C'est toujours amusant», a-t-il avisé.

Servir à bord de l'ISS n'est cependant pas sans difficultés. Loin de ses proches, Al-Neyadi se réjouit de retrouver le confort de son foyer à son retour sur Terre, plus tard dans l'année. «Ma famille me manque. Je veux d'abord les rencontrer», a indiqué ce père de six enfants, à Arab News.

«Les deux choses que je veux, c'est une douche chaude et une vraie tasse de café», a-t-il souhaité.

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Premier astronaute arabe déployé dans le cadre d'une mission spatiale de longue durée — Al-Neyadi est arrivé à l'ISS en mars aux côtés de trois Américains et de trois Russes. Il est le premier Arabe à effectuer une sortie dans l'espace en ouvrant la voie à l'industrie spatiale naissante du monde arabe (Photo fournie).

Une chose restera cependant gravée dans sa mémoire pour le reste de sa vie — le jour où il est devenu le premier Arabe à effectuer une sortie dans l'espace, quittant l'ISS sans rien d'autre que des kilomètres de ciel sous ses pieds et l'éternité de l'espace extra-atmosphérique au-dessus de sa tête.

«C'était incroyable, en fait, de mener la sortie dans l'espace», a déclaré Al-Neyadi. «Je dirais que c'est le joyau de la mission. Cela a duré sept heures. Je n'ai rien senti parce que j'étais vraiment concentré sur ma tâche et que je l'ai menée à bien sans problème.»

Je me souviens d'avoir pris une petite note sur ma liste de contrôle, pour me rappeler que «l'impossible est possible», qui est la devise du gouvernement des Émirats arabes unis, selon laquelle il n'y a rien d'impossible. Si nous croyons en un objectif et que nous travaillons dur pour l'atteindre, nous pouvons y parvenir», a-t-il souligné.

Al-Neyadi est né le 23 mai 1981 à Umm Ghafa, à 30 km au sud-est d'Al-Ain, à Abu Dhabi, où il a fréquenté l'école primaire et secondaire avant de suivre les traces de son père et de servir dans l'armée, où il a étudié l'ingénierie des communications.

Il a commencé ses études supérieures au Royaume-Uni, où il a obtenu une licence en ingénierie électronique et des communications à l'université de Brighton, avant de décrocher un master en informatique à l'université Griffith d'Australie en 2008, où il a ensuite obtenu un doctorat.

Dans une série de vidéos produites à bord de l'ISS à l'intention des étudiants restés sur Terre, Al-Neyadi a cherché à souligner l'importance du travail acharné et la pertinence des matières STIM.

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Rayyanah Barnawi, première femme saoudienne dans l'espace et première femme arabe à bord de l'ISS, a mené des expériences scientifiques au cours de la mission Ax-2, notamment dans les domaines de l'ingénierie tissulaire et de la médecine régénérative (Photo, Twitter/Astro_Rayyanah).

«Je crois qu'une partie de la mission consiste à atteindre le public et à présenter ce que l'on fait à bord de la station», a déclaré AlNeyadi à propos de ses vidéos.

«Il s'agit d'une science très importante, d'une technologie très importante que nous présentons. Mais nous devons montrer ces choses importantes de manière simple et interactive pour que les gens puissent apprendre», a-t-il expliqué.

«Et cela est honnêtement, un moyen d'encourager les jeunes étudiants à suivre une formation en STIM. Il s'agit des sciences, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques», a-t-il insisté.

Al-Neyadi espère ainsi inspirer la prochaine génération d'astronautes arabes qui mèneront les programmes spatiaux naissants du Moyen-Orient sur la lune, sur Mars et au-delà.

«Lorsque nous parlons d'enseignement des STIM, cela peut ouvrir un grand nombre de possibilités pour les jeunes», a-t-il affirmé.

«C'est pourquoi, de manière amusante et interactive, j'ai voulu montrer cela — la science est amusante, la science est vraiment intéressante — pour que la nouvelle génération puisse penser à quelque chose d'important à l'avenir», a-t-il soutenu. 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Netanyahu affirme depuis le sud du Liban que son armée restera tant que le Hezbollah «nous menace»

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place tant que le Hezbollah pro-iranien "nous menace". (AFP)
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place tant que le Hezbollah pro-iranien "nous menace". (AFP)
  • Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place
  • "Notre position est claire : nous ne quitterons pas le sud du Liban tant que la menace n'aura pas disparu. Et tant que le Hezbollah, armé, sera présent ici et nous menacera, nous resterons ici"

JERUSALEM: Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place tant que le Hezbollah pro-iranien "nous menace".

"Notre position est claire : nous ne quitterons pas le sud du Liban tant que la menace n'aura pas disparu. Et tant que le Hezbollah, armé, sera présent ici et nous menacera, nous resterons ici", a-t-il affirmé à des troupes israéliennes sur place selon une vidéo diffusée par son bureau.

 


L’Arabie saoudite en tête du classement de sécurité publique du G20

Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
  • 97,7 % des habitants déclarent se sentir en sécurité en marchant seuls la nuit

RIYAD: L’Arabie saoudite occupe la première place parmi les pays du G20 dans l’Indice de sécurité 2025, selon les données de la base des indicateurs des Objectifs de développement durable des Nations unies, publiées lundi par l’Autorité générale des statistiques du Royaume.

Les résultats indiquent que 97,7 % de la population se sent en sécurité en marchant seule la nuit dans son quartier, selon l’Agence de presse saoudienne (Saudi Press Agency).

Ils montrent également que 94,9 % des femmes, 97 % des citoyens saoudiens et 97,2 % des personnes âgées de 60 à 64 ans se sentent en sécurité en marchant seules la nuit dans les zones résidentielles.

Ces résultats soulignent les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité dans l’ensemble du Royaume, a ajouté la SPA. Ils s’inscrivent dans les initiatives visant à renforcer la sécurité, la stabilité et la qualité de vie dans les secteurs économique, alimentaire, environnemental, sanitaire, social, politique, intellectuel, technologique et de cybersécurité, conformément à la Vision 2030 de l’Arabie saoudite.

L’Autorité générale des statistiques mène ses travaux selon une méthodologie unifiée basée sur le Statistical Business Process Manual, conforme aux normes statistiques internationales.

Dans un autre rapport, l’autorité a indiqué que 75,3 % de la population saoudienne a participé à des événements ou activités culturelles en 2025, reflétant une participation croissante à la vie culturelle dans le Royaume.

Ces données ont été publiées dans le cadre de l’initiative Raqam Saudi, qui met en avant les réalisations nationales, renforce la fierté nationale et les valeurs de citoyenneté, et souligne le rôle des statistiques officielles dans le suivi des progrès vers les objectifs de Vision 2030 et du développement durable. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dans le Kordofan soudanais, une offensive paramilitaire se profile, la ville d'El-Obeid tremble

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
  • El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR)
  • La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays

Al-Ubayyid: Dans un camp de déplacés près d'El-Obeid, dans la région soudanaise du Kordofan, Agsam Hamad brave péniblement la chaleur écrasante pour aller chercher de l'eau trouble dans un puits. Déjà assiégés, les habitants vivent dans la crainte d'un assaut des paramilitaires, qui serait le plus violent à ce jour contre cette grande ville stratégique.

"Nous faisons de longues distances pour cette eau et elle est imbuvable", dit à l'AFP cette femme de 35 ans, mère de sept enfants. "Notre situation est très difficile. Nous avons besoin de nourriture et d'eau" potable.

El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays.

Ces dernières semaines, elle a fait face à des attaques des FSR, les plus intenses jusqu'à présent.

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.

De récentes attaques ont frappé la principale centrale électrique et les dépôts de carburant, plongeant des quartiers dans l'obscurité et mettant les pompes à eau hors service.

Les habitants doivent aujourd'hui s'en remettre à des camions-citernes, des puits et quelques points de distribution d'eau, ont-ils expliqué à l'AFP.

"Pouvoir et argent" 

L'ONU a alerté sur un renforcement de la présence des FSR autour de la ville avant un possible assaut terrestre, ce qui fait craindre une répétition des atrocités observées à El-Facher.

Cette ville du Darfour est tombée aux mains des paramilitaires en octobre dernier, lors d'une attaque présentant selon l'ONU les caractéristiques d'un "génocide".

D'après Nohad Eltayeb, de l'ONG basée aux Etats-Unis ACLED, des mouvements de troupes ont été observés au cours du mois passé à environ 60 kilomètres au nord, au sud et à l'ouest d'El-Obeid.

El-Obeid se trouve à un carrefour stratégique reliant des régions du centre et de l'est du Soudan contrôlées par l'armée, dont Khartoum, au Darfour sous contrôle des FSR à l'ouest.

Selon des analystes, sa prise consoliderait le contrôle des FSR sur l'ouest du Soudan et pourrait ouvrir la voie à une avancée vers la capitale.

El-Obeid abrite une division d'infanterie, une base aérienne, un oléoduc stratégique et un important marché de gomme arabique.

" La contrôler, c'est une question de pouvoir, de territoire et d'argent ", affirme l'analyste Kholood Khair.

Les combats et les restrictions ont pratiquement coupé tout accès à la ville, rendant de plus en plus difficile toute couverture indépendante.

De rares images obtenues par l'AFP dans le camp d'Al-Rahmaniyah montrent des femmes épuisées avançant sous un soleil accablant, des jerricans sur la tête après des heures passées à attendre de l'eau à un puits éloigné.

Trop fatigués 

Dans le camp, près de 200 familles s'entassent dans des abris précaires.

Des enfants traînent dans l'étroite zone d'ombre projetée par les huttes . Certains sont trop fatigués pour jouer, d'autres suivent silencieusement leur mère.

" Nous n'avons rien. Ni eau, ni nourriture, ni matelas ", lâche Waseela Mohamed, une grand-mère de 70 ans.

Les livraisons d'aide qui avaient réussi à atteindre le camp il y a plusieurs semaines se sont raréfiées.

" Les organisations humanitaires font ce qu'elles peuvent, mais les besoins sont bien plus importants ", explique un bénévole qui a requis l'anonymat.

A l'intérieur d'El-Obeid, les drones bourdonnent presque en permanence, raconte Adam Hussein - un pseudonyme.

"Nous ne savons pas ce qui se passe vraiment. Tout est en crise. Les civils et les infrastructures sont constamment pris pour cible ", a-t-il confié à l'AFP.

Au moment où il parlait, un drone s'est écrasé tout près, sans faire de victimes.

Alors que le prix de l'eau a doublé, que celui de la nourriture a augmenté jusqu'à 300 % et que les tarifs des transports ont aussi grimpé en flèche, de nombreux habitants sont désormais, de fait, "encerclés ", selon Kholood Khair.

"Boucliers humains" 

Mohamed Refaat, de l'Organisation internationale pour les migrations, a averti que la ville se rapprochait d'un siège total, les civils pouvant bientôt "ne plus être capables de partir ni de revenir".

Sans aide immédiate, les conditions pourraient "en quelques semaines" ressembler à celles observées à El-Facher, où les civils ont survécu en se nourrissant d'aliments pour animaux pendant 18  mois de siège, a-t-il prévenu.

Selon l'ONU, plus de 6. 000 personnes ont été tuées durant les trois premiers jours de sa chute.

Une source gouvernementale a indiqué à l'AFP que l'armée avait tenté de ralentir l'avancée des paramilitaires.

Une source proche des FSR a elle accusé l'armée d'utiliser des civils comme " boucliers humains ", estimant qu'ils devraient être évacués.

Bien que la composition démographique de la ville diffère de celle d'El-Facher, où les violences ont suivi des lignes ethniques, Noha Eltayeb prévient que les civils "pourraient néanmoins être confrontés à des pillages, des violences sexuelles et des attaques contre ceux accusés de soutenir l'armée".